dimanche 28 février 2010

Multiculturalisme : inconfortable tolérance…

Imaginons un couple émancipé autoproclamé.  L’homme et la femme se voient planer bien au-delà des contingences mesquines que sont la possessivité, la jalousie ou la crainte d’abandon. Ces limites, ce n’est pas pour eux, affirment-ils avec dédain à ce couple d’amis monogame qui vit selon des valeurs périmées.  En vain, ces croulants les préviennent-ils de prendre leurs précautions quand ils multiplient les aventures, ou que leur style de vie implique des balises adaptées à leurs choix.  Notre couple n’a que faire de leurs conseils.  Il a franchi de si nombreuses barrières, aboli tant de tabous, est devenu à ce point affranchi.  Sa tolérance est telle qu’elle lui fait presque mal…
L'autorisation du kirpan dans les écoles, ou le début d'une dérive.

Dès que l’un des conjoints va voir ailleurs toutefois, les tensions, les doutes et les éclats de voix envahissent le foyer.  « Tu rentres tard, ce soir. »  « Avec qui étais-tu ? »  « T’aurais pas pu te retenir ?»  Suit la tendre réconciliation, puis le retour à cette douce certitude d’avoir fait les bons choix.  Arrivera la prochaine incartade, que dis-je, la prochaine expérience, pourtant autorisée en théorie, à laquelle succèdera une nouvelle scène de ménage, puis les habituelles réconciliations.  Ainsi s’écouleront les semaines, les mois, les années, sans que nos amants magnifiques n’osent réévaluer leur seuil de tolérance. Leurs amis plus conservateurs auront beau répéter leurs mises en garde, le couple restera imperméable à leurs opinions retardées.

Ce portrait n’est pas sans rappeler le débat qui ressurgit depuis peu sur les accommodements déraisonnables.  Lors de l’offensive lancée par Hérouxville, en janvier 2007, le Québec s’était scindé en deux grands courants peu compatibles.  La région montréalaise, théâtre de la plupart des dérives occasionnées par ce concept mal défini ou mal compris, se voulait, malgré ses sautes d’humeur occasionnelles, ouverte sur le monde, tolérante, réceptive, bref une terre d’accueil qui favorise l’immigration.  Si la légitimité de tels principes reste indiscutable, la façon de les vivre exige plus que jamais des ajustements.  C’est ce que semble confirmer un récent sondage Léger Marketing qui indique qu’une majorité de 60 % de Québécois, de Montréal comme d’ailleurs, s’oppose désormais aux accommodements déraisonnables.  L’horrible intolérance que voilà…

De leur côté, les régions, conservatrices et moins en contact avec les communautés ethniques, n’avaient pas tardé à envisager avec appréhension les incidents causés dans la métropole par lesdits accommodements.  Bien qu’embryonnaire, le métissage de leur tissus social était amorcé.  Le Chinois, qui tient un dépanneur, la famille hispanophone, qui discute dans la ruelle, ou le copain de jeu musulman de fiston incarnent autant d’indices de changements à venir.  De là à ressentir la nécessité d’établir des balises pour que l’apport ethnique reste un facteur d’évolution et d’enrichissement collectif, il n’y a qu’un pas.

Le cri venu d’un obscur village d’une région oubliée a d’abord écorché les tympans montréalais.  Nombreux sont les analystes qui ont choisi de n’y voir qu’une réaction isolée de conservatisme rural, voire de xénophobie.  Cette perception, alimentée par certaines maladresses sur lesquelles on a trop lourdement insisté, cache un malaise inavoué.  Alors que la métropole dénonçait avec véhémence et à la pièce les dérives liées aux accommodements, aucune de ses voix ne s’était élevée pour proposer un projet de société à la fois préventif et inclusif.  Ses faiseurs d’opinion préféraient se retrancher derrière une façade de plus en plus factice de tolérance et d’ouverture. 

