vendredi 14 octobre 2011

Meurtre d'enfants : responsabilité de la mère et pouvoir du père

Le lieu du drame.
À moins de vivre dans un placard, vous avez eu vent de ce fait divers nous apprenant qu’une mère de Saint-Eustache a été empêchée juste à temps par son conjoint de tuer ses deux enfants : l’aîné, âgé de six ans, par noyade, le cadet, âgé de quatre ans, par électrocution.  Ce sont les cris des gamins qui ont permis à leur père d’intervenir à temps, avant de signaler le 911.  Les enfants comme la mère ont été hospitalisés et ont été déclarés en bonne santé.  La femme de 31 ans serait dépressive, ce qui ne l’empêchera pas de subir un procès pour tentative de meurtre.  Il est à noter qu’il s’agit ici d’une tentative de meurtre, et non, comme on le croit généralement, d’infanticide. 

Selon Jacques Marleau, chercheur à l’Institut Philippe Pinel de Montréal, dont les propos sont résumés dans le blog Chroniques d'une criminologue : « (…) en droit canadien, seule une mère peut être accusée d’infanticide, qui constitue le fait d’assassiner son enfant duquel elle ne s’est pas remise de la naissance ou de l’allaitement. Souvent, ce sont les femmes atteintes d’une dépression post-partum qui commettent un tel geste. Un père, quant à lui, serait accusé de meurtre s’il assassinait son enfant, comme dans le cas du Dr. Guy Turcotte. »  Étant donné l’âge des enfants, le terme d’infanticide serait donc une impropriété, même commis par une mère dépressive, mais un éclairage légal supplémentaire serait le bienvenu.

