jeudi 28 juin 2012

Doc Mailloux : tout Musulman n'est pas islamiste...

De tout temps, a existé une catégorie de personnalités, ou devrais-je dire, de personnages, particulièrement doués pour faire parler d’eux, que ce soit par la controverse qu’ils suscitent, l’originalité - pour ne pas dire l’excentricité - des points de vue qu’ils expriment, et les passions qu’ils déchaînent sporadiquement, comme si le besoin de se retrouver dans l’œil du public leur était devenu avec le temps une drogue dont ils ne peuvent se passer. J’avais déjà évoqué le cas d’Amir Khadir, se faisant arrêter lors d’une manif illégale, avant de déclarer qu’il avait agi, ce faisant, comme Martin Luther King et Gandhi l'auraient fait. Ces faits et gestes ne sont bien sûr pas passés inaperçus. C’est au tour cette fois du fabuleux Doc Mailloux d’attirer sur lui les feux des projecteurs, comme les foudres de ses détracteurs, en discourant notamment sur… Amir Khadir.

Le doc Mailloux
C’est en effet le 15 juin dernier, à l’émission Show Tard, animée par Mario Tremblay, sur les ondes de Radio X, que le controversé psychiatre allait déclencher un nouvel incendie médiatique. Débutant son intervention par une affirmation à l’effet que ce n’était pas tant le député de Mercier que sa culture arabe – or, Khadir est Iranien - qui l’indisposait, Mailloux allait ensuite s’en prendre cette fois à la communauté musulmane par des propos aussi réducteurs que flamboyants. « J’ai une hantise pour les Arabes, devait-il affirmer dans son style coloré, pour la culture maghrébine, pour moi, ce sont des peuples profondément tarés. »

N’hésitant pas à innover, avec l'étonnant concept de « cannibalisme familial », il allait préciser sa perception : « C’est du cannibalisme familial, pas au sens propre, mais ça se dévore littéralement, ça a aucun respect. » Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le psy en rajoutait, dénonçant ce qu’il estimait la situation de répression sexuelle vécue par les femmes dans les familles musulmanes. Les hommes de cette religion se nourriraient littéralement de l’oppression qu’ils leur infligent. Charmant portrait de famille.

Si seulement Mailloux s’en était tenu à dénoncer d’aussi excessive et grandguignolesque façon l’islamisme, la déviance politique, issue de l’islam, la religion, et avait fustigé la charia, fer de lance des intégristes et véritable instrument d’oppression envers les femmes, ses excès de langage, non seulement auraient été excusables, mais seraient mêmes devenus pertinents, à défaut de briller par l'élégance. En mettant tous les Musulmans dans le même sac, Mailloux n’aura réussi qu’à paraître aussi raciste et ignare que ses détracteurs l’affirment. Voilà un comportement indigne d’un spécialiste de la santé mentale, doublé d’un animateur disposant d’un pouvoir d’expression publique.

Islam et islamisme

Mode islamiste : le niqab.
Sans excuser le psychiatre, il faut toutefois admettre que la distinction entre islam et islamisme n’est pas évidente pour un grand nombre de personnes, peut-être une majorité. Même le dictionnaire Robert et le Multi dictionnaire de Marie-Éva De Villers définissent de façon trompeuse l’islamisme comme étant la religion des Musulmans. Le Multi dictionnaire ajoute cependant un deuxième sens : « Mouvement religieux préconisant l’islamisation complète de la vie politique, sociale, économique, etc. » (p. 821). Wikipédia véhicule cependant des définitions plus susceptibles d’éclairer le profane sur cette question épineuse. Les voici :

L’islam, selon cette source, se définit ainsi : « L'islam (arabe : الإسلام) est une religion abrahamique articulée autour du Coran, que le dogme islamique considère comme le recueil de la parole de Dieu (arabe : الله, Allah) révélée à Mahomet, considéré par les adhérents de l'islam comme le dernier prophète de Dieu2, au viie siècle en Arabie. Un adepte de l'islam est appelé un musulman. L'islam a pour fondement et enseignement principal le tawhid (monothéisme, unicité), c'est-à-dire qu'elle revendique le monothéisme le plus épuré où le culte est voué exclusivement à Dieu. »

Or, même si le concept de charia, traduit comme « le chemin pour respecter la loi (de Dieu )», est évoqué dans le coran, « le niveau, l’intensité et l’étendue du pouvoir normatif de la charia varient considérablement sur les plans historiques et géographiques1. » Une telle latitude, dans l’interprétation de règles de vies censées régir « à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociétales » semble bien avoir ouvert la porte aux excès commis par les intégristes radicaux qui se réclament de l’islam depuis le siècle dernier. 

Ainsi, toujours selon Wikipédia, « L'islamisme est un courant de pensée musulman, essentiellement politique, apparu au xxe siècle. L'usage du terme depuis sa réapparition dans la langue française à la fin des années 1970 a beaucoup évolué1,2. Il peut s'agir, par exemple, du « choix conscient de la doctrine musulmane comme guide pour l’action politique »3 - dans une acception que ne récusent pas certains islamistes - , ou encore, selon d'autres, une « idéologie manipulant l'islam en vue d'un projet politique : transformer le système politique et social d'un État en faisant de la charia, dont l'interprétation univoque est imposée à l'ensemble de la société, l'unique source du droit »4. C'est ainsi un terme d'usage controversé. »

Mahomet
Que de chemin parcouru entre la religion islamique, dont le dernier prophète, Mahomet, a vécu au 7e siècle, et l’islamisme, « essentiellement politique », apparu au 20e siècle. Des deux définitions proposées de l’islamisme par Wikipédia, c’est sans hésiter la deuxième que je choisis comme la plus adéquate, soit celle d’une « idéologie manipulant l’islam en vue d’un projet politique ». Est-il besoin de se faire spécialiste des questions musulmanes pour constater l’impact dévastateur de cette déviance sur les femmes du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est ou d’Afrique du Nord ? L’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, l’Iran ou l’Irak ne défraient-ils pas suffisamment la manchette par les interdits vestimentaires, professionnels, sociaux, ou légaux infligées aux musulmanes, sans compter les mauvais traitements, la torture et la lapidation autorisés par la charia ?