Entre-temps, si une commission d’enquête, même partialement pilotée, a été tenue, Montréal n’a assumé aucun leadership dans sa mise en œuvre.  Il semble bien depuis que, devant l’irritation croissante des Montréalais comme des autres Québécois, la voix de ces derniers, les croulants, trouve de plus en plus d’adeptes chez les premiers, à l’origine si émancipés.  Commencerait-on enfin à différencier préservation de son identité et intolérance ?

vendredi 26 février 2010

Violence conjugale : obscurantisme à la française

Si, en 2010, certains stéréotypes visant les femmes ont la vie dure, 40 ans d’évolution, voire de bouleversements sociaux, ont entraîné la naissance de nouveaux clichés, tout aussi réducteurs, touchant plutôt les hommes.  Bien que 20 ans aient passé depuis qu’une féministe éminente clamait, au lendemain de la tuerie de Polytechnique, qu’en chaque homme sommeillait un Marc Lépine, des perceptions à l’effet que la violence entre le sexes s’exerce toujours à sens unique persistent.  Nous restons attachés à nos préjugés néo-médiévaux comme à une vieille paire de pantoufles malodorantes.  Vient un temps où il faut toutefois en changer…


Cette façon de voir par trop simpliste ne pourra en effet subsister indéfiniment devant l’évidence d’études crédibles et de statistiques implacables. En 2005, Statistique Canada torpillait un tabou en révélant que 546 000 hommes étaient victimes de violence conjugale au pays.  Nous n’aurons cependant jamais d’historique détaillé de l’ampleur de ce phénomène puisque cet organisme n’a commencé à enregistrer les signalements de violence conjugale envers les hommes qu’à partir de 1998.

Un groupe de chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières, de l’Université d’Ottawa et de l’Université Laval ont quant à eux réalisé une étude qui confirmait la réalité chiffrée révélée par Statistique Canada.  « Les comportements de violence psychologique chez les jeunes couples : un portrait dyadique » a été présenté le 18 mars 2005 au Congrès de la Société québécoise pour la recherche en psychologie.

D’entrée de jeu, les auteurs affirmaient que peu d’études sur la violence conjugale tenaient compte des deux membres d’un couple.  On aime croire que le phénomène demeure l’apanage des hommes.  Or, sur les 259 couples, âgés entre 18 et 35 ans, ciblés par l’enquête, 44 % des hommes et 55 % des femmes ont admis avoir exercé de la violence psychologique.  Si près de la moitié des hommes ont ainsi commis cinq actes violents et plus, une majorité de femmes, quoique ténue, a fait de même. 

Selon Statistique Canada, la violence psychologique, chez un couple, serait de quatre à cinq fois plus élevée que la violence physique.  Les chercheurs affirment que la première annonce fréquemment la seconde, qui survient alors environ deux ans plus tard.  Les conséquences de la violence psychologique seraient aussi dévastatrices, sinon plus, que celles de la violence physique.

Une autre enquête récente, de la Commission cantonale de l’égalité de Berne, en Suisse, confirme elle aussi que la violence domestique n’est pas exclusive aux hommes.  En préface de son document au titre évocateur, « Violence féminine : mythes et réalités », l’auteure, Eva Wyss, se dit convaincue que « l’examen, des deux aspects du phénomène (masculin et féminin), hors de tout stéréotype, contribuera à l’émancipation des femmes comme des hommes.  Il y a des femmes violentes et des hommes victimes. »

Elle précise néanmoins que, même si l’ampleur véritable de la violence féminine reste à circonscrire, les blessures occasionnées par la violence physique sont plus nombreuses et plus graves chez les femmes que chez les hommes.  Wyss soulève par ailleurs la résistance, tant collective qu’individuelle, à envisager la gent féminine capable d’agressivité.  En effet, le féminin du mot « agresseur » n’existe toujours pas.  L’image de la femme violente ne correspond pas à notre conception de la féminité tandis que le concept d’homme victime ne cadre pas davantage avec nos standards de virilité.[1]

C'était sans compter la France...

