samedi 26 mai 2012

Facebook, désormais adepte de la censure ?

Quelle ne fut pas ma surprise il y a une heure, quand j’ai essayé de partager à nouveau sur Facebook ma dernière chronique intitulée Féminisme radical et Alzheimer : troublantes analogies, de constater non seulement qu’il m’était impossible d’exécuter cette banale opération routinière, mais en plus, de découvrir le motif de cette impossibilité pour le moins questionnable, par le biais du message suivant, communiqué par les aimables administrateurs du site :

Un Facebook dont je ne veux pas.
« Le contenu que vous essayez de partager contient un lien qui a été bloqué car il contient des messages indésirables ou dangereux :

blogspot.ca

Pour en savoir plus, consultez nos page (sic) d’aide. Si vous pensez qu’il s’agit d’une erreur, veuillez nous en informer. »

Je n’en ai rien à cirer de vos pages d’aide, mesdames et messieurs les administrateurs.  « Indésirables ou dangereux » ?  Êtes-vous sérieux ?  Vous vous préparez à quoi, une attaque nucléaire ou des manifestations antiféministes massives à Montréal ?

J’ai déjà eu le douteux privilège de me voir censuré par le Conseil du statut de la femme (CSF), dans son blog de la présidente, en raison de sa règle de la « nétiquette », mais une telle attitude, si malhonnête soit-elle, n’avait rien de surprenant de la part d’une instance relevant du féminisme d’ État.  Rien de plus naturel, chez pareilles individues, que d’étouffer toute velléité de contestation de leur autorité en tentant de faire passer les odieux contestataires pour des infâmes masculinistes, misogynes et adeptes du complot patriarcal ayant pour but la domination masculine, ce concept si cher à un certain documentariste en mal de notoriété qui affirme redouter de mettre les pieds en sol québécois, de peur de se voir la proie d’une milice masculiniste elle aussi « indésirable et dangereuse »…

Quant à la volonté de rabattre le caquet de quiconque oserait remettre en cause l’hégémonie féministe radicale, elle ne surprendra personne au courant des desseins de Christiane Pelchat, présidente sortante – et, Dieu merci, sortie, au Mexique – du CSF, jadis désireuse de légiférer en vue de museler tout mouvement de contestation de son idéologie rétrograde.  Le procédé est simpliste au possible : chercher les citations les plus hargneuses de « masculinistes » extrémistes et les généraliser à tous les défenseurs de la condition masculine en vue de les discréditer et de les faire taire. 

Facebook serait-il contaminé par semblable déviance ?  J'avoue désormais me poser la question.  Un fait cocasse, cependant : alors que Facebook censure ma chronique parue dans mon blog, je peux partager la version du même texte, publiée dans ma page publique... Facebook dans leur site… Facebook !  Vive la démocratie et la cohérence, chers administrateurs FB !

Un peu plus tard...

Je viens de constater qu'après un premier partage, il m'est impossible de partager à nouveau le présent texte sur Facebook, pas plus qu'il ne m'est possible de le reproduire dans ma page publique FB, comme j'en ai l'habitude.  Bonsoir, liberté d'expression...

Féminisme radical et Alzheimer : troublantes analogies...

La chronique qui suit ne revêt aucune prétention scientifique, mais comme il circule des théories douteuses qui en affichent - les gender studies, pour ne nommer que celle-là - je me suis dit qu’il était difficile de faire pire dans le domaine de la spéculation intellectuelle.  Alors pourquoi ne pas me risquer ?  C’est sur un ton nettement plus décontracté que celui emprunté par les défenseurs de théories auxquelles ils tentent d’assujettir la réalité que j’aborderai le féminisme radical sous l’ange peu usité d’une problématique en santé mentale. 

Un lieu de travail peut parfois
amener à d'étonnantes découvertes...
Mon expérience professionnelle, en tant qu’agent de service privé chargé de veiller à la sécurité de patients psychiatrisés en milieu hospitalier, m’a amené à constater d’étranges similitudes entre le féminisme dominant et certains troubles mentaux.  Parmi la pléthore de problématiques envisagées, la maladie d’Alzeimer m’est apparue la plus proche de ce courant idéologique.  Ces similitudes peuvent être schématisées sous forme d’une séquence comprenant quatre étapes consécutives, chacune se révélant la suite logique de la précédente.  Elles s’enchaînent ainsi : la répétition du discours, l’imperméabilité aux positions contraires, la colère et la paranoïa. 