Comment s’aliéner des alliés 

Des porte-parole d’organismes musulmans à s’être insurgés contre les propos – à nouveau – controversés du doc Mailloux, Tarek Fatah, dont le moins qu'on puisse dire est qu’il ne correspond en rien au profil de l’intégriste musulman, ne manque pas de retenir l’attention. Ayant à de multiples reprises interpellé les pouvoirs politiques afin de préserver notre société des dérives de l’islamisme, le fondateur du Congrès musulman canadien y est allé d’une position sans ambiguïté sur les propos du psychiatre : « Il n’y a pas de place pour le racisme dans le discours public et ce n’est certainement pas la manière de tenir un débat politique dans une société démocratique telle que le Québec. »

Dommage pour Mailloux, qui aurait probablement approuvé, du moins en partie, les dénonciations du militant musulman, tenues en juin 2011 à Toronto, dans le cadre de Ideacity 2011 : « Ne sacrifions jamais tous ces acquis (sociaux) au nom de la diversité ou de la tolérance. Ne tolérons pas cet islamo-fascisme et son sectarisme. Par ailleurs, j’appelle cette fausse tolérance le «racisme de l’attente minimaliste» quand on sous-entend en fait «oui, tous les êtres humains sont égaux, mais ces pauvres musulmans ne sont peut-être pas aussi développés que les autres êtres humains, alors on va leur mettre la barre un peu plus bas». Voilà un préjugé infériorisant du même tonneau que ceux de Mailloux.

Tarek Fatah
Fatah ne ménage pas non plus les féministes, si incohérentes à propos de l’oppression infligée aux musulmanes : « Si un type bat sa femme et tue sa fille, on ne va même pas appeler cela un crime d’honneur, ces choses se passent ici à Toronto. Quand Aqsa Pervez a été tuée, j’ai même entendu des groupes de féministes dire «Non, ce n’est pas un crime d’honneur», alors que disent-elles quand on sait que 500 000 femmes sont tuées chaque année (sic !) ? Si un homme plaide coupable d’un crime d’honneur il reçoit la moitié de la peine qu’il aurait eue pour un autre crime

« Et pourtant, il existe des organisations féministes dans notre ville qui me qualifient de fou ou de fanatique d’extrême droite ou d’agent sioniste, pour avoir osé élever ma voix devant le cadavre d’Aqsa Pervez ! » Étonnant…

Eh oui, il suffit de critiquer l’islamisme, pour se voir taxer de xénophobe, le féminisme, pour se voir traité de misogyne, Amir Khadir, pour devenir un mercenaire à la solde de Jean Charest, les abus syndicaux, pour se métamorphoser en suppôt du néolibéralisme.

Pire qu’un coup d’épée dans l’eau.

C’est à cause de ce perpétuel chantage idéologique reposant sur pareils procès d’intention que les maladresses d’un doc Mailloux nuisent aux fléaux qu’il cherche – à supposer que ce soit le cas – à dénoncer. Loin de faire avancer quelle cause que ce soit, ces prises de position catastrophiques sont vite récupérées par les intégristes les plus nuisibles qui peuvent alors, devant ce racisme pataud, jouer aux victimes de l’intolérance de notre société arriérée, voire « tarée ». Dans pareille optique, les propos du doc Mailloux deviennent pire qu’un coup d’épée dans l’eau. Ils contribuent à perpétuer la barbarie primaire et oppressive dont le psy se fait malgré lui – du moins, je présume - un idiot utile.

lundi 25 juin 2012

Si vous êtes féministe, et croyez la violence exclusivement masculine…

… Vous avez dû trouver ces derniers temps particulièrement éprouvants.  Il y a eu tout d’abord l’affaire Claudia Carbonneau, cette procureure en arrêt de travail, quittée par son mari, Jacques Caza, enquêteur haut placé à la Régie intermunicipale de police Thérèse-de-Blainville, à l’origine d’une plainte contre la magistrate pour violence conjugale.  Les faits allégués se seraient échelonnés sur plusieurs mois : un premier événement de voies de faits, survenu en janvier, un autre, en mai, un événement de voies de faits armées, cette fois, survenu le 17 juin, un événement de méfait et un épisode de conduite dangereuse arrivés le même jour. 

Claudia Carbonneau
On se perd en conjectures en vue d’expliquer comment une procureure, dépeinte par ses pairs comme une « superwoman » qui s’était méritée le respect de tous, a pu en arriver là.  Parmi les hypothèses émises, il y a son échec à faire reconnaître Guy Turcotte criminellement responsable du meurtre de ses deux enfants au terme d’un procès ultra médiatisé, le fait d’avoir été quittée par son « grand amour » pour une autre femme, puis un diagnostique de sclérose en plaques, prononcé il y a 11 ans, mais dont la réalité l’a récemment rattrapée au point de la forcer au repos.  L’une ou l’autre de ces circonstances suffirait à ébranler une personne solide.  Combinées, elles ont pu plonger Carbonneau dans la dépression.

Les médias font d’ailleurs preuve d’une certaine compassion dont on peut se demander si l’on pourrait trouver l’équivalent envers un homme aux prises avec la même situation.  Alors que Le Journal de Montréal met l’accent sur la « tristesse » et la « consternation » qui habitent ses collègues, La Presse place en titre une citation de la famille de l’accusée : « Claudia Carbonneau ‘avait besoin d’une ambulance, pas de se faire arrêter’ ».  On ne semble pas trop s’en faire pour la sécurité de l’ex-conjoint, ni pour celle de « l’autre femme » de cet épisode triangulaire. 

Il est à parier que si un tel drame avait mis en cause des gens anonymes et sans pouvoir, il aurait tout au plus fait l’objet d’un entrefilet relatant l’arrestation de l’ex-conjoint en vertu de la politique d’intervention en violence conjugale selon laquelle même agressé, un homme doit être isolé de son agresseure.  Bien sûr, dans le cas d’un plaignant policier, il peut en aller autrement.