On serait en droit de croire que la divulgation de ces études, qui s’ajoutent à d’autres, analogues, pourrait annoncer un progrès en regard des conceptions qu’entretiennent les sociétés dites civilisées sur la violence conjugale, trop souvent présentée de façon stéréotypée et caricaturale.

Aucune évolution du genre, chez nos petits cousins français.  Comme si, sur ce sujet d’intérêt, la France, ou à tout le moins ses dirigeants, vivaient repliés sur eux-mêmes, bien à l’abri de données nouvelles, qui pourraient dépoussiérer leurs vues folkloriques et déphasées.  C’est ainsi que nous apprenions, dans Le Monde du 25 février dernier, que le gouvernement français et son opposition avaient voté à l’unanimité une nouvelle mesure afin de lutter contre un aspect de la violence conjugale, appelé par certains « harcèlement conjugal » ou « violences psychologiques au sein du couple ».

Si la définition du concept se rapproche passablement des énoncés sur la violence psychologique cités plus hauts, le bât blesse dangereusement quant à la définition d’agresseur et de victime.  Selon les élus français, l’agresseur demeure invariablement l’homme et la victime, obligatoirement la femme.  L’inverse ne saurait en aucun cas être envisagé.

Une psychiatre, Marie-France Hirigoyen, est à l’origine de cette nouvelle dérive doctrinaire si flagrante qu’on se demande encore quels gogos dirigent l’hexagone.  Y a-t-il un pilote dans l’avion ? 

Pour tout arranger, des associations féministes affirment redouter qu’un tel concept ne se retourne contre les femmes puisque les hommes violents pourraient désormais se défendre en accusant, bien sûr faussement, leurs compagnes de violences psychologiques.  Nous nous retrouvons une fois de plus devant ce cul-de-sac voulant qu’une femme qui accuse son conjoint de violence ne ment jamais et que l’homme qui accuse sa femme du même délit ment tout le temps.  On s’étonnera ensuite que les hommes ne dénoncent pas…

La justice française, apparemment indifférente aux leçons à tirer du dérapage tragique d’Outreau, où 16 personnes s’étaient vues accusées sans raison, certaines pendant trois ans, fourbit ses armes pour de nouvelles injustices.  À croire que certains regrettent l’époque révolue de la question.  Qui sait, peut-être que l’une de leurs psychiatres accouchera sous peu d’une étude qui en recommandera la rétablissement…

Allons, un bon mouvement.  Aidons les dirigeants français à dépasser leurs préjugés éculés.   Rappelons-leur cette citation de l’un des plus grands comédiens de leur pays, Louis Jouvet :  « On ne peut s’installer en tout confort dans une situation inconfortable. »  À méditer…

Sujet connexe, dans ce blog : Violence au féminin et misère des blondes... 3 octobre 2009.


[1] La chercheuse confirme également des études récentes de plus en plus divulguées à l’effet que la violence envers les enfants serait autant féminine que masculine.  Par contre, si la violence sexuelle reste nettement moins répandue chez les femmes, elle ne doit pas être négligée pour autant, prend-t-elle soin de préciser.

mercredi 24 février 2010

Crime et déneigement...

Tel que promis hier, je vous présente la suite inédite de mon odyssée à travers la tempête du siècle, survenue le 8 mars 2008.  Avertissement aux natures sensibles : à lire en compagnie d'un proche ou d'une bonne boisson chaude...
C’est le 8 mars, journée internationale des femmes, qu’est survenue la tempête du XXI e siècle, ainsi baptisée par certains médias.  Si, comme le chante Corneille, Dieu est une femme, elle a dû se sentir contrariée par ces hommes téméraires, sans doute plus nombreux que leurs consoeurs, à s’être lancés imprudemment sur les routes, en ces heures indues.  Gardons-nous, toutefois, d’attribuer trop hâtivement son divin courroux à toute la gent féminine.  Demandons-nous plutôt, avec Claude Dubois, si Dieu existe, devant cet hypothétique « Act of God ».

