mercredi 10 novembre 2010

Affaire Lola : chacun chez soi !

Si je n’étais pas déjà satisfait de mon existence, à 52 ans, mes enfants derrière moi, ma vie de célibataire organisée entre mes obligations familiales, quelques amis précieux et un travail avec un horaire stable, l’affaire Lola me persuaderait d’en rester là.  Voici donc, au cas où la menace se présenterait, un avertissement honnête et salutaire à toutes les Lolas de notre belle province, ces vampires de pension pour lesquelles assumer sa propre subsistance relève de l’hérésie. 

L’homme qui rédige frénétiquement ces lignes est un personnage détestable, qui parle dans son sommeil et tiens des propos, paraît-il, horribles.  Éveillé, c’est encore pire, je les tiens toujours, et les pense.  J’affiche un intérêt plus que suspect envers Jack l’Éventreur (un texte sur le sujet dans ce blog atteste de ce penchant sinistre).  Vous devrez vous montrer très gentille envers mon fils, atteint d’un trouble envahissant du développement, aux humeurs aussi imprévisibles que celles de son père, autrement... 

Ma sœur, qui me visite quotidiennement, parle toute seule et, la nuit, est en proie à des crises de somnambulisme au cours desquelles elle déchire l’air d’un grand couteau en criant « Mort aux huîtres ! ».  Ma mère, âgée de 93 ans, ne supporte pas la présence d’une femme chez nous (au fait, vous ai-je dit que ma mère vit avec nous ?).  On rapporte, dans notre quartier, d’étranges rumeurs de disparition, toutes concernant des femmes qui ne m’avaient rendu visite qu’une seule fois.  Bien pour dire, ces coïncidences… Un voisin m’a même juré avoir vu la nuit des fantômes surgir des entrailles de notre jardin en scandant « 911 », d’une voix à glacer le sang.  Mais tout ça n’est que rumeurs, bien sûr…  Si vous croyez à l’astrologie, je suis Scorpion ascendant Scorpion.  J’espère que ça ne vous indispose pas trop…

Au fait, il y a pire : je ne suis qu’un humble agent de sécurité qui gagne moins de 30 000 $ par an.  C’est bête, j’aurais dû commencer par là… Pas pensé.

Prendre une femme par la main…

L’affaire Lola, cette émule de Heather Mills, l’ex de Paul McCartney, s’inscrit dans une continuité, chère au Québec, où l’État doit assumer le destin d’une femme, de sa naissance jusqu’à son trépas.  Les gars, démerdez-vous seuls et contribuez à l’épanouissement de nos femmes et de nos filles.  Observez autour de vous, à l’approche d’une naissance.  Avant celle de mon fils, il était de bon goût, chez une majorité, de me souhaiter la venue d’une fille.  Moi j’étais sûr que ce serait un gars, et le disais, mais je suis un monstre. 

Dès son arrivée à la maternelle, la petite fille évolue dans un environnement spécifiquement adapté à ses besoins d’apprentissage grâce, en bonne partie, à la bienveillante protection du Conseil du statut de la femme et de ses heureuses recommandations auprès du ministère de l’Éducation.  Cette aura protectrice suivra l’élève féminine du primaire au secondaire et on poussera même l’obligeance jusqu’à abaisser le niveau de difficulté des cours de maths de quatrième secondaire, porte d’entrée pour les études dans les disciplines non traditionnelles en sciences, afin que nos filles rattrapent leur retard sur les garçons dans ces domaines.  Malgré quelques percées louables, notamment en médecine et en recherche biologique, ce grand rêve tarde depuis 35 ans à devenir une réalité généralisée.

Qu’à cela ne tienne, alors que les garçons sombrent dans les problèmes de décrochage (mais ce ne sont que des gars, après tout !), on accorde bourses et programmes tels que « Chapeau les filles » à nos filles pour qu’elles puissent accomplir un grand idéal féministe.  Des mesures de discrimination positive contribueront à leur insertion dans certaines facultés et, plus tard, sur le marché du travail.  L’État donne l’exemple.  Pour en finir avec sa réputation de misogynie, Radio-Canada se voit maintenant composée de deux cadres féminins pour un seul cadre masculin.  Au Conseil des ministres québécois, Jean Charest a instauré la parité hommes-femmes à partir d’une députation d’à peine 25 % de femmes.  Quel beau moment de solidarité féminine !  Est-ce là l’un des secrets de la performance sans précédent de ce gouvernement ?

