jeudi 31 décembre 2009

Les mâles et leurs maîtresses

À notre époque où nous dépistons avec une telle aisance le sexisme derrière les mots, il est surprenant de constater que certains d’entre eux résistent à toute sensibilisation.  Si la féminisation gagne du terrain et que nous parlons couramment de policières, d’écrivaine, de bouchère, de mairesse ou de conseillère, il nous arrive d’être confrontés à des impasses, lorsque nous cherchons par exemple une équivalence à « homme public » pour désigner nos politiciennes.  On comprendra ce que l’expression « femme publique » recèle d’ambiguïté.

Certains archaïsmes perdurent par ailleurs sans que personne ne songe à les enrayer.  Si le fait de désigner une femme du nom de « femelle » aura vite fait de déclencher une indignation spontanée, nous trouvons tout à fait normal, à notre époque, d’attribuer aux hommes le vocable de « mâles », sans que personne ne s’en offusque. Dans la même optique, nous jugeons tout aussi pertinent de parler de « maîtresse » pour désigner une amante, légitime ou adultère.  Si une femme vantait avec passion les mérites de son « maître », nous aurions vite fait de voir en elle la victime d’un patriarcat oppresseur et décadent.

Force est de constater qu’à l’époque d’internet et de l’énergie éolienne, nous n’avons pas réussi à dépasser un stade pour le moins animalier, dans le choix de nos mots, pour définir les rapports entre les sexes.  La maîtresse peut en toute quiétude promener son beau mâle dans notre charmante province. Le Québec est exemplaire, paraît-il, dans la lutte aux stéréotypes.

Les métaphores douteuses ne s’arrêtent pas là.  Qui n’a jamais entendu une femme ayant renoué avec une ancienne flamme confier qu’elle l’a « repris ».  On imagine presque madame allant chercher son mâle chez le vétérinaire, après son toilettage du printemps.  Dans un tel cas de figure, l’expression  « reprendre le collier » pourrait revêtir, pour la gent masculine, un sens aussi inusité qu’impromptu.

Nos voisins du Sud peinent aussi à percevoir les hommes comme des personnes.  Il y a quelques années, une psychologue américaine publiait un bouquin sur la psychologie masculine où elle décrétait que si, comme chacun sait, les hommes laissent traîner leurs bas et sous-vêtements usagés à travers le salon ou tout autre espace communautaire, c’est à seule fin de marquer leur territoire et d’éloigner tout mâle rival susceptible de convoiter leur femme ou leur maîtresse. 

Nul ne sait si cette « spécialiste » a écrit son livre sous l’influence de psychotropes légaux ou illicites, ni si elle a suivi depuis une thérapie, qu’importe la nature.  Nous ne pouvons que fortement lui recommander cette dernière avenue.

Alors que l’homme whippet semble une piètre alternative aux hommes roses, métrosexuels ou autres übersexuels, surgis de l’imaginaire survolté de grandes prêtresses d’un jour, une évolution du langage respectant la personne masculine devient plus que jamais une perspective digne d’intérêt.

21 mai 2007 

Ce Rétrolivier est paru dans Cyberpresse du 22 mai 2007, dans Le Nouvelliste, édition week-end, du 26-27 mai 2007 et dans La Presse, section À votre tour, du 9 juin 2007.

mardi 29 décembre 2009

Les préjudices d’une « sensibilisation »

Selon une étude récente, réalisée par des chercheurs en sexologie de l’UQÀM, ce n’est pas parce que des adolescentes portent des vêtements émoustillants que nos jeunes se vautrent dans la luxure. Ce document, intitulé La sexualité des jeunes Québécois et Canadiens : regard critique sur le concept d’ « hypersexualisation », entend déboulonner certains mythes en pleine expansion. 

Les auteurs affirment que la moitié des jeunes attend ses 18 ans ou davantage avant un premier rapport sexuel et qu’à peine 30 % d’entre eux vivent cette expérience avant 17 ans.  C’est à se demander qui, des adolescents ou de certains sexologues, professeurs d’université ou féministes, s’échauffe le plus les sangs avec l’hypersexualisation.  Pendant que ces protecteurs des vertus juvéniles, dont le discours évoque celui du clergé des années 40, croient que le sexe dénature les amours adolescentes, 85 % des filles et 83 % des garçons expérimentent leur première relation sexuelle alors qu’ils sont en couple et amoureux.  Il s’agirait même de 10 % de mieux qu’il y a 10 ans.  Faudra se faire une raison…

Si au moins la « sensibilisation » sur l’hypersexualisation se contentait de frapper à côté de la plaque sans dommages collatéraux, on pourrait toujours laisser courir. Ce discours dogmatique risque hélas d’atteindre l’effet inverse de celui qu’il prétend rechercher.  Selon Martin Blais, auteur principal de l’étude de l’UQÀM, des jeunes se croiront « niaiseux » et sexuellement attardés au contact de cette conception biaisée puisque, penseront-ils à tort, tout le monde a des rapports sexuels, sauf eux.  Des pressions sociales de conformité à des standards qui n’existent que dans l’esprit d’oracles évangélisateurs pourraient les pousser à vivre des expériences qu’ils ne désirent pas réellement.

Vincent Paris, professeur en sociologie, dénonce également cette vision qu’il n’hésite pas à qualifier de culpabilisante et de stigmatisante à cause des comportements sexuels extrêmes et minoritaires qu’elle attribue au plus grand nombre.  C’est ainsi que des ados sans malice se voient apposés l’étiquette d’hypersexués, pour ne pas dire de déviants, par leurs camarades ou même leurs enseignants, à la suite d’un assaut de « sensibilisation » dans les écoles. D’autres, une fois « conscientisés », en viendront à confondre des pulsions sexuelles légitimes et saines envers leur partenaire amoureux avec une attaque d’hypersexualisation corruptrice, à l’instar d’épouses et de mères du temps jadis pour qui le plaisir était source de péché, voire de damnation éternelle.

« Il y a un écart entre les propos qu’on entend dans les médias et ce qu’on lit dans la littérature scientifique, précise par ailleurs Martin Blais.  Même si le vêtement est parfois osé et que l’accès à la pornographie est facile, les scénarios sexuels des jeunes ont très peu changé. »  Il n’existerait donc pas de rapport aussi étroit entre l’hypersexualisation des médias, phénomène incontestable, et la sexualité des adolescents à proprement parler, qui sont loin d’être aussi influençables que d’aucuns le prétendent.

C’est par le cliché de jeunes irresponsables qu’il propage, que le discours victimaire et infantilisant sur l’hypersexualisation cause le plus de préjudices.  Si les ténors de cette approche décident de privilégier le mieux-être des jeunes sur leur prestige personnel et le son de leur propre voix, ils pourront, à la lecture de l’étude de l’UQÀM, réviser leurs positions et relativiser leur propos.  Ce serait la moindre des courtoisies envers nos adultes de demain.

Également paru dans Le Soleil du 1er janvier 2010.

lundi 28 décembre 2009

Un maire et ses fantômes

Le moins qu’on puisse dire de l’actualité trifluvienne, c’est que la morosité des conseillers isolés et d’un grand nombre de citoyens a cédé le pas à un bras de fer qui promet de raviver un intérêt jadis amoindri par l’autorité d’un maire aussi dynamique qu’égocentrique.  L’arrivée en renfort de quatre nouveaux conseillers, peu enclins à montrer patte blanche à Yves Lévesque, vient d’infliger à ce dernier une nouvelle rebuffade, après la fonte abrupte de sa majorité aux dernières élections. 


Notre maire aura beau traiter d’hypocrites ceux que l’on surnomme désormais le groupe des sept pour n’avoir pas, dit-il, affiché leur désaccord lors du lac à l’épaule sur le budget 2010, l’accueil dithyrambique que la population leur a prodigué, lors de la séance du 24 décembre, relevait presque de la consécration.  Même si le budget a été adopté, moyennant une concession mineure accordée à Yves Landry, qui a vu la hausse des comptes de taxes ramenée à 2,9 %, le résultat du vote avait des relents de victoire amère pour le premier magistrat, accueilli dès son arrivée par des huées anticipatrices. 

Il aurait fallu être bien naïf pour ne pas prévoir l’issue du vote, après l’autre séance ordonnée la veille par les sept, annulée, faute de quorum, en raison de l’absence du maire et de ses conseillers disciplinés, peu portés sur la clarté budgétaire.  De là à conclure que les absents détenaient de leur mentor des informations privilégiées, donc non transmises aux « dissidents », il n’y a qu’un pas que la conseillère Sylvie Tardif n’a pas hésité à franchir. 

