samedi 22 octobre 2011

Québec : le train islamiste a sifflé trois fois…

Djemila Benhabib, auteure engagée
Comme toute problématique d’importance, l’islam politique connaît des fluctuations d’intérêt et d’indignation auprès de la population québécoise, comme au sein d’autres sociétés occidentales dites civilisées et tolérantes.  Après une relative accalmie, trois événements récents viennent de relancer cette question à l’avant-plan de nos préoccupations citoyennes : la sortie de l’essai de Djemila Benhabib intitulé Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident, l’annulation, à l’Université Concordia, d’une conférence prévue par des fanatiques britanniques prônant la maltraitance des femmes adultères et la criminalisation de l’homosexualité, et enfin, la tenue, à Kingston, Ontario, du procès d’un couple et de leur fils, accusés du meurtre de la première femme du mari et de leurs trois filles, pour avoir entretenu des relations condamnées par leur conception si particulière de l’honneur.

Les soldats de La Presse

À peine Djemila Benhabib, l’auteure de Ma vie à contre-Coran, avait-elle commencé à faire la promotion de son essai, du reste généralement bien reçu, que deux éminents chroniqueurs de La Presse jugeaient opportun de qualifier ses positions « d’hystériques » et de « catastrophistes ».  À quelques exceptions près, les chroniqueurs du quotidien de la rue St-Jacques m’ont rarement impressionné par leur pertinence sur la problématique de l’intégrisme religieux et des accommodements raisonnables, depuis les articles méprisants et biaisés de plusieurs d’entre eux lors de la parution en 2007 des normes de vie d’Hérouxville.  Il semble bien que quiconque exerçant un certain rayonnement, s’insurge contre les passe-droit déraisonnables consentis aux minorités ethniques, et pire, recourre au mot lapidation, se voit marqué au fer rouge par ces défenseurs d’une tolérance qui relève davantage d’un idéal chimérique que de la réalité.  Il est loin le temps d’Expo 67…

Patrick Lagacé : pourquoi s'énerver ?
Après avoir présenté les différentes dérives islamistes de l’histoire cités dans son livre comme relatées avec « la prose d’un roman Harlequin », et précisé que l’auteure « déconstruit avec une minutie assommante les jeux de coulisses qui ont poussé la Fédération des femmes du Québec à ne pas condamner le port du voile, en 2009 », Patrick Lagacé devait conclure avec ce trait d’esprit : « Je suis désolé, je suis sûrement un «idiot utile» aux yeux de la Jeanne d'Arc Benhabib, mais je ne perçois pas d'islamisation galopante ici, maintenant. Rien qui justifie ce ton hystérique, ces formules alarmistes... »  À mon sens, toute l’objection à cette conclusion du chroniqueur tient à ces deux mots, employé par lui : « galopante » et « maintenant».  Qu’adviendra-t-il de notre société quand elle sera contaminée par une islamisation plutôt « rampante »… et « prochainement »?

De son côté, peut-être par solidarité éditoriale, devant la levée de boucliers entraînée par les commentaires de son confrère – incluant ceux-là mêmes de son co-animateur des Francs-tireurs, Richard Martineau -   Marc Cassivi a pris le relais avec une égale finesse : « Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident, de Djemila Benhabib, est un brûlot catastrophiste sur l'Islam, écrit par une musulmane. »  S’ensuit une « dénonciation » de la présumée exagération des propos de l’auteure et de la « complaisance » manifestée à son endroit par Guy A Lepage, lors de son passage à Tout le monde en parle.  Hormis les réactions épidermiques de Cassivi, aucun argument de fond ne vient torpiller le contenu de l’essai.  « Pur » boulot de discrédit.

Marc Cassivi : solidaire dans la négation.
À mes yeux, Djemila Benhabib demeure l’une des rares féministes dignes de respect, parce qu’elle livre un combat véritable en faveur des droits légitimes des femmes et de la tolérance.  Sans doute est-elle désormais étiquetée « antiféministe » pour avoir dénoncé aussi ouvertement la position de l’emblématique FFQ, condamnant l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique, tolérante envers la burqua et même, désireuse de l’imposer en garderie familiale, au mépris de l’impact d’un tel accoutrement sur des enfants en bas âge.  Bien sûr, il ne s’agit pas là « d’islamisation galopante », mais nettement plus sournoise.  Faut-il attendre, notre mollesse aidant, d’en arriver à admettre sans broncher les prises de positions d’individus prônant l’asservissement des femmes et l’écrasement des homosexuels ?  Quelle sera la prochaine étape ?

Concordia baisse… pavillon !

Mauvais timing.  Les propos méprisants des chroniqueurs de La Presse survenaient au moment même où l’université Concordia s’apprêtait à recevoir, Allah sait pourquoi, des représentants de l’Islamic Education and Research Academy (IERA), une organisation britannique ayant pour mission le recrutement à travers le monde en vue de « ramener les non musulmans vers Allah », en prônant notamment « une certaine forme de force physique pour protéger leurs femmes contre le mal » et la criminalisation de l’homosexualité.  Il est question ici d’islamisation « rampante » en vue de tenter – plus difficilement, cette fois, n’est pas Tarik Ramadan qui veut – de convertir le plus de gogos possible.  Rien pour énerver Lagacé et Cassivi, étant donné que la place Ville-Marie n’a pas été fracassée par un avion. 