1- L’inlassable répétition du discours féministe

Quiconque a côtoyé, dans sa famille ou ailleurs, une personne atteinte d’Alzheimer sait à quel point ces gens, souvent en proie à une idée fixe, ne cessent de répéter leur volonté de la voir mise en pratique, peu importe son invraisemblance ou l’impossibilité d’y parvenir.  Plus vous vous opposerez à eux, plus ils répéteront le même propos, si insensé soit-il.

L'isolement  d'un discours victimaire.
S’il est un trait dominant du discours féministe radical, qui se veut paradoxalement progressiste, c’est son peu d’évolution au cours des 40 ou 50 dernières années.  À part quelques néologismes comme « hypersexualisation », « Internet » ou « hétéro-sexisme », le propos féministe, essentiellement dépressif, est étrangement resté le même, dans ses grandes lignes.  Devenu sa propre parodie, il ne tient nullement compte de l’évolution des mœurs, des gains considérables obtenus par les femmes, ni des dommages collatéraux vécus par les hommes ou les garçons.

Les personnes atteintes de féminisme radical, en proie à des états d’âme victimaires, s’enferment dans un discours à idée fixe prônant que, peu importe le pays, le contexte ou l’époque, le monde n’a cessé d’être divisé en deux : la femme, naturellement tournée vers le bien, victime d’abord de sa grandeur d’âme, mais surtout de son prédateur naturel, l’homme, qui constitue la deuxième moitié de l’humanité, nécessairement tournée vers la méchanceté, l’oppression et la médiocrité.

2- L’imperméabilité aux positions contraires

Si vous avez déjà côtoyé une personne atteinte d’Alzheimer, vous n’avez pu éviter cette évidence : si vous vous tuez à la convaincre qu’elle a tort, elle vous laissera mourir.  Incapable d’admettre votre point de vue, elle persistera à répéter le sien, même si vous parvenez par l’évidence à lui en démontrer la vacuité.  C’est comme si vos arguments n’arrivaient pas à s’imprimer dans son esprit, en proie à l’idée fixe qui en occupe inexorablement toute la place.

Une fermeture obstinée à la différence d'opinion...
Nombreuses sont les études et statistiques qui invalident les positions si chères aux féministes radicales : la violence conjugale unidirectionnelle envers les femmes, la pauvreté exclusivement féminine, l’inéquité salariale, le conditionnement social qui l’emporte sur l’inné, le plafond de verre, le syndrome de la femme battue et bien d’autres thèses imaginaires constituant ce « best of » désigné par le concept général de complot patriarcal, auquel ces militantes restent obsessivement attachées. 

3- La colère

Si vous tenez tête à une personne atteinte d’Alzheimer, vous ne tarderez pas à constater, dans un grand nombre de cas, sa capacité à s’emporter.  Impuissante devant un argumentaire insistant qui anéantit ses prétentions, elle pourra sentir monter en elle une colère sourde, mais volubile, qui l’amènera à répéter toujours, bien sûr, les mêmes arguments, mais cette fois sur un ton nettement plus agressif.  À ce stade, il devient inutile de persister à dialoguer avec le malade car la colère peut ensuite dégénérer en violence, verbale ou physique.

De l'intolérance à la colère...
Les valeureux défenseurs de la condition masculine qui se hasardent à émettre des opinions contraires aux féministes radicales en participant à certains forums de discussion expérimentent régulièrement les trois premières étapes énoncées plus haut.  Le site Agora Vox demeure l’un des plus représentatifs qu’il m’ait été donné de voir.  Le niveau de langage hostile, voire ordurier, le recours fréquent à l’insulte, les procès d’intention allant jusqu’aux fausses accusations d’agressions sexuelles ou de pédophilie, constituent autant de réactions prévisibles et courantes de ces personnes participantes, femmes ou hommes d’ailleurs, atteintes de féminisme dominant. 