Les contribuables qui ont voté pour ces neuf fantômes peuvent légitimement se demander si leurs conseillers les représentent judicieusement ou s’ils se cantonnent mollement dans le rôle de satellites idolâtres d’un magistrat qui entend toujours régner sans partage, comme si les dernières élections n’avaient jamais eu lieu.  Les désistements de dernière heure de René Goyette et de Guy Daigle de la séance du 23 décembre pour des motifs volatiles évoquent davantage un retour au bercail de brebis égarées que le choix libre et résolu de conseillers responsables.

En plus du manque de transparence de l’exercice budgétaire, la question litigieuse de l’amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent et la création aussi précipitée qu’inexpliquée de sa corporation aux coûts de 200 000 $ restent par-dessus tout en travers de la gorge de nombreux citoyens.  Le souvenir du référendum abandonné sur le règlement d’emprunt de 16,775 M $, malgré un nombre record de signataires en exigeant la tenue, est resté dans les mémoires.

Les sept devront plus que jamais continuer à faire front ensemble et exprimer, chacun à sa façon et selon son expérience, des points de vue qui rejoignent la population qui, à n’en pas douter, découvre enfin en eux des porte-parole de leurs préoccupations immédiates, après une traversée du désert.  Leur présent mandat, comme celui de leurs opposants, ne fait que commencer.  Il leur faudra plus que jamais maintenir la pression sur le maire et ses acolytes s’ils veulent que la dynamique de sclérose en place qui mine l’exercice d’une saine démocratie soit enrayée.

Si la bataille du budget a été perdue de peu, celle de l’opinion publique marque des points, de quoi consolider l’impact de cette nouvelle opposition.  La nomination d’un vérificateur général impartial pourrait bien représenter un prochain enjeu décisif, en réponse aux dérobades budgétaires du maire.  Voilà qui annonce de l’action au conseil municipal…


Également paru dans Le Nouvelliste, édition week-end, du 9-10 janvier 2009.

jeudi 24 décembre 2009

Portrait d’un contre-séducteur

Dans la tâche délicate d’un père soucieux d'amener son garçon à devenir un homme épanoui, autonome et responsable, la chatouilleuse question des rapports avec l’autre sexe s’impose parfois plus vite qu’anticipée.  Est-ce le fait d’avoir grandi dans un quartier où les gars monopolisaient la ruelle, ou d’avoir passé mon primaire et mon secondaire dans des écoles de garçons ?  Je dois confesser bien humblement ma stupeur, une fois devenu père, devant la rapidité avec laquelle l’attirance entre les sexes se manifeste.  Dans le souci de préserver les réputations, et les susceptibilités légitimes, je précise d’emblée que tous les noms cités plus bas sont fictifs.


Le jour même du baptême, communautaire, de Jérémie, sa petite voisine de promotion tentait déjà d’adresser quelques vaines risettes à ce futur indépendant congénital.  L’indifférence apparente de mon rejeton pouvait alors s’expliquer par la distraction de se retrouver parachuté dans une vaste église, entouré d’une pléthore d’inconnus, les yeux rivés sur lui. 

Les choses évoluèrent toutefois vers ses trois ans, à l’âge si déterminant de la socialisation.  Un jour que je faisais l’épicerie avec lui assis dans le chariot, nous croisâmes une mignonne fillette du même âge, pareillement installée, qui lui adressa un grand sourire en lui envoyant la main.  Jérémie répondit négligemment, comme absorbé par de prenantes considérations lorsque, au détour de l’allée, ce mur de détachement apparent s’abattit subitement.  « Papa, c’est Mylène Dupré !  Elle vient au service de garde ! » claironna-t-il, avec une effervescence que je ne lui connaissait pas.  En voilà un qui ne se jettera pas au cou du premier flirt venu, me dis-je, amusé du soudain contraste entre le Jérémie de façade et celui qui venait de se dévoiler.


Son enthousiasme fluctuait cependant selon ses conquêtes au primaire, par ailleurs toujours involontaires.  Je devais réaliser que, quoi que l’on prétende sur l’influence pernicieuse des stéréotypes sexuels galvaudés par les médias, mon garçon se retrouvait plus souvent dans la position du gibier que du chasseur.  Il y avait là de quoi inspirer de profondes méditations aux ténors les plus déclamatoires du caricatural discours homme-prédateur, femme-victime. 

Un matin, avant son départ pour l’école, je vis Jérémie mordre avec humeur dans un oignon, non sans grimacer, les yeux pleins d’eau.   « Mais que diable fais-tu là ? » demandais-je, abasourdi par cet étrange comportement.  « Je veux plus jamais que Miranda me donne des becs ! » répondit-il, excédé.  J’avais déjà pris acte de l’affection envahissante de la petite fille, taquine et exubérante, et de l’agacement non feint cette fois de mon garçon.  Le répulsif employé dut s’avérer efficace puisque je ne surpris plus aucune marque d’intérêt non désirée, ni n’en entendis parler par la suite.


Emprise grandissante

La découverte de son emprise grandissante sur le sexe opposé pouvait parfois amener mon garçon à en faire un peu trop.  Ainsi, lorsqu’il suivit, l’été de ses sept ans, des cours de natation, il subjugua  dès la première leçon sa seule condisciple, une jolie et gentille brunette.  J’en arrivais à me sentir embarrassé devant le spectacle quotidien de cette douce Natasha, accrochée aux basques d’un Jérémie outrageusement sûr de lui, feignant une insensibilité hautaine, malgré tout auto satisfaite, devant les marques d’attention, voire de vénération, de sa nouvelle admiratrice. 

Un jour cependant, sa morgue devait lui jouer un tour.  Ce matin-là, nous étions en retard.  Il n’eut pas le temps d'enfiler son maillot de bain sous ses bermudas, comme à l’accoutumée, avant de partir.  Je mis costume et serviette dans son sac de plage, puis nous arrivâmes juste à temps à la piscine municipale pour le début du cours.  Fidèle à son habitude, Natasha accourut vers son héros tandis que celui-ci, plus suffisant que jamais, baissa sans réfléchir son bermuda d’un geste majestueux, révélant pour l’occasion une réalité prématurée à une Natasha de toute évidence médusée. J’avisais prestement ma progéniture de s’habiller décemment.  Un seul parmi nous trois trouva l’incident amusant. 


Ne vous méprenez pas.  Cette belle grande fille est sa soeur...

Il fallut me rendre à l’évidence : mon garçon devenait un dangereux… tombeur.  Il n’était pas jusqu’à son enseignante de deuxième année pour nous mettre en garde, sa mère et moi, sur le ton ferme d’une lionne protectrice, contre les ravages qu’il infligeait dans les cœurs de ses consoeurs.  Allait-il devenir un facteur d’hypersexualisation des fillettes ? Après tout, il n’avait que sept ans ! 


Vous auriez répondu quoi, vous ?

Je crus bien que Jérémie allait atteindre un nouveau sommet de cruauté insouciante lors d’une visite mémorable au club vidéo.  Une nommée Angéline, autre jolie brunette aux yeux noisette, accourut vers lui avec l’expression d’une gamine prise d’une envie pressante devant une toilette barrée à double tour.  Comme précédemment avec Natasha, fiston reprit son numéro de symbole sexuel paroissial en gambadant d’un air blasé à travers les allées tandis que la fillette le suivait en trottinant avec une expression contrite.  « Il exagère ! » me dis-je cette fois encore, consterné par le manque d’empathie de Jérémie envers sa nouvelle victime.

Aussi persévérante qu’éplorée, Angéline proposa à Jérémie de voir un film avec elle, en me regardant d’un air implorant, comme si je pouvais plaider sa cause.  Je jetais un œil à mon rejeton, toujours aussi téflon, et choisis d’opter pour une attitude de non ingérence, non indifférence, chère à un ancien président français.  La fillette ne baissa pas sa garde pour autant. 

Au moment de payer mes locations, la caissière me regarda d’un air entendu en me demandant : « Prendrez-vous les trois films ? »  N’en ayant choisi que deux, je me demandais bien comment une troisième vidéo avait pu atterrir parmi les autres.  Une femme, dont je compris aussitôt qu’elle était la mère embarrassée d’Angéline, m’avoua d’un air confus qu’il s’agissait de son film.  Décidément, la gamine ne prenait pas les fanfaronnades de Jérémie pour un refus… 

Au moment de notre départ, la petite entre bailla la porte du club vidéo et lança un ultime « Salut, Jérémiiie ! » à vous fendre le cœur, devant un rejeton insupportablement indolent.  Cette fois, il avait passé les bornes !  Je sentis venu le moment d’un franc dialogue père-fils. 

« Ta copine semble t’aimer beaucoup, Jérémie, hasardais-je, une pointe de reproche dans la voix.
« Ah ! fit-il d’un air supérieurement détaché, avant d’ajouter, impitoyable : elle est avec Jonathan Labrie. »

Vous auriez répondu quoi, vous ?


