lundi 28 décembre 2009

Un maire et ses fantômes

Le moins qu’on puisse dire de l’actualité trifluvienne, c’est que la morosité des conseillers isolés et d’un grand nombre de citoyens a cédé le pas à un bras de fer qui promet de raviver un intérêt jadis amoindri par l’autorité d’un maire aussi dynamique qu’égocentrique.  L’arrivée en renfort de quatre nouveaux conseillers, peu enclins à montrer patte blanche à Yves Lévesque, vient d’infliger à ce dernier une nouvelle rebuffade, après la fonte abrupte de sa majorité aux dernières élections. 


Notre maire aura beau traiter d’hypocrites ceux que l’on surnomme désormais le groupe des sept pour n’avoir pas, dit-il, affiché leur désaccord lors du lac à l’épaule sur le budget 2010, l’accueil dithyrambique que la population leur a prodigué, lors de la séance du 24 décembre, relevait presque de la consécration.  Même si le budget a été adopté, moyennant une concession mineure accordée à Yves Landry, qui a vu la hausse des comptes de taxes ramenée à 2,9 %, le résultat du vote avait des relents de victoire amère pour le premier magistrat, accueilli dès son arrivée par des huées anticipatrices. 

Il aurait fallu être bien naïf pour ne pas prévoir l’issue du vote, après l’autre séance ordonnée la veille par les sept, annulée, faute de quorum, en raison de l’absence du maire et de ses conseillers disciplinés, peu portés sur la clarté budgétaire.  De là à conclure que les absents détenaient de leur mentor des informations privilégiées, donc non transmises aux « dissidents », il n’y a qu’un pas que la conseillère Sylvie Tardif n’a pas hésité à franchir. 

Les contribuables qui ont voté pour ces neuf fantômes peuvent légitimement se demander si leurs conseillers les représentent judicieusement ou s’ils se cantonnent mollement dans le rôle de satellites idolâtres d’un magistrat qui entend toujours régner sans partage, comme si les dernières élections n’avaient jamais eu lieu.  Les désistements de dernière heure de René Goyette et de Guy Daigle de la séance du 23 décembre pour des motifs volatiles évoquent davantage un retour au bercail de brebis égarées que le choix libre et résolu de conseillers responsables.

En plus du manque de transparence de l’exercice budgétaire, la question litigieuse de l’amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent et la création aussi précipitée qu’inexpliquée de sa corporation aux coûts de 200 000 $ restent par-dessus tout en travers de la gorge de nombreux citoyens.  Le souvenir du référendum abandonné sur le règlement d’emprunt de 16,775 M $, malgré un nombre record de signataires en exigeant la tenue, est resté dans les mémoires.

Les sept devront plus que jamais continuer à faire front ensemble et exprimer, chacun à sa façon et selon son expérience, des points de vue qui rejoignent la population qui, à n’en pas douter, découvre enfin en eux des porte-parole de leurs préoccupations immédiates, après une traversée du désert.  Leur présent mandat, comme celui de leurs opposants, ne fait que commencer.  Il leur faudra plus que jamais maintenir la pression sur le maire et ses acolytes s’ils veulent que la dynamique de sclérose en place qui mine l’exercice d’une saine démocratie soit enrayée.

Si la bataille du budget a été perdue de peu, celle de l’opinion publique marque des points, de quoi consolider l’impact de cette nouvelle opposition.  La nomination d’un vérificateur général impartial pourrait bien représenter un prochain enjeu décisif, en réponse aux dérobades budgétaires du maire.  Voilà qui annonce de l’action au conseil municipal…


Également paru dans Le Nouvelliste, édition week-end, du 9-10 janvier 2009.

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