samedi 28 août 2010

A Hard Day’s Night : les apparences sont trompeuses…

Alors que l’on a souvent, par le passé, attribué à tort la paternité de Sgt Pepper’s à John Lennon, l’intellectuel du groupe, en raison de la facture sophistiquée de cet album, on serait tenté de considérer Paul McCartney comme le principal maître d’œuvre de A Hard Day’s Night, à cause de la candeur lyrique de plusieurs de ses compositions.  Or, McCartney ne compte à son actif que trois morceaux dans le premier disque des Beatles à ne regrouper que des pièces originales.  On se souviendra que Please Please Me et With The Beatles, les deux premiers opus du groupe, comportaient chacun six reprises sur quatorze chansons.


Comme George Harisson n’a réussi à placer aucune de ses contributions dans cet album, force est de reconnaître à Lennon le mérite de s’y être taillé la part du lion, avec pas moins de dix titres dont il est l’auteur principal ou exclusif.  Ce premier tour de force devait l’imposer pour un temps comme leader officieux du groupe.  John ne représentait cependant pas les Beatles à lui seul.  Tout comme il secondera plus tard efficacement McCartney lors de la réalisation de Sgt Pepper’s, ce dernier aura déjà rempli cet office pour l’album qui doit son titre incongru à Ringo Starr. 

La domination de Lennon n’empêche cependant pas Paul de signer les deux plus retentissants succès commerciaux du disque avec And I Love Her, aux innombrables adaptations, que Lennon qualifiera ironiquement de «  premier Yesterday » de McCartney, et Can’t Buy Me Love, vendue à trois millions d’exemplaires, rien qu’en pré-commandes.  Cette chanson au tempo rapide reviendra d’ailleurs à deux reprises dans le film éponyme de l'album, lors d’épisodes particulièrement mouvementés. 

Le disque comporte par ailleurs deux parties, qui correspondent chacune aux deux faces du trente-trois tours de l’époque.  La première, plutôt lyrique et bon enfant, regroupe l’essentiel des huit chansons du film signé Richard Lester, qui réalisera également l’année suivante le très surréaliste Help !, tandis que la seconde face illustre davantage un Lennon rocker et incisif, que la très mélodique Things We Said Today, de McCartney, ne parvient toutefois pas à tempérer.  Seule I’ll Be Back, qui clôture l’album, évoque un John plus sentimental.

Ce dernier devait composer la chanson-titre, A Hard Day’s Night, à la dernière minute et en une nuit, à la suite de l’approbation par les producteurs du titre trouvé si spontanément par Ringo, au terme d’une « dure nuit de jour » de travail.  Voilà pourquoi cette chanson reste la seule de la bande originale que les Beatles n’interprètent pas devant la caméra, le tournage étant complété.  Parmi les aficionados du film, qui ne se souvient pas de la partie de carte du train, pendant laquelle l’harmonica et la voix à la fois candide et - déjà - insolente de Lennon concrétisent un moment privilégié ? 

Avec If I Fell, que plusieurs attribuent à tort à Paul, spécialiste de la chanson sentimentale, comme ils le feront plus tard tout aussi erronément avec Good Night, du White Album, les Beatles signent leurs plus belles harmonies vocales de cette période.  Devant l’innocence, au sens noble, de I’m Happy Just To Dance With You, John choisit d’en confier l’interprétation à George, comme il l’avait fait précédemment avec Do You Want To Know A Secret, pour l’album Please Please Me.  Dans un cas comme dans l’autre, la douce fragilité de George servait mieux le propos et l’atmosphère de la chanson.

Alors que I’ll Cry Instead, annonce la période country de l’album suivant, Beatles For Sale, Any Time At All reste la seule composition de Lennon où ce dernier affiche une sérénité et une empathie envers l’élue de son cœur

When I Get Home, rock déjà plus cinglant, met en scène un John qui donne son quatre pour cent à l’ex qu’il plante sans cérémonie pour sa nouvelle flamme, tandis que You Can’t Do That, au solo de guitare ravageur exceptionnellement signé Lennon, brosse le portrait – ou auto-portrait - d’un homme abrasif et dominateur.  Ce morceau préfigure de toute évidence Run For Your Life, au titre évocateur, qui clôture Rubber Soul.  Ces deux chansons sont considérées par certains commentateurs comme les ancêtres du célèbre Jealous Guy de Imagine, concrétisant l’aboutissement par l’auteur d’une prise de conscience sur des comportements oppresseurs.


Véritable sommet des tendres années des Beatles, A Hard Day’s Night indique par le fait même qu’ils ne pourront plus se surpasser dans ce registre.  Il faudra attendre Rubber Soul, album augurant leur maturité à venir de compositeurs et d’instrumentistes, avant que Revolver ne cristallise l’accomplissement ultime de leur discographie, à l’exception éventuelle d’Abbey Road, leur chant du cygne.

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