Mario Roy
Je souligne cependant le courage éditorial de Mario Roy, de La Presse, quotidien si apte, en temps normal, à hurler avec les louves féministes.  Il semble le seul à ce jour à s’être exprimé sur cette affaire, allant même jusqu’à citer l’enquête sociale générale (esg) de Statistique Canada, sur laquelle restent bien frileusement assis ses collègues de la rue Saint-Jacques : « En 2009, presque autant d'hommes que de femmes (6,0 contre 6,4%) étant en relation avec un conjoint présent ou passé ont déclaré avoir été victimes de violence conjugale au cours des cinq années précédentes, au Canada. Les gestes d'agression contre les femmes sont cependant plus graves : au Québec, 10 des 13 décès survenus dans ce contexte en 2010 étaient des femmes (selon la Sécurité publique du Québec). »

Le chroniqueur garde le meilleur pour la fin : « (…) les femmes sont beaucoup plus nombreuses à chercher de l'aide que les hommes, que ce soit auprès de la famille et des amis, ou auprès de ressources officielles. Dans ce dernier cas, selon Statistique Canada, elles seules en trouvent... pour la bonne raison qu'il n'existe à peu près pas de ressources destinées aux hommes victimes de violence conjugale.  Cette situation a été maintes fois dénoncée. Mais cela aussi est hors d'ordre, apparemment. » 

Et vlan, misérabilistes militantes des maisons d’hébergement pour femmes, qui clamez que la violence conjugale n’est que masculine, vous dont le monopole des établissements surfinancés et sous fréquentés a été dénoncé par Renaud Lachance, en 2008, alors qu’il était vérificateur général.  Et encore vlan, ministère de la Sécurité publique, vous qui vous obstinez à présenter dans les médias des signalements comme étant des agressions sanctionnées par un verdict de culpabilité, rendant les conjoints de sexe masculin artificiellement et faussement responsables de 82 % de la violence conjugale, fumisterie démentie par l’enquête citée plus haut dans ce texte par Mario Roy.

Mères indignes

Palais de justice de Montréal
Si le cas de Me Carbonneau peut inspirer une certaine empathie, il en va différemment de cette mère accusée de 38 chefs de sévices physiques, psychologiques et sexuels envers ses trois enfants.  À sept ans d’intervalle, elle a été à nouveau reconnue coupable, le 23 juin dernier, de la majorité des chefs d’accusation par la juge Nathalie Fafard, peu impressionnée par les faux sanglots de la mère indigne, dont le nom ne peut être révélé pour protéger l’identité des victimes.  Un nouveau procès avait été ordonné par la Cour d’appel, qui avait invoqué des erreurs de droits dans le premier.

La Presse résume ainsi les faits : « Les événements se sont produits de 1977 à 1995. V. G. (la mère) se plaisait à humilier ses enfants, à les punir et à les faire souffrir. Coups de poing, de pied, de marteau, de bâton, repas avariés, enfants agenouillés pour un tout et pour un rien, parfois sur du gros sel, étouffement, crises d'hystérie, contrôle absolu, même sur les besoins naturels de ses enfants... La vie était infernale avec V. G., selon le récit des trois enfants. La femme avait des lubies. Il lui est même arrivé de laver le vagin de sa fille avec une brosse à dents, et de «désinfecter» ses parties intimes avec de l'alcool à friction. Elle agissait de même avec ses deux fils, notamment en leur étirant inutilement le pénis, et en les ridiculisant. »

Ce n’est pas tout.  Le Journal de Québec relate quant à lui cet autre cas de maltraitance maternelle : « La Couronne a réclamé, vendredi (22 juin) au palais de justice de Québec, une peine d’emprisonnement exemplaire d’au moins cinq ans pour une femme de 64 ans reconnue coupable de complicité de viol sur sa fille lorsque celle-ci avait entre 11 et 14 ans.  L’accusée a été condamnée, l’an passé, à 21 mois de prison pour avoir abusé sexuellement de cette même fille et pour l’avoir battue dans les années 1960, 1970 et 1980.  Afin de ne pas identifier la victime, aujourd’hui âgée de 45 ans, l’identité de la mère ne peut être dévoilée. 

« Le juge Pierre Rousseau a trouvé la mère coupable, la semaine dernière, de viol par complicité pour des gestes qui se sont produits entre 1977 et 1980. La victime a raconté que sa mère l’amenait dans des bars de Québec alors qu’elle n’avait pas encore 12 ans et l’utilisait comme appât pour dénicher des hommes. Lorsque ces hommes revenaient au logement que la jeune fille et sa mère occupaient, ceux-ci « payaient » la mère en argent ou en drogues pour avoir des relations sexuelles avec la victime.  Cette dernière a raconté que les événements se sont reproduits tellement souvent pendant près de trois ans qu’elle ne peut en faire le décompte exact. » 

Palais de justice de Québec
De tels cas, impliquant une mère, ne sont pas uniques.  Je me demande ce que nos valeureuses « intervenantes » des Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) trouveraient à dire dans l’improbable éventualité où des journalistes un tant soit peu inorthodoxes s’aventureraient à leur demander leur opinion sur les agressions sexuelles au féminin, en se basant sur les deux exemples de cette section.  Notamment...

Conduite et inconduite…

C’est sans doute parce que l’événement s’est déroulé à l’étranger (en Ontario, plus précisément…) que nous en avons peu entendu parler.  Toujours est-il que Radio-Canada nous révélait, ce 25 juin, qu'une enseignante, Nathalie Champagne, travaillant jusqu’ici à l’école secondaire catholique Monseigneur-de-Charbonnel, à Toronto, a été soupçonnée d’avoir eu des relations sexuelles avec l’un de ses élèves, en plus d’avoir utilisé un langage inadéquat avec des adolescents et d’avoir infligé de mauvais traitements d’ordre psychologique aux élèves.  Le comité de discipline de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario l’a reconnue coupable d’inconduite professionnelle et lui a retiré son droit d’enseigner.  On ne sait si des accusations au criminel seront portées.

