mercredi 26 janvier 2011

Infanticide maternel : le mythe de la motivation altruiste

Nicholas, victime
Au lendemain du meurtre, en 2006, du petit Nicholas par sa mère, Louise Desnoyers, un chercheur à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal, Jacques Marleau, déclarait le plus sérieusement du monde, dans Le Journal de Montréal du 17 août, que les pères tuaient davantage par vengeance tandis que les mères agissaient plus souvent « par motivation altruiste afin d’éviter à l’enfant des souffrances réelles, anticipées ou amplifiées ».  Voilà une affirmation dure à surpasser au plan d’une optique biaisée validant la thèse d’un sexe naturellement tourné vers la turpitude et de l’autre, biologiquement orienté vers la grandeur d’âme, même lors d’un infanticide.

China Arnold
On a beau se dire que des meurtres ou sévices particulièrement cruels infligés par des mères à leurs enfants étaient moins médiatisés que ceux commis par des pères, davantage de nuances et de discernement, de la part d’un présumé spécialiste, auraient été de mise, afin d’éviter des stéréotypes réducteurs.  Cette perception aussi erronée qu’enracinée fait peu de cas de meurtres crapuleux récents.  Mentionnons celui commis par China Arnold, qui a tué sa fille d’un mois au micro-ondes à Paris en 2005, après avoir nié au père sa paternité, cet autre, perpétré en 2008, également en France, par Coralie Gossiaux, qui avait frappé et tué son beau-fils en l’ébouillantant, et cette boucherie, imputée en 2008 à une Brésilienne, accusée d’avoir assassiné ses deux enfants à la scie électrique.  Où se situe la « motivation altruiste » chez de telles brutes ? 

Coralie Gossiaux
Et c’est sans compter la violence familiale infligée par les mères.  Que dire, en effet, de cette femme de Wickham, condamnée en 2008 à quatre ans de prison ferme, après avoir torturé pendant 10 ans sa fille, battue à coup de balai, ébouillantée à l’eau chaude, brûlée au tisonnier, en plus de se voir forcée de manger des aliments avariés et des excréments d’animaux ? Que penser de cette autre, accusée en 2007 d’avoir tenté de noyer sa fille au cours d’une dispute ?  La marâtre brutalisait cette dernière depuis 1988, ainsi que cinq autres de ses huit enfants, en les frappant avec des bâtons de hockey, des chaussures, des tablettes, des ceintures et du linge mouillé.  Est-ce par tact maternel qu’une Montréalaise, condamnée en 2005, avait si sévèrement maltraité ses trois enfants pendant 18 ans en les frappant à coup de pied, de poing, de bâton, et même à l’aide d’un manche de marteau, allant jusqu’à s’asseoir à califourchon sur leur poitrine en leur bloquant la bouche pour les punir d’avoir pleuré ?

Menacé par le génocide rwandais
D’autres femmes jugent à propos d’intoxiquer leur enfant, comme cette Britannique de 31 ans, condamnée à neuf ans de prison en 2006 pour avoir fourni du crack et de l’héroïne à son fils de neuf ans, ou cette Américaine, âgée de 18 ans, arrêtée la même année, après que sa fillette d’un an ait été testée positive à la cocaïne.  Leur  « motivation altruiste » m’échappe toujours.

Il serait intéressant de recueillir les commentaires de M Marleau, à la lecture de Not so innoncent : when women become killers, une enquête publiée en 1995 par African Rights.  On y apprend que, tandis qu’un nombre impressionnant de femmes ont participé au génocide rwandais, tuant de leurs propres mains des enfants, achevant des malades à la machette, immolant au pétrole des innocents, poursuivant des Tutsis avec des battes de baseball transpercées de clous, plusieurs mères et grands-mères refusaient de protéger leur progéniture en les exposant aux pires violences.  Étonnante façon « d’éviter des souffrances réelles, anticipées ou amplifiées »…

Mélanie Alix : la palme du sordide

Mélanie Alix
Au chapitre des infanticides crapuleux commis par des mères ces dernières années, la palme du sordide revient de facto à Mélanie Alix, reconnue coupable en 2005 du meurtre au premier degré de son fils d’un an, Matisse, commis en 2003, et de celui de sa propre mère, perpétré en 2001.  Les deux événements étaient survenus au cours d’incendies domestiques criminels mais en apparence accidentels, le plus récent, allumé à Saint-Blaise et le plus ancien, à L’Acadie.  Le mobile était de toucher des primes d’assurance-vie.  Les troublantes similitudes entre les deux cas mirent la puce à l’oreille des enquêteurs, au lendemain du second feu.