C'est rendu que même la FFQ s'est énervée...
Devant une levée de boucliers à laquelle même la FFQ et Québec solidaire, dans un imprévisible accès de lucidité, ont participé, l’association étudiante à l’origine de cette curieuse initiative a dû trouver un nouveau lieu de conférence, sans pour autant battre en retraite, tandis que l’Assemblée nationale votait une motion exigeant que le gouvernement Harper refuse l’entrée au Canada des deux conférenciers, « considérant leurs propos homphobes et leurs discours banalisant la violence envers les femmes. »  Un seul des deux oracles intégristes s’est présenté, finalement, le 21 octobre au soir.

Comment le meurtre peut-il devenir honorable ?

Cette agitation populaire survient au moment même où débute le procès des Montréalais d’adoption Shafia à Kingston, Ontario, sans doute à l’étranger, aux yeux de nos chroniqueurs métropolitains.  Soulignions que ces musulmanes sont mortes noyées, non lapidées : un meurtre tout ce qu’il y a de plus occidental.  Peut-être s’agit-il au fond bel et bien d’un accident ?  Bien sûr, il y a ce fâcheux incident, relaté dans La Presse : « Des magnétophones installés secrètement dans le véhicule des Shafia après le drame démontrent que le couple a tenu des propos très révélateurs au sujet des défuntes.  «Que le diable aille chier sur leur tombe», aurait dit M.Shafia, en signalant qu'elles avaient déshonoré la famille, qu'elles ne valaient pas mieux que les putains qui se tiennent sur le coin des rues, prêtes à monter avec le premier venu.  «Des filles en soutien-gorge et petite culotte.»

«Elles nous ont trahis. Elles ont trahi le genre humain. Elles ont trahi l'islam. Elles ont trahi la religion. Elles ont trahi la tradition. Elles ont tout trahi», aurait lancé Mohammad Shafia, qui a également martelé qu'«il n'y a rien de plus important que l'honneur». Sa femme Tooba abondait et Ahmed écoutait. »  Mais les apparences sont parfois si trompeuses, comme le fait que l’avant du véhicule des suspects était embouti, et que l’arrière de celui des défuntes l’était tout autant.  Gardons-nous bien de sauter trop vite aux conclusions.

Famille Shafia : les quatre victimes.
Bien sûr, les crimes d’honneur ne surviennent pas tous les jours et des recruteurs fanatiques ne déversent pas leurs insanités au Québec chaque semaine.  On pourrait ajouter que les cas médiatisés d’accommodements raisonnables restent isolés.  Tout cela est très vrai.  Mais je souscris entièrement au point de vue exprimé par Djemila Benabib à l’émission de Mario Dumont  : c’est petit à petit, en testant notre résistance – flasque – à leur volonté d’imposer leurs valeurs rétrogrades que ces gens parviendront à éroder nos valeurs et notre paix sociale.  Peut-être alors la situation sera devenue assez grave pour que certains commentateurs émergent de leur aveuglante zone de confort sans cette fois tirer sur le messager ?  « On prend toujours un train pour quelque part», chantait Bécaud.  Évitons donc le train islamiste...

8 commentaires:

Patrick a dit…

Olivier, je suis de ceux partageant l'idee que la raison n'est presentement plus utile. J'ecris moi-meme un essai sur l'lslam. Des solutions drastiques apparaitront. C'est toujours le cas.

Patschef

Olivier Kaestlé a dit…

Pas de doute, Patrick qu'il faudra avant longtemps, comme on dit en bon québécois, serrer la vis à cette tendance, ce qui est bien sûr possible de façon pacifiste, mais sans compromis sur nos valeurs essentielles.

Au Québec, un projet de loi aussi timide que le projet 94, interdisant le port du niquab sur la place publique, est en train de moisir sur les tablettes, tellement la volonté politique d'indiquer des balises claires reste inexistante. Le parti libéral demeure le parti des minorités ethniques, alors...

Tiens-moi au courant pour ton essai, je me suis justement remis à la lecture du Vernis de l'innocence cette semaine.