Plus près de chez nous, un conductrice survoltée a frappé, le 19 juin, huit voitures et trois personnes, dont une, âgée de 70 ans, atteinte d’un traumatisme crânien sévère, se trouve dans un état critique.  Une autre victime  aurait subi une fracture ouverte en plus de souffrir de détresse respiratoire.  Après son douteux exploit, la chauffarde serait sortie de son camion BMW, aurait constaté l’étendue des dégâts, serait remontée et aurait filé en direction de Jean-Talon, a affirmé un témoin.  Voilà deux autres cas à méditer pour qui considère que pareils comportements demeurent l’apanage exclusif des hommes.

Triangle à neuf côtés

Le dernier cas de cette chronique est vraiment survenu à l’étranger, en France, cette fois, le 24 juin. Ce n’était pas assez de vivre une situation triangulaire, il aura fallu qu’une rivale spoliée recourre à plusieurs acolytes pour régler son cas à celle qui tournait autour de l’objet de son amour, ou qui le lui a ravi.  Voici les faits, relatés par France 3 : « Tombée dans une sorte de guet-apens, six jeunes filles la frappent (la rivale infortunée) et la giflent.  Contusionnée, elle est ensuite emmenée au domicile de la prétendue rivale pour soi-disant la soigner. Et fait, les violences reprennent de plus belles (sic) à l'abri des regards des habitants. Elle sera alors brûlée avec des mégots de cigarette et mordue à la hanche par un chien d'attaque.

Le lieu de l'agression.
« Soudain, prise de vertiges, elle sera emmenée à la pharmacie (par deux de ses agresseuses). Ce n'est que vers 17h00 que le calvaire de cette rémoise prend fin. Deux mineures (12 & 15 ans) et quatre majeures sont interpellées par la Police. Elles ont été présentées au Parquet de Reims. Les quatre majeures sont mises en examen pour "séquestration", "actes de torture et de barbarie en réunion". Elles sont passibles de vingt ans de réclusion criminelle devant une Cour d'Assise. Deux d'entre-elles sont placées en détention provisoire à Châlons-en-Champagne. »  Un téléroman mettra-t-il un jour en scène pareil fait d’armes ?

Même une fille de député…

Personne ne semble à l’abri de la violence, tant du côté de ceux qui la subissent que de ceux qui l’exercent.  Nombreux sont les gens, pourtant, qui jugent toujours inconcevable qu’une mère de famille, une procureure de la Couronne ou une enseignante de niveau secondaire, puisse s’abaisser à des turpitudes relevant du code criminel.  Les faits sont pourtant là et parlent d’eux-mêmes.  Il n’est pas jusqu’à une fille de député de l’Assemblée nationale du Québec à s’être vu récemment accusée d’avoir participé au blocage du pont Jacques-Cartier, d’avoir causé pour 50 000 $ de dommages à l’université de Montréal, 15 000 $ au bureau de la ministre de l’Éducation, ainsi que de voies de faits sur un policier et sur une photographe de presse.   Non, chères féministes, nul ne peut prévoir d’où peut survenir la violence et ce, tant du côté masculin que féminin.  Faudra vous faire une raison...

vendredi 22 juin 2012

CLASSE, féministes et humour involontaire…

La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), la plus radicale association étudiante opposée à la hausse des frais de scolarité, ne pourra, jusqu’à nouvel ordre, toucher un sou des fonds récoltés lundi dernier à la suite du spectacle-bénéfice offert par la Coalition des humoristes indignés (CHI). La raison : des militantes féministes ont vertement critiqué et condamné la présence d’humoristes ayant l’outrecuidance de gagner leur vie en « véhiculant des propos sexistes, racistes et homophobes ».

Jeanne Reynolds, de la CLASSE.
La proposition lapidaire a été déposée au congrès des membres de l’association, tenu à l'UQÀM le 17 juin dernier, mais faute de quorum avant le vote (sic !), elle n’a pu être traitée. Sans position claire, les dirigeants de la CLASSE ont préféré geler les fonds recueillis jusqu’à nouvel ordre. Sans désigner de « coupables », Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE, en a rajouté, en dénonçant certains humoristes qui « entretiennent des préjugés et des stéréotypes ». Le dossier reste donc « au stade de la réflexion », précise-t-elle. Voilà qui n'annonce pas un dénouement facile. Un vote sur cette épineuse question éthique est prévu le 3 juillet prochain.

Daniel Thibeault, concepteur et metteur en scène du spectacle, n'entendait pas à rire, allant même jusqu'à déclarer, sur les ondes du 98,5 FM, que « les cinq personnes de la CLASSE qui ont traité des humoristes d'homophobes et de misogynes sont des crinqués et des tatas et à force de faire tous les combats, on les perd tous. »

Parmi les suspects possibles d'atteintes à la rectitude politique, mentionnons François Massicotte, Guy Nantel, André Sauvé, Daniel Lemire, Mario Jean, Guillaume Wagner et Laurent Paquin, autant de membres de la CHI qui se verront heureux de sentir des soupçons de misogynie, de racisme et d'homophobie planer sur leur tête.

L’art de se tirer dans le pied

Nous nous trouvons donc en présence de trois partenaires, CLASSE, féministes et humoristes, à l'origine unis par un objectif commun, maintenant paralysés par leurs priorités militantes. On se croirait au Parti québécois ! Encore heureux que personne n’ait songé à demander la tête de Gabriel Nadeau-Dubois (GND). Sait-on jamais...

Espérons que les artistes visés auront la sagesse et l’humilité de comprendre les arguments des féministes, d’admettre leur erreur et de corriger le tir dans leurs futures prestations... Souhaitons surtout que, contrairement à Daniel Thibeault, ils ne se sentiront pas trop vexés d’avoir voulu soutenir une cause commune dont certains partenaires condamnent maintenant leur art, au nom de principes dits supérieurs. Les féministes pousseront-elles vraiment la défense de leurs nobles valeurs jusqu’à refuser l’argent, comme elles l'ont prétendu ? 