Matisse, victime
M Marleau s’est sans doute senti sécurisé d’apprendre que la meurtrière devait affirmer, au terme d’un interrogatoire policier de six heures, que si elle avait tué son fils et tenté d’assassiner sa fille, qui avait pu se sauver, c’était pour ne pas les confier à son ex-conjoint, Stéphane Leblanc, afin qu’il ne leur fasse pas de mal.  Sans doute faut-il conclure que cette explication tient tout autant la route pour le meurtre de sa mère…  Alix avouera par ailleurs avoir mélangé de puissants sédatifs dans le biberon du bébé après les avoir fait bouillir.  Elle précisera également avoir utilisé l’huile d’une friteuse pour provoquer l’incendie. 


Au risque de causer quelque chagrin au chercheur de Philippe-Pinel, le portrait de Mélanie Alix, brossé par ses connaissances et voisins, lors de son procès, ne cadrait pas avec ses vues angélistes.  Elle a été unanimement dépeinte comme une femme méchante, dépressive, froide et agressive.  Même la seule voisine à avoir été son amie, qui avait gardé son fils, ne croyait plus en son innocence.  Ses autres voisins la détestaient : elle les engueulait régulièrement et leur envoyait la police sans motif.  Une collègue l’avait dépeinte comme déplaisante, dominatrice, nonchalante et mal dans sa peau.  « Personne ne pouvait la tolérer », devait-elle conclure.  Une employé du restaurant fréquenté par Alix et citée par Le Journal de Montréal la décrivait ainsi : « Elle n’était pas maternelle.  Elle ne parlait pas bien devant les enfants.  Elle traitait sa fille de maudite vache.  Elle n’était pas patiente. »


Dernière touche à ce tableau calamiteux : Alix disputait à son ex-conjoint la garde des enfants avant le drame. Leblanc l’ayant quittée, tous le moyens ont été employés pour lui pourrir l’existence : plainte d’agression sexuelle, de séquestration et de menaces de mort, finalement retirée après incarcération.  Personne dans l’entourage d’Alix n’avait prêté foi à de telles allégations. La sociopathe fit également perdre deux emplois à son ex, à force de le harceler au téléphone.  Elle devait aller jusqu’à incendier la Jeep de Leblanc, par jalousie, et sa propre auto, cette fois encore pour toucher la prime d’assurance.

Les témoignages fantaisistes et contradictoires d’une accusée aussi amorale que mythomane contribuèrent à sa condamnation à perpétuité pour les meurtres de son fils, de sa mère, tentative de meurtre sur sa fille et deux incendies criminels.  La cupidité a été le seul mobile évoqué.  La volonté de priver le père de ses enfants en les tuant, pathologie appelée complexe de Médée, aurait pu être considérée dans une société beaucoup plus avancée que la nôtre quant à la reconnaissance de déviances féminines.

Au centre, Cathy Gauthier
Je ne voudrais cependant pas laisser M Marleau sur une note fâcheuse en laissant entendre qu’il se trompe sur toute la ligne.  En appliquant son analyse, je trouve plausible que Cathy Gauthier, cette Saguenayenne qui a tué ses trois enfants avec la complicité de son mari après avoir conclu avec lui un pacte de suicide, ait pu agir ainsi pensant les protéger d’une vie intenable.  J’estime vraisemblable que Guy Turcotte, le cardiologue de Piedmont qui a assassiné ses deux enfants au couteau ait pu agir par rancoeur.  De tels drames arrivent, pour les raisons invoquées par Marleau, sans pour autant que celles-ci constituent une tendance prévisible.  Établir cette distinction constitue la différence fondamentale entre l’identification de problématiques et la propagation de stéréotypes.

mercredi 19 janvier 2011

Thriller judiciaire vécu : une enfance en otage

Ce bébé n'est pas celui de cette chronique.
Une mère peut-elle impunément priver sa fille en bas âge d’un médicament essentiel à sa santé par vengeance envers le père et ex-conjoint, par volonté de le faire passer pour un incompétent parental et afin de toucher une subvention pour enfant handicapée ?  Ce questionnement peu banal constitue la pierre angulaire du récit autobiographique de Benoît Bausson intitulé Un père, sa fille et l’enfer judiciaire, publié récemment à la Fondation littéraire Fleur de Lys, spécialisée dans la parution d’œuvres en ligne.

Véritable saga judiciaire, ce livre lève le voile sur les pérégrinations d’un père aux prises avec notre système psychosocial et judiciaire dans sa quête courageuse pour obtenir la garde exclusive de sa fille, née prématurément à 24 semaines, et pour lui assurer le soutien nécessaire à sa croissance et à son intégrité physique. 