Leader d’une nouvelle mouvance ?


Dieu merci, Jérémie a opté pour la concentration scientifique de son école secondaire.  À peine trois adolescentes suivent les mêmes cours que lui, de quoi mettre un bémol à la thèse de l’inexorable invasion des filles dans les domaines d’activités non traditionnels.  Les gamines de son âge vivent donc dans la tranquille inconscience de ce danger qui guette leur innocence.

Il ne faut pas pour autant chanter victoire.  De jeunes regards féminins attentifs surpris au resto ou ailleurs et la présence occasionnelle inexplicable de filles près des fenêtres extérieures de sa chambre m’indiquent que l'inéluctable pouvoir de séduction de mon garçon continue de représenter une menace pernicieuse pour le sexe opposé. 

Il semble que son magnétisme soit aussi envoûtant qu’involontaire; il est difficile d’imaginer moins entreprenant que Jérémie, véritable anti-conquérant ou contre-séducteur.  Avec lui, le principe de base en judo « un maximum d’efficacité pour un minimum d’effort » prend une signification que Jigoro Kano, inventeur de cette vénérable discipline, n’avait probablement pas envisagée. 

Au Québec où, dit-on, les hommes draguent de moins en moins, Jérémie deviendra-t-il chef de file d’une faction encore plus radicale de ce mouvement, ou plutôt, de cet immobilisme ?  Pour les adeptes de dénominations inventives et farfelues en vue de cerner l’éternel masculin, peut-être que, après l’übersexuel, le métrosexuel et le dodosexuel, mon fils inaugurera avant longtemps l’ère du flegmaticosexuel…

Ce texte constitue le septième chapitre d'un essai inédit sur la condition masculine intitulé Le Syndrome de la vache sacrée.  

jeudi 17 décembre 2009

Trio infernal et fantasmes hors limites

C’est en 2003 que Marlène Chalfoun, ex-employée du Service correctionnel, se voyait acquittée d’accusations de complot d’agression sordide sur trois de ses proches.  Elle correspondait en apparence dans ce but avec deux prédateurs sexuels dont elle était devenue la « petite Karla » et avec qui elle forma un trio infernal.   

Marlène Chalfoun
Une question s’impose à quelques esprits tatillons : un homme dans la situation de cette femme aurait-il bénéficié de la même indulgence de la cour ?  Question encore plus importante : les autorités sont-elles intervenues afin de contenir le scandale qui allait éclabousser leurs services, en soustrayant le plus possible de l’attention des médias les exploits scabreux d’une employée jusqu’ici modèle et bien notée ?  Autopsie d’une énigme criminelle et judiciaire. 

En février 2007, le tribunal d’arbitrage avait tranché : Marlène Chalfoun ne pourrait plus exercer ses fonctions d’agente de probation. L’arbitre Lyne Tousignant confirmait ainsi la décision du ministère de la Sécurité publique qui avait congédié son employée dès son incarcération en 2002.  Selon Me Tousignant, Chalfoun avait posé des gestes « incompatibles avec (ses) fonctions » en plus d’avoir rompu le lien de confiance avec son employeur et d’avoir « terni l’image du ministère et de l’administration de la justice. » 

Il n’aurait plus manqué que cette étrange femme, mesurant cinq pieds et pesant 100 livres, dont la photo avait fait la une pendant des mois, ayant bénéficié d’un acquittement aussi improbable que sensationnel, ne réussisse en prime à se voir réintégrée dans les fonctions qu’elle avait perverties.  L’affaire Chalfoun demeure à ce jour l’un des épisodes les plus troublants et les plus obscurs de notre histoire judiciaire récente, d’abord en raison des faits établis et de leurs motivations restées à ce jour ténébreuses, tout autant qu’à cause du déroulement et du dénouement surréalistes de la procédure judiciaire qui s’ensuivit. 

Le procès de la jeune femme a laissé dans les mémoires une impression de démission de la part de la Couronne et de dissimulation de la part de la Cour, malgré des faits allégués de nature à glacer le sang.  Mais pourquoi s’en faire puisque seuls des êtres humains étaient menacés ?

Le complot

Un complot d’agressions sexuelles supposé, ourdi entre juin et septembre 2002, implique à l’origine Chalfoun et Nick Paccionne, un délinquant dangereux détenu à Port-Cartier depuis 1998.  En mai 2002, Paccione annexe à leur bizarre tandem Angelo Colalillo, un ancien compagnon de bagne, plus tard arrêté en même temps que Chalfoun. Il sera désigné au procès sous le pseudonyme de Frank. L’individu se suicidera en 2006 avant la tenue de son procès pour l’agression sexuelle et le meurtre de trois jeunes filles, crimes évoqués dans sa correspondance avec Paccione et Chalfoun.  Nous n’avons donc pas affaire à un enfant de chœur et l’accusée, diplômée en criminologie et auteure d’une étude sur les délinquants dangereux, peut difficilement sous-estimer sa dangerosité.

Les lettres de Chalfoun font état d’un plan crapuleux. L’agente demande à Paccione de proposer à Colalillo de s’introduire chez sa cousine, de la violer ainsi que ses deux enfants, puis de l’éventrer en vue d’incriminer le mari.  Précisons qu’il n’est pas ici question « que » d’agression sexuelle.  Elle se dit prête à fournir l’adresse et va jusqu’à rencontrer Colalillo une première fois à son commerce.  Qu’on la juge consciente ou non de l’impact de ses gestes, l’agente de liaison dangereuse glisse peu à peu du complot vers son exécution.

L’affaire se corse lorsque Chalfoun reconnaît un portrait-robot de Colalillo dans les journaux, fourni à la suite de la déposition d’une victime qui s’était donnée pour morte après avoir été menottée, violée et étranglée en plus de voir sa chambre incendiée.  L’agente donne rendez-vous à son comparse, manifestement angoisssé, le 2 octobre, dans un café de La Salle sans se douter que l’homme est filé depuis le matin.  Une autre victime survivante l’avait en fait identifié parmi des photos de suspects.  Un policier épie leur conversation à une table voisine tandis qu’un autre filme l’entretien de l’extérieur.  Ils sont arrêtés peu après.

Chalfoun nie, lors de son interrogatoire, toute implication sérieuse dans les fantasmes sulfureux de Nick Paccione et affirme qu’elle souhaitait, par ses lettres compromettantes, mettre le détenu à l’épreuve.  Les deux étonnants correspondants s’écrivent depuis 1998.  Quatre années de test épistolaires paraissent excessives aux autorités qui refusent à l’ex-agente une libération sous caution.  

Lors d’une perquisition au domicile de Colalillo, on trouve par ailleurs du matériel pornographique d’une violence atroce montrant des femmes et des enfants torturés, violés et jusqu’à des meurtres.  Des lettres de Paccione sont également découvertes.  Le 4 octobre, c’est au tour de la cellule de ce dernier d’être passée au peigne fin : 350 lettres accablantes, impliquant aussi bien Colalillo que Chalfoun, sont découvertes.  C’est le début de la descente aux enfers du trio.

Les médias se demandent s’ils ne se trouvent pas en présence d’une nouvelle affaire Homolka.  Ces soupçons expliquent sans doute l’extrême discrétion dont les autorités entourent le procès.  Plusieurs prétendent que l’ordonnance de non-publication des lettres incriminantes répond à cet objectif.  C’est toutefois l’avocat de Colalillo, lui-même en attente de procès, qui est à l’origine de cette requête.   Le juriste disait vouloir éviter que la divulgation prématurée d’un contenu aussi compromettant ne nuise à son client.  Quoi qu’il en soit, il est certain que cette demande a dû inspirer un profond soulagement du côté du Service correctionnel et de la cour municipale de Montréal.

Le procès

Lors de sa comparution, sous le chef d’inculpation d’avoir comploté avec deux prédateurs sexuels, l’ex-agente affirme en guise de défense avoir voulu « vidanger » l’imaginaire meurtrier de Paccione par des « histoires totalement fictives. » Autant éteindre un feu de foyer en incendiant le chalet. Elle ajoute avoir voulu – cette fois encore – « tester Frankie », alias Colalillo, qui le fascine.  S’agit-il d’un prédateur sexuel, d’un simple pervers ou d’un futur auteur à succès ? 

Cette curieuse fascination a déjà de quoi faire sourciller le magistrat le plus apathique, quand l’accusée avoue elle-même fantasmer à partir de son ex-conjoint, de la fille de celui-ci ou de sa cousine.  Cette fois, on passe de la « simple » étude de mœurs à l’aveu de fantasmes pour le moins équivoques, dont la nature reste obscure.  Pour tout arranger, l’ex-agente se dit « à la recherche de nouveaux hommes, de nouveaux amants, de nouvelles aventures menant à des orgies. »  On peut se demander à quel type d’orgie elle fait ici allusion.  La Couronne ne nous éclairera pas plus sur ces points précis.