Dommage que nous ne puissions lire dans les pensées de GND, devant cette volte-face au sein même des troupes opposées à la hausse et à la loi 78. Après tout, peu importe la cause, l’argent reste le nerf de la guerre et le montant dévolu à la CLASSE représenterait tout de même la moitié des 25 000 $ accumulés par les humoristes.  Il n’y a pas de petites économies.  L'autre moitié doit en principe revenir à la clinique juridique Juripop, mandatée pour contester la loi 78. 

Cohérence victimaire

Bien sûr, dans une perspective féministe, où chaque femme demeure la proie potentielle d’un vaste complot patriarcal la menaçant de son sexisme abrasif, une telle position, à défaut de pécher par excès de solidarité avec ses partenaires, reste cohérente.

Alexa Conradi, de la FFQ, contre la hausse sexiste...
Le 12 avril dernier, la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF), chapeautée par la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et rassemblant, selon ses dires, une centaine de personnes, s’était mobilisée devant les bureaux du ministère de l’Éducation à Montréal afin de soutenir les étudiants dans leur boycott.

Leur conception de ce qu’elles appelaient « l’étudiante type », développée par Éve-Marie Lacasse, porte-parole de la CQMMF, avait de quoi susciter l’hébétude : « On à (sic) qu’à penser à l’étudiante type, qui est en fait mère et travailleuse à temps partiel (sic). On n’a qu’à penser aux femmes vivant avec un handicap qui souhaitent étudier pour agir comme citoyennes et travailleuses. On à (re-sic) qu’à penser aux femmes immigrantes qui pourraient avoir peur de contracter d’importants prêts pour étudier sans garantis (sic) d’emploi. »

Je rétorquais à cet argumentaire misérabiliste dans ma chronique du 23 avril : « Il n’existe donc pas d’hommes handicapés, ni d’hommes immigrants, ces deux problématiques restant l’apanage exclusif des femmes ? Les gars n’ont pas à redouter de contracter d’importants prêts, eux ? Et la majorité des étudiantes se voit constituée de mères travaillant à temps partiel ? Les temps ont bien changé depuis mes études universitaires… Les filles avaient entendu parler des contraceptifs. »

Dernière heure…

Choisissez vos coupables : François Massicotte, Guy Nantel, André Sauvé, Daniel Lemire, Mario Jean, Guillaume Wagner et Laurent Paquin, tous membres de la CHI.
La Presse vient d'annoncer ce samedi, 23 juin, que les soeurs Luce et Lucie Rozon, organisatrices du spectacle-bénéfice, ainsi que la clinique Juripop, ont décidé que, peu importe le résultat du vote de la CLASSE, cette dernière ne touchera pas un sou. Les soeurs Rozon ont été outrées de voir la réputation d'artistes bénévoles attaquée d'aussi mesquine façon. Faut croire que le bénévolat ne paie pas toujours...   Il y aura également lieu de se demander si, devant la façon dont les humoristes ont été traités dans ce dossier, certains artistes ne prendront pas leurs distances d’une militance active contre la hausse, même s’ils continuent à la soutenir en principe.

samedi 9 juin 2012

Les combats d’Amir Khadir

Amir Khadir
Ce n’était sans doute pas assez de voir le Québec bouleversé depuis plus de 110 jours par une crise étudiante jusqu’ici sans issue, de constater la maladresse gouvernementale et l’intransigeance des leaders étudiants à la régler, d’assister au spectacle de casseurs faisant tourner des manifestations à l’émeute, de constater des bourdes policières, de prendre acte de la démission d’une vice première ministre et ministre de l’Éducation, d’avoir subi les blagues douteuses du premier ministre du Québec sur l’embauche étudiante vers le Nord, de voir défiler des masses de gens dits adultes et vaccinés retombant en enfance en martelant des casseroles, de retrouver à nouveau la ministre Courchesne impliquée dans un scandale de favoritisme, de voir l’activité économique de Montréal compromise, de subir les propos « révolutionnaires » de Gabriel Nadeau-Dubois, les prises de position opportunistes de Pauline Marois et les déclarations enflammées d’artistes au carré rouge, le silence des artistes au carré vert, les attaques personnelles envers certains chroniqueurs, dont l’un, cible de visiteurs indésirables, et sa femme, traitée publiquement de « salope », non, il ne manquait plus à ce tableau cataclysmique que l’intervention involontairement comique de l’excentrique député de Mercier, Amir Khadir.

« I have a dream ! »

C’est le 5 juin qu’Amir Khadir allait trouver le moyen d’attirer sur lui les projecteurs en se faisant arrêter à Québec pour avoir participé, avec 64 autres participants, à une manifestation vite déclarée illégale.  Selon une porte-parole du SPVQ, les manifestants avaient été arrêtés pour ne pas avoir respecté le parcours fourni aux policiers.  Ce n’est pas en vertu de la loi 78 qu’ils ont été interpellés, mais bien pour avoir contrevenu à l’article 500.1 de la sécurité routière.  C’est en vertu de cette violation qu’il recevront chacun une contravention de 494 $, que Khadir s’empressera de contester.  « On est pas arrêté à cause de la loi 78 », a reconnu le député de Mercier.

Si l’arrestation des contrevenants s’est faite dans les règles, le calme et le respect, il y a lieu de se demander quelle était la nécessité alors de les menotter.  Les policiers auraient voulu attirer sur ces gens et, plus particulièrement, sur Amir Khadir, une certaine compassion en les faisant passer pour les victimes d’un gouvernement répressif qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. 

King et Khadir, un même combat ?...
Est-ce cette situation médiatisée de martyr en herbe qui a inspiré au seul représentant élu de Québec solidaire les propos qui allaient une fois de plus le faire passer pour mythomane ? La question mérite d’être posée.  Rappelons ses déclarations antérieures à l’effet que les attentats du 11 septembre 2001 avaient été commandés par la Maison blanche et celles, plus récentes, voulant que les casseurs de Victoriaville aient été envoyés par Jean Charest lui-même.

