mercredi 24 février 2010

Des tempêtes et des hommes...

L'hiver clément que nous connaissons ne devrait pas nous faire oublier qu'il y a à peine deux ans, le 8 mars 2008, survenait ce que d'aucuns ont appelé, à juste titre, la tempête du siècle.  Le Rétrolivier qui suit évoque mon expérience de ce déchaînement naturel, survenu inopinément pendant la journée internationale de la femme. Je publierai demain la suite inédite de ce fait d'armes, qui vous démontrera que les pires dangers d'une tempête ne sévissent pas toujours où l'on pense...
Ce samedi, je me trouvais avec quatre compagnons d’infortune à l’usine de Bécancour où je travaille comme agent de sécurité.  Si l’après-midi laissait encore présager un retour à la maison plausible, à partir de 17h15, la situation devait dégénérer d’une façon inquiétante.  Je m’imaginais déjà contraint de passer à nouveau la nuit dans mon lieu de travail, comme je le fis une fois lors de la première grosse tempête de l’hiver.  Jamais mon remplaçant, un jeune suppléant de Shawinigan, ne commettrait la folie de se rendre aujourd’hui au travail par cette température démentielle. 

Aussi, je m’étais résigné à attendre le coup de téléphone fatidique qui m’annoncerait sa défection imminente.  Sébastien devait théoriquement me remplacer à 19h30.  Or, à 19h00, n’ayant toujours pas de nouvelles, je pris les devants et appelai.  Une conjointe inquiète me répondit que, malgré ses supplications, son entêté d’homme avait décidé de partir quand même.  Je tentais tant bien que mal de la rassurer, lui disant que, devant la folie de son projet, il ne tarderait pas à rebrousser chemin.  « Pas lui », dit-elle, avec une intonation définitive, concluant son laïus par un sévère jugement sur l’orgueil masculin.  Inutile de contredire une femme anxieuse.

Par les baies vitrées du poste de garde, je voyais la tempête faire rage à un point où il était devenu impossible de distinguer les véhicules du stationnement.  Même ma Cavalier flambant noire était méconnaissable.  L’opérateur de four, qui remplaçait normalement son collègue à 19h00, arriva à 19h30, de Sainte-Angèle, affirmant qu’avoir su, il serait resté chez lui.  Un mécano, qui devait rentrer à Shawinigan en Tercel, renonça à son dessein, imité en ça par un machiniste, qui aurait manqué d’essence, la station service la plus proche ayant décidé de fermer, en raison du mauvais temps.

Mon collègue arriva avec à peine cinq minutes de retard, affirmant que « c’était l’enfer » sur les routes : peu de neige, mais des vents très violents et une poudrerie aveuglante.  Après avoir décidé de façon cartésienne de rester à l’usine, de dormir sur le canapé de l’entrée, et de me sustenter des sandwiches de la distributrice, je me surpris en train de prendre mon manteau, et de me diriger vers mon véhicule, acheté en début de semaine et malencontreusement chaussé de pneus quatre saisons.

Je dû me rendre à l’évidence que j’étais en train de partir.  Seul, sur l’autoroute 30 obscure, en pleine poudrerie, je regrettai aussitôt ma témérité et songeai à faire demi-tour.  Heureusement, au bout de dix minutes, des véhicules s’enlignèrent derrière moi.  S’il m’arrivait quelque chose, quelqu’un pourrait au moins intervenir.  Moi qui avait spéculé de suivre une caravane improvisée, je me retrouvais chef de file tâtonnant.  Mes fonctions d’agent de sécurité prenaient un tour extraterritorial.

Après avoir récité mon acte de contrition à deux reprises, tant la visibilité était nulle et l’éclairage inexistant, l’écriteau tant attendu annonçant le pont de Trois-Rivières apparut dans la tourmente, alors que nous roulions par moments à 20 km/h.  Une fois sur le pont, l’éclairage permettrait un retour prudent, mais réaliste.  À la maison, j’éprouvai le besoin d’un solide remontant : un Manhattan. Double. Orgueil masculin ?  Connais pas.

Paru dans Cyberpresse du 10 mars 2008, Le Nouvelliste du 11 mars 2008 et dans Le Soleil du 16 mars 2008.

2 commentaires:

Mathieu a dit…

Tu as totalement raison Olivier. Le monde continue de jeter des pierre sur ceux qui commettent l'adultère comme si cela étais la pire des attrocité qu'un homme pouvais commettre. Peut-être que si Ben Laden avait tromper sa ou une de ses femmes il pourrait sortir s'excuser sur la place publique lui aussi ...nous pourrions peut etre lui mettre la main dessus!

Olivier Kaestlé a dit…

Tiens, je n'avais pas pensé à pareil subterfuge pour Ben Laden ! Peut-être faudrait-il en aviser la CIA ? Tu dis : "la pire des atrocités qu'un homme pouvait commettre". En effet. Je doute qu'une célébrité féminine adultère - ça ne manque certainement pas entre les Britney Spears ou autre Hillary Duff, pour ne nommer que celles-là - se serait soumise à pareille séance d'auto-flagellation publique, dans la même situation. Autre temps, autre moeurs. Dans son autobiographie, Bill Clinton révèle des détails croustillants sur sa tendre épouse qui indiquent que l'égalité entre les sexes était un état de fait entre eux même au plan extra conjugal... Personne au É-U n'a lancé de première pierre à l'ex first Lady. Et c'est tant mieux.

Un intérêt aussi obsessif pour les ragots me fait me demander si la nécessité d'apprendre un hobby constructif au peuple américain ne devrait pas être enseignée dès la maternelle... Merci pour ce commentaire de "Don Juan et canard boiteux".