dimanche 11 août 2013

Pour en finir avec le « sacrifice de la carrière »...

Il vous est sans doute arrivé aussi souvent qu'à moi d'entendre dire qu'une femme, restée à la maison pour élever son enfant naissant ou en bas âge, occupait cette noble tâche en sacrifiant sa carrière.  Bref, le fait de pouvoir demeurer chez soi, de s'occuper à temps plein d'une petite vie nouvelle, de s'émerveiller de voir son enfant une première fois sourire, babiller, marcher, manifester son affection, ne représenterait que peu de choses en comparaison du renoncement à une « carrière » que l'on présume, à tort ou à raison, lucrative, palpitante et source première d'épanouissement.  

Peut-on aimer son enfant à perte ?
Comme si devait alors être mis de côté un emploi d'avocate chez Heenan et Blaikie ou un poste de ministre.

À en croire les idéologues qui tiennent ce discours, chaque femme qui reste à la maison pour s'occuper de son enfant le fait à perte, le jeu n'en valant pas la chandelle, la carrière devant passer avant tout.  Étrangement, ce sont les mêmes qui s'opposent à la garde alternée, qui valorisent la monoparentalité féminine, ou qui défendent la procréation médicalement assistée, afin de pouvoir enfin enfanter sans s'encombrer d'un géniteur et posséder un enfant tout à elles.

Il y a des avantages certains, au moment d'une rupture, à défendre le discours du sacrifice et de l'oubli de soi : la mère bénéficie d'un argument de taille pour négocier à la hausse une pension alimentaire pour elle, si elle est mariée bien sûr.  Le conjoint n'avait pas assez de soutenir financièrement sa petite famille pendant que sa conjointe restait à la maison, il faut aussi qu'il continue à financer le bien-être de son ex, ce qui est discutable, et celui de ses enfants, ce qui est légitime, après la rupture.  En clair, il doit payer deux fois pour un même « service » rendu par la mère.

Personnellement, je trouve pareille option plus que discutable...

Aucun sacrifice

Mon ex conjointe, mère de mon fils et de ma belle-fille, a toujours gagné un meilleur salaire que moi.  Au moment de la naissance de mon garçon, j'ai profité d'un ralentissement professionnel - je travaillais à contrat - pour m'occuper de mon enfant à temps plein tandis que sa mère travaillerait afin de nous soutenir financièrement.  J'ai toujours admiré sa force de travail et son dévouement à faire en sorte que nous ne manquions de rien.  De mon côté, rester à la maison pour mon enfant demeure l'une des expériences les plus gratifiantes et les plus significatives de ma vie.

Nous sommes séparés depuis dix ans, avons depuis ce temps élevé notre fils en garde alternée et, malgré notre écart salarial, il ne me serait jamais venu l'idée de demander une pension pour moi ou pour mon fils.  N'allez pas croire qu'une femme partageant sa progéniture en garde alternée avec son ex ne peut pas obtenir de pension alimentaire pour elle ou pour ses enfants.

Aurais-je obtenu gain de cause ?...
Dans le cas inverse, le mien, avec des paramètres identiques, pas sûr que j'obtiendrais gain de cause.  Une juge bienveillante me ferait sans doute savoir qu'il faudrait que « j'assume mes responsabilités », même en étant resté à la maison en « sacrifiant ma carrière ».  Autre sexe, autre mœurs...

Je pourrais à la limite comprendre qu'un homme verse une pension alimentaire à une femme qui serait restée longtemps à la maison pour s'occuper d'une famille de plusieurs enfants, le temps qu'elle se réoriente vers un choix de carrière.  Mais ces cas de figure, si courants au temps de nos grand-mères, sont devenus l'exception plutôt que la règle.  Il n'est pas rare de voir une femme rester à la maison le temps que ses enfants atteignent l'âge de la socialisation, à trois ans, ou celui d'aller à la maternelle.  Après, on retourne au boulot.

Une assurance-divorce

Une mère ne passe pas toute sa vie à s'occuper d'enfants en bas âge, mais son ex pourrait passer une bonne partie de la sienne à lui verser une ou des pensions alimentaires.  Envisagée ainsi, l'option de rester à la maison peut, comme le mariage, s'avérer un intéressant investissement pour l'avenir, une sorte d'assurance-divorce sous forme de prestations en pensions alimentaires, sans compter que plusieurs pères doivent de plus défrayer les hautes études d'enfants majeurs et vaccinés.

L'amour a-t-il un prix ?
À ce stade, il me semble que l'on marchande à vil prix un choix personnel qui devrait d'abord être guidé par l'amour et le sentiment d'accomplissement que l'on éprouve à guider une vie nouvelle.  De nos jours, tout se monnaie, même l'amour maternel...

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Habituellement, une femme n'aime qu'une chose, son enfant. Car il est sorti d'elle. C'est donc un être supérieur à chérir. Qu'il y ait 300 ou 400 enfants qui se suicident à chaque année au Québec à cause de l'éclatement familial, elle n'en a rien à foutre. Serge

Jean GABARD a dit…

"À en croire les idéologues qui tiennent ce discours, chaque femme qui reste à la maison pour s'occuper de son enfant le fait à perte, le jeu n'en valant pas la chandelle, la carrière devant passer avant tout. Étrangement, ce sont les mêmes qui s'opposent à la garde alternée, qui valorisent la monoparentalité féminine, ou qui défendent la procréation médicalement assistée, afin de pouvoir enfin enfanter sans s'encombrer d'un géniteur et posséder un enfant tout à elles."

Je ne fais que répéter mais cette remarque est tellement pertinente !

Olivier Kaestlé a dit…

Merci Jean. Je m'étonne toujours de voir des idéologues traiter les associations de pères de rétrogrades et de jalouses de leurs privilèges quand, pour la première fois dans notre modernité, ces groupes tentent d'établir une égalité parentale envers leurs enfants. Qui s'accroche désespérément à ses privilèges matriarcaux anciens et refuse le progrès ?

Olivier Kaestlé a dit…

@ Serge Peut-être cette femme là, et d'autres encore, mais il y en a bien plus - j'ose l'espérer - qui déplorent pareille réalité.