Ce jour-là, à la tête d’un commando d’automobilistes résolus, j’avais traversé la pire tempête de mes 32 années d’expérience routière, à partir de mon lieu de travail, à Bécancour, jusqu’à mon domicile, à Trois-Rivières, sans dégâts physiques, ni matériels.  Après avoir survécu à pareil cataclysme, je ne voyais pas quel sort funeste aurait pu me menacer.  C’était sans compter le service de déneigement de ma ville…

Le lendemain dimanche, minuit moins une, au terme d’une fin de semaine de travail de 28 heures, j’arrivais, fourbu, aux abords de ma maison.  Si les autoroutes étaient efficacement dégagées, la situation de mon quartier, Ste-Cécile, laissait fortement à désirer.  Évidemment, il ne fallait pas demander le Pérou, le jour suivant une tempête.  Juste un peu de discernement, de stratégie.  Aussi, après avoir tourné le coin de rue menant à mon domicile, je constatai avec étonnement que je disposai à peine de la largeur de mon véhicule dans la voie de gauche pour atteindre mon garage, sur le même côté.  L’autre voie était bloquée.  « Ma voisine est séquestrée », observais-je.

Mon entrée, pourtant maintes fois dégagée par un contractant privé, était à nouveau obstruée par un épais monticule de neige durcie, haut de trois à quatre pieds, sur sa droite.  Il aurait suffit d’un tout petit coup de pelle mécanique, de trente seconde, pour tasser la neige un peu plus loin, comme ce fut toujours le cas par le passé.  Ainsi que l’affirmait Forrest Gump, il y a des gens, comme ça, qui font des choses qui n’ont pas beaucoup de sens. 

Aussi improbable que cela paraisse, ce tableau représentait une amélioration, en comparaison de deux fins de semaines où je découvris, chaque fois, une montagne de trois mètres droit devant mon garage.  Houdini m’aurait envié les prouesses de contorsionniste dont j’ai dû faire preuve, à ces moments-là, pour sortir ma Tercel, afin d’aller travailler.  J’avais depuis sensibilisé un déneigeur à mes déboires.  Je sentis chez lui une lueur vacillante de compréhension, voire d’empathie, brûler furtivement au fond d’un regard placide.  Au lieu de mètres, il aura fini par ne m’encombrer qu’en pieds.

Après avoir sommairement déneigé mon entrée, je tentais enfin de garer mon véhicule, cette fois une Chevrolet Cavalier, acquise la semaine précédente.  Là où ma Tercel serait  passée en se jouant, ma nouvelle auto, trop lourde, dévia et fonça, avec la majesté d’une baleine échouée, dans le banc de neige problématique, pour y rester prise, inexorablement.  Ça valait la peine de survivre, sur les routes, à la tempête du siècle, pour aboutir à pareil résultat, dans mon entrée de garage.  Vivement le printemps.  Avec la fonte, disparaîtront les déneigeurs.  Peut-être pourrait-on ne pas tenir d’hiver, l’an prochain ?

16 mars 2008

Des tempêtes et des hommes...

L'hiver clément que nous connaissons ne devrait pas nous faire oublier qu'il y a à peine deux ans, le 8 mars 2008, survenait ce que d'aucuns ont appelé, à juste titre, la tempête du siècle.  Le Rétrolivier qui suit évoque mon expérience de ce déchaînement naturel, survenu inopinément pendant la journée internationale de la femme. Je publierai demain la suite inédite de ce fait d'armes, qui vous démontrera que les pires dangers d'une tempête ne sévissent pas toujours où l'on pense...
Ce samedi, je me trouvais avec quatre compagnons d’infortune à l’usine de Bécancour où je travaille comme agent de sécurité.  Si l’après-midi laissait encore présager un retour à la maison plausible, à partir de 17h15, la situation devait dégénérer d’une façon inquiétante.  Je m’imaginais déjà contraint de passer à nouveau la nuit dans mon lieu de travail, comme je le fis une fois lors de la première grosse tempête de l’hiver.  Jamais mon remplaçant, un jeune suppléant de Shawinigan, ne commettrait la folie de se rendre aujourd’hui au travail par cette température démentielle. 