Après avoir affirmé qu’il « accompagnait son peuple » dans une « lutte historique », Khadir devait quand même éviter de se comparer à Moïse qui lui, guidait le sien, avant de tenir des propos qui allaient à nouveau susciter un étonnement, agacé, pour les uns, amusé, pour les autres (dont votre serviteur).  Citant ses modèles d’inspiration, le député de Québec solidiaire a justifié son recours à la désobéissance civile, pourvu qu’elle soit non-violente : «  Je fais ce que Martin Luther King aurait fait, ce que Gandhi aurait fait », a-t-il affirmé sans sourciller, avec sa candeur habituelle, prenant la peine de préciser qu’il ne se prenait nullement pour ses idoles.  Encore heureux.  Il devait ensuite reprocher aux députes péquistes, dont Agnès Maltais, de respecter la loi.

Rappelons que King, un pasteur noir, est passé à l’histoire pour avoir dirigé le mouvement américain contre la discrimination raciale de son pays et en faveur des droits civiques des Noirs, avant de mourir, tué par balles, en 1968.  Le mahatma Gandhi, de son côté, a mené l’Inde à l’indépendance en la soustrayant à la domination coloniale britannique avant, lui aussi, de périr assassiné, vingt ans plus tôt.  Si ces deux hommes vivaient toujours, sans doute auraient-ils la satisfaction d’apprendre qu’ils ont agi comme le député de Mercier l’a fait.

Soyons beau joueur avec le camarade Amir, et croyons-le quand il affirme qu’il ne se prend pas pour un autre, ou ces deux autres-là.  Peut-on cependant comparer sincèrement des luttes aussi tragiques, fondamentales et déterminantes pour le monde civilisé, menées par ces hommes à la stature colossale, à nos ridicules chicanes de clocher idéologiques à propos d’une hausse des frais de scolarité approuvée par plus de 65 % de la population et une loi dont certaines dispositions, pas toutes, sont excessives ?  Amir, Amir, Amir…

Un déconcertant sens de la militance…

À ne pas confondre :
petite taille et petitesse.
Puisqu’on est dans le sujet, à quoi ressemblent donc les combats d’Amir ?  Reconnaissons son apport dans le fait qu'une commission d'enquête sur la construction soit maintenant réalité.  Mais quoi d'autre ?  Faire signer à tire larigot des pétitions dénonçant des injustices criantes dans le monde ?  C’est mieux que rien, en effet, mais bon. Imaginez-vous, par ailleurs, Gandhi ou King, organisant tous les week-ends des manifestations devant une boutique de chaussures parce que son propriétaire y vend des articles, représentant à peine 2 % de son inventaire, dont la provenance ne serait pas de leur goût idéologique ?  Le prestige attaché à ces hommes plus grands que nature ne serait-il pas terni si l’on découvrait qu’ils s’étaient livrés à d’aussi risibles et mesquines activités ?

En plus de ses liens, et de ceux de Québec solidaire, avec des mouvements d’extrême gauche, dont certains participent à ces loufoques agissements, le député de Mercier, dont les positions sur les accommodements religieux restent ambiguës – lui dirait probablement « nuancées » - entretient des liens privilégiés, par Françoise David interposée, avec l’emblématique et sclérosée Fédération des femmes du Québec (FFQ).

Quiconque examine ses propos connaît l’étrange aptitude de Khadir de parler des deux côtés de la bouche sur la question des accommodements religieux.  Un jour, s’il n’en tenait qu’à lui, il brûlerait le voile islamique, peu après, il félicite la ministre Yolande James, alors à l’Immigration, pour son rachitique projet de loi 94 ne proscrivant que le niquab.  Plus tard, il reproche au gouvernement Charest, à propos du même projet, d’avoir manqué l’occasion de mener le Québec vers une véritable société laïque.  Vous le suivez ?

Sa collègue, Françoise David, ancienne présidente de la FFQ, « évolue » sur la même longueur d’ondes, elle qui a déjà appuyé l’initiative de cours prénataux destinés aux musulmanes et interdits aux futurs pères.  Peut-on se surprendre que, tandis que Djemila Benhabib dénonçait les liens de la FFQ avec des organisations islamistes, cet organisme s’opposait à l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique avant d’aller jusqu’à défendre le droit au niquab des gardiennes musulmanes en milieu familial ?  Étrange façon d’initier des enfants en bas âge à la « différence ».

La comédie des bons sentiments

Je ne perdrai pas mon temps à me prononcer sur les égarements hautement médiatisés de la fille du député de Mercier, peut-être par sollicitude paternelle, mais surtout parce que je trouve cette gamine sans intérêt.  Aurait-elle droit à une couverture médiatique aussi frénétique si elle n’était pas « la fille de » ? 

Ce qui est déplorable, chez Amir Khadir, un temps l’homme politique le plus populaire du Québec, c’est de le voir se livrer, à l’instar de Pauline Marois, qui condamne aujourd’hui une hausse qu’elle avait sérieusement envisagée quand elle était au pouvoir, à une comédie où les bons sentiments affichés ne parviennent pas à dissimuler les visées électoralistes.  

Et Françoise David, quels sont ses modèles ?
Bien sûr que tout le monde en a ras le pompon du gouvernement Charest, mais le paysage politique est devenu à ce point morcelé que rien ne garantit qu’il ne serait pas réélu, les orphelins de l’ADQ ne se retrouvant qu’en partie au sein de la CAQ, tandis que le parti québécois, déjà menacé par le syndrome de Ralph Nader incarné par Québec solidaire, pourrait perdre quelques voix supplémentaires aux mains de l’Option nationale de Jean-Martin Aussant.  Les autres tiers partis que sont le parti conservateur du Québec et le parti vert pourraient accentuer cette mouvance, favorisant le maintien au pouvoir d’un homme dont l’indice d’impopularité reste inégalé dans l’histoire récente du Québec. 