4- La paranoïa

Les personnes souffrant d’Alzheimer présentent souvent des symptômes de dépression, résultant d’un sentiment d’incompréhension réel ou imaginaire.  Personne ne les aime, personne ne les comprend, l’univers conspire contre elles.  Elles traînent souvent ce mal de vivre, cette difficulté d’être, comme un arrière-plan permanent de leur psyché, prêt à se voir cristallisé à l’avant-plan par un élément déclencheur : pourquoi par vous ? 

Vous avez dit : la vie en rose ?
Je l’ai mentionné plus haut : le féminisme radical est essentiellement dépressif.  Rien ne semble pouvoir venir à bout du négativisme des personnes souffrant de cette problématique.  Je me demande comment on peut encore affirmer qu’elles voient la vie en rose.  Ainsi, en proie à ce mal de vivre permanent, il suffira d’un commentaire imprudent ou voulu, contraire à leur idéologie misérabiliste, pour que vous deveniez subitement à vous seul l’ennemi, l’oppresseur, l’homme (même si vous êtes une femme) à abattre.  Gare à vous, car leur hostilité à votre égard pourra revêtir l’intensité du laser.

Existe-t-il un remède ? 

Le vieillissement de la population entraîne une prolifération de cas d’Alzheimer.  Le féminisme radical, de son côté, semble également devenu une problématique touchant en majorité des femmes et des hommes vieillissants, les jeunes ne se retrouvant que très peu dans leur discours dépressif et ennuyeux.  La recherche ne permet d’envisager aucune solution, à court ou à moyen terme, à la maladie d’Alzheimer.  Il en va de même pour le féminisme radical, de plus en plus circonscrit et révélé au public. 

Qui sait si l’application du principe de réalité aux personnes souffrant de cette déviance, par la valorisation d’un apport constructif à la société, ne pourrait pas les amener sur le chemin de la guérison ?  Je n’y crois pas plus que vous, mais il n’est pas interdit de rêver, non ?

samedi 19 mai 2012

Boycott étudiant : vers une contestation plus large de la gauche radicale ?

Bien malin celui qui aurait pu prédire, en ce début d’année, que le gouvernement le plus impopulaire et le plus méprisé de l’histoire récente du Québec bénéficierait d’un appui aussi massif de la population devant l’interminable saga qui l’oppose aux associations étudiantes, l’avenir de notre « nation ».  On est bien loin du contexte particulier de la dernière crise étudiante de 2005, quand sensiblement les mêmes instances dites démocratiques bénéficiaient d’un soutien populaire certain face au ministre de l’Éducation du temps, Jean-Marc Fournier.  Ce dernier s’était vu forcé de reculer sur ses prétentions initiales de convertir 103 M $ réservés aux bourses en prêts, après cinq semaines de « grève »

Joseph Facal, pour le dégel.
À l’issue de la crise, deux commentateurs avaient alors tenu des propos prophétiques, résolument annonciateurs de l’imbroglio actuel, par les points de vue opposés exprimés par chacun.  Joseph Facal,ancien président du Conseil du trésor, avait déclaré dans La Tribune du 28 mars 2005 : « Les étudiants ont raison de réclamer les 103 millions $ amputés au régime des prêts et bourses, mais tôt ou tard, ils devront se rendre à l'évidence qu'un dégel des droits de scolarité est plus que nécessaire. »  À noter qu’il s’agit là d’un ancien ministre péquiste et que son point de vue n’a guère changé maintenant qu’il est chroniqueur au Journal de Montréal.  

De son côté, feu Gil Courtemanche, romancier et chroniqueur, écrivait ceci, dans l’édition du 2-3 avril 2005 du Devoir : « Ce qui est surprenant et regrettable cependant, c'est que les autres forces de la société civile, je pense en particulier aux centrales syndicales et au mouvement communautaire, n'aient pas saisi l'occasion que leur présentait le mouvement étudiant. Il y a là une sorte de rendez-vous manqué qui aurait pu ébranler les bases mêmes de ce gouvernement, sinon sa légitimité usurpée. »   C’est à croire que l’arrivée du parti libéral au pouvoir a résulté d’un recomptage de votes avorté en Floride en 2000.