Aussi, je m’étais résigné à attendre le coup de téléphone fatidique qui m’annoncerait sa défection imminente.  Sébastien devait théoriquement me remplacer à 19h30.  Or, à 19h00, n’ayant toujours pas de nouvelles, je pris les devants et appelai.  Une conjointe inquiète me répondit que, malgré ses supplications, son entêté d’homme avait décidé de partir quand même.  Je tentais tant bien que mal de la rassurer, lui disant que, devant la folie de son projet, il ne tarderait pas à rebrousser chemin.  « Pas lui », dit-elle, avec une intonation définitive, concluant son laïus par un sévère jugement sur l’orgueil masculin.  Inutile de contredire une femme anxieuse.

Par les baies vitrées du poste de garde, je voyais la tempête faire rage à un point où il était devenu impossible de distinguer les véhicules du stationnement.  Même ma Cavalier flambant noire était méconnaissable.  L’opérateur de four, qui remplaçait normalement son collègue à 19h00, arriva à 19h30, de Sainte-Angèle, affirmant qu’avoir su, il serait resté chez lui.  Un mécano, qui devait rentrer à Shawinigan en Tercel, renonça à son dessein, imité en ça par un machiniste, qui aurait manqué d’essence, la station service la plus proche ayant décidé de fermer, en raison du mauvais temps.

Mon collègue arriva avec à peine cinq minutes de retard, affirmant que « c’était l’enfer » sur les routes : peu de neige, mais des vents très violents et une poudrerie aveuglante.  Après avoir décidé de façon cartésienne de rester à l’usine, de dormir sur le canapé de l’entrée, et de me sustenter des sandwiches de la distributrice, je me surpris en train de prendre mon manteau, et de me diriger vers mon véhicule, acheté en début de semaine et malencontreusement chaussé de pneus quatre saisons.

Je dû me rendre à l’évidence que j’étais en train de partir.  Seul, sur l’autoroute 30 obscure, en pleine poudrerie, je regrettai aussitôt ma témérité et songeai à faire demi-tour.  Heureusement, au bout de dix minutes, des véhicules s’enlignèrent derrière moi.  S’il m’arrivait quelque chose, quelqu’un pourrait au moins intervenir.  Moi qui avait spéculé de suivre une caravane improvisée, je me retrouvais chef de file tâtonnant.  Mes fonctions d’agent de sécurité prenaient un tour extraterritorial.

Après avoir récité mon acte de contrition à deux reprises, tant la visibilité était nulle et l’éclairage inexistant, l’écriteau tant attendu annonçant le pont de Trois-Rivières apparut dans la tourmente, alors que nous roulions par moments à 20 km/h.  Une fois sur le pont, l’éclairage permettrait un retour prudent, mais réaliste.  À la maison, j’éprouvai le besoin d’un solide remontant : un Manhattan. Double. Orgueil masculin ?  Connais pas.

Paru dans Cyberpresse du 10 mars 2008, Le Nouvelliste du 11 mars 2008 et dans Le Soleil du 16 mars 2008.

dimanche 21 février 2010

Don Juan et canard boiteux

Quel triste mélo que les aveux contrits d’infidélité de Tiger Woods.  Il n’y a vraiment que chez nos voisins du Sud qu’un tel psychodrame pouvait « décemment » se dérouler.  Hormis son épouse, qui diable avait à être informé des liaisons du champion ?  En quoi ses « performances » hors terrain devaient-elles remettre en cause ses compétences sportives ou son intégrité en tant que personne ?  A-t-il commis des actes de pédophilie, un vol de banque, des voies de faits sur des itinérants, escroqué des petits épargnants, participé à des activités terroristes ?  Non, alors ?
Bush, le canard boiteux, et Clinton, le don Juan...