Le député de Mercier ne peut pas ne pas réaliser cet état de fait, mais si le Québec, une prochaine élection onéreuse plus tard, se retrouvait avec un Parti libéral affaibli, peut-être minoritaire, et une augmentation de la députation de Québec solidaire, incluant l’élection de Françoise David, notre homme, assurément, pourrait dire « mission accomplie » !  Attendre calmement les prochaines élections en ne faisant qu’un travail honnête de député serait trop banal pour qui tient devant lui un destin historique. 

Même en partant du fait que de prochaines élections seraient quand même survenues dans un avenir relativement rapproché, le calcul politique de surfer sur la vague de mécontentement envers Jean Charest, quitte à jeter de l’huile sur le feu au mépris de la paix sociale, pourrait s’avérer bien plus rentable.  La loi 78 ?  Un autre prétexte, tout comme le débat sur la hausse des droits de scolarité.  Vous voulez me persuader, après ça, qu’Amir Khadir n’agit que pour défendre nos valeurs profondes ?  S’ils lui accordaient la moindre crédibilité, King et Gandhi, se retourneraient dans leur tombe.  N’ayez aucune crainte, ils doivent continuer à y reposer paisiblement…

samedi 2 juin 2012

Prostitution : entre légalisation et infantilisation

La juge Susan Himel, de la Cour supérieure de l’Ontario, devait bien se douter qu’elle allait déclencher une tempête médiatique quand, à l’automne 2010, elle décida d’invalider trois infractions du code criminel liées à la prostitution.  Soulignons qu’au Canada, la prostitution est légale, mais que toutes les activités liées à la pratique du plus vieux métier du monde se trouvent sanctionnées par la loi.  Un marché de dupes, en fait.  C’est sans doute en partie dans le but d’en finir avec cette hypocrisie que la magistrate a déclaré inconstitutionnelles trois infractions liées au proxénétisme, soit le racolage, la tenue d’une maison de débauche à des fins de prostitution, et le fait de vivre des fruits de la prostitution.  Légal, ce métier, dites-vous ?

Le Canada, vers la légalisation de la prostitution ?
Personne ne sera étonné d’apprendre que, étant donné le noyau dur du parti conservateur, constitué en majorité de tenants d’une droite morale, le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, n’avait d’autre alternative que de porter en appel la décision de la juge Himel.   De son côté, voyant dans ce tournant juridique l’occasion inespérée de pouvoir enfin se donner un semblant de légitimité, le Conseil du statut de la femme (CSF), dont l’existence même se voit régulièrement contestée, devait décider de sauter dans l’arène médiatique.  Seules les trois travailleuses du sexe qui contestaient les infractions invalidées par la juge exprimaient leur satisfaction dans les médias.  Pas des proxénètes, encore moins des mafioso ou des « victimes »  : des travailleuses du sexe, à leur compte.  Paraîtrait que ça existe.

Après s’être vue torpillée dans les médias pour avoir « dénoncé » le sexisme envers les femmes pratiqué par la SRC, quand les lecteurs de nouvelles masculins y sont devenus invisibles, puis avoir soulevé un autre tollé avec un avis victimaire sur l’hypersexualisation, Christiane Pelchat, alors présidente du CSF, allait à nouveau s’attirer l’ire d’universitaires, de travailleurs du milieu communautaire et, bien sûr, de travailleuses du sexe, qui n’ont pas hésité à se dire mal représentées par cet organisme.

Christiane Pelchat
La flamboyante et maladroite présidente voulait présenter d’ici un an un avis proscrivant la prostitution, assimilée par elle à l’esclavage.  La légalisation de la prostitution ne pouvait qu’aggraver la violence faite aux femmes, clamait-elle, comme si le statu quo ne la favorisait pas déjà.  Elle citait, à l’appui de ses dires, des données provenant des Pays-Bas, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Belgique, du Danemark, de l’Écosse et de trois autres pays européens.  Soulignons ici que toutes ces données provenaient d’un avis précédent du CSF.  Selon Pelchat, la prostitution « décriminalisée ou légalisée à différents degrés » n’avait entraîné « aucun résultat probant (…) en matière d’élimination du travail de rue ou de réduction de la violence ».

Le 26 mars 2012, la Cour d’appel de l’Ontario allait invalider, à son tour, l’interdiction de tenir des  maisons closes, mais devait maintenir l’illégalité de monnayer dans la rue des services sexuels. 

Nouvelle présidente, même position

Sans doute liée par la promesse de sa prédécesseure, Julie Miville-Dechêne, nouvelle présidente du CSF, organisme vieillot, a jugé opportun d’interpeller le gouvernement fédéral, le 31 mai dernier, en lui présentant l’avis de 150 pages, prévu dès 2010, afin qu’il modifie le code criminel canadien en décriminalisant les prostituées, tout en continuant de pénaliser clients et proxénètes.  On reconnaît là la touche victimaire, homme prédateur, femme victime, si chère à cet organisme, et ses doubles standards.

Ainsi, il s’avère impossible, aux yeux de JMD, que la majorité des femmes (nulle part, dans l’avis est-il question des hommes prostitués, des travestis, ni des transsexuels) exerce ce métier par choix; elles ne peuvent que se trouver exploitées par le client ou le souteneur.  La présidente a cependant raison sur un point : en continuant de criminaliser la prostitution, on pénalise la prostituée d’un casier judiciaire, qui rend ensuite difficile un choix de carrière plus « acceptable ».  Miville-Dechêne a par ailleurs affirmé que la Suède avait décriminalisé la prostitution, ce qui avait diminué de moitié le nombre de prostituées de rue.  Elle n’a cependant pas précisé si ces travailleuses du sexe n'avaient pas troqué la rue pour la maison.

La journaliste Lysiane Gagnon s'est déjà prononcée sur ce choix social en octobre 2010 : « Le modèle suédois pèche lui aussi par angélisme. Sous le couvert de «l'égalité des sexes», la Suède retombe dans le vieux paternalisme en ne sévissant que contre les proxénètes et les clients... comme si les femmes qui se prostituent n'avaient pas, elles aussi, un libre arbitre ou en tout cas une petite responsabilité dans l'affaire.

