vendredi 26 février 2010

Violence conjugale : obscurantisme à la française

Si, en 2010, certains stéréotypes visant les femmes ont la vie dure, 40 ans d’évolution, voire de bouleversements sociaux, ont entraîné la naissance de nouveaux clichés, tout aussi réducteurs, touchant plutôt les hommes.  Bien que 20 ans aient passé depuis qu’une féministe éminente clamait, au lendemain de la tuerie de Polytechnique, qu’en chaque homme sommeillait un Marc Lépine, des perceptions à l’effet que la violence entre le sexes s’exerce toujours à sens unique persistent.  Nous restons attachés à nos préjugés néo-médiévaux comme à une vieille paire de pantoufles malodorantes.  Vient un temps où il faut toutefois en changer…


Cette façon de voir par trop simpliste ne pourra en effet subsister indéfiniment devant l’évidence d’études crédibles et de statistiques implacables. En 2005, Statistique Canada torpillait un tabou en révélant que 546 000 hommes étaient victimes de violence conjugale au pays.  Nous n’aurons cependant jamais d’historique détaillé de l’ampleur de ce phénomène puisque cet organisme n’a commencé à enregistrer les signalements de violence conjugale envers les hommes qu’à partir de 1998.

Un groupe de chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières, de l’Université d’Ottawa et de l’Université Laval ont quant à eux réalisé une étude qui confirmait la réalité chiffrée révélée par Statistique Canada.  « Les comportements de violence psychologique chez les jeunes couples : un portrait dyadique » a été présenté le 18 mars 2005 au Congrès de la Société québécoise pour la recherche en psychologie.

D’entrée de jeu, les auteurs affirmaient que peu d’études sur la violence conjugale tenaient compte des deux membres d’un couple.  On aime croire que le phénomène demeure l’apanage des hommes.  Or, sur les 259 couples, âgés entre 18 et 35 ans, ciblés par l’enquête, 44 % des hommes et 55 % des femmes ont admis avoir exercé de la violence psychologique.  Si près de la moitié des hommes ont ainsi commis cinq actes violents et plus, une majorité de femmes, quoique ténue, a fait de même. 

Selon Statistique Canada, la violence psychologique, chez un couple, serait de quatre à cinq fois plus élevée que la violence physique.  Les chercheurs affirment que la première annonce fréquemment la seconde, qui survient alors environ deux ans plus tard.  Les conséquences de la violence psychologique seraient aussi dévastatrices, sinon plus, que celles de la violence physique.

Une autre enquête récente, de la Commission cantonale de l’égalité de Berne, en Suisse, confirme elle aussi que la violence domestique n’est pas exclusive aux hommes.  En préface de son document au titre évocateur, « Violence féminine : mythes et réalités », l’auteure, Eva Wyss, se dit convaincue que « l’examen, des deux aspects du phénomène (masculin et féminin), hors de tout stéréotype, contribuera à l’émancipation des femmes comme des hommes.  Il y a des femmes violentes et des hommes victimes. »

Elle précise néanmoins que, même si l’ampleur véritable de la violence féminine reste à circonscrire, les blessures occasionnées par la violence physique sont plus nombreuses et plus graves chez les femmes que chez les hommes.  Wyss soulève par ailleurs la résistance, tant collective qu’individuelle, à envisager la gent féminine capable d’agressivité.  En effet, le féminin du mot « agresseur » n’existe toujours pas.  L’image de la femme violente ne correspond pas à notre conception de la féminité tandis que le concept d’homme victime ne cadre pas davantage avec nos standards de virilité.[1]

C'était sans compter la France...

On serait en droit de croire que la divulgation de ces études, qui s’ajoutent à d’autres, analogues, pourrait annoncer un progrès en regard des conceptions qu’entretiennent les sociétés dites civilisées sur la violence conjugale, trop souvent présentée de façon stéréotypée et caricaturale.

Aucune évolution du genre, chez nos petits cousins français.  Comme si, sur ce sujet d’intérêt, la France, ou à tout le moins ses dirigeants, vivaient repliés sur eux-mêmes, bien à l’abri de données nouvelles, qui pourraient dépoussiérer leurs vues folkloriques et déphasées.  C’est ainsi que nous apprenions, dans Le Monde du 25 février dernier, que le gouvernement français et son opposition avaient voté à l’unanimité une nouvelle mesure afin de lutter contre un aspect de la violence conjugale, appelé par certains « harcèlement conjugal » ou « violences psychologiques au sein du couple ».

Si la définition du concept se rapproche passablement des énoncés sur la violence psychologique cités plus hauts, le bât blesse dangereusement quant à la définition d’agresseur et de victime.  Selon les élus français, l’agresseur demeure invariablement l’homme et la victime, obligatoirement la femme.  L’inverse ne saurait en aucun cas être envisagé.

Une psychiatre, Marie-France Hirigoyen, est à l’origine de cette nouvelle dérive doctrinaire si flagrante qu’on se demande encore quels gogos dirigent l’hexagone.  Y a-t-il un pilote dans l’avion ? 

Pour tout arranger, des associations féministes affirment redouter qu’un tel concept ne se retourne contre les femmes puisque les hommes violents pourraient désormais se défendre en accusant, bien sûr faussement, leurs compagnes de violences psychologiques.  Nous nous retrouvons une fois de plus devant ce cul-de-sac voulant qu’une femme qui accuse son conjoint de violence ne ment jamais et que l’homme qui accuse sa femme du même délit ment tout le temps.  On s’étonnera ensuite que les hommes ne dénoncent pas…

La justice française, apparemment indifférente aux leçons à tirer du dérapage tragique d’Outreau, où 16 personnes s’étaient vues accusées sans raison, certaines pendant trois ans, fourbit ses armes pour de nouvelles injustices.  À croire que certains regrettent l’époque révolue de la question.  Qui sait, peut-être que l’une de leurs psychiatres accouchera sous peu d’une étude qui en recommandera la rétablissement…

Allons, un bon mouvement.  Aidons les dirigeants français à dépasser leurs préjugés éculés.   Rappelons-leur cette citation de l’un des plus grands comédiens de leur pays, Louis Jouvet :  « On ne peut s’installer en tout confort dans une situation inconfortable. »  À méditer…

Sujet connexe, dans ce blog : Violence au féminin et misère des blondes... 3 octobre 2009.


[1] La chercheuse confirme également des études récentes de plus en plus divulguées à l’effet que la violence envers les enfants serait autant féminine que masculine.  Par contre, si la violence sexuelle reste nettement moins répandue chez les femmes, elle ne doit pas être négligée pour autant, prend-t-elle soin de préciser.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

D'autant plus que les femmes savent qu'elles peuvent frapper un homme en toute impunité, car elles sont protégées par les lois. Donc, pourquoi s'en priveraient-elles ? Get down and Boogie monsieur. Et s'est un phénomène qui va prendre évidemment de l'ampleur. Serge