mercredi 10 mars 2010

Journée de la femme : imbroglio statistique

Comme chaque année, la journée de la femme a cédé le pas aux constats inquiets et aux statistiques fluctuantes.  On met davantage l’accent sur le chemin à parcourir que sur les acquis de 40 ans de féminisme militant.  Admettons que certaines problématiques perdurent, qu’il s’agisse d’inéquité salariale, de violence entraînant la mort de la conjointe ou de sous-représentation des femmes dans les espaces politique, public et privé. 
Sans être définitives, de nettes améliorations de la condition féminine pourraient cependant inciter certaines militantes et personnalités à nuancer leur propos.  Ainsi, Pauline Marois, chef de l’opposition officielle, affirmait qu’il était difficile pour les femmes de faire de la politique.  Depuis quand s’agit-il d’une partie de plaisir ?  René Lévesque et Robert Bourassa, parmi de nombreux autres, ne sont plus là pour trancher la question, probablement morts de rire.  Faut-il rappeler à Mme Marois qu’au Québec, un conseil des ministres à 50 % féminin a été constitué à partir d’une députation d’à peine 25 % de femmes ?  Ces dernières seraient-elles victimes de discrimination… positive ? 

La valse des statistiques a bien sûr inondé les médias, au point qu’il devient impossible, dans les cas les plus problématiques, de savoir à quoi s’en tenir, les critères d’évaluation et les dates de compilation fluctuant d’une source à l’autre, avec des résultats à l’avenant.  Ainsi, à en croire les CALACS, 40 % des actes violents dénoncés par les femmes en 2001 seraient survenus dans un contexte conjugal.  Selon la Maison Le Far, qui aide les femmes victimes de violence et leurs enfants, 22 % des victimes de crimes contre la personne, donc pas seulement des femmes, auraient été agressées en 2007 dans le même contexte.  Doit-on voir là une diminution de la violence conjugale, de 2001 à 2007 ?  Que nenni puisque, affirme le Conseil du statut de la femme, la violence conjugale toucherait 54 % des femmes victimes d’un crime en 2010 !  Si vous démêlez ce fouillis, je suis ouvert à vos interprétations.

On peut faire dire ce que l’on veut aux statistiques.  Il est ainsi possible d’affirmer sans sourciller que, selon les CALACS, les agressions sexuelles ont diminué de 25 % au Québec depuis six ans.  Ces militantes affirmaient en effet dès 2004 qu’une femme sur trois, soit 33,3 % de la population féminine, sera un jour victime d’une agression sexuelle.  Elles déclarent maintenant qu’une femme sur quatre, soit 25 %, est désormais victime du même crime.  Il s’agirait d’une baisse de 8,3 % mais, comme notre 33,3% de 2004 représentait en fait 100 % des femmes agressées, la diminution atteindrait en réalité 25 %.  Plausible, non ?

Rappelons que le chiffre d’une femme agressée sur trois avait été repris en 2008 par la ministre à la Condition féminine lors d’une campagne médiatique. Christine St-Pierre avait dû reconnaître que cette donnée de Statistique Canada provenait en fait d’un sondage public et ne constituait en rien une statistique.  Des ministres, plus compétents, ont démissionné pour moins que ça : Julie Boulet, a perdu la Santé et les Services sociaux pour une histoire de dosettes.  Le Regroupement québécois des CALACS, sur la foi de cette « statistique » non fondée qu’il avait lui-même diffusée, n’en avait pas moins obtenu alors de Mme St-Pierre une subvention de 60 millions $, pour un programme de lutte aux agressions sexuelles qui, en passant, ne s’adresse toujours pas aux garçons agressés.  Pourquoi diable les « statistiques » me rendent-elles donc aussi cynique ? 

Également paru dans Le Soleil du 12 mars 2010.

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