jeudi 20 mai 2010

Quatre garçons dans le vent à l'ONF...

Non, il ne s'agit pas de John, Paul, George et Ringo, mais plutôt de Guy, Pierre, Yves et de votre humble serviteur, Olivier, quatre agents de sécurité dont la stabilité professionnelle s'est trouvée du jour au lendemain balayée par la crise mondiale, qui devait entraîner la fermeture du poste de garde de l'usine où ils travaillaient.  L'annonce de cet événement, survenu début mars 2009, m'avait alors inspiré un texte, justement intitulé Quatre garçons dans le vent... qui avait été publié dans Le Journal de Montréal, Le Soleil de Québec, et Le Nouvelliste de Trois-Rivières.  

L'Office national du film devait récemment me demander de commenter ce topo, dans le cadre d'une série de web-documentaires intitulée PIB, qui regroupe les témoignages de travailleurs aux prises avec les dommages collatéraux de la situation économique actuelle.  Vous trouverez mon commentaire en cliquant sur le lien ci-dessous.


Pour vous mettre dans le bain, vous pouvez lire auparavant le texte qui a attiré l'attention de l'ONF.  Bonne lecture et bon web-documentaire.

Quatre garçons dans le vent

En rentrant travailler ce vendredi 13 février, ce n’est pas une boîte de chocolats qui m’attendait, en cette veille de Saint-Valentin, mais la date de fermeture définitive de notre poste de garde.  Les quatre agents de sécurité d’une usine de Bécancour, dont l’auteur de ces lignes, savaient depuis novembre que leurs jours étaient comptés.  Nous voilà maintenant fixés sur le nombre.  À notre tour de grossir sous peu les rangs des cibles de la crise mondiale.

Pour survivre à la concurrence qui l’oppose à la Chine, à la Russie et à l’Indonésie, l’entreprise que nous allons quitter doit sabrer partout où elle le peut.  Un plan de match qui est devenu le lot de tant d’acteurs du secteur manufacturier.  Il ne s’agit cependant pas pour nous d’une perte d’emploi en tant que tel mais bien de la fin du contrat qui liait l’usine à notre agence de sécurité.  Nous ne travaillerons donc plus à la première, mais resterons, dans l’immédiat, à l’emploi de la seconde. 

Vu leur rareté, les probabilités de nous voir re-localisés par notre employeur dans des postes à temps plein demeurent par ailleurs bien minces.  Contrairement à beaucoup d’autres, nous ne nous retrouverons cependant pas sans ressources.  Pour assurer notre subsistance, il faudra toutefois nous montrer disponibles sur appel, 24 heures sur 24, sept jours semaine.  Essayez d’avoir une vie familiale et sociale avec ça.  Reste la recherche d’emplois.

J’étais permanent depuis six ans dans ce milieu de travail après y avoir été suppléant pendant deux ans.  Au début, je croyais que j’allais m’ennuyer fermement au contact des gars de l’usine, habitué que j’étais à du personnel à 75 % féminin.  J’étais persuadé que je n’entendrais parler que de chars, de sports et d’anatomie féminine.  Il m’a fallu réaliser qu’il n’y avait pas que les blondes qui étaient victimes de préjugés sexistes.  Voir un « Serge » dans chaque travailleur manuel n’était guère plus reluisant.  Plus d’un esprit élitiste apprendrait l’humilité au contact de ces gars-là.

Perdre un poste ou un emploi, ce n’est pas qu’une stabilité financière qui s’envole.  C’est aussi la rupture avec un milieu de vie où l’on passe, selon les cas, 35, 40 heures ou plus par semaine, de jour, de soir, de nuit, les weekends ou les jours fériés.  C’est la fin d’un sentiment d’appartenance à une collectivité de gens que l’on n’aurait probablement pas choisie selon nos affinités personnelles, mais avec qui l’on aura développé des connivences, des complicités, qui en font presque une famille parallèle.  Certains se reposent même de leur foyer au travail. 

Perdre sa place, ça peut être aussi l’occasion de repartir à zéro, d’entreprendre les démarches que l’on remettait au calendes grecques, sécurisé que l’on était par sa petite routine, ses habitudes ancrées, par ailleurs nécessaires à la stabilité de tout être humain.  Comme rien n’arrive pour rien, il faut s’accrocher à la perspective d’une nouvelle étape, même si l’itinéraire qui y mène comporte son lot d’obstacles.  Balzac disait que le mal, c’était du bien à long terme.  Voilà une occasion pour plusieurs d’entre nous de vérifier ce précepte, au plan individuel et collectif.

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