Le travail, c’est la santé, mais pour bien travailler, il faut voir à la sienne.  Aussi, les dépenses en santé et en services sociaux pour les femmes sont onze fois plus financées au Québec que celles des hommes.  Ça, c’est du soutien !  Un certain Rondeau a bien tenté, avec un rapport sulfureux, de persuader nos dirigeants que les hommes étaient laissés pour compte, mais nos valeureuses féministes, la très populaire FFQ en tête, ont réussi, dans un moment de grande dignité, à faire tabletter cet horrible document.

Les femmes, pense l'État, toutes des clones humanoïdes de Lassie, cette colley si dévouée, sont naturellement tournées vers le bien.  Aussi est-il normal, quand elles commettent un crime, voire même un infanticide, de leur trouver des circonstances atténuantes.  Le très sérieux institut Philippe Pinel vous le dira : une mère tue son enfant pour le protéger, un père pour se venger de la mère. Dommage qu’il n’y ait pas plus de cas dans l’actualité qui confirment la première hypothèse… L’institut travaille en étroite collaboration avec des maisons d’hébergement, je ne sais pas pourquoi j’écris ça… Il est donc normal, devant tant de bonté dans le crime, que pour un même délit, la sentence soit plus légère pour une femme que pour un homme.  Elles sont tellement pas pareilles…

…pour lui donner la confiance en son pas…

Sans exception victimes prédestinées par une grandeur d’âme standard, toutes les femmes, c’est connu, doivent être protégées malgré elles en cas de rupture.  C’est pourquoi elles peuvent, dans le cas où travailler paraîtrait insurmontable à certaines d'entre elles, bénéficier d’une pension alimentaire à vie.  Une infâme association des nouvelles conjointes a bien tenté de persuader le Conseil du statut de la femme de recommander un plafond de trois ans à cet étrange phénomène de dépendance éternelle, mais dans un accès de dévouement, ce dernier a jugé bon de ne pas donner suite à une requête aussi scandaleuse.  Ainsi, si les pensions pour enfants à charge connaissent une fin, celles pour l’ex-conjointe n’en trouvent aucune.  Les femmes sont-elles, aux yeux de l’État, des enfants éternelles vouées à ne jamais devenir adultes ?  Poser la question…

Ce qui nous amène à la dernière intervention de l’État en vue de sauver nos pauvres ex-moitiés.  Dorénavant et, même si un tel projet n’était pas prévu au moment de leur vie commune, des femmes en union de fait pourront, au lendemain d’une séparation, exiger une pension de leur ex, comme si elles avaient été mariées. Avant, seuls les enfants étaient admissibles à une telle mesure.  Désormais, le Québec a jugé que les femmes seraient traitées exactement comme eux.  

Et puis, ça fera du travail pour les avocats qui, contrairement aux médecins, restent sur-représentés.  Nullement en conflit d’intérêt à ce chapitre, la Cour d’appel du Québec n’a pas tenu compte des récriminations des méchantes langues, tant féminines que masculines, qui martelaient que les femmes doivent prendre leur destin en main, s’informer de leurs droits et, dans le cas où elles ne sont pas satisfaites de leur entente actuelle, en discuter avec leur conjoint et passer chez le notaire.  La Justice a jugé que c’était trop en demander à des êtres vulnérables habitués à ne pouvoir faire un pas sans un programme social ou une mesure légale.  C'est ainsi que notre système perçoit nos femmes.  Justice, pense-t-il, a été rendue…

Vers une nouvelle révolution tranquille…

Celles qui trouvent toutefois l’homme québécois rétif à l’engagement n’ont pas fini de ronger leurs bas.  Ces mécréants, dont l’horrible auteur de ces lignes, chercheront à se soustraire de leurs obligations normales et prédestinées de pourvoyeur.  N’ont-ils pas été mis sur terre, par des femmes, je précise, à seule fin de veiller éternellement sur leur survie, sinon leur bonheur. 

Alors que l’on recense des cas collectifs de grève du sexe dans le monde, ourdies par des femmes qui veulent protester contre les conditions de vie que les hommes leur imposent, au Québec, ce sont ces derniers qui refusent d’entamer le dialogue ou d’initier la relation.  Ont-ils peur qu’on les facture au mot ?  Phénomène unique, observé même de l’étranger, cet immobilisme suspect dissimule-t-il une mouvance inavouée vers une nouvelle révolution tranquille ?

Qui sait, de bons partis, les hommes du Québec pourraient devenir partis pour de bon…


À lire, sur le même sujet, mon article paru en 2009, quand l'affaire Lola est devenue publique :
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/200901/29/01-822246-ou-sont-elles-nos-victimes-dantan-.php

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