Malgré le tour de force d’avoir réussi à raconter son périple avec une rigueur et une minutie remarquables, Bausson s’est vu contraint, pour des raisons légales, de recourir à des noms fictifs afin d’identifier les intervenantes dont les initiatives déconcertantes jalonnent son parcours.  Ce qui frappe particulièrement dans cette aventure fertile en coups de théâtre qui vous tient en haleine jusqu’à son dénouement, c’est sa dimension investigatrice.  Au fil des événements, le lecteur suit Benoît dans ses premiers doutes, ses démarches insistantes, la confirmation progressive de ses soupçons, la rigueur de ses déductions jusqu’à une inquiétante révélation, aussi définitive qu’incontournable.

À l’aube d’une vie nouvelle

Il ne le sait pas encore, mais les problèmes de notre homme, Breton de naissance, débutent alors que, vivant à Paris d’un emploi dans les affaires qui le stresse plus qu’il ne le comble, il décide de se réorienter en cuisine, avec les crêpes pour spécialité.  Un changement en appelant un autre, il traverse l’Atlantique afin de s’établir au Québec.

Par ses yeux d’Européen, nous découvrons d’abord le Saguenay Lac Saint-Jean, où il trouvera son premier travail.  Il élira domicile à Sainte-Clotilde (nom fictif) dans une pension tenue par une certaine Mme Stone, mère de deux enfants et séparée d’un mari handicapé avec qui elle vit encore et grâce auquel elle a obtenu des subventions afin d’aménager les lieux en fonction de son état.  Peu après, une idylle se noue entre la logeuse et son nouveau locataire, ce qui amènera Mme Stone à évincer son ex-conjoint de sa vie et de sa maison.

Tombée enceinte, Mme Stone, après avoir imposé à Benoît, désireux de garder l’enfant, de se faire avorter, change d’avis au dernier moment sur la table d’opération même, et téléphone à son nouveau conjoint pour lui demander s’il veut toujours être père.  Benoît accepte et l’enfant, dont la naissance est prévue en décembre, naîtra plutôt en septembre, à 24 semaines à peine.  Marie – c’est son nom - souffrira d’hyperthyroïdie, état qui nécessitera un médicament indispensable appelé Syntroïd, administré quotidiennement.

Direction sud

Malgré la lutte pour la survie de leur enfant, l’arrivée de celle-ci ne suffit pas au couple pour surmonter l’usure du quotidien et retarder la prise de conscience inévitable, de la part de Benoît du moins, que les tourtereaux d’hier sont devenus les colocataires d’aujourd’hui.  À cette différence près qu’ici, Mme Stone est propriétaire.  Devant le désintérêt de son ancien amoureux, celle-ci lui signifiera son congé, lui exigera un soutien financier pour les besoins de base de sa fille et lui offrira même de rester… son amant.  Benoît s’inclinera devant les deux premières exigences, mais déclinera poliment la troisième.

Comprenant que de rester à Sainte-Clotilde le vouera à jamais aux emplois saisonniers peu rémunérateurs, Benoît décide de s’installer à Québec, ville gastronomique, et demande à Mme Stone si, pour le bénéfice d’une garde partagée, elle n’envisagerait pas de le suivre. Celle-ci refuse et une première convention légale valide leur entente initiale et accorde au père un droit de garde d’une fin de semaine sur deux, ce qui occasionnera autant de déplacements pour Benoît de Québec à Sainte-Clotilde.

Le début des hostilités

C’est à Québec que Benoît rencontre celle qui deviendra son actuelle conjointe, une femme pondérée, constante et solide.  Il n’en faut pas moins pour que la mère de Marie n’en prenne ombrage, demande et obtienne en claquant des doigts une pension alimentaire au moment même où son ex-conjoint fait une surprenante découverte.  Sa pharmacienne lui révèle que, alors que le Syntroïd, ce médicament indispensable qui doit être administré quotidiennement à sa fille, est renouvelable tous les mois, Mme Stone laisse s'ajouter jusqu’à quatre semaines de trop entre certains retraits pharmaceutiques.

Après enquête approfondie, notre homme retrace tous les retraits, enregistre les retards, apprend entre-temps que sa fille fait, comme par hasard, l’objet d’une batterie de tests à la demande de la mère parce que son hyporthyroïdie s’est accentuée et que, pour cette raison, elle est maintenant considérée comme personne handicapée « par deux paliers de gouvernement ».  Cet état vaut à sa mère de toucher une subvention...  Mme Stone va même jusqu’à commettre l’imprudence de demander, par écrit, à Benoît de diminuer le dosage du Syntroïd quand Marie est avec lui.  Comprenant trop tard son étourderie, cette mère atypique tentera par trois fois de récupérer ce mot incriminant.