Le comédien Charlie Sheen, connu pour ses incartades avec des prostituées, a-t-il jamais ressenti la nécessité d’expier publiquement les tourments d’une culpabilité sulfureuse ?  L’acteur le mieux payé de la télé américaine s’en fiche, et il a raison.  Le drame aussi facultatif que risible d’un champion avouant des gestes qui ne regardent en rien le public pose le problème de la compétence menacée par l’image.

Examinons cette hypothèse : votre enfant souffre d’une maladie cérébrale mortelle nécessitant l’intervention d’un neurologue de haut niveau.  Il en existe deux au monde à pouvoir sauver sa vie.  Vous avez le choix entre le meilleur, cumulant 90 % de chances de réussite, mais coureur de jupons réputé, et le deuxième meilleur, aussi fidèle qu’une pierre tombale, mais dont les probabilités de succès tombent à 65 %.  Choisirez-vous monsieur haute-fidélité ?  Moi non plus.

Avant Woods, seul Bill Clinton avait exprimé des excuses aussi médiatisées pour son infidélité.  Il y avait pourtant belle lurette que Bill et Hillary menaient une vie privée indépendante l’un de l’autre. La vraie humiliation, pour la première dame, tenait plutôt à ce que son mari s’était fait pincer.  C’était une époque bénie, où la pire menace étatique s’appelait Lewinsky.  La divulgation inappropriée d’une situation privée a cependant failli entraîner la destitution de l’un des présidents américains les plus respectés, parce qu’il avait d’abord nié les faits.  Ridicule.

Son successeur, George W Bush qui, en comparaison, évoquait un vilain petit canard boiteux, ne s’est vu reconnaître en revanche aucune infidélité.  Son administration et lui ont pourtant menti sur la possession d’armes de destruction massive par l’Irak, des liens supposés entre Saddam Hussein et Ben Laden, avant d’entamer une guerre illégale et meurtrière, sans qu’aucune procédure de destitution ne soit sollicitée.  Une morale de bénitier l’emporta sur la raison d’état.

Barack Obama, dont la super majorité au sénat, désormais envolée, aurait permis des commissions d’enquête en vue de faire la lumière sur huit années désastreuses, n’a su placer ses pions en vue des élections de mi-mandat.  L’imputation de son prédécesseur aurait rappelé le risque républicain.  En sollicitant Bush pour la reconstruction d’Haïti, le président démocrate lui donnait même une chance de rédemption.  Concédons au républicain l’art de lever des fonds…

Faut-il conclure qu’il est plus avantageux d’être corrompu et fidèle que constructif et volage ?  Si à court terme, l’image de Clinton a souffert, sa popularité depuis n’a jamais été aussi forte.  Quant à Bush, même s’il parvient à se soustraire à une éventuelle reddition de compte, son image restera à jamais entachée, même aux yeux d’une majorité d’Américains.  Lui parti, les républicains subsistent cependant.  Qui prendra la relève ?  Sarah Palin, nouvelle recrue à Fox ?  Malgré près de 20 poursuites pour manquement à l’éthique et abus de pouvoir, aucune révélation d’adultère ne pèse encore contre elle.  Si balourde soit-elle, tous les espoirs lui restent permis…

Également paru dans Le Nouvelliste du 23 février 2010 et dans Le Soleil du 27 février 2010.  