Alors que Chalfoun répond pendant plusieurs jours aux seules questions de son avocat, le procureur de la Couronne, Me Louis Miville-Deschênes, ne procède étrangement à aucun contre-interrogatoire, et ne présente pas plus de contre-preuve.  Y a-il un pilote dans l’avion ?  L’attitude de l’avocat en interloque plus d’un, autant parmi les observateurs, les journalistes que chez les membres du barreau. Miville-Deschênes ne s’objecte pas davantage à l’ordonnance de non-publication de la correspondance incriminante.  La quête de la vérité ne semble pas sa tasse de thé dans cette affaire...

De son côté, la défense plaide, en s’appuyant sur l’avis du psychiatre Louis Morissette, que l’accusée ne voulait que fantasmer et créer des histoires macabres en vue de satisfaire l’imaginaire maladif de Paccione.  Bref, selon Morissette, la femme n’est nullement agressive, ni impulsive et encore moins dangereuse.  Ce psychiatre, témoin expert de nombreux procès, a par la suite jugé que Karla Homolka ne représentait aucun danger pour le société avant de se voir récemment accusé de parjure et d’entrave à la justice dans le procès de Francis Proulx.  

Louis Morissette, psychiatre.
Devant l’avis de ce médecin, alors crédible, et la nonchalance de Miville-Deschêsnes, la juge Micheline Corbeil-Laramée décidera d’acquitter l’accusée, à la stupeur générale.  La juge estime, contre toute attente, que « la correspondance échangée avec les deux hommes ne constituait pas un véritable complot, mais se situait plutôt dans la zone de fantasmes d’une femme ayant d’importantes carences affectives ».  Il faut se pincer fortement pour croire qu’un tel verdict ait pu être rendu…

Juge Micheline Corbeil-Laramée
Philippe Riboty, écrivain alors enseignant en psychologie, s’est exprimé comme suit sur le verdict dans La Presse du 25 novembre 2003 : « Sa libération (de Chalfoun) s’appuie sur une expertise médicale pour le moins surprenante qui la décrit comme une personne ne souffrant d’aucune pathologie, qui n’est pas dangereuse et qui a, tout au plus, des fantasmes malsains. Ce verdict est d’autant plus inquiétant que la Couronne n’a exigé aucune contre-expertise alors que, si tel avait été le cas, elle aurait pu obtenir un diagnostic diamétralement opposé se résumant comme suit : l’accusée est une sadique sexuelle de type paraphilie atypique, suicidaire, dangereuse et souffrant d’un trouble de personnalité mixte assorti d’un acting-out en évolution graduelle nécessitant un suivi psychologique. »  En français courant : un avenir incertain comme dame de compagnie.
Il n’est pas téméraire de présumer qu’une contre-expertise de ce genre, si elle avait été produite par la Couronne, aurait pu influencer le cours du procès comme son dénouement.  Il n’est pas invraisemblable non plus de croire que d’autres avis de spécialistes, allant dans le même sens, auraient pu être débusqués, même pour un homme de loi moins expérimenté que Miville-Deschênes.

Comme s’il ne s’était pas assez traîné les pieds, le procureur, après avoir pourtant reconnu que Chalfoun ne pouvait ignorer le risque de crimes graves, avoue candidement qu’ il n’est « pas déçu » du verdict et qu’il n’en appellera « probablement pas. »  Vous avez bien lu.  Que déduire d’une telle attitude, devant une cause apparemment gagnée d’avance ?  C’est comme si Marlène Chalfoun avait remporté son procès par défaut. 

Questions sans réponses

En plus de semer le doute sur l’intégrité du processus judiciaire, l’indolence de la Couronne et la volonté manifeste de la Justice de minimiser le plus possible, voire d’étouffer cette affaire par un verdict singulier, n’a certes pas permis d’aller au fond des choses et de connaître avec certitude les motivations profondes de l’accusée.

On frémit à l’idée des conséquences, si Colalillo avait pu entrer en contact avec les victimes désignées. La jeune femme méditait-elle une vengeance réelle envers ses proches ? Était-elle plutôt animée, comme le suppose Riboty, par un instinct sadique sexuel ?  Se peut-il enfin qu’elle n’ait vécu son complot, comme l’affirmait la défense, que comme un fantasme à effets spéciaux sans réellement souhaiter sa réalisation ?  Nous n’aurons probablement jamais de réponses définitives à ces questions.

Nul doute que la complaisance du système à l’égard de l’ex-agente n’a eu d’égale que l’aversion et la réprobation générales inspirées par les événements sordides qui ont mené au procès.  Quelle conclusion contrastante d’avec les erreurs judiciaires qui ont accablé des citoyens sans reproche comme Simon Marshall, Harold Bouchard, Michel Dumont ou Fernand Halde, pour ne nommer que ceux-là.[1]

Possiblement avantagée par son sexe, Marlène Chalfoun a pu bénéficer d’une indulgence injustifiée que des hommes, cités à procès pour des crimes identiques, n’auraient pu revendiquer.  Il est cependant plus probable que les autorités judiciaires aient préféré éviter ou minimiser un scandale qui aurait pu prendre une dimension planétaire, si les lettres avaient été divulguées.  Il est tout autant plausible que leur médiatisation auraient rendu encore plus difficile l’acquittement qui allait représenter l’aboutissement de cette trop perceptible opération de damage control.    

Bref, pour aller au fond des choses, il fallait enjamber deux vaches sacrées : une femme accusée d’un crime crapuleux, mais surtout, la probité apparente de notre système carcéral et de ses agents.  Il s’agissait d’une tâche apparemment insurmontable.  Une telle saga n’est pas sans ressusciter le vieux dicton voulant que si les bonnes filles vont au ciel, de moins bonnes, elles, vont partout… Ou peu s’en faut  !

Bibliographie : articles de Cyberpresse et du Journal de Montréal.
Ce texte constitue le sixième chapitre d’un essai inédit dont je suis l’auteur.  Il s’intitule Le syndrome de la vache sacrée.

[1] Voir dans ce blog : De véritables fausses allégations…

samedi 12 décembre 2009

Hypersexualisation : que la faute aux médias ?

L’hypersexualisation fait toujours la manchette.  Au printemps dernier, un colloque sur le sujet s’était tenu en Mauricie dans le cadre de la journée internationale de la femme.  L’influence pernicieuse de la publicité sur la perception qu’ont les femmes de leur corps avait été à nouveau dénoncée.  Si certains exemples évoqués pour l’occasion semblaient inédits, le propos général sur le sujet restait le même que celui véhiculé par le mouvement féministe depuis plus de 40 ans.

De son côté, le Conseil du statut de la femme s’était fait copieusement rabrouer, l’an dernier, après avoir rendu public un avis sur l’hypersexualisation.  Nos jeunes filles y étaient dépeintes comme des êtres fragiles, parfois au point de distribuer des faveurs sexuelles à qui les sollicite, en vue de faciliter leur intégration dans leur milieu social ou scolaire.  Bien sûr, les médias, la publicité et Internet, tous mis sur le même pied, étaient à nouveau pointés du doigt, pour l’influence diabolique qu’ils exerçaient sur ces victimes, apparemment dénuées d’autonomie de pensée.

De nombreuses voix, notamment d’intervenants en psychologie et en sexologie, avaient dénoncé le discours du Conseil, jugé alarmiste et infantilisant.  On alléguait, entre autres, que ces préceptes niaient la réalité que les jeunes filles, êtres sexués capables d’esprit de décision, pouvaient vouloir vivre leur sexualité selon leurs propres bases, et non toujours celles des gars.

Pour qui a élevé une adolescente selon des valeurs de respect de soi et de libre-arbitre, il est difficile de concevoir sa métamorphose subite en fragile roseau emporté par un tourbillon médiatique de perdition.  Quand une jeune fille se comporte comme certaines féministes disent le redouter, le problème vient plus probablement d’un milieu familial ou social dysfonctionnel.  Soustraire l’adolescente à toute influence médiatique s’avèrera alors aussi efficace qu’un sirop pour soigner une jambe cassée.  Le problème, autrement plus sérieux, est ailleurs et les moyens de le régler, plus complexes.

Le discours victimaire sur l’hypersexualisation s’étend même depuis peu aux femmes adultes qui, pour les mêmes raisons que leurs cadettes, seraient de plus en plus incapables de déterminer si elles consentent à des rapports sexuels parce qu’elles le désirent ou parce qu’elles seraient victimes de stéréotypes.  Sous prétexte de défendre leur cause, n’en a-t-on pas assez de présenter systématiquement les femmes, même une fois majeures et vaccinées, comme des êtres confus et indécis ? 