Après avoir monté un dossier en béton, avec retraits pharmaceutiques et enregistrements de conversation compromettants, le père de Marie, confiant que la vérité est son alliée, veut la garde de sa fille.  C’est sans compter la médecin de Marie, amie de Mme Stone, qui la couvrira, l’intervenante de la DPJ, qui répartira les « oublis » sur plusieurs mois pour en diminuer la fréquence mensuelle, sans oublier une psychologue ne jurant que par les interprétation de taches d’une méthode dépassée appelée test de Rorschach et qui ira même jusqu’à recommander un suivi psychiatrique à Benoît.  Aux yeux de tout ce joli monde, la compétence maternelle ne peut être remise en cause, malgré les faits accablants.

Une lueur dans les ténèbres

Cette juge n'est pas celle de cette chronique.
Le procès pour la garde exclusive de Marie s’amorce et déjà, Benoît pressent en la juge Anne Bold une alliée privilégiée.  Peu sensible à l’approche « la mère avant tout », la magistrate examine attentivement le dossier monté par Benoît, en arrive aux mêmes conclusions, reste insensible au verbiage incohérent de Mme Stone, aux arguments fallacieux des intervenantes au dossier et accorde sans hésiter la garde principale de Marie à son père.

Finis, les ennuis de Benoît ?  Pas vraiment.  Mme Stone interjette appel.  Pour connaître la conclusion de cette saga, lisez ce livre gratuit en cliquant sur l’hyperlien ci-contre.  
http://manuscritdepot.com/livres-gratuits/pdf-livres/n.benoit-bausson.2.pdf 

Amateurs de fins heureuses, ne soyez pas trop optimistes.  L’intérêt de ce récit captivant, en plus de sa narration sincère, réside essentiellement dans la dénonciation du mépris du droit des pères et de leurs enfants.  Il s’agit d’un problème de société qui ne pourra éternellement rester lettre morte.

mercredi 12 janvier 2011

Affaire Éric Lapointe : ainsi parlait Munchausen

Éric Lapointe
Une affaire Éric Lapointe, demanderez-vous, mais quand ça ?  Rappelez-vous, en 2004.  Lui, très certainement, s’en souvient encore, alors que sa carrière aurait pu s’avérer lourdement hypothéquée, pour ne pas dire compromise.  Le populaire chanteur s’était alors vu accusé de violence conjugale par une femme qu’il n’avait jamais vu.  Il devait expérimenter ce qui allait sans aucun doute devenir les 48 heures les plus éprouvantes de sa vie publique. 

C’est le 28 octobre 2004 que l’existence d’Éric Lapointe bascula momentanément, alors qu’il se voyait arrêté à son domicile, comme n’importe quel quidam, conformément à la politique québécoise d’intervention en violence conjugale, qui autorise pareille procédure sur simple dénonciation.  Il passe ainsi 15 heures en prison, sans que l’on vérifie son alibi, pourtant en béton, et son nom se retrouve sur toutes les tribunes du jour au lendemain, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le lancement de son nouvel album d’alors, ironiquement intitulé Coupable.  Volte-face de la Sûreté du Québec, 24 heures plus tard : Lapointe est libéré, sans accusations, alors que tous les médias l’attendaient au palais de justice de Saint-Jérôme.  Comment expliquer pareil revirement ? 

Un redoutable sens de la mise en scène

La façon dont l’étau s’est resserré autour d’Éric Lapointe a de quoi glacer le sang.  On s’étonne qu’il ait pu s’en tirer sans trop de dommage au Québec, trop souvent théâtre, au sens propre comme figuré, d’enquêtes bâclées et de procès gauchement présidés.  Rappelons les cas des Michel Dumont, Simon Marshall, Harold Bouchard ou Fernand Halde.  Le fait de devoir composer avec une célébrité a pu contribuer à plus de rigueur de la part de la SQ, mais rien n’indique qu’Annie Pineault, l’enquêteuse chargée du dossier, n’aurait pas fait son travail correctement malgré cela.

Lorsque celle-ci arrive à l’appartement de l’accusatrice, à Lachute, dans les Laurentides, une scène digne d’un film de Tarantino l’attend.  La policière détaillera plus tard au juge Chevalier : « Madame saigne, il y a beaucoup de sang sur son chandail.  Elle est coupée au nez, au visage.  Elle dit avoir été victime du chanteur Éric Lapointe.  Il y a des signes de bagarre dans le logement.  Il y a du verre cassé par terre, les tiroirs de cuisine sont vidés de leurs affaires.  Une lampe est renversée, et il y a du sang sur l’abat-jour. (…)  Lapointe aurait surgi pendant qu’elle chattait.  Il l’aurait tirée par les cheveux, l’aurait accotée contre le mur et l’aurait frappée avec ses bagues, puis il l’aurait frappée avec une lampe et aurait même cherché un couteau, qu’il n’a pas trouvé car elle les met hors de portée de son jeune fils. »

On apprendra plus tard que l’accusatrice a répété à tire-larigot pendant deux ans et demi que le rocker était le père de son enfant, qu’il la battait et la brûlait régulièrement, et qu’il était allé jusqu’à lui tirer dans la jambe, blessure pour laquelle elle aurait été traitée à l’hôpital Notre-Dame de Montréal.  Elle affirme à l’enquêteuse avoir rencontré Lapointe lors d’un méchoui chez Guillaume Lemay-Thivierge, en 2002, à Prévost.  Ils auraient fait l’amour dès leur rencontre et elle serait tombée enceinte à ce moment.  N’importe quoi…

Et c’est pas tout…

Annie Pineault poursuit l’énumération des sévices que l’accusatrice aurait subis : « Les lieux de ces agressions sont Longueuil et Lachute.  Il lui aurait donné des coups de pied et de genou dans le ventre lorsqu’elle était enceinte, il lui aurait donné des coups de ceinture en métal chauffé sur un rond de poêle, lui aurait donné des claques au visage avec ses bagues, dont une en forme d’aigle, et aurait tiré des coups de feu deux fois. »

Pour tout arranger, la SQ découvre deux messages en apparence incriminants sur le répondeur de l’accusatrice.  « Il y avait un message avec une voix rauque ressemblant à celle d’Éric Lapointe, ajoute l’enquêteuse, et un autre où il semblait chanter Un beau grand slow. »

Deux témoins, une femme habitant le même immeuble, et un homme, ami de l’accusatrice, affirment, l’une, avoir reçu des confidences bouleversantes, l’autre, avoir vu le chanteur sortir de l’immeuble où la « victime » résidait à Longueuil.  Ce témoin va même jusqu’à affirmer que, lui ayant rendu visite peu après, il devait la trouver blessée.  Quand c’est mal parti…

Un alibi en béton

Quand enfin Mme Pineault vérifie l’alibi de Lapointe, en date du 26 octobre, jour de la présumée agression, sa véracité ne fait aucun doute.  Accompagné de sa copine, il achète des vêtements d’un montant total de 2100 $, au magasin Soho, boulevard St-Laurent, où trois vendeuses assurent l’avoir reconnu.  Il conserve ses factures et retire de l’argent au guichet automatique d’une banque, située en face.  Les relevés bancaires attestent ses dires.  Il se rend seul au Tap Room, où le barman affirme l’avoir vu de 18h45 à 3h30. 

Guillaume Lemay-Thivierge
Guillaume Lemay-Thivierge affirme de son côté n’avoir jamais rencontré l’accusatrice, ni organisé de méchoui où Lapointe aurait été invité.  Pas de trace non plus d’un dossier de blessure par balle à l’hôpital Notre-dame au nom de la prétendue victime.  La voix ressemblant à celle du chanteur sur le répondeur était en fait celle d’un ami qui chantait parfois pour elle.  Des plaintes de violence infligée par Lapointe déposées deux ans auparavant avaient été jugées sans fondement à la police de Longueuil.  Pour finir, le prétendu témoin affirmant avoir identifié le rocker s’est rétracté.  L’accusatrice est échec et mat.

Elle sera arrêtée le 11 novembre chez son nouveau copain, celui-là même qui, suspectant quelque maltraitance après un bref entretien téléphonique subitement interrompu par sa flamme, avait alerté la police.  Depuis l’abandon des charges contre Lapointe, la femme, déjà diagnostiquée bipolaire, avait tenté de se suicider et menacé son conjoint d’attenter également à sa réputation.  Elle écopera le 20 décembre 2004 d’une sentence de quatre mois avec sursis pour méfait public et entrave au travail des policiers.

Le syndrome de Munchausen

Michel St-Yves
Le jour même du verdict, le psychologue judiciaire Michel St-Yves, auteur et spécialiste des techniques d’interrogatoire, s’exprimait, dans Le Soleil, sur le syndrome de Munchausen, une pathologie qui pourrait bien expliquer la dérive de cette femme.  Il s’agit d’une maladie qui incite les personnes qui en sont atteintes à tout tenter pour devenir le centre d’intérêt de leur entourage et du système médical et social.  Il semble bien que nous ayons un match parfait…

« Ce sont des personnes en détresse et la dépression est souvent sous-jacente », affirmait M St-Yves, qui révélait l’existence de « plaignantes chroniques », connues des policiers, intermédiaires privilégiés entre le pouvoir judiciaire et le milieu médical.  « On ne portera pas toujours plainte (pour méfait), ajoutait-il, car ces personnes ont avant tout besoin de soins (psychologiques). »  En attendant, messieurs, si vous vous voyez un jour accusés par une conjointe dont vous ignoriez jusqu’ici l’existence, ne paniquez pas.  Priez seulement pour qu’Annie Pineault s’occupe de votre dossier….

Le baron de Munchausen, personnage fictif incarnant 
le parfait fabulateur,  à qui le syndrome doit son nom.


samedi 8 janvier 2011

Violence conjugale : policières à déontologie variable…

Serge Ferrand
Il est de ces faits divers, vite oubliés, qui laissent cependant un impact dans nos mémoires qu’un incident peut instantanément raviver.  C’est en 2005, que le documentariste Serge Ferrand et ses invités voyaient son domicile pris d’assaut par un groupe de féministes radicales, flanquées de malabars masqués.  Cette meute forcenée entendait ainsi faire valoir sa farouche désapprobation envers le documentaire-choc intitulé La machine à broyer des hommes, qui avait le double mérite de dénoncer le harcèlement judiciaire envers les pères québécois, érigé en système, et le mensonge de la prétendue statistique voulant que 300 000 femmes étaient battues, chroniquement, s’il vous plaît, chaque année au Québec.  En l’on prétend que les hommes ne font pas d’exercice…

Rien ne fut épargné à Ferrand : insultes proférées à porte-voix, bombes puantes, accès bloqué à son domicile, bousculades, agressions physiques, troubles de l’ordre public et j’en passe.  Tout ça, pour empêcher une diffusion privée de son documentaire, objet de scandale.  Cinq policières et un seul confrère masculin arrivèrent enfin.  « Plutôt que d’arrêter les manifestantes en infraction et leur poser des questions sur le motif de leur présence en cagoule dans l’entrée d’une maison privée, explique dans son blog François Brooks, témoin de l’incident, c’est nous qui devions nous expliquer pendant que les manifestantes s’en allaient incognito.  Elles les ont laissées partir comme si de rien n’était. »  Si ces policières-là sont compétentes, Lise Payette est danseuse de flamenco. 

Un grand moment de militance... (double-cliquez pour agrandir)

Une politique tacite de non-intervention

Cet incident m’est revenu en mémoire à la réception d’un courriel de l’Action des nouvelles conjointes et nouveaux conjoints du Québec (ANCQ), portant à mon attention un cas présentant d’étranges similarités.  Alors que, chaque année, de 13 000 à 14 000 hommes se voient incarcérés sur simple dénonciation de leur conjointe, et que 70 % d’entre eux le sont apparemment sans motif valable, puisque relâchés dès le lendemain, la même rigueur ne semble pas aller de soi quand une femme agresse son conjoint… pour vrai.

C’est du moins l’opinion de Gérard (nom fictif) qui, après un premier incident de violence subi en novembre dernier par sa conjointe, avait obtenu de la police municipale de Québec la présence d’agents quand Johanne (nom fictif) reviendrait récupérer ses affaires dans ce qui avait été le domicile du couple, maintenant séparé.  Aucune arrestation n’était cependant survenue.  Vous avez bien lu.  Pourquoi s’en faire ?  Ici même, en Mauricie, une femme a été remise en liberté, en attente de son procès, après avoir poignardé un homme à mort.  Croyez-vous le scénario inverse possible ?  Moi non plus.

L’affaire devint assez sérieuse pour que Gérard, épaulé par Jean-Marc Bessette, du groupe de défense des pères appelé Papa pour toujours, dépose une plainte en bonne et due forme au Système déontologique policier du Québec, pour incompétence policière, après un deuxième incident de violence dont il a été victime. 

Des agentes très spéciales...

C’est début décembre, à un jour et à une heure convenus, que l’ex-conjointe devait se présenter à la maison de Gérard.  Loin de respecter cette condition, Johanne arrive avant le temps.  Gérard compose le 911 à deux reprises, afin de hâter la venue des agents, tandis que son ex trépigne, menace et lance des objets.  Peine perdue.  Lorsque les déménageurs se présentent, Johanne, précise-t-il dans sa plainte, l’attaque par derrière, après avoir pris des objets ne lui appartenant pas.  Tout ça se passe devant témoins.

Tout arrive, dans la vie, même deux policières.  Alors que l’un des déménageurs se dit prêt à témoigner et que les bris matériels sauteraient aux yeux d'une taupe, l’une des policières, pense Gérard, se montre plus désireuse de s’assurer que lui, ne cèdera pas à un accès de violence, que de le protéger et de constater l’inconduite de Madame.  Il y a des scénarii, comme ça, auxquels on reste attaché…

La même policière semble tout faire, croit-il, pour que le déménageur ne « se mêle pas de ça » et ce n’est que sur l’insistance de Gérard, ainsi conseillé par son avocat, qu’elle finit par inscrire son nom au rapport.  L’agente semble très pressée d’en finir avec cette « visite ».  Finalement, l'ex-conjointe est autorisée à quitter les lieux !

Bilan de ces deux épisodes de violence alléguée : aucune arrestation et, semble-t-il, une tentative de dissimulation de preuve.  Pour tout arranger, l'enquêteuse chargée du dossier donne l'impression de remettre au calendes grecques toute intervention.  Rien d'une Madame Columbo.

Pourquoi ne suis-je pas surpris ?

Vous me direz : « pourquoi croire cet homme ?  Au fond, vous n’avez qu’un point de vue : le sien. »  Très juste.  Même si la police de Québec était irréprochable dans ce dossier, ce dont je doute fortement, croyez-vous que l’un – ou l’une – de ses représentants prendrait le temps de me donner des explications ?

Si vous vous intéressez à la situation des hommes en regard de la justice et des corps policiers dans les litiges conjugaux, vous avez certainement constaté des dérives comparables.  Il y en a de bien pires.  Le cas de Gérard a ceci de particulier qu’il n’a précisément rien… de particulier.  C’est un incident parmi plusieurs autres qui démontre un parti pris flagrant envers les femmes et ex-conjointes, une situation à laquelle nous nous sommes mollement résignés, en espérant que la foudre de ces incompétents des deux sexes ne nous frappent pas, nous ou ceux que nous aimons.

Et voilà pourquoi je trouve capital de dénoncer ces abus.  Parce que nous sommes en train de nous y habituer, de les trouver normaux, de céder à une quelconque fatalité.  Devant un tel abattement, je dis : hors de question !  Je ne veux pas vivre dans une société qui tolèrerait pour mon fils ou pour mes amis masculins les dérives que subissent des hommes comme Gérard, ou pire encore.

Certains de mes copains trouvent mes derniers textes peu rassurants.  Tant mieux, d’une certaine façon.  L’inquiétude, c’est souvent le début d’une prise de conscience.  Ce n’est que par la dénonciation soutenue d’incuries policières et judiciaires qu’il sera possible d’en réduire le nombre.  Je suis sûr qu’il existe parmi les juristes et les policiers des gens compétents et intègres qui seraient heureux de voir leurs collègues s’acquitter enfin de leur travail correctement.  L’estime du public envers leur profession ne pourrait que s’en mieux porter…

lundi 3 janvier 2011

Québec : quand la Justice s’en prend aux familles recomposées

C’est le matin du 30 décembre, en plein temps des fêtes, que je trouvais un courriel de Marie-Claire (nom fictif), une épouse et mère qui m’a communiqué une nouvelle histoire d’horreur mettant en cause l’incurie de notre droit familial québécois.  J’aimerais penser que son cas, dont la crédibilité m’a été confirmée par l’Action des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ), est exceptionnel.  Malheureusement, le récit que j’ai lu ce matin-là, pour révoltant qu’il soit, avait des allures de déjà-vu, qui confirmait une fois de plus la dégénérescence de notre système judiciaire. 

Depuis des mois, le peuple québécois réclame à juste titre une commission d’enquête sur la construction.  S’il était mieux informé, il en demanderait également une sur notre Justice, dont les abus de pouvoir menacent les droits légitimes de plus d’une famille recomposée.  Une commission itinérante, présidée par des personnalités extérieures au domaine judiciaire et, cette fois, sans parti pris idéologique (rappelez-vous Bouchard-Taylor), serait sans doute plus judicieuse et permettrait de tâter le pouls de la population sur de multiples dérives.  Celles-ci constituent un cancer qui pourrait par ailleurs devenir plus généralisé encore si la Cour suprême rejetait l’appel de Québec sur l’affaire Lola.  Une telle rebuffade ouvrirait grand la porte à de nouveaux abus, pour la plus grande prospérité des avocats familialistes.

Violence post-conjugale

Ayant rompu après quinze ans passés à subir la violence d’un mari contrôlant dont elle a eu trois enfants, Marie-Claire croyait enfin les mauvais jours derrière elle quand elle rencontra Jean-Paul (nom fictif), son conjoint actuel, un « homme merveilleux » auquel elle est mariée depuis six ans.  C’était sans compter l’ex de son mari, avec qui ce dernier a eu deux filles et, bien sûr, sans l’incurie du droit familial québécois.

Quand Jean-Paul a quitté la mère de ses enfants, celle-ci lui jura qu’elle le « laverait », expression consacrée chez ce type d’ex-conjointe, un fléau de plus en plus répandu, puisque le système québécois favorise leurs desseins les plus sordides.  Propriétaire d’un commerce, Madame ne déclare à l’impôt que 20 000 $, alors que la totalité de ses revenus excède 80 000 $.  Elle et Jean-Paul ont leurs deux enfants en garde partagée mais, puisque le père gagne 38 000 $ par an, le montant de la pension qu’il paie – vous avez bien lu : qu’il paie – est calculé en fonction des revenus bien sûr déclarés par les deux parents. 