Mis en ligne dans le site Watching America (traduction anglaise par Andrew Lusztyk)  le 27 février 2010. 

lundi 15 février 2010

La laïcité aussi, c’est raisonnable…

Tandis que la ministre Courchesne se dépêtre d’accusations de favoritisme envers les écoles privées juives et que les demandes d’accommodements déraisonnables se multiplient, le Parti québécois presse le gouvernement Charest d’accoucher d’une charte de la laïcité.  Autant demander à un agoraphobe d’assister à un concert de Madonna.  La nécessaire primauté de l’égalité entre hommes et femmes demeure en tête des revendications de Louise Beaudouin, porte-parole péquiste en matière d’immigration, une requête qui trahit l'inaction de Jean Charest.
Louise Beaudouin
Yolande James, ministre de l’Immigration, qui devrait occuper l’avant-scène dans ce débat d’intérêt, brille par son absence, ce qui confirme son rôle cosmétique au Conseil des ministres, tandis que Christine St-Pierre, supposément titulaire de la Condition féminine, a déjà déclaré que l’opposition faisait des tempêtes dans un verre d’eau.  Rappelons que cette ministre a désavoué son Conseil du statut de la femme pour appuyer la position de la FFQ s’opposant à l’interdiction du hijab dans la fonction publique.  Peut-être devrait-elle se voir confier la Faune, lors d’un remaniement ministériel, et promouvoir le port de la burqua contre les piqûres de maringouins ?

La crise qui guette le gouvernement sur les accommodements déraisonnables prouve la nécessité de personnes-clés à la tête de ministères dont l’importance ne peut être plus longtemps sous-estimée : l’Immigration et la Condition féminine.  De toute évidence, il n’y a pas de pilotes dans ces avions.  Il faudrait de surcroît que le premier ministre Charest cesse de temporiser, selon sa détestable habitude, pour apporter une solution durable à une problématique devenue un irritant social majeur.  Il devra tôt ou tard risquer de déplaire aux communautés culturelles, fidélisées au PLQ, pour apaiser les inquiétudes et la grogne de la majorité quant au respect de son identité.

En plaçant des néophytes à la tête de ministères devenus névralgiques, Jean Charest se voit rattrapé par les limites immédiates d’un Conseil des ministres à 50 % féminin, malgré une députation d’à peine 25% de femmes.  S’il va de soi que seule une femme puisse occuper la Condition féminine, l’expérience et le talent doivent rester les seuls critères d’attribution d’un ministère.  Jean Charest devra également renoncer à son obsession de contrôle sur ses ministres et risquer d’affronter des subalternes plus aguerris qui pourraient ne pas manger dans sa main. 

On cherche en vain cependant qui pourrait mener à bien un éventuel projet de charte de la laïcité au sein du PLQ, au point de tenir tête au chef, si les circonstances l’exigeaient.  Même Nathalie Normandeau, qui a tôt fait de transformer une insulte à son endroit en atteinte à la dignité des femmes, pourrait fort bien baisser pavillon devant celui qui l’a nommée vice première ministre.  Aux yeux de Jean Charest, le coffre et l’expérience ne suffisent pas pour accéder au Conseil des ministres : le devoir d’obéissance reste primordial.  Demandez à Pierre Paradis, back bencher à vie au parti. 

Hormis le PQ, qui exploite désormais une chasse gardée jadis chère à la presque défunte ADQ, la position de Québec solidaire n’a rien pour faire avancer un projet de charte de la laïcité. Rappelons que Françoise David s’est déjà prononcée en faveur des piscines réservées aux femmes musulmanes, invoquant qu’une telle mesure les aidait à briser l’isolement…  On comprend pourquoi deux têtes sont nécessaires pour que ce parti fonctionne.  Ajoutez à ce tableau la préséance de la Charte canadienne des droits et libertés sur toute législation québécoise et vous admettrez que ce n’est pas demain que tout risque de perpétuel Halloween sera écarté…


Également paru dans Le Soleil du 18 février 2010.

samedi 13 février 2010

Un père, un fils : ainsi soit-il…

Comme plusieurs de mon âge, j’ai grandi persuadé que nos comportements étaient dictés par l’éducation et que l’inné n'était qu'une vue de l’esprit.  Ainsi le croyais-je, les garçons, équipés de poupées, auraient voulu les allaiter tandis que les filles, en possession de camions Tonka, auraient organisé des poursuites de salon dignes de Bullit.  En un éclair, mon fils devait anéantir vingt ans de convictions béhavioristes. 