Rendues à la quarantaine, elles auraient de la difficulté à vieillir à cause des représentations omniprésentes de femmes parfaites.  Faudrait-il les enfermer dans un placard pour leur protection ?  Bien avant l’avènement des médias électroniques, le vieillissement, tant pour les femmes que pour les hommes, a toujours comporté son lot d’obstacles.  Il n’est pas téméraire de présumer que nos femmes quadragénaires détiennent en elles les ressources nécessaires au maintien de leur estime personnelle et ce, selon des critères plus élevés et durables que des images de séduction, somme toute assez futiles.  Les changements les plus significatifs viennent toujours de l’intérieur. 

Devrions-nous pour autant mettre au rancart jusqu’au terme d’hypersexualisation ?  Plus qu’une problématique strictement féminine, ce phénomène touche d’abord nos jeunes, filles aussi bien que garçons, précisons-le, qui ne reçoivent plus de cours d’éducation sexuelle à proprement parler et se rabattent trop facilement sur les représentations irréalistes d’Internet pour les initier à la sexualité.  Par son côté faussement éducatif, l’impact de ce média précis, plus que ceux de la publicité et des médias traditionnels, est à prendre en compte, sans le dramatiser.  Une meilleure écoute parentale et des cours d’éducation sexuelle adaptés aux questions des jeunes pourraient déjà faire une différence.

mercredi 9 décembre 2009

Les enfants de nulle part

Ce n’est pas d’hier que les enfants ont la vie dure.  Violence familiale, infanticide, taxage, hyper-sexualisation, pédophilie et trafic d’être humains se disputent trop souvent la vedette des faits divers.  Il existe pourtant des drames plus discrets, en apparence anodins, qui s’insinuent dans le quotidien de certains enfants qui, s’ils ne revêtent pas le caractère tragique des exemples précédents, n’en méritent pas moins toute notre attention.


Un jour, votre progéniture amènera peut-être un de ces gamins chez vous, si tel n’a pas déjà été le cas.  Contrairement à d’autres qui, sitôt arrivés, courent jouer avec votre enfant en vous saluant distraitement, celui-ci s’arrêtera pour vous parler.  Il vous manifestera un intérêt aussi sincère que spontané, à la mesure de celui qu’il souhaitera susciter en vous.  Il vous donnera ce qu’il espère implicitement recevoir : de l’attention, de la considération, une reconnaissance de son vécu.

En parlant avec lui, vous ne tarderez pas à entrevoir le sentiment d’abandon qui se profile par moment derrière son sourire enjoué, comme si ses parents habitaient une dimension parallèle qui ne recoupe pas assez souvent la sienne.  Il s’agit pourtant le plus souvent de braves gens, en couple ou séparés, aux prises, comme tout le monde, avec les contraintes de la vie adulte.  Devraient-ils communiquer davantage ce qu’ils vivent avec leur enfant ?  Sont-ils trop distraits par leurs soucis pour l’écouter adéquatement ? 

Difficile de répondre à ces questions sans risquer un jugement de valeurs.  Tant d’interprétations, toutes aussi plausibles les unes que les autres, peuvent se voir balayées à l’examen des faits.  Et les faits, c’est trop souvent ce qui nous manque pour une juste vue d’ensemble du quotidien familial de l’enfant.

Si vous prenez le temps de l’écouter ne serait-ce que deux minutes, après sa dernière joute de game cube avec votre gamin ou avant le plus récent dvd en vogue, il trouvera pendant ce court instant un réconfort momentané.  Votre foyer deviendra pour lui un havre où il connaîtra un peu de la vie familiale qui semble lui faire défaut.

Pour un seul de ces « nowhere kids » que nous croisons parfois, combien peut-il y en avoir, en mal d’attention parentale, en quête plus ou moins consciente d’une famille d’adoption ?   Que faire pour adoucir leur quotidien ?  À l’évidence, personne ne peut se substituer à un père, ni à une mère. 

Que ce soit à l’adolescence ou à l’âge adulte, l’enfant demandera probablement des comptes à ses géniteurs.  Peut-être pourra-t-il enfin s’en rapprocher ?  Chose certaine, il devra lui-même apprendre à gérer ses rapports avec eux et les sentiments ou les émotions qui en découleront.  Là non plus, impossible de se substituer à qui que ce soit.

Si vous connaissez un enfant de nulle part, n’hésitez pas à lui accorder de votre attention.  Vous en retirerez peut-être encore plus de satisfaction que lui.  À défaut de solutionner ses problèmes, vous l’aiderez, dans la mesure de vos possibilités et de vos disponibilités,  à se sentir reconnu en tant  que personne.  C’est parfois suffisant pour en devenir une. 

28 juin 2007

 Ce Rétrolivier est paru dans Cyberpresse du 29 juin 2007, Le Soleil du 7 juillet 2007 et dans La Presse, rubrique À votre tour.

dimanche 6 décembre 2009

Pitié pour les chasseurs !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les conservateurs ont élevé à un rare degré l’art de perdre leur temps à éroder des acquis sociaux. Après avoir tenté d’invalider le mariage homosexuel, menacé le droit à l’avortement, renié Kyoto, déclenché des élections au mépris de leur loi électorale, perdu la majorité convoitée par leurs coupes à la culture, en plus de s’opposer pathologiquement au rapatriement d’Omar Kadr, les voilà encore en train de vouloir abolir le registre des armes à feu.  Ils cherchent ainsi à satisfaire un électorat fidélisé : des chasseurs et une partie du monde rural.  Comment intéresser nos élus dilettantes à de vraies préoccupations étatiques ?


Quand votre dentiste vous signale une carie, vous la faites obturer.  Si votre garagiste vous prévient que vos freins sont usés, vous les faites changer.  Votre médecin vous dit que vous devez perdre du poids, vous… tentez de l’écouter.   Quand les associations policières de tout le pays, une pléthore d’organismes communautaires et même l’Assemblée nationale du Québec revendiquent le maintien du registre, peut-être existe-t-il là quelque indice d’une idée valable ? 

Il semble que le souci d’épargner d’anodines tracasseries bureaucratiques aux chasseurs soit devenu un enjeu politique si sensible pour Stephen Harper qu’il lui faille mettre en jeu - ou en joue - la sécurité des citoyens en privant les policiers d’un outil de prévention qu’ils jugent indispensable.  Ceux-ci affirment le consulter plus de 10 000 fois par jour, mais peut-être aiment-ils eux aussi perdre du temps ?  Quoiqu’il en soit, le nombre de décès par balles est passé de 1125 par an en 1995 à 818, dix ans plus tard.  Le registre explique-t-il à lui seul cette baisse ?  Peut-être pas, mais on peut douter qu’il ne s’agisse que d’une coïncidence.

Lancée sous Jean Chrétien, l’implantation du registre, aux coûts de 2 milliards $, aurait certes pu être moins onéreuse.  Son opération annuelle ne s’élève désormais qu’à 15 millions $.  Il semble que c’est plutôt l’abolition de cet outil, et non son maintien, qui entraînerait le gaspillage des milliards investis pour sa création.  Maintenant qu’il est viable, pourquoi le contribuable n’en aurait-il pas pour sa mise de fonds ?

Les armes de chasse, au nombre de huit millions, représentent 89 % des objets enregistrés.  Elles constituent la raison d’être même du registre. Or, c’est précisément ces armes que les conservateurs cherchent obsessionnellement à exempter.  Depuis 2006, ils ont imposé une amnistie irresponsable à l’enregistrement comme au renouvellement des objets litigieux.  On ignore donc combien d’armes ont pu ainsi échapper à l'archivage.  La GRC affirme de son côté, chiffres à l’appui, que le tiers des permis échus n’a pas été renouvelé.

Un agresseur peut bien sûr tuer avec un couteau à steak ou même un marteau sans qu’un registre de ces articles ne soit nécessaire. Comment peut-on cependant autoriser la libre circulation d’armes dont la fonction première est de supprimer des vies, fussent-elles animales, sans connaître le nombre, les catégories et surtout, les propriétaires de tels articles ?  Les balles de chasse se dissoudraient-elles au contact de l’épiderme humain ?

Le projet de loi C-391, qui a franchi l’étape de la seconde lecture, pourrait avant longtemps signer l’arrêt de mort du registre.  Que représente toutefois la sécurité des citoyens, devant l’indicible horreur de voir un chasseur obligé de renouveler son permis tous les cinq ans…


Également paru dans Le Nouvelliste du 12 décembre 2009 et dans Le Soleil du 14 décembre 2009.

jeudi 3 décembre 2009

De véritables fausses allégations…

Les fausses allégations demeurent aujourd’hui encore un sujet hautement controversé. Calamité qui s’abat sur un trop grand nombre d’hommes, disent certains, supercherie montée de toutes pièces, répliquent des groupes de femmes radicaux. Qui dit vrai ? 


