jeudi 12 novembre 2009

Aide-mémoire : profil de George W Bush


Un « Rétrolivier » politique, aujourd’hui.  Paru dans Le Nouvelliste, en version abrégée, le 12 septembre 2006, sous le titre La vraie nature de George W Bush, en voici pour une première fois la version intégrale.  Bien sûr, George W Bush n’encombre plus la Maison-Blanche (le ciel en soit remercié !), mais le portrait du 43e président, contenu dans cette chronique, mérite qu’on ne l’oublie pas, au cas – que j’espère improbable – où l’on finirait par trouver sympathique son sourire simiesque et ses réparties incongrues.

Depuis bientôt cinq ans (en 2006, N.D.A), Georges W Bush s’est taillé une place de choix dans les préoccupations des simples citoyens de la planète.  Élu frauduleusement selon plusieurs en 2000, ce « conservateur compatissant » autoproclamé n’a pas tardé à donner de lui l’image d’un homme arrogant, belliqueux, intransigeant et bigot. Moins d’un an après son arrivée au pouvoir, le contraste entre sa personnalité et celle de son prédécesseur, le démocrate Bill Clinton, était flagrant.

Pendant ce court laps de temps, l’administration Bush avait trouvé le moyen de s’opposer à la communauté économique européenne sur la réglementation des OGM, relancé de plus belle le conflit sur le bois d’œuvre avec le Canada, froissé la Chine après qu’elle eut intercepté un avion-espion américain sur son territoire et relancé le débat sur l’avortement.

Jamais n’avait-on vu jusque-là autant d’élus en situation potentielle de conflits d’intérêt, principalement avec le milieu pétrolier et le secteur militaro-industriel.  Le vice-président Dick Cheney était, jusqu’aux élections de 2000, président de la pétrolière Halliburton.  Condoleeza Rice, alors conseillère à la sécurité nationale, avait été à l’emploi de la pétrolière Chevron, qui a baptisé un supertanker de son nom en reconnaissance de ses services.  Le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, ayant siégé à de nombreux conseils d’administration,  s’est toujours opposé à toute forme de contrôle des armes en plus de faire le promotion des missiles MX et des bombardiers B-1.  Le ministre de la justice, John Ashcroft, avait été parrainé, comme Bush lui-même, par Enron, de triste mémoire, en plus de sympathiser avec le lobby des armes à feu.

Fils d’un brillant homme d’affaires devenu le 41e président des États-Unis sous la bannière républicaine, George W Bush n’a jamais eu l’envergure intellectuelle ni la stature politique de son géniteur.

Durant sa jeunesse, le futur 43e président américain était surtout connu pour ses talents de noceur et son penchant marqué pour l’alcool mais peu voyaient en lui des aptitudes pour la politique ou les affaires.  À ce chapitre, ses courtes incursions dans l’entreprise privée s’étaient soldées par des fiascos retentissants et Bush, étant devenu millionnaire après avoir vendu ses actions avant que sa dernière entreprise ne fasse faillite, a déjà été soupçonné de délit d’initié.  Aucune accusation formelle n’a été portée contre lui.

George W est par ailleurs resté évasif devant les questions répétées des médias américains quant à une consommation présumée de cocaïne, du temps de sa jeunesse, affirmant même un jour qu’il n’avait « jamais rien commis de répréhensible au cours des 25 dernières années ».

Les premiers pas de Bush fils en politique eurent pour cadre la campagne électorale de son père, qui l’opposa en 1988 au démocrate Michael Dukakis.  C’est là qu’il rencontra un personnage-clé qui devait jouer un rôle déterminant dans sa carrière comme dans celle de son père : Karl Rove, stratège politique surnommé plus tard le « cerveau » de George W Bush.  Sous sa tutelle, Bush fils devait développer le style « la fin justifie les moyens » qui le caractérise encore aujourd’hui (en 2006, N.D.A.). 

C’est de fait en orchestrant une campagne de dénigrement médiatique féroce contre Dukakis, présenté comme un politicien mollasson dont les politiques de gauche remettraient de dangereux criminels en liberté, que Rove permit à George HW Bush de remporter les présidentielles de 88.

Cette stratégie douteuse mais payante devait permettre à Bush fils de devenir ensuite gouverneur du Texas en l’emportant en 1994 sur la gouverneure sortante, Ann Richards, malgré la popularité et la feuille de route impressionnantes de cette dernière.  Bush dut alors se départir de ses parts dans les Texas Rangers, tout en empochant un profit substantiel, après avoir fait construire un stade pour son équipe aux frais des contribuables texans.

À défaut de se dévouer pour le bien public, George W se manifesta très tôt comme un habile politicien faisant appel tant aux démocrates, majoritaires au congrès local, qu’aux républicains dans la poursuite de ses objectifs.  Il ne tarda pas à se démarquer aussi nettement de Richards qu’il le fera huit ans plus tard de Clinton.

Le règne de Bush sera d’abord marqué par le recours accru à la peine de mort avec 152 exécutions en huit ans et un seul gracié.  Le gouverneur devait refuser des tests d’ADN à des condamnés qui clamaient leur innocence, n’y voyant pas d’intérêt.  Il retint l’attention internationale en refusant de gracier Karla Faye Tucker, renommée pour son influence bienveillante auprès des détenus, malgré les protestations de leaders mondiaux, dont Jean-Paul II.  Supporter du lobby des armes à feu, sa première initiative une fois élu fut de légaliser le port d’armes dissimulées dans les lieux publics.

Seul gouverneur du Texas à être réélu avec une majorité de 70 % des voix, Bush fils voyait son chemin tout tracé vers la présidence des États-Unis.  Considéré aujourd’hui par beaucoup comme le pire président américain, George W voit son règne émaillé par une suite ininterrompue de faux pas désastreux dont l’invasion de l’Irak sous de fausses représentations reste le plus spectaculaire. 

L’imprévoyance de ce gouvernement quant aux événements du 11 septembre tout comme devant la catastrophe de la Nouvelle-Orléans restent des faits d’armes auxquels s’ajoutent le scandale d’écoute électronique en vertu du Patriot Act ou celui de la fuite de l’identité d’une agente de la CIA, épouse d’un ancien ambassadeur opposé à la guerre en Irak.  Plus récemment, le soutien inconditionnel du président Bush envers Israël et son « droit de se défendre » peu importe les conséquences pour les sud-libanais devait contribuer à précipiter une popularité déjà à son plus bas, même aux États-Unis.

Si importante soit-elle, la part réelle de responsabilité de Bush dans ces gaffes sans précédent pourrait être moindre que celles d’un vice-président tout-puissant comme Dick Cheney ou d’éminences grises telles que, notamment, Paul Wolfowitz ou Richard Perle, importants architectes de la guerre en Irak.

31 août 2006




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