Jérémie et sa soeur, Anaël : l'irrépressible fascination des garçons pour les autos gagne parfois même leur grande soeur...

Il avait tout juste 20 mois quand, à Noël 96, ma sœur, Marie-Josée, eût l’idée saugrenue de lui offrir une collection de 25 petites autos.  Qu’allait-il bien faire de ces objets qui ne lui diraient absolument rien ?

À peine en possession de ce présent apparemment incongru, les yeux de mon garçon s’allumèrent d’un feu que je ne leur connaissais pas.  C’est fiévreusement qu’il arracha l’emballage de son cadeau et s’empara des précieux petits véhicules comme Arsène Lupin aurait dérobé les bijoux de la comtesse de Cagliostro.  Qu’allait-il bien pouvoir en faire ?

Un premier bolide eût à peine touché le plancher que déjà, des « vroum, vroum » bien sentis gazouillaient joyeusement de la bouche de Jérémie tandis qu’une première, une seconde, puis une troisième automobile sillonnaient le plancher plus vite que le regard.

Je me rappelais alors la joie viscérale qui m’animait, enfant, quand je reçu mes premiers « amions » (je ne pouvais alors prononcer les « c »).  Mieux que n’importe quel psychologue ou sociologue, mon garçon, par sa spontanéité même, venait de démontrer la préséance du naturel sur l’acquis.  Pas mal, pour un petit futé qui n’avait même pas deux ans… 

vendredi 12 février 2010

Un père, un fils : l’hypersensibilisation

Trois mots me donnent depuis peu de l’urticaire : tournée de sensibilisation.  Surtout dans un contexte scolaire.  Nos jeunes ont assez de problèmes avec leur développement sans qu’on les mêle avec des clichés pires que ceux qu’on prétend dénoncer.  Deux calamités – notamment – menacent nos ados : le discours braillard sur l’hypersexualisation et l’autre, stéréotypé et déphasé, sur la violence « conjugale » des jeunes.  À en croire les oracles qui pérorent sur ces thèmes, les espaces réservés aux jeunes sont en voie de devenir des baisodrômes ou des arènes de combat extrême.  Bien sûr, les rôles sont distribués : gars prédateurs, filles victimes.  Et on accuse nos aînés de radoter…
Sentant de mon devoir de protéger ma progéniture contre ces avalanches de préjugés érigés en fausses évidences, j’abordais franchement le sujet :

-       Jérémie, as-tu déjà assisté à des tournées de sensibilisation à l’école ?

-       Ben, oui (concentré sur son ordinateur).

-       Sur l’hypersexualisation et la violence ?

-       Aha (air absent)…

-       T’en penses quoi ?

-       (S’interrompant soudain) Papa, je le sais qu’on est pas tous des obsédés pis que la violence, c’est aussi les filles (qui la commettent).

-       Tu sais ça, toi ?

-       (Les yeux au ciel) T’as écrit au moins quatre articles sur ton blogue là-dessus !

-      

-       Quand c’est clair, c’est clair !

-       Roger, message reçu.

Un bon investissement, finalement, d’avoir équipé mon gars d’un ordi à Noël.  Notre lectorat se trouve parfois plus près qu’on l’imagine…


Un père, un fils : le côté obscur…


Nous étions dans mon auto, mon fils et moi, à un feu rouge, quand il me tint ce propos :
-       Des trois Olivier que je connais, deux sont attirés par le côté obscur de la vie.

-       Côté obscur ?

-       Oui, Papa.  La vie, la mort, le mystère des choses cachées, troubles.

-       Les deux Olivier que je connais ?

-       Oui, ces deux-là.

-       Le troisième, qui n’est pas attiré par le côté obscur, c’est qui ?

-       Ben (air excédé), toi !

-       Tu liras, dans mon blogue, Trio infernal et phantasmes hors limites.

Par le silence perplexe et amusé qui suivit, je compris que mon gars venait d’entrevoir le côté obscur de son père…