Un sujet controversé... et étouffé.
Partant du fait que les situations vécues sont parfois plus éloquentes que les statistiques (rares, par ailleurs, sur ce sujet tabou), le présent chapitre passe en revue plusieurs cas médiatisés de fausses allégations, qui démontrent que ce phénomène comporte des motivations diverses, selon les personnes accusatrices (en majorité de sexe féminin) et des impacts néfastes d’intensité variable atteignant les personnes accusées (en majorité de sexe masculin). 



À cette problématique s’ajoute la trop fréquente incurie de nos services policiers et de nos tribunaux, dont les cas de Michel Dumont et de Simon Marshall demeurent les exemples les plus connus. L’affaire Marshall, de son côté, a ceci de particulier que c’est la victime elle-même, une personne handicapée, qui fut amenée à s’incriminer par un enquêteur manipulateur et sans scrupule. Pour peu représentatif que son cas puisse paraître, l’homme n’en a pas moins été incarcéré sous de fausses représentations. 


Il n’est pas jusqu’au pouvoir politique qui alimente à sa façon la problématique des fausses allégations. Le ministère de la Condition féminine n’a pas hésité à affirmer, en 2008, lors d’une campagne médiatique inflationniste déplorable, qu’une femme sur trois sera un jour victime d’agression sexuelle. Combien savent que ce chiffre de Statistique Canada ne représentait en fait que le résultat… d’un sondage téléphonique grand public et ne constituait en rien une statistique réelle ? Peut-on vraiment concevoir que la ministre Christine St-Pierre, ancienne journaliste d’expérience à la SRC, n’ait su faire la différence entre une statistique et un sondage aux résultats aussi subjectifs qu’irréalistes ? Des ministres ont démissionné pour des mystifications moins grossières. 

L’enfer est donc pavé de bonnes, comme de moins louables intentions. Il est trop commode d’invoquer la préoccupation inaltérable de sévir avec fermeté contre les agressions sexuelles. Nul n’a le droit de faire si bon marché de l’intégrité et de la dignité morales et physiques d’hommes honnêtes dont l’avenir social, familial et professionnel bascule. Accuser sans fondement, c’est également agresser d’une façon aussi pernicieuse que condamnable. 

Fausses allégations, vrais perdants 

Michel Dumont
Si le drame vécu par Nathalie Simard met de l’avant la nécessité pour une victime de dénoncer son agresseur, celui de Michel Dumont, accusé à tort de violence sexuelle, exprime les ravages des fausses allégations. L’homme a purgé 34 mois de prison malgré les démentis répétés de son accusatrice. Son cas prouve que de fausses allégations peuvent aussi être formulées de bonne foi, comme l’a démontré cette femme, vraisemblablement agressée, mais par un autre. L’impact de ses allégations sincères mais erronées s’est révélé aussi dévastateur pour Dumont que si celles-ci avaient été mensongères. Cet homme en subit encore aujourd’hui les conséquences. 

Malgré un solide alibi et l’absence des tatouages décrits par la victime, la juge Céline Pelletier avait tout de même rendu un verdict de culpabilité en 1991. Bien qu’il ait été blanchi en 2001 d’accusations d’agression sexuelle par trois juges de la cour d’appel du Québec, Michel Dumont s’est toujours vu refuser toute indemnisation des gouver nements péquiste et libéral. 

Vengeance et syndrome de Muchausen 

Michel St-Yves, psychologue judiciaire d’expérience à la Sûreté du Québec, spécialiste des techniques d’interrogatoires policiers et chercheur, déclarait le 20 décembre 2004 dans le Soleil que de 30 à 40 % des allégations d’abus ou d’agressions sexuelles étaient sans fondement. Rien de moins. Elles résultent pour la plupart selon lui d’un désir de vengeance ou d’une volonté de capter l’attention. 

Ce pourcentage regroupe des femmes adultes, dont certaines se blessent volontairement pour appuyer leurs dires (voir le cas rendu public dans Le Soleil, à la section suivante), et des enfants manipulés dans le cadre de conflits parentaux pour en obtenir la garde. Esther Després, intervenante au Centre jeunesse de Québec, affirmait à cet égard que les situations de fausses accusations lui donnaient plus de travail que les cas réels d’abus. 

Michel St-Yves
St-Yves précisait par ailleurs que, si certaines femmes cherchent à se venger d’un homme pour des raisons émotionnelles, d’autres sont atteintes d’une pathologie appelée syndrome de Munchausen. Ces personnes, qui regroupent notamment des plaignantes chroniques connues des services policiers, tentent l’impossible pour attirer l’attention du système médical et social ainsi que de leur entourage. La jeune femme qui avait accusé en 2004 le chanteur Éric Lapointe de violence conjugale, sans même le connaître, correspond tout à fait à ce profil. 

Si les victimes de fausses allégations traversent parfois un véritable enfer en vue de prouver leur innocence, des femmes et des enfants vraiment maltraités risquent de se heurter quant à eux à une réserve accrue de la part des services policiers, d’intervenants sociaux ou du milieu judiciaire. Leur sécurité, déjà précaire même quand ils sont pris au sérieux, s’en trouve compromise. De façon directe ou indirecte, les fausses allégations ne font que de vrais perdants. 

Voir ce lien, pour plus d'informations par Michel St-Yves sur le phénomène des fausses allégations : 

Des chasses à l’homme 

Un soir d’octobre 2006, une femme signale le 911 pour se plaindre de violence conjugale. Des policiers interpellent le conjoint à l’entrée du domicile, à Petite-Rivière-Sant-François, dans Charlevoix. Imperturbable, l’homme, qui avait dissimulé une caméra, leur montre une vidéo de la dispute. Les agents identifient clairement la femme, en train de se frapper. Elle est aussitôt arrêtée. « On la voit crier, on la voit avec un couteau… En aucun moment il ne la touche », précisera Richard Gagné, porte-parole de la Sûreté du Québec, dans Le Soleil du 28 octobre 2006. L’ingéniosité de l’homme faussement accusé lui aura épargné une erreur judiciaire. 

Se voir innocenter n’est pas toujours aussi simple, comme le révèle un récit paru dans La Presse du 24 septembre 2007. On y apprend l’histoire de « P », accusé en 2001 par sa fille de l’avoir agressée pendant 10 ans, entre ses six et 16 ans. À deux reprises, la jeune femme avait porté d’autres plaintes pour viol. En 1992, elle affirmait avoir été agressée par un individu qui s’était soi-disant introduit la nuit dans la maison familiale. Le lendemain, elle retirait sa plainte. En 2002, un an après avoir accusé son père, elle avait remis ça contre un autre homme. L’affaire n’eut aucune suite. 

Ces deux épisodes intrigants, qui évoquaient fortement le syndrome de Munchausen, ont été délibérément ignorés par la juge Ellen Paré en 2005, au cours d’un procès qui n’opposait que deux témoins : le père et sa fille. Aucun autre parent, ami, collègue ou expert n’était venu confronter les affirmations de la jeune femme. Arbitrairement, et sans plus de faits à l’analyse, la juge devait valider sans réserve la version de la plaignante. L’homme fut condamné à quatre ans de pénitencier. 

Ce verdict a été cassé en 2007, sans autre forme de procès, pouvons-nous dire, par la juge Louise Otis. Les éléments de preuve lui ont paru si subjectifs et partiaux que la magistrate, refusant même la tenue d’un nouveau procès, acquitta le père calomnié. 

La caméra, bientôt arme d'auto-défense ?
Cette histoire a de quoi glacer le sang. Il semble que, dans son désir d’afficher une tolérance zéro aux crimes sexuels, notre système aille jusqu’à épingler le premier venu, comme au temps de l’Inquisition, même lorsque aucun délit n’a été perpétré. Il faudra que, tout en maintenant la plus extrême rigueur envers les agressions sexuelles bien réelles, notre justice fasse preuve d’une plus grande circonspection. Dans le cas contraire, aucun honnête homme ne pourra vivre sans caméra… 

Une parodie de justice 

Si une caméra a sauvé d’une peine injustifiée un honnête citoyen, c’est un appareil-photo qui aura causé la perte d’un père de Sorel-Tracy, injustement condamné, le 16 novembre 2006, pour possession de matériel de pornographie enfantine. Le pauvre homme avait un instant conservé des photos osées que ses fils, alors âgés de sept, dix et douze ans, avaient prises d’eux-mêmes et ce, dans le but de les sermonner. Il n’en fallait pas moins pour que son destin bascule, après que son ex-conjointe l’eut traîné en justice pour production de pornographie enfantine. 

