lundi 7 mars 2011

8 mars : souriez, Mesdames, ça va bien…

Chaque année, c’est pareil.  Le spleen de la journée de la femme s’abat sur une pléthore de féministes, regroupées ou individuelles.  Une fois encore, elles broieront du noir.  C’est à se demander pourquoi les pharmacies et grandes surfaces ne prévoient pas pour l’occasion des spéciaux sur les papiers mouchoirs et les antidépresseurs afin de les aider à passer à travers.  Il faut dire que le 8 mars, non seulement le verre de la condition féminine leur paraît à moitié vide, mais c’est à se demander s’il n’a jamais été vaguement rempli, à leurs yeux.  Comment soutenir nos féministes chéries et les aider à franchir cet insoutenable cap annuel ? 

Dessin : Serge Ferrand
Tout leur paraît aller pour le pire et dans la même démesure, peu importe l’endroit envisagé : Téhéran, Montréal, même combat.  En vain tenterons-nous de les rassurer en leur disant par exemple qu’en Afghanistan, notre armée tente – laborieusement, admettons-le - d’imposer la démocratie et de libérer femmes et filles du joug des talibans, elles demeureront inconsolables.  Et puis, rappelez-vous : la FFQ s’est opposée à toute intervention militaire canadienne dans ce pays infesté par les mines antipersonnelles.  Sans doute faudrait-il à la place parachuter des commandos de représentantes Avon, qui épauleraient la gent féminine locale avec des crèmes et des lotions que les résidentes pourraient utiliser sous leur burka ou leur niqab ? 

La violence conjugale recule !

Si elles se documentaient davantage, nos féministes auraient de quoi se réjouir.  Un premier bilan de la prévalence et du taux de prévalence de la violence conjugale au Québec et au Canada entre 1993 et 2004 indique que ce fléau a diminué de 41 % au Québec pour cette période.  Ainsi, l’Institut de la statistique du Québec enregistre notamment un recul de 27 % chez les femmes victimes de violence grave.  Et c’est pas tout : même la violence des femmes, ce grand tabou féministe, est en baisse !  On a noté pour la même période une diminution de 49 % des cas de violence grave rapportés par les hommes.

La violence conjugale au féminin, difficile à admettre...
Pour bien informer nos militantes, que l’égalité en toute chose préoccupe, l’Institut avait déjà révélé, il y a quelques années à peine, que sur une période de cinq ans, 3,9 % des hommes avaient rapporté au moins un événement de violence physique en comparaison de 2,9 % de femmes, ce qui représentait respectivement 70 200 hommes et 52 600 femmes.  C’est une bien piètre consolation, mais n’est-il pas éclairant de réaliser que les femmes ne sont pas les seules victimes de la violence conjugale ?  Bien sûr, mieux vaudrait se retrouver égalitaires dans le respect de la personne.

Moins de pauvreté chez les femmes

Bien que leur revenu soit moindre que celui des hommes, en bonne partie parce que plus de femmes préfèrent travailler à temps partiel ou font des choix de carrière moins lucratifs, la croissance de la rémunération horaire et hebdomadaire est plus forte chez celles-ci que chez les hommes pour la période 1997-2005, nous indique encore l’Institut de la statistique du Québec.  

Autre fait révélateur, près de 80 % des femmes travaillent dans un domaine qu’elles ont choisi en comparaison d’à peine 20 % d’hommes, ce qui tend à démontrer que la notion de pourvoyeur l’emporte chez ces derniers sur les aspirations personnelles.  Qui plus est, les femmes qui cessent de travailler le font en majorité de leur propre initiative, contrairement aux hommes, qui se voient le plus souvent contraints de quitter leur emploi.  L’esprit de sacrifice n’opprime plus autant les femmes, ce qui devrait répandre un baume sur le cœur si meurtri de nos féministes. 

Métiers masculins : souvent plus à risque
Les femmes optent également pour des emplois à moindre risque :  elles cumulent nettement moins d’accidents de travail, avec 13,6 accidents par 1000 femmes en comparaison de 23,5 par 1000 hommes.  Les femmes sont également moins représentées que leurs contreparties masculines parmi certaines catégories de personnes à faible revenus.  Selon le ministère du Revenu et de la Solidarité sociale, elles représentent 48 % des assistés sociaux, en comparaison de 52 %, pour les hommes.  Elles affichent un taux de chômage de 6,7 %, en comparaison de 7,8  % pour les hommes et ne constituent qu’un itinérant sur quatre, bien que leur nombre dans cette catégorie augmente.

La discrimination, c’est positif !

Tandis que les femmes constituent plus de 60 % de la population universitaire, elles peuvent bénéficier de politiques de discrimination positive dans plusieurs disciplines non traditionnelles en plus de profiter de programmes encourageant leur réussite académique tels que Chapeau les filles et Excelle Science.  Rien de comparable n’existe pour les hommes, naturellement.  La présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat, soulignait récemment à quel point de telles dépenses lui semblaient inutiles. 

Si les femmes envisagent une carrière dans la fonction publique, notamment, la tendance à les privilégier se maintient puisqu’elles représentent 60 % des effectifs de ce secteur d’activités.  Bien que la parité homme femme soit dépassée (de plus d’une façon, entre autres, désuète), les politiques de discrimination positive sont maintenues au point où les femmes excèdent les 60 % dans neuf ministères, dont celui de la Justice, avec 75,2 %, et celui d’Emploi et Solidarité sociale, avec 73,9 %.  Bien que présente dans le secteur privé, la discrimination positive demeure plus difficilement quantifiable.

De meilleurs soins de santé

N’est-il pas réconfortant de savoir que l’État prend en charge la santé des femmes en y consacrant jusqu’à onze fois plus de budget que pour les hommes et que cette proportion ira en augmentant grâce au concept d’analyse différenciée contenu dans le dernier plan d’action pour l’égalité du ministère de la Condition féminine ?  Cette tendance se voit confirmée par la Fondation des maladies du cœur, qui nous recommande de sauver au moins une femme et par la Fondation du cancer du sein du Québec, qui a récolté 1,5 M $ pour la recherche en six ans.  L’université du Québec à Trois-Rivières consacrera de son côté une part importante d’une subvention de 1,26 M $ à la recherche sur les cancers du sein, des ovaires et de l’utérus.

Que dire de plus...
Il n’est pas jusqu’au secteur privé qui emboîte le pas à cette tendance mode.  Après Becel, Pharmaprix, que l’on pourrait rebaptiser pour l’occasion Femmaprix, soutient « cinq programmes de grande influence créés par des experts du domaine de la santé des femmes », nous apprend leur plus récente publicité.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez une féministe mélancolique vous dire que la situation des femmes va en empirant et qu’il faut que l’État investisse davantage dans la condition féminine, j’espère que la chronique que vous venez de lire vous donnera des arguments pour la réconforter…

8 commentaires:

Sébas a dit…

Quelle belle analyse "équilibrée" et tout en nuance !

Malthus a dit…

Dans son documentaire du mois de mars "The F*** Word" - coincidant avec cette fameuse journée internationale- la CBC, toujours prête à perpétrer mensonges et exagérations pour la cause, nous indique non seulement que les droits de la femme perdent du terrain(spin éhonté s'il en est un) mais que les pauvres femmes font encore 20% de moins d'argent que les hommes.
Pas un mot évidemment sur la cause de cet écart- on préfère laisser sous-entendre que c'est dû au sexisme inné de nos sociétés patriarcales plutot qu'aux choix que font les femmes d'aller vers des métiers moins lucratifs, moins dangeureux ou de couper dans leurs heures de travail pour augmenter leur qualité de vie.
Fait encourageant cependant: les nouvelles générations de femmes refusent en masse de se joindre aux vieilles (c)hippies et de porter le flambeau d'un féminisme qu'elles jugent revanchard et mesquin.
Sabrons le champagne! La lucidité semble vouloir faire un retour...

Olivier Kaestlé a dit…

Il y a donc de l'intégrité chez les générations montantes de femmes, un gage d'espoir pour mon garçon. Espérons qu'elles ne perdent pas l'étincelle avec l'âge, comme leur prédécesseures....

Olivier Kaestlé a dit…

Un grand merci de votre commentaire, Sébas, particulièrement apprécié venant d'un militant et analyste de la première heure comme vous. Salutations.

Anonyme a dit…

Et le taux de chomage des femmes est inférieur à celui des hommes depuis 2006 au moins. 80% des employés du gouvernement provincial sont des femmes.

Malthus a dit…

On comprends mieux alors pourquoi nos gauchistes ne veulent pas réduire la taille de l'Étât- pourquoi envoyer des pousseuses de papier dans un marché du travail stressant et compétitif quand on peut leur fournir un bon revenu à même la sueur des autres...?


http://antifeminismeselonmalthus.blogspot.com/

Olivier Kaestlé a dit…

Un nouveau motif de réconfort pour ces dames... Par contre, leur financement du fédéral bat de l'aile. On ne peut gagner sur tous les plans. Il faudrait enfin distinguer condition féminine de condition féministe...

Olivier Kaestlé a dit…

Malthus, il m'arrive surtout de me demander ce qu'il adviendrait des fonctionnaires du CSF, du Secrétariat à la condition féminine et du ministère de ladite condition si, du jour au lendemain, elles devaient occuper des postes de responsabilités véritables, utiles pour la société, avec obligation de rendement. Quelle révolution ce serait !

La vie serait plus dure pour elles, mais au moins elles retrouveraient la digité du travail nécessaire et bien fait.