Difficile de ne pas constater que le message de Courtemanche a été bel et bien entendu, sept ans plus tard, devant l’évidence palpable que le débat sur la hausse des frais de scolarité n’est devenu qu’un « tremplin à une contestation beaucoup plus large, beaucoup plus profonde, beaucoup plus radicale de la direction que prend le Québec depuis les dernières années », évoqué par Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE, lors de son discours du 7 avril dernier au Monument national. 

Contrairement à 2005, le public ne semble pas cette fois mordre à l’hameçon devant le mouvement contestataire, si ardemment souhaité par Courtemanche, qui regroupe syndicats, membres de l’opposition, représentants du mouvement communautaire, féministes radicales, artistes abonnés aux subventions, mais aussi casseurs masqués.  Le payeur de taxe comprend par ailleurs que nos universités, déficitaires et parfois mal gérées, sont en train de devenir de moins en moins compétitives, et qu’il ne veut plus continuer à en régler à ce point la facture.  À tort ou à raison, les étudiants lui paraissent des êtres privilégiés qui veulent tout avoir sans rien payer.

Gil Courtemanche n'a pas pu voir
exaucé son souhait de 2005.
La gratuité scolaire, préconisée par la CLASSE, existe en France, mais ses universités tombent en ruine.  En Suède, la gratuité reste également en vigueur, mais le taux d’imposition moyen atteint 58 % !  Quant à la réaffectation de la taxe sur le capital des institutions financières, préconisée par la même association, et qui financerait ladite gratuité, elle a été aussitôt écartée, même par certaines instances syndicales, considérée elle aussi à tort ou à raison comme un frein à l’investissement. 

Un pacte social à redéfinir…

L’actuel psychodrame collectif que nous traversons s’inscrit dans ce tournant radical démontrant que le débat constitutionnel, opposant jadis farouchement souverainistes et fédéralistes, a cédé le pas à une dualité où la gauche et la droite se polarisent et s’affrontent de plus en plus durement.  Toujours aussi incongru, le Québec, qui a jadis élu simultanément les gouvernements majoritaires du fédéraliste Pierre Trudeau et de son frère ennemi, le souverainiste René Lévesque, soutient plus que jamais le NPD, fier représentant de la gauche fédérale, tout en manifestant une antipathie grandissante envers les institutions gauchistes.

Il suffit de constater avec quelle insistance la population a exigé une commission d’enquête sur les pratiques syndicales dans le domaine de la construction et combien la ministre du Travail, Lise Thériault, est devenue populaire à la suite du projet de loi 33 sur le placement syndical, pour comprendre que la cote des grandes centrales baisse dramatiquement.  Et c’est sans compter les négociations dans le secteur public, où les exigences syndicales frustrent un peu plus chaque jour le contribuable, qui voit son pouvoir d’achat diminuer tout en sachant que son fardeau fiscal servira à financer des retraites à prestations déterminées alors que la sienne s’annonce incertaine. 

Le sujet ne fait guère la manchette, gracieuseté de nos médias, mais il suffit de discuter avec monsieur ou madame tout le monde pour constater à quel point les groupes féministes ne semblent plus avoir pour objectif à leurs yeux que le maintien de leurs privilèges.  Peu le savent, mais le salaire annuel de la présidente du Conseil du statut de la femme avoisine celui du premier ministre Charest. 

FFQ : ça ne marche pas à tous les coups...
Comme dans le cas des boycotts étudiants de 2005 et de 2012, la perception du public a évolué des marches de femmes de 1995 et 2000, organisées par la Fédération des femmes du Québec de Françoise David, vers celle, désastreuse, de 2010, où l’existence même de cet organisme, cette fois présidé par Alexa Conradi, a été durement et légitimement remise en cause.  L’annonce de la suppression de la subvention fédérale de 240 000 $ de la FFQ n’a suscité que peu d’émoi dans la population, pour ne pas dire qu’elle est pratiquement passée inaperçue. 