Le juge Ronald Dudemaine, cité dans Le Journal de Montréal du 17 novembre 2006, admettait qu’on lui avait démontré que les enfants, et non le père, étaient bel et bien les auteurs des photos. Le hic, précisait-il, c’est que la loi n’accorde aucun délai pour la possession de matériel de pornographie enfantine. L’accusé ayant reconnu avoir détenu les photos, même temporairement, il devait se voir automatiquement condamné. C’est aussi arbitraire et absurde que ça en a l’air. Qui a dit que la franchise payait ? 


Le juge n’avait pas retenu toutefois l’extrême divergence qui opposait à l’origine la Couronne et la défense sur le nombre et la nature des photographies saisies lors de perquisitions. Selon les Hebdos montérégiens du 13 août 2005, la Couronne clamait qu’il s´agissait de 1500 à 1700 photos d’une multitude d’enfants, dont ceux de l’accusé ! Pour la défense, ce nombre ne dépassait pas 17 photographies… 



Que les accusations écrasantes de la Couronne aient été abandonnées, il y a de quoi s’interroger. A-t-on protégé un coupable, après l’avoir traîné impitoyablement dans la boue ? Peu vraisemblable. A-t-on plutôt couvert une bourde policière ? Ce ne serait pas la première, dans ce type d’affaire. Demandez à Michel Dumont et Simon Marshall. La Couronne a-t-elle outrepassé ses pouvoirs, en portant publiquement des accusations aussi graves, finalement non fondées ? Poser la question, c’est y répondre. Les médias se sont-ils faits les complices d’un accès d’hystérie collective ? À votre avis ? 



Le chimiste dans la quarantaine, qui a été battu, volé et dont la maison a été vandalisée dès sa mise en accusation, affirmait avoir vécu dix-sept mois d’enfer. Il vit dorénavant avec un casier judiciaire et a probablement perdu la garde de ses fils. Du propre. 


Le juge précisait que les accusations avaient été portées par la mère dans un contexte de lutte judiciaire pour la garde exclusive des enfants, une affirmation lourde de sous-entendus. Ce type de conflit reste un terrain de prédilection pour les fausses accusations, ce que tout juge lucide et honnête n’est pas sans savoir. Dudemaine ajoutait que l’ex-conjointe avait « induit le tribunal en erreur » en omettant de dire qu’elle avait elle-même disposé des « photos délicates » pendant plus de neuf mois. Aucune accusation de possession de matériel de pornographie enfantine n’a cependant été portée dans son cas. Deux poids, deux mesures. 

Or, bien que son ancien conjoint lui ait transmis une copie du CD litigieux le 24 octobre 2004 (sans doute avant d’en avoir découvert le contenu) ce n’est pas avant le 4 août 2005 qu’elle l’accusait. Le femme avait pourtant déclaré avoir agi sitôt après avoir pris connaissance des photos. Comment interpréter un tel manque de curiosité présumé et une si grande lenteur à réagir chez une mère aimante et protectrice ? Difficile de ne pas voir dans ces accusations peu élégantes une dernière carte jouée pour gagner la mainmise sur les enfants, à moins qu’il ne s’agisse de vengeance personnelle, ou de ces deux motifs combinés. 

L’arbitraire des lois, la rigueur questionnable de l’enquête policière, le cirque médiatique et les réserves sévères exprimées par le juge Dudemaine sur la mère ont donné à ce procès des allures de parodie de justice et au verdict rendu, celles d’une sinistre plaisanterie. Il tombe sous le sens du moins observateur que le père de famille n’avait rien à se reprocher. Ici, il n’est pas question seulement d’allégations reposant sur des faits erronés, puisque le père n’est pas l’auteur des photos. Nous parlons également d’un procès d’intention sans fondement, d’une condamnation à partir de motivations supposées à tort répréhensibles, en fonction d’une loi arbitraire et iconoclaste. Il serait douteux que le juge Dudemaine ait quitté le tribunal ce jour-là avec le sentiment du devoir accompli. Il y avait de quoi se sentir manœuvré. 

Quant aux enfants, espérons qu’une fois grands, ils auront la maturité nécessaire à évaluer les mérites respectifs de leurs deux parents. Cette justice-là, souvent tardive, on ne la manipule pas toujours aussi aisément… 

La présomption d’innocence est impérative. 

Harold Bouchard et son épouse.
Un autre triste chapitre d’errance, cette fois policière, avait été révélé en mars 2008 alors qu’Harold Bouchard, ex-entraîneur de hockey, était blanchi de trois chefs d’accusation d’agressions sexuelles. L’homme avait affirmé que sa vie devait basculer le 17 décembre 2004, quand des policiers lui avaient fait part, à son domicile, des actes dégradants dont l’accusait une jeune fille de 14 ans. 

Détail inusité, la plaignante se trouvait alors elle-même sous enquête pour trafic de stupéfiants à son école. À l’appui de l’acquittement, le juge Gabriel Lassonde, de la Cour du Québec, avait relevé les nombreuses incohérences de l’adolescente, qui affirmait avoir été agressée dans le stationnement très éclairé de ses parents, ainsi que dans des chambres d’hôtel entrouvertes et non verrouillées, lors de tournois, alors que des passants circulaient dans le corridor. Seule la vraisemblance manquait au récit. 

Affirmant s’être vu littéralement condamné sur la place publique, Bouchard a entamé des poursuites judiciaires contre la plaignante, ses parents, la Ville de Rivière-du-Loup, et l’enquêteur à la sécurité publique, responsable du dossier. Le montant réclamé atteignait 739 000 $. Cette bourde a mis de nouveau à mal une approche par trop simpliste voulant qu’une accusation d’agression sexuelle soit obligatoirement fondée, et un accusé, inévitablement coupable, comme le prétendent certains groupes de femmes, dont les CALACS, qui ont fait de cette lubie leur mantra. 

Simon Marshall
Or, même dans le cas d’agressions bien réelles, des suspects sans malice ne sont pas à l’abri d’un irrépressible accès d’inefficacité policière. Ainsi, un ex-policier de 30 ans d’expérience a été condamné en 2008 pour « négligence coupable s’apparentant à une incompétence grossière », pour le dépôt d’accusations contre Simon Marshall, reconnu à tort coupable de viols, après s’être vu extorquer les aveux fictifs que l’on sait. L’homme handicapé avait été incarcéré injustement pendant sept ans, en plus de subir des sévices à répétition dont il gardera des séquelles permanentes. Les gouvernements fédéral et provincial lui avaient néanmoins accordé 2 300 000 $ en dédommagements. 

Même portées de bonne foi, des accusations peuvent manquer la cible, comme l’atteste la triste histoire de Michel Dumont, évoquée plus haut. Là aussi, le travail des policiers avait été bâclé tandis que la juge instruite de l’affaire s’était révélée en deçà du médiocre. La réputation et l’intégrité physique et morale d’un homme lésé ne pèsent pas lourd dans notre belle province. 

Un témoignage-choc.
Le Québec n’a toutefois pas le monopole de l’incompétence policière, pénale ou politique quant aux accusations à caractère sexuel. Dans son livre intitulé « J’ai menti », Virginie Madeira explique comment sa fabulation inspirée d’un soap américain, racontée à une amie, a été bien malgré elle relatée à la justice française. Ici, à nouveau, Munchausen a encore frappé. Le père s’est vu incarcéré pendant six ans pour inceste avant que Virginie, à 20 ans, ne trouve la force d’affronter l’appareil judiciaire et de rectifier les faits. 

Une autre affaire, celle d’Outreau, aussi en France, demeure l’une des plus terribles erreurs judiciaires rendues publiques à ce jour, avec l’incarcération injustifiée de 16 personnes, certaines pendant trois ans, sur la seule foi d’enfants manipulés par la principale accusatrice, Myriam Badaoui. Cette dernière et son conjoint ont été ensuite reconnus coupables d’inceste. Que retenir de ces horreurs judiciaires ? Peu importe la monstruosité apparente d’une accusation, la présomption d’innocence doit rester incontournable.

Myriam Badaoui
Lueur d’espoir : un juge téflon 

On peut aimer ou non Robert Gillet et le genre d’animation qu’il pratique. Tout citoyen doté de jugement et de conscience sociale, ayant suivi ses démêlés judiciaires en 2005, a dû cependant se sentir soulagé, à l’automne de la même année, d’apprendre que la cour d’appel avait confirmé le verdict d’acquittement d’accusations par trop incohérentes qui pesaient contre lui. 

Pour qui a suivi de près son procès, il y avait de quoi se demander quel vent de démence vengeresse avait soufflé alors sur le Québec. On aurait pu s’interroger légitimement sur les conséquences d’un appel pour les chefs d’accusation dont l’animateur avait déjà été acquitté. Une telle initiative aurait eu à coup sûr un effet à la hausse sur le fléau des fausses accusations. 

Que Gillet ait été reconnu coupable d’avoir eu des relations sexuelles rémunérées avec la première des deux présumées victimes, une adolescente de 17 ans, ce n’était que justice. Une telle peine transmettait un message clair à l’effet que rien ne saurait excuser l’exploitation sexuelle de mineurs. En cela, comme pour le reste du procès, le juge Fraser Martin a adopté une attitude aussi juste qu’inflexible, que ce soit envers l’accusé ou envers les avocats de la couronne et de la défense. 

Robert Gillet
Par contre, les incohérences de la plus jeune plaignante, ses crises de larmes systématiques, ses présumés trous de mémoire, ses supposées rencontres survenues à des endroits où elle avouait ensuite ne s’être jamais rendue ainsi que ses conversations téléphoniques alléguées avec l’accusé, dont on ne retrouvait pas la trace, constituaient autant d’indices d’allégations sans fondement. 

À travers ce mélo, le juge a su résister aux pressions conjuguées du ministre de la Justice de l’époque, Marc Bellemare, de la police de Québec, de la meute acharnée d’Opération Scorpion, de Jeff Fillion et d’André Arthur, alors animateurs-vedettes de CHOI-FM, et de la Fédération des femmes du Québec, qui avaient tous condamné Gillet, directement ou insidieusement, avant même la tenue de son procès. 

Pendant des mois, cet homme s’était retrouvé au centre d’un véritable cirque médiatique au cours duquel rien ne lui avait été épargné : fausses accusations, commentaires méprisants, harcèlement haineux et aveugle, injures grossières, perspectives d’avenir bouchées. Pendant ce temps, un certain Guy Cloutier, plus tard reconnu coupable de pédophilie, vivait dans une relative tranquillité en attente de son procès. 

Dans une société où les fausses accusations devraient préoccuper bien davantage les pouvoirs en place, la lucidité et la fermeté du juge Martin représentent une lueur d’espoir et un exemple d’impartialité à suivre. Reste à souhaiter que nous puissions un jour tirer collectivement les leçons de la dérive que cet homme intègre a contribué à endiguer. Le système judiciaire et policier doit faire preuve d’une prudence accrue devant les accusations sans fondement, assujetties à des motivations opportunistes ou fanatisées n’ayant rien à voir avec la saine administration de la justice. 

Statistique, vous avez dit statistique ? 

Une présumée campagne de « sensibilisation » aux agressions sexuelles commises envers les femmes avait inondé les médias, en 2008. Ce moment de désinformation statistique était une gracieuseté du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec. Vous vous souvenez peut-être de cette pub nous montrant une jeune femme qui affirmait, sans sourciller, qu’« au Québec, une femme sur trois sera la victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie » ? 

En clair, ça signifiait que, sur une population féminine qui, en 2006, représentait 3 874 200 résidentes québécoises, 1 291 400 d’entre elles verraient leur destin irrémédiablement hypothéqué. 

Selon Christine St-Pierre, titulaire du ministère « sensibilisant », cette donnée s’appuyait sur des chiffres gouvernementaux de 1993. Après avoir été avisée, par un groupe de pères, que de tels chiffres n’existaient pas, elle devait affirmer que ces données provenaient plutôt… d’un récent sondage téléphonique grand public.

Christine St-Pierre
Nous parlons de la même ministre qui retardait la parution d’études embarrassantes de l’OLF sur l’état de la langue française au Québec.



Mme St-Pierre devait admettre furtivement que sa définition d’une agression sexuelle débordait le code criminel, par l’inclusion d’agressions sans contact. Un regard insistant, une blague sexuelle ou un sifflet déplacé, constituait pour elle une agression, au même titre qu’un viol ou des attouchements non consentis. Messieurs, à vos verres fumés ! 



Quelques années auparavant, en 2004, le Regroupement québécois des CALACS avait lancé une campagne en tout point pareille à celle du ministère de la Condition féminine, claironnant elle aussi qu’une femme sur trois subirait l’irrémédiable au cours de sa vie. L’opération médiatique avançait les mêmes paramètres élargis de ce que devrait être une agression sexuelle. Il s’agit probablement d’une coïncidence, mais c’est à la suite de la campagne ministérielle de 2008 que ledit Regroupement des CALACS allait bénéficier d’une subvention de 60 millions $ pour un programme de prévention des agressions sexuelles… 



Selon Statistique Canada, le taux d’agression sexuelle envers les femmes, au cours des cinq dernières années, atteint 8 % de toutes les agressions commises contre la personne. Au Québec, plus précisément, 6 003 infractions sexuelles ont été enregistrées en 2006 par les corps de police. Il s’agit de plaintes formulées, non de sentences rendues. Environ 500 plaintes seulement entraînent en fait chaque année des condamnations. Notre province enregistre un des taux les plus faibles pour ce type de criminalité. Comment expliquer alors le chiffre inflationniste avancé comme parole d’évangile par la ministre ? Par de mauvaises fréquentations. 

Dans leur campagne de 2004, les CALACS affirmaient sans vergogne que plus de 84 000 femmes étaient agressées chaque année au Québec ! On a beau se dire que toutes les victimes ne dénoncent pas, il reste que l’écart entre ce nombre et celui des plaintes déposées a de quoi laisser plus que songeur. Il semble toutefois que la ministre ait préféré ce chiffre himalayen, cité sans source (phénomène courant chez ces groupes radicaux), aux statistiques officielles. 



Interrogé par le National Post, Denis Laroche, chercheur à l’Institut de la statistique du Québec, s’est prononcé sur le chiffre d’une femme sur trois : « Nous avons déjà vu certains chiffres dans le passé qui, une fois vérifiés, se sont avérés complètement faux, soit parce que le chiffre était une pure invention ou encore parce qu’il résultait d’une interprétation que la méthode utilisée interdit. Le plus étonnant, c’est que ces chiffres erronés émanent de sources que l’on considère généralement officielles au Québec. » 



Un tel jugement pèse lourd, pour une politicienne qui, avant l’arrivée d’Yves Bolduc à la Santé, représentait le maillon faible du Conseil des ministres. Quant aux CALACS, si elles ont décroché un pactole de 60 millions $, elles n’en ont pas moins affiché une attitude de corporatisme communautaire qui fait bon marché de la vérité comme de la vraisemblance. En plus de totaliser un gaspillage de 1,3 millions $ en publicité trompeuse, l’initiative aussi absurde que mensongère de St-Pierre dénigre les hommes du Québec et s’inscrit dans le courant à la mode des fausses allégations, qu’elle encourage. La cause des femmes a bon dos, quand vient le temps de soutirer indûment l’argent du contribuable. À quand une visite du vérificateur général du Québec à la Condition féminine ? 


En guise de conclusion 

La triste nomenclature de cas de fausses allégations évoqués plus haut pourrait nous inciter à croire que notre société tirera avant longtemps les leçons qui s’imposent devant un tel fléau. Pas si sûr.

Combien d’autres Michel Dumont, Simon Marshall, Harold Bouchard, Robert Gillet, sans compter ceux dont on tait le nom, comme ce « P », accusé par sa fille mythomane, ou ce biologiste, qui a perdu sans raison la garde de ses trois enfants, ou encore le père de Virginie Madeira et les 16 victimes de Myriam Badaoui, devront faire les frais d’un manque flagrant et répété de rigueur policière et judiciaire ? 

À l’évidence, ce phénomène constitue le dommage collatéral du trop grand silence que notre société a imposé aux victimes réelles d’agressions sexuelles. C’est le plus souvent au prix d’efforts surhumains que des femmes, des adolescentes mais aussi des garçons, enfants et adolescents parfois devenus hommes, brisent le silence et réclament justice. Réparation doit leur être rendue, même si les cicatrices de leur état ne s’effaceront jamais.  

C’est malheureusement de cette nécessité sociétale légitime que des groupes de femmes radicaux, pour ne pas dire fanatisés, se réclament. Ils contribuent, par leurs positions dogmatiques, à alimenter la prolifération des fausses allégations. Qu’il suffise de citer les CALACS, qui affirment qu’une accusation d’agression sexuelle portée par une femme est nécessairement fondée, un précepte bancal qui n’est démenti que par l’évidence de la majorité des cas évoqués dans ce chapitre. 

Triste illustration du syndrome de la vache sacrée, c’est souvent dans la crainte du jugement de ces organisations extrémistes que le pouvoir policier, judiciaire et même politique se laisse aller à des égarements dont il devra un jour rendre compte devant l’histoire. À l’instar du juge Fraser Martin, dans l’affaire Gillet, notre système devra avant longtemps se montrer imperméable à toute influence indue. Il lui faudra, comme ce magistrat, punir sans complaisance l’offense réelle, tout en sachant déceler les errements d’allégations sans fondements.