L’avocate criminaliste Véronique Robert, citée dans le même bloque, ajoute : « Alors que la peine pour le meurtre est la prison à perpétuité, avec une possibilité de libération conditionnelle après 25 ans dans le cas du meurtre au premier degré, et avec une possibilité de libération conditionnelle après 10 à 25 ans dans le cas du meurtre au second degré, la peine pour le crime d’infanticide est de 5 ans maximum. »  Ne perdons pas de vue qu’il ne s’agit ici « que » d’une tentative de meurtre sur des enfants, mais un verdict de culpabilité pourrait vraisemblablement entraîner des conséquences plus lourdes pour l’accusée que dans le cas d’une tentative d’infanticide.
Quatre questions
Le père peut-il toujours empêcher
l'irréparable ?
J’ai rarement l’habitude de commenter à froid un événement aussi dramatique quand il vient de se produire : tant de circonstances méconnues, de témoignages surprises, peuvent donner un tour imprévu à un tel drame que je préfère généralement laisser retomber la poussière avant de prendre position.  Un lecteur m’a cependant envoyé quatre questions qui m’ont interpellé, au point où j’ai jugé pertinent non seulement de lui répondre de façon informelle, mais également d’en faire le sujet de cette chronique.  Les voici :
1- La force d’un homme, d’un père, a-t-elle encore et toujours de l’importance ?
Si la force physique d’un père peut empêcher une mère d’attenter aux jours de ses enfants et qu’il  reste malgré tout suffisamment crédible pour que les policiers repartent avec la meurtrière potentielle plutôt qu’avec lui, il ne s’agit en aucun cas d’une règle absolue.  Le cas de Benoît Bausson, auquel j’ai déjà consacré une  chronique, démontre avec un regrettable éclat comment, même appuyé de preuves irréfutables, cet homme n’a jamais été pris au sérieux par la DPJ quand il a voulu alerter cet organisme du danger que son ex-conjointe faisait courir à sa fille souffrant d’hypothyroïdie. 
Le père a-t-il seulement le pouvoir d'être écouté ?
La mère sous médicamentait en effet son enfant au point où, devant sa santé fragilisée, elle arrivait à soutirer à l’État une subvention pour personnes handicapées.  Il n’aurait suffi à l’intervenante que d’un simple coup d’œil aux bordereaux de renouvellement présentés par Bausson pour constater que le médicament de la petite n’était renouvelé qu’aux deux mois quand il aurait dû l’être à chaque mois.  Malgré une victoire en première instance accordant au père la garde de son enfant, une décision en appel devait renverser le verdict : l’enfant est restée sous la férule de la mère.  Cet épisode, qui n’a rien de bien exceptionnel au plan de la fréquence, illustre à quel point la parole du père n’a que peu de poids aux yeux de l’État, même devant la mère la plus dénaturée.
2. La violence féminine n’est-elle pas démontrée ?
Je n’en reviens pas de constater combien, malgré statistiques, études et faits divers de tout acabit, la conviction voulant qu’une mère ne soit pas capable de tuer ses enfants reste aussi obsessionnelle auprès d’esprits aussi obstinés que réactionnaires.  Même quand l’intention criminelle est clairement démontrée, vous trouverez toujours des bonnes âmes, comme Jacques Marleau, cité plus haut, pour propager une interprétation déresponsabilisante du meurtre d’enfants quand il est commis par la mère.  Ce chercheur déclarait dans Le Journal de Montréal du 17 août 2006, que les pères tuaient davantage par vengeance tandis que les mères agissaient plus souvent « par motivation altruiste afin d’éviter à l’enfant des souffrances réelles, anticipées ou amplifiées ».  Cette interprétation pourrait bénéficier à la mère du fait divers et laisser entendre que le père ne serait pas irréprochable. 
La cruauté maternelle, ce tabou...
Bref, même contraints d’admettre les faits objectifs et statistiques, il y aura toujours des bien pensants pour excuser l’inexcusable et amoindrir la responsabilité féminine envers un crime pour lequel ils se montreront implacables lorsqu’il sera commis par un homme.  J’ai démontré, plusieurs exemples à l’appui, l’invraisemblance de cette idéologie dans ma chronique intitulée Infanticide maternel : la mythe de la motivation altruiste.
3. Le traitement médiatique sera-t-il égal à celui du docteur Turcotte ?
Non, tout simplement parce que Turcotte a tué ses enfants de la façon la plus insoutenable, alors que la mère accusée ici en a été empêchée in extremis.  Le cas de Turcotte aura autant attiré l’attention médiatique par la violence extrême des meurtres que par son acquittement, qui a révolté un grand nombre de citoyens.  À noter, à impact équivalent, le cas de Cathy Gauthier, très médiatisé en raison de l’empoisonnement mortel de ses trois enfants, et du pacte de suicide conclu entre elle et son conjoint.  Bien qu’étant femme, et qu’un homme aurait été impliqué dans les meurtres, la Saguenayenne s’est tout de même vue condamnée en 2009 à la prison à perpétuité, même en appel.  Cette décision m’a surpris : j’aurais juré qu’on aurait rendu le conjoint principal responsable du drame, en plus d’avoir contraint sa faible femme à participer à l’irréparable.  Commencerait-on à considérer les meurtrières responsables de leurs actes ? 
4. Verra-t-on un groupe d’hommes se former pour faire des pressions pour criminaliser ce geste ?
Cathy Gauthier : coupable.
Très bonne question, à la suite de la précédente, concernant Turcotte, puisqu’elle implique le concept d’intention criminelle ou de préméditation.  Sans doute le but du procès sera d’établir cette dernière dans ce cas précis.  Après tout, même devant l’atrocité des meurtres du cardiologue, la préméditation a été rejetée en raison du doute raisonnable soulevé par les experts témoignant au procès.  Nul ne pourra jamais affirmer que Turcotte ne savait pas ce qu’il faisait, mais rien ne permet de déterminer le contraire, même si la mort de deux enfants sans défense nous révolte. 
Malgré le fait que Cathy Gauthier ait écopé de la sentence la plus sévère et que la clémence accordée à Turcotte ait soulevé une vague d’indignation dont on n’entend plus l’écho aujourd’hui, il subsiste toujours cette perception à l’effet que la justice se montre plus clémente envers les meurtrières qu’envers les meurtriers.  L’acquittement d’Armande Côté du meurtre de son mari, confirmé hier par la Cour suprême, malgré une preuve accablante mais recueillie illégalement par des policiers maladroits, reste un cas qui alimente fortement cette perception. 
Guy Turcotte : le dilemme de la préméditation.
Les groupes d’hommes ont été démonisés dès leur apparition, en partie à cause de la révolte mal contenue de quelques interlocuteurs, mais surtout en raison du salissage systématique de la part des groupes féministes et du silence ou de la banalisation de leurs revendications par les médias.  S’ils veulent se positionner dans ce débat, ces groupes devront solliciter ou continuer à développer des alliances avec des intervenants crédibles, mais surtout, aspirer à un équilibre entre une juste sévérité excluant les sentences trop clémentes, et le nécessaire constat, dans certains cas, de pathologies ingérables comme la schizophrénie, par exemple.  Une réelle reconnaissance de la parité homme femme dans le crime comme au plan de l’intention criminelle, en dehors de toute idéologie toxique et réactionnaire, demeure toutefois un objectif incontournable.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Le problème, c'est que l'égalité n'intéresse pas les féministes quand ce sont les hommes qui la réclament.

Olivier Kaestlé a dit…

Très vrai, mais comment peuvent-elles parler d'égalité sans réciprocité ? Un véritable non-sens.

Anonyme a dit…

titi dit.
j'ai connue en plus de 40 ans plus de femme qui détruisait tout autour d'elles y compri ses propres enfants uniquement dans le but de se vanger et le sytème a toujour cacher les faits pour leurs permettent cette vangence,le résultat est sous nos yeux,le nombres d'enfants sou médication,le nombres d'heures de garderie que les enfants endure,le nombre de plainte(des millier) contre la dpj,les réactions actuel de nos dirigeant que 90% de la population rejette,pourtant ils ont toujour le pouvoir d'ajuster les lois en cour de route,tout vas a l'encontre des lois mais...

Olivier Kaestlé a dit…

Sombre tableau, mais hélas réaliste, et représentatif d'une déviance qu'il faudra bien finir par réformer. Pour le moment, il semble bien qu'au royaume des escrocs (les familialistes) les manipulatrices soient reines, puisqu'elles sont leurs premières complices.