De plus en plus, la gauche, jadis porteuse de changements nécessaires, apparaît au public comme une entité devenue corporatiste, alors que des questionnement essentiels proviennent d’une droite sociale, démonisée par des porte-parole en perte de légitimité.  Pouvez-vous concevoir une gauche plaider en faveur de solutions au décrochage des gars, d’un meilleur soutien aux hommes en détresse, de la reconnaissance de la violence conjugale exercée par les femmes, de la misandrie omniprésente dans la publicité, les téléromans ou le cinéma ?  Sitôt énoncées, ces positions se voient décriées comme misogynes, antiféministes et masculinistes. 

Comment expliquer que cette même gauche, affichant toujours la prétention d’être  « progressiste », soit devenue hétérophobe au point de s’opposer à la présomption de garde partagée tout en préconisant la parentalité des couples gays et lesbiens.  Comment promouvoir ce dernier modèle parental, sans cautionner le premier ?  Une telle position n’est-elle pas aussi discriminatoire que celle visant l'exclusion des homosexuels ?

C’est dans ce contexte général qu’il faudra, quand la poussière sera retombée, situer le boycott étudiant, une crise dont les conséquences, ajoutées à celles dépeintes plus haut, nous forceront tôt ou tard à redéfinir un pacte social où les responsabilités de chacun, au même titre que les droits, devront être circonscrites.

dimanche 13 mai 2012

Si vous croyez que Guy Turcotte ne sera jamais libre…

La nouvelle n'a pas fait grand bruit au plan provincial, sans doute noyée par l’interminable feuilleton de la crise opposant les associations étudiantes au gouvernement québécois, mais elle mérite pourtant que l’on s’y arrête.  Un ancien comptable trifluvien, Alain Piché, 40 ans, auteur en 2007 du meurtre sordide et dément de ses deux parents, vient de se voir autorisé à effectuer des sorties sans surveillance, tout en demeurant cependant détenu à l’institut Philippe-Pinel de Montréal.  Vous avez bien lu. 

Alain Piché
Le cas de cet homme présente d’étonnantes similitudes avec l’affaire Turcotte, qui a monopolisé la scène judiciaire l’an passé.  L’ancien cardiologue, après avoir assassiné ses deux enfants, pourrait-il, à l’instar de Piché, circuler librement et sans encadrement ?  Une telle perspective pourrait-elle constituer un premier pas vers une libération permanente ?  Il s’agit là d’une possibilité bien réelle…

Des têtes pourraient bien tomber

Dans le « Lotus bleu », Tintin se voit pourchassé par un jeune homme qui cherche à lui trancher la tête. Victime du « poison-qui-rend-fou », l’enragé n’agit ni par intérêt, ni par vengeance, mais bien pour « montrer la voie » au célèbre reporter. Un antidote providentiel, récupéré par ce dernier, et le malade, enfin guéri, pourra retrouver une vie normale auprès de sa famille. Une belle conclusion. Il semble que l’optimisme bon enfant des albums d’Hergé ait atteint la Commission d’examen des troubles mentaux, puisque c’est cette instance qui vient d’autoriser Piché à circuler librement sans surveillance. Son risque de récidive serait faible, puisqu’il n’en serait qu’à sa première offense.  J’espère que vous voilà rassurés.

Le hic, c’est que le délit de Piché ait banalement consisté à assommer ses parents, les 20 et 21 mars 2007, avant de les décapiter et de conserver leurs corps dans un congélateur. Comme l’agresseur de Tintin, Piché n’avait aucun mobile crapuleux apparent.  Je dis bien « apparent », puisque le meurtrier s’est vu autoriser en 2010 à toucher l’héritage de ses victimes, malgré un verdict de première instance, prononcé en 2008, lui niant ce droit.  Comme Piché a été déclaré non coupable pour troubles mentaux, la Cour d’appel bénéficiait d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant de casser ce verdict.  Dans ce cas précis, le crime a payé, apparemment.

Première tentative

Au moment du drame, le schizophrène paranoïde, ayant cessé sa médication, était en proie au délire de sauver cinq millions d’habitants du Sud de la France. On a tous besoin d’un hobby.  Dieu seul sait comment cette mission est devenue, aux yeux du meurtrier, compatible avec l’homicide de ses géniteurs.  Comment ne pas comprendre sa famille de s’inquiéter vivement devant la perspective de sorties sans supervision ?

Piché a beau avoir réalisé des progrès remarquables, nous assure-t-on, grâce au réajustement de sa médication, on imagine mal comment, à court ou à moyen terme, ce patient pourrait retrouver une vie normale, même progressivement, et devenir autonome. Pas besoin d’une intuition surnaturelle pour anticiper les conséquences incalculables que pourrait entraîner un nouveau refus de se médicamenter.

Quand la réalité dépasse la fiction...
En 2008, une première tentative d’autoriser la réinsertion graduelle de Piché, incluant naturellement des sorties sans surveillance, avait été effectuée auprès de la Commission d’examen des troubles mentaux par la médecin-psychiatre Lyne Beauchemin.  Est-ce parce que cette initiative avait suscité un tollé régional retentissant, toujours est-il que la Commission devait rejeter la requête de la spécialiste. 

Peu après, Piché faisait à nouveau la manchette après avoir tenté de mettre le feu à une section du Centre de santé et de services sociaux de Sainte-Thérèse, à Shawinigan, où il était devenu résident.  C’est à la suite de cet exploit qu’il allait être pris en charge par l’Institut Pinel où il habite toujours.  C’est bien cet homme qu’on avait envisagé une première fois de libérer sans surveillance…  Rassurant, n’est-ce pas ?

Et maintenant…

J’ai avalé mon café de travers en lisant l’incroyable nouvelle, ce jeudi, 10 mai.  L’impensable, empêché en 2008, d’autoriser à Piché des visites sans surveillance, venait juste d’être commis et rendu public.  Selon son psychiatre traitant, le Trifluvien s’était révélé un bon garçon au cours des 18 derniers mois, dénotant une absence de symptômes et une dangerosité jugée minime.  Ce portrait ne ressemble-t-il pas à celui du même homme, peu avant qu’il ne tente de déclencher un incendie ?  Et l’intéressé de nous rassurer : « «Je suis capable de faire la distinction entre le malade psychotique que j'étais et la personne que je suis. Dans un état normal, je suis non violent et pacifique.»  Il a bien dit : « dans un état normal »

Non seulement Piché pourra-t-il sortir seul, selon des fréquences et durées encore à déterminer, mais la Commission a refusé de lui imposer les conditions, demandées par le procureur aux poursuites criminelle et pénales, Jean-François Bouvette, de posséder des armes et de consommer alcool et drogues.  Rendu là, j’ai repoussé à plus tard l’ambitieux projet de continuer à boire mon café en paix.  Le procureur ne devait pas cacher son indignation, au prononcé de la décision : « Je m'attendais à ce qu'il ait droit à des sorties, mais j'aurais aimé que le public soit mieux protégé. Il n'a même pas la condition usuelle de garder la paix et d'avoir une bonne conduite.»

Institut Philippe Pinel
Me Bouvette demeure persuadé que l’homme n’est pas prêt à sortir : « «Il a pour l'instant un discours rationnel face à de possibles situations hostiles. Il soutient également n'avoir aucune inquiétude quant au fait de sortir seul dans la ville. Il tenait le même discours lors de son hospitalisation à l'Hôpital Sainte- Thérèse à Shawinigan. Ses sorties avaient d'ailleurs été suspendues par la Cour d'appel. Ce n'est pas normal, surtout qu'il dit lui-même avoir besoin d'encadrement, mais qu'il n'a pas de plan précis de sortie.»

La Commission a beau envisager la dangerosité d’un malade envers la société, mais il y a lieu de se demander si elle considère la dangerosité de la société envers ce même malade.  Sans doute conscient du risque pour sa sécurité, Piché a renoncé à retourner dans sa région natale, la Mauricie.  Les Montréalais, excédés par les manifestations à répétition qu’ils endurent depuis trois mois, pourront ainsi changer leur mal de place à la riante perspective de savoir que c’est leur région que le pensionnaire de Pinel a choisie pour ses excursions non supervisées.  Son avocat de les rassurer : «  (…) je ne pense pas qu’il représente un danger pour la société, surtout que ses sorties seront limitées dans le temps. »  Bon, vous voyez bien…

Et Turcotte, dans tout ça ?

On ne peut s’empêcher d’établir des similitudes entre l’affaire Piché et le cas Turcotte :  double meurtre sordide, monstrueux, verdict de non responsabilité criminelle, cheminement psychiatrique incertain, perspectives de libération partielle ou totale.  Une seule différence : le cas d’Alain Piché n’a pas beaucoup dépassé les limites de la Mauricie, tandis que celui de Turcotte a fait la manchette nationale.  Pourtant, les enjeux restent les mêmes, comme les perspectives et les risques, pour les meurtriers comme pour le public. 

Guy Turcotte
Ajoutons que, à la différence de Turcotte, fréquemment considéré comme un manipulateur vindicatif n’acceptant pas la rupture initiée par son ex conjointe, la maladie mentale de Piché ne laisse la place à aucun doute.  Une question demeure, cependant : qu’ils soient considérés comme non criminellement responsables ou non, de tels individus, auteurs de crimes monstrueux, peuvent-ils réellement espérer mener une existence « normale », au sein de la collectivité ?  Et les institutions dites responsables, sont-elles en mesure d’assumer ce risque tout en garantissant la sécurité des citoyens ?  Les enjeux, ici, demeurent plus considérables que la simple préservation de leur crédibilité.

samedi 5 mai 2012

Le projet de société des « camarades » de CLASSE

Voilà 12 semaines déjà que s’éternise le boycott étudiant contre la hausse des frais de scolarité.  Et l’on peut même ajouter qu’il s’envenime, à en juger par la nouvelle émeute survenue à Victoriaville, où le parti libéral du Québec tient présentement son conseil général.  Conscient que le déroulement de pareil événement à Montréal aurait une fois de plus transformé la métropole du Québec en poudrière, Jean Charest a préféré une ville en région, comme si pareille manœuvre allait passer inaperçue et que le déroulement du conseil ne serait en rien perturbé.   Pensée magique, quand tu nous tiens…

Line Beauchamp,
ministre de l'Éducation du Québec
Alors que les probabilités de voir leur semestre compromis se dessinent à l’horizon, les étudiants contestataires, qui ne représentent que 25 % des leurs, ne baissent en aucun cas leur garde, bien au contraire.  Le gouvernement, dans ce dossier précis, a habilement manœuvré, contrairement à sa prévisible habitude.  Il a démontré une bonne foi apparente par la contre-proposition de la ministre Line Beauchamp de répartir la hausse de 1625 $ des droits de scolarité sur sept ans, au lieu de cinq, et de bonifier le système de prêts et bourses pour venir en aide aux moins bien nantis.  

De leur côté, les associations universitaire et collégiale, la FEUQ et la FECQ, s’en tiennent au gel des frais de scolarité, mais ouvrent timidement la porte à une hausse inférieure à celle annoncé.  « Évidemment, il va falloir que ce soit quelque chose de notable » a cependant prévenu la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

La faction la plus radicale du mouvement étudiant, la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) se distance – à nouveau – de ses collègues en allant jusqu’à « proposer » la gratuité scolaire  par la mise en place d’une taxe sur le capital des institutions financières.  Ainsi, croit Gabriel Nadeau-Dubois (GNB), il serait possible d’atteindre cet objectif dès 2016 en imposant une taxe cumulative de 0,14 % par année pendant cinq ans, sans que le contribuable n’ait à verser un sou.  Si sur le papier, cette proposition semble défendable, elle ne tient pas compte des lois du marché, ni de la situation économique actuelle.

La taxe sur le capital des entreprises, instaurée en 1947 sous Maurice Duplessis, a été réduite peu à peu depuis 2007 par l’actuel gouvernement avant  de disparaître en 2011.  Il ne s’agit pas là d’une décision unilatérale, loin de là, puisque tous les partis politiