jeudi 26 avril 2012

Show Tard : quatre thèmes sur la condition masculine

Une station de radio qui accorde deux heures et demie de son temps à ses invités pour discuter de condition masculine et ce, plusieurs fois par mois depuis près de deux ans, ce n’est ni à Trois-Rivières et encore moins à Montréal que l’on pourrait imaginer ça.  C’est probablement un aspect inédit de ce qu’on appelle le mystère Québec, depuis la montée passagère de l’ADQ aux élections de 2007.  Plus d’un an après mon passage en sa compagnie à l’émission Show Tard, du FM 98,1, animée par Mario Tremblay, Lise Bilodeau, présidente de l’Action des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ), m’invitait à nouveau le 25 avril pour discuter de condition masculine, un sujet si étonnamment controversé.  Quatre thèmes se sont dégagés de nos entretiens.  Je vous les résume.

Garde partagée

Projet de loi c-422 : rien de neuf à Ottawa...
D’entrée de jeu, la problématique de la garde partagée a monopolisé nos discussions.  Lise Bilodeau a expliqué comment le projet de loi c-422 préconisant la présomption de garde partagée s’était déjà rendu en première lecture à Ottawa avant de se voir bloqué par la crise gouvernementale qui devait mener à la prorogation de 2008. Michael Ignatieff, très favorable au projet, a été ensuite dégommé en tant que chef de l’opposition officielle, chef du parti libéral et même, en tant que simple député aux élections de 2011.  Un allié de taille a été perdu.  Depuis, le « bill » c-422 reste sur la glace et les conservateurs dorment au gaz.

Comme il fallait s’y attendre, le mouvement féministe radical et le Barreau du Québec se sont farouchement opposés à cette initiative égalitaire.  Les premières affirmaient, et affirment toujours, que la garde partagée ouvrirait grand les portes à la violence conjugale et aux abus sexuels envers les enfants, comme si la majorité des pères étaient des agresseurs dans l’âme.  Partagent cet avis condamnable Ann McLellan, ancienne vice première ministre du Canada et ancienne ministre fédérale de la Justice, la Fédération des femmes du Québec (FFQ), le Conseil du statut de la femme (CSF), les regroupements de maisons d’hébergement pour femmes battues et la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ), pour ne nommer que ces militantes là. 

Du côté du Barreau, il va de soi que des lois égalitaires, par les causes injustifiées qu’elles annihileraient, infligeraient à cette instance une baisse dramatique de son chiffre d’affaires.  Plusieurs de ses membres se verraient sans doute contraints d’opter pour un travail honnête.  Est-ce un hasard si 60 % des avocats, soit 20 000 membres du Barreau du Québec, s’occupent de droit familial ?  Et l’on chercherait à nous faire gober que l’intérêt supérieur de l’enfant est au centre de leurs préoccupations ?  Pourquoi ne pas imaginer Bernard Madoff en philanthrope ?

Féministes radicales et modérées

Denise Bombardier,
féministe modérée, mais critique...
À un tournant de l’émission, la nécessité de préciser ce que l’on entend par féministe s’est imposée.  J’ai fait valoir que celles que nous dénoncions étaient les féministes radicales, le plus souvent étatiques, en qui peu de femmes se reconnaissent, et qui luttent avec une hostilité compulsive contre tout ce qui pourrait représenter une reconnaissance de la condition masculine et des problématiques qu’elle englobe, de peur que l’État n’y devienne sensible.  S’il fallait que le gouvernement finance des services destinés aux besoins légitimes des hommes et diminue l’enveloppe déjà considérable réservée aux groupes féministes, imaginez l’horreur !

Les féministes modérées, de leur côté, se divisent en deux catégories : les critiques et les naïves.  Parmi les critiques, Élizabeth Badinter et Denise Bombardier demeurent des exemples très représentatifs, par les dénonciations sans complaisance qu’elle font du féminisme radical, très proches des positions des défenseurs de la condition masculine.

Les féministes naïves sont des gens attachés à une vision dépassée du mouvement féministe.  Elles pensent avec une nostalgie attendrie à mai 68, Angela Davis, Thérèse Casgrain ou Simone Monet-Chartrand.  Ces personnes, hommes et femmes d’ailleurs, ressemblent aux membres d’un parti politique qui, bien que renouvelant régulièrement leur carte de membre, ne sauraient rien de la plateforme de leur parti, ne pourraient nommer aucun de leurs candidats ou députés, mais voteraient toujours par habitude pour la même allégeance.  Si ces féministes s’informaient davantage, leur conscience leur dicterait de changer de parti…

Les pensions alimentaires…

Divorce : des impacts familiaux et financiers...
Lise Bilodeau a cité l’exemple de l’un de ses membres, âgé de 74 ans, qui paie toujours une pension alimentaire à son ex.  Même si la loi stipule que ladite pension devrait constituer une mesure transitoire, au lendemain d’un divorce, le temps que le conjoint le moins fortuné, soi-disant la femme dans 95 % des cas, puisse retrouver une autonomie financière, de trop nombreux hommes se voient contraints de payer encore et toujours pour subvenir aux besoins d’une femme chez qui le concept d’autonomie relève de la plus obscure abstraction. 