À droite, Julie Miville-Dechêne.
On n'arrivera à rien en soumettant au tordeur de la répression, comme s'ils étaient des criminels, des clients qui sont généralement des types esseulés ou à la sexualité dysfonctionnelle. Les grands justiciers qui s'imaginent qu'on peut éradiquer la prostitution et nettoyer la planète de tout ce qui offense la moralité ambiante sont des gens dangereux. »  Pigé, Mme la présidente ?

Il n’y a pas de doute que la prostitution fasse des victimes, comme cette nommée Mélanie, qui appuie le CSF, après avoir subi violences, problèmes d’intoxication et troubles psychologiques.  Tout choix personnel comporte son lot de risques.  Il en va de même pour les métiers dangereux (à 90 % masculins), qu’il s’agisse des emplois de soldat, de policier, de travailleur de la construction, de monteurs en ligne, et de combien d’autres.  C’est pour tous ces gens que des ressources en soutien social, apparentées à celles énumérées par le CSF, doivent exister, et non seulement pour les travailleuses et travailleurs du sexe.  Collectivement, se soucie-t-on du sort peu enviable de ces soldats canadiens revenus d’Afghanistan, hypothéqués physiquement et psychologiquement, trop souvent laissés à eux-mêmes ?  Ils n’ont pas de Conseil du statut de l’homme pour les défendre…

Stella riposte

La réponse d’Émilie Laliberté, directrice générale de Stella, organisme de défense des droits des travailleuses et travailleurs du sexe, démontre par son discours qu'il existe des femmes qui contrastent singulièrement d’avec le portrait réducteur et infantilisant brossé par le CSF, dont la militante n’hésite pas à condamner la perspective : « En mars 2010, les 10 membres qui forment le CSF votaient pour réaliser un avis contre la prostitution. Donc, avant même d’aller sur le terrain, de rencontrer les personnes concernées, de comprendre les réalités, les besoins et les enjeux, l’avis était déjà décidé. Madame Julie Miville-Dechêne, ayant pris la relève de Madame Pelchat, se retrouvait donc avec ce mandat. Nous nous demandons comment une femme venant du milieu journalistique, telle que Mme Miville-Dechêne, peut endosser cette méthodologie douteuse? »

Ayant à maintes reprises dénoncé dans ce blog la malhonnêteté de son ancienne consoeur de la SRC, la ministre de la Condition féminine, Mme Christine St-Pierre, je ne me pose même pas la question. 

Après avoir dénoncé le parti pris du CSF qui avoue candidement dans son avis « qu’il est pratiquement impossible de rester neutre quand il s’agit de prostitution », Laliberté se demande comment cet organisme peut traiter sur le même pied le commerce du sexe entre adultes consentants et la prostitution juvénile, alors qu’il n’a jamais été question de décriminaliser cette dernière. 

Émilie Laliberté
Elle dénonce par ailleurs le fait que le Conseil ait refusé d’inclure dans son étude les travestis, les transsexuels et les travailleurs du sexe : « Peu importe que l’on soit une femme, un homme ou une personne transsexuelle, il s’agit des mêmes enjeux ; droits fondamentaux brimés, aucun accès à la protection policière, criminalisation, incarcération, stigmatisation, isolement, réduction de la capacité à protéger sa santé physique et sexuelle, dossier criminel, incapacité à s’organiser et à mettre en place des mesures pour avoir de bonnes conditions de travail au risque de subir l’application des lois et la liste est longue et lourde de conséquences, particulièrement pour les personnes qui travaillent sur la rue. »

Poursuivant son argumentaire rigoureux, la directrice de Stella, disposant de l’avantage de la glace, n’hésite pas à contredire le CSF, qui affirme que la vaste majorité des femmes prostituées se retrouvent dans des situations de domination et d’agression : « À Stella, nous rencontrons de 5000 à 8000 travailleuses du sexe par année. Cela dit, nous portons une attention particulière aux personnes qui travaillent sur la rue et qui représentent moins de 5% des travailleuses et travailleurs du sexe. Nous le faisons car les besoins sont criants. Nous publions également sur une base mensuelle, et ce depuis 17 ans, la liste des mauvais clients et agresseurs. Le mois dernier, 16 agressions, vols, viols et tentatives de meurtre ont été recensés. La majorité de ces crimes ont été commis sur des femmes qui travaillent sur la rue. Malheureusement, aucune travailleuses du sexe n’a officiellement porté plainte. Elles ont peur de dénoncer ces violences et n’ont pas confiance en le système qui les criminalise et brime leurs droits. »

Pour finir, Laliberté dénonce la confusion des genres – sans jeux de mots douteux – commise par l’organisme gouvernemental qui « met dans le même bateau l’exploitation des femmes et des enfants, le proxénétisme avec coercition, le trafic, la traite, le gangstérisme et le travail du sexe entre adultes consentants »  Elle conclue, implacable : « Il ne s’agit pas du tout des mêmes réalités et il ne s’agit pas du tout des mêmes articles au code criminel. » 

En guise de conclusion…

Les travailleuses du sexe :
toutes des victimes ?
Je crois personnellement qu’il existe bel et bien des victimes de la prostitution correspondant au triste portrait brossé par le CSF.  Reste à en déterminer le nombre, une avenue qui a été écartée par l’organisme qui aurait dû délaisser un temps ses études et ses chiffres pour se livrer à une exploration objective et exhaustive sur le terrain auprès des personnes qui disposent d’une expertise certaine.  Est-ce un signe de crédibilité quand une pléthore d’universitaires, de travailleurs du milieu communautaire et, bien sûr, de travailleuses du sexe s’insurge contre vos constats ? 

Par ailleurs, est-il justifiable de ne voir chez les prostituées que des victimes, des êtres irrésolus sans prise sur leur destin ?  C’est à nouveau à Émilie Laliberté que je laisserai le mot de la fin sur cette question : « À Stella, nous désirons une société qui reconnaît l’auto-détermination des femmes et qui lutte efficacement contre la violence faite aux femmes. »  Est-ce trop demander ?