jeudi 7 octobre 2010

Enseignants, gare au duo-tang !

En tant qu’agent de sécurité ayant travaillé auprès de personnes psychiatrisées, je suis habitué de voir en certains objets usuels une arme menaçant la sécurité de mon entourage… et la mienne.  Ainsi, dans un département d’urgence psychiatrique, le stylo et les ustensiles de cuisine en métal sont confisqués puisqu’ils peuvent devenir très dangereux entre les mains d’un patient qui saute les plombs et décide de s’en servir à mauvais escient.  Idem pour les rasoirs dits, Dieu sait pourquoi, de sécurité.

On en apprend tous les jours.  Je viens de lire dans le journal que le duo-tang constitue une arme suffisamment menaçante pour justifier une accusation au criminel.  Non, c’est pas une blague.  En effet, au lendemain d’une plainte portée par l’enseignant Anicet Nahimana, d’origine africaine, contre une adolescente caractérielle de 14 ans, à propos d’une agression perpétrée à l’aide de cet objet désormais contondant, le monde scolaire est ébranlé. 

C’est le 25 mars dernier, à l’école secondaire Édouard-Monpetit, qu’a été posé ce geste d’une violence inouïe, alors que le prof courage tenait tête à la délinquante en refusant de la changer de place.  Pour toute réponse, cette dernière lui administra un terrible coup du revers de son duo-tang, dont on constate désormais l’horrible degré de dangerosité.  Ce n’est pas tant physiquement que M Nahimana s’est dit heurté, qu’au plan psychologique.  Heureusement que ce prof, qui ne travaille pas dans une école présentement, a été frappé par un duo-tang au lieu d’une chaise.  Imaginez la thérapie !

La jeune contrevenante, dont la mère elle-même admet qu’elle n’est pas un ange, a sur le champ été transférée dans un autre établissement de la Commission scolaire de Montréal, l’École secondaire Louis-Riel.  Comme elle n’y a que très peu d’amis, et que la mesure reste très sévère quoique juste, de convenir sa génitrice, les choses auraient pu en rester là.  C’était sans compter la vigilance de M Nahimana et son souci élevé de justice sociale.

L’importance de réagir

C’est donc le 7 octobre que la jeune fille s’est rendue au poste de police pour une prise de photos et d’empreintes digitales, avant de comparaître prochainement devant un juge de la Chambre de la jeunesse.  Ses frais d’avocat seront assumés par l’Aide juridique.  Toutes les dépenses occasionnés par ce drame représentent de l’argent du contribuable bien investi, pour rendre justice à un enseignant si odieusement brutalisé.  Qu’importe que notre système juridique soit engorgé, quand il s’agit de faire triompher des principes d’une noblesse incontournable, même quand elle devient insaisissable. 

Il se trouvera bien quelques xénophobes pour voir dans les origines culturelles de la… victime une prédisposition naturelle à demander un traitement de faveur de type accommodements raisonnables, mais comme aucune dimension religieuse n’est en cause, ils rouspèteront en vain.

Selon le prof, l’étudiante avait commis d’autres délits auparavant et, bien que bénéficiant de mesures de réintégration, elle ne semblait pas vouloir en tenir compte puisqu’elle recommençait à « poser des gestes inacceptables. » 

« C’était important (que j’agisse ainsi) pour que ça arrête, devait-il insister, il faut que le jeune sache qu’il y a des conditions de travail qui doivent être paisibles et que le climat doit être sain en classe.  Le dossier est entre les mains de la justice.  Toute conséquence qui pourrait être infligée me satisfera. »

La commission scolaire, apparemment solidaire de l’enseignant, a courageusement jugé opportun de ne pas répondre à une lettre de supplications de la mère en vue d’éviter pareilles extrémités.

Reste à savoir maintenant quel sera le verdict imminent d’une si sauvage agression.  Avançons que le ridicule ne doit en aucun cas représenter un obstacle à la bonne administration de la chose judiciaire…

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