Le constat de Lise a fait réagir plusieurs auditeurs, aux prises avec notre système étatique.  L’un d’entre eux soulignait cependant l’apport de la « nouvelle loi » annoncée par notre ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, è l’effet que, dorénavant, des couples désireux de réviser le montant d’une pension alimentaire pourront désormais le faire sans passer par un juge en défrayant un montant de 168 $ et un dépôt équivalent à un mois de pension.  Lise a rappelé que cette mesure s’appliquait aux ex conjoints qui s’entendent.  Pour les autres, rien de changé.

Un autre participant a demandé si, un couple s’entendant sur un montant inférieur à celui fixé par la table de fixation des pensions alimentaires, le juge respecterait et validerait leur décision.  Lise l’a prévenu de s’attendre à un refus, pur et simple.  Il arrive parfois, en pareilles circonstances, qu’un magistrat décide, sans aucun motif objectif, de « croire » que l’ex mari a usé d’intimidation envers la femme afin de la convaincre d’accepter un marché en sa « défaveur ».

Dans un tout autre ordre d’idées, un troisième auditeur a relaté une anecdote selon laquelle, devant la vivacité de ses protestations aux accusations mensongères de son ex, des intervenantes avaient refusé toute discussion.  Le motif : ses gesticulations leur paraissaient menaçantes…

Le féminisme, toujours pertinent ?

Julie Miville-Dechêne, peut-être
la dernière présidente du CSF ?
Une auditrice a par ailleurs relancé le débat sur la pertinence du féminisme, alléguant qu’elle ne se reconnaissait nullement dans ce mouvement.  En effet, dans notre contexte de compressions budgétaires, les millions que coûtent les groupes féministes représentent une dépense de moins en moins acceptée, et leur discours suscite scepticisme et froideur.  Même si les médias restent inféodés à leur idéologie rétrograde et victimaire, il suffit de lire les commentaires de lecteurs et de lectrices au bas d’articles de médias officiels pour constater à quel point les lamentations sur la violence conjugale ou les mille supplices qui seraient l’apanage exclusif des femmes suscitent la réprobation.

À ce propos, j’ai fait état du questionnement d’un lecteur à propos de la récente et, à mon avis, suicidaire tournée de consultation du Conseil du statut de la femme dans les régions du Québec.  Le thème :  sa raison d’être.  Mon correspondant croit que, excédé de se voir régulièrement interpellé sur le sujet, Québec aurait sollicité Julie Miville-Dechêne, nouvelle présidente de cet organisme, afin qu’elle recueille suffisamment de témoignages négatifs pour en finir avec lui, invoquant la volonté populaire.  Qui sait…

Dernière nouvelle, pour le moins étonnante, mentionnée à l’émission : l’Alberta, qui n’a pas particulièrement le profil féministe, pourrait ressusciter son propre Conseil du statut de la femme, aboli en 1998.  Alors que l’existence du nôtre se trouve plus que jamais contestée, n’est-il pas curieux de voir nos Albertains retourner ainsi en arrière ?  Voilà qui n’aidera pas à faire avancer le projet de loi sur la garde partagée, si l’on considère l’origine de notre premier ministre fédéral…

En conclusion…

L’émission a beau durer deux heures et demie, je n’ai pas vu le temps passer.  J’ai retrouvé avec le même plaisir la connivence instantanée que j’avais déjà connue une première fois avec Lise Bilodeau et Mario Tremblay.  Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans évoquer mon « coming out » de cette soirée à propos de mon lourd passé gauchiste, pour la plus évidente satisfaction de l’animateur  : oui, Mario, j’ai été moi-même par le passé un féministe naïf, c’est dit.  Comme quoi, la connaissance libère…

2 commentaires:

Malthus a dit…

Moi aussi, Olivier. Moi aussi.
On vieillit. On s'assagit. On devient moins... naïf. Eh!
Live and learn, as they say.

Olivier Kaestlé a dit…

Live and learn, you bet, Mathus ! A thousand thanks !