Anonyme a dit…

Tout d'abord, il faut savoir que l'integrisme religieux existe depuis le temps des temps. Ce n'est pas l'islam qui est arrive avec cet integrisme. Que connaissez-vous de l'islam ? C'est la religion qui connait un grand nombre de convertis dans tout les continents. Il faudrait d'abord lire en entier la bible et par la suite lire le coran puis faire une hypothese serieuse et non de dire que l'islam est une religion pour les integristes religieux. Car oui, ils en existent mais dans toutes les religions il y en a, car chaque personne a sa vision et son degres de religion, la religion est propre a chaque individu. Il faut savoir que dans le coran, on parle regulierement de la patience, de l'endurance, du partage, d'amour mais surtout de paix. Et que le premier mot qui se dit entre musulman est Salam Alaykoum (Que la paix soit sur toi) alors arrete de parler d'integrisme religieux. Malheureusement j'ai l'impression de Djemila Benhabib vient d'une famille integriste religieuse qui fait que maintenant elle parle disont le en mal de l'islam et qu'elle essais de dire que les musulmans sont des integristes religieux. Faite vos recherches sur l'islam sur le Prophete Mahomet, comment il vivait a l'epoque avec les gens et vous aller lire un homme doux, patient, tres genereux, qui aidait a faire le menage a la maison, qui aimait faire la course avec sa femme etc. Il faut arreter d'ecouter ce que disent les medias ou prendre en consideration leurs dires et faire vos propres recherches, bien sur il y a de bons site et d'autres qui parles en mal.
Bref, je suis une quebecoise de 23 ans etudiante et convertie a l'islam. J'ai decidee de me convertir a cette religion de paix, d'amour, de dignite, de respect de la femme, car c'est une religion qui ne veut pas afficher la femme comme objet sexuelle mais la preserver comme une perle dans une huitre. Et en passant il faut arreter de dire que le voile c'est pour la soumission de l'homme, ca n'a rien a voir, c'est une obligation dans le coran et c'est pas nouveau car dans la thora et la bible c'est ecrit noir sur blanc de mettre un voile si non il faut sois se raser les cheveux ou les couper tres court (c'est ce qui a d'ecrit dans la bible si vous l'avez lu) Sur ce je vous souhaite de bonnes recherches et vous souhaite paix sur vous salam alaykoum.

Olivier Kaestlé a dit…

Je n'ai pas lu le Coran, mais me suis suffisamment documenté sur le sujet pour savoir que le voile islamisque n'est pas prescrit dans ce texte.

Dans d'autres choniques de ma facture, je précise la différence fondamentale entre islam, la religion à laquelle vous souscrivez, et c'est votre droit, et l'islamisme, la mouvance politique oppressive envers les femmes. Il s'agit de deux concepts certes liés, mais totalement différents, au plan de l'égalité homme femme.

Le drame de Kingston, Ontario, mettant en cause trois membres de la famille Shafia, représente une manifestation extrême et Dieu - ou Allah - merci, peu courante de la déviance islamiste (et non islamique), mais celle-ci existe bel en bien, et ses manifestations, sans être aussi tragiques, n'en demeurent pas moins néfastes pour les femmes qui en subissent la domination.

Anonyme a dit…

Elegante reponse , Olivier.

Il faut d'abord dissocier l'islamisme de l'islam. Je suis musulman et je dis que l'islamisme est une illusion. L'islamisme , tout comme le catholicisme l'a fait, reforcera l'atheisme . Beaucoups de musulmans revendiquent les valeurs de l'islam mais non son histoire. Ils s'en fout pas mal de notre histoire et l'histoire de nos ancetres angeliques. L'histoire est faite pour apprendre des ratées , de garder ses valeurs et non pour la repeter.

Enfin, je dis a notre Quebecoise, bienvenue en l'islam ... mais s'il te plait, Apprecies les valeurs de ta nouvelle religion tout en gardant ton identité... ton identite quebecoise est peut etre plus proche des valeurs de l'islam que les musulmans eux-meme.
(L'islam n'est qu'une version plus complete , dans le moyen-age, que toute autres religion de l'epoque. Mais la spiritualite prend des formes plus avancés a nos jours... Vaut mieux etre en phase avec son temps).

Olivier Kaestlé a dit…

À mon tour de saluer l'élégance et la nuance dans votre réaction. Je ne peux que souscrire entièrement à votre propos, qui me confirme qu'il existe bel et bien des musulmans tolérants et totalement étrangers aux dérives de l'islamisme. J'ose toujours maintenir ma conviction qu'ils constituent une majorité, trop souvent silencieuse, peut-être. Merci de votre participation.

Jean-Paul Michon a dit…

Pour comprendre l'islamisme rampant, il suffit de comprendre comment Hitler est arrivé au pouvoir et comment il a réussi à éliminer matériellement les opposants politiques. Les islamistes ont les mêmes buts et les mêmes méthodes. Les Allemands de l'époque n'ont rien vu venir, comme les Québécois moyens aujourd'hui.
J'en profite pour remercier Djemila Benhabib ainsi que les autres femmes musulmanes qui ont le courage de se lever pour dénoncer l'islamisme. Qui peut être conscient du problème si ce n'est ELLES, LES MUSULMANES?

Olivier Kaestlé a dit…

@ Jean-Pierre Michon Très juste, votre parallèle entre nazisme et islamisme. Et on s'entête à ne rien voir venir. Vous parlez des militantes musulmanes qui s'opposent à l'islamisme, mais je reste étonné des positions des nombreuses musulmanes qui appuient cette déviance, comme de celles de leurs consoeurs dites modérées, qui préfèrent traiter d'intolérant ou de raciste quiconque la dénonce, y compris votre serviteur. Voir commentaires :
http://olivierkaestle.blogspot.ca/2010/10/islamisme-si-vous-vous-croyez-labri.html