Le fait que Madame mène grand train de vie, malgré la faiblesse de ses revenus officiels, n’émeut pas outre mesure les juges, restés stupidement inflexibles.  « À six reprises, précise Marie-Claire, tous les documents (démontrant une fraude) ont été envoyés à Revenu Québec et Revenu Canada.  Aucun résultat.  Le dossier de Madame est confidentiel.  Nous, on continue de payer. »

L’homme a par ailleurs adopté les trois enfants de Marie-Claire, qui habitent avec eux à temps plein, en plus de ses deux filles, qui les côtoient à raison d’une semaine sur deux.  Une fois l’impôt payé, soit 15 000 $ par an (lui ne fraude pas) et une pension versée de 3 000 $, sans compter les frais de subsistance assumés intégralement par lui pour ses deux filles, il ne reste à Jean-Paul que très peu pour vivre. 

Nouvelle conjointe et rejetons de seconde classe

« C’est là que moi je rentre en jeu, m’écrit Marie-Claire.  La nouvelle conjointe paie tout : le loyer, l’électricité, les assurances de tout genre, les vêtements de la famille (nous sommes sept, au total), l’essence pour le travail, etc.  Qu’est-ce qui lui reste à elle ? Rien. »  Je précise que Marie-Claire gagne un revenu net de 22 000 $ par an, pas de quoi pavoiser…

Comme les trois enfants de la nouvelle union ne sont pas considérés dans le calcul de la pension, une réalité aussi répandue qu’aberrante, ces derniers ne comprennent pas que les filles de Jean-Paul mènent grand train de vie quand elles sont avec leur mère, alors qu’eux se voient relégués au rang de rejetons de seconde classe.  L’ex, de son côté, se vante de son revenu de plus de 80 000 $ et s’amuse ouvertement de pouvoir malgré cela extorquer une pension à son ex, avec la collaboration pleine et entière de notre système avarié.  Il existe sur terre des gens dont les motifs de satisfaction me dépasseront toujours…

Quant à prouver la fraude de Madame, que le juge le plus somnolent pourrait au moins commencer à suspecter, pas évident.  Ce qui l’est par contre, ce sont les frais judiciaires d’au bas mot 3000 $ qu’une telle démarche entraînerait, en vue d’un résultat très hypothétique.  L’homme n’en a tout simplement pas les moyens et couve une dépression depuis deux ans.  Il ne peut cependant arrêter de travailler : les arrérages de pension continueraient à s’accumuler. 

« Il y a des fois où je me dis que c’est assez, ajoute Marie-Claire, je devrais partir avec mes trois enfants et ne plus vivre ce foutu calvaire mais je n’en suis pas là encore.  Les enfants vont vieillir.  Est-ce qu’il y aura une fin ? »

Pas évident là non plus.  L’ex vient de conseiller à sa plus vieille de présenter une demande en cour en vue de sa rentrée prochaine au collégial.  Digne fille de sa mère, Mademoiselle veut faire financer de longues études et des voyages.  La rapacité serait-elle donc héréditaire ?  Là aussi, les perspectives d’avenir des enfants de la seconde union ne seront pas pris en compte.  En plus d’appauvrir encore davantage les parents, faudra-t-il que la « Justice » hypothèque le futur de leurs trois enfants ?  Poser la question, c’est y répondre.

Une « Justice » à l’image des pires ex-conjointes…


Dans ce cas précis, quel si grand bénéfice peuvent bien représenter 3000 $ par an extorqués à un ex, pour une femme qui en gagne plus de 80 000 ?  La cupidité explique-t-elle tout, ou la soif de vengeance après avoir été larguée est-elle la plus forte ?  Pour une famille de sept personnes, dont le revenu familial net dépasse à peine 40 000 $, soit la moitié de celui l’ex-conjointe, 3000 $ représentent par contre un manque à gagner important.

S’il faut en prime que des frais particuliers pour des études supérieures s’ajoutent, en plus de nouveaux honoraires de cour, le désarroi de ce couple, qui n’a pas les moyens de prouver la fraude de leur prédatrice légale, ne fera que s’accentuer.  Si la Justice ne jouait pas autant le jeu d’ex-conjointes retorses et faisait montre d’un minimum d’esprit critique envers les menteuses qui la manipulent impunément, certaines d’entre elles, comme celle dont il est question ici, pourraient se voir dans l’obligation de payer une pension.  Trop équitable, ça…  

« Si vous lisez ceci et que vous avez un moyen pour régulariser la situation, demande Marie-Claire, faites-le savoir. »  J’aimerais bien.  Cette requête, il va de soi que la brave femme ne l’adresse pas à notre système judiciaire.  Il est décidément lui-même beaucoup trop à l’image des ex-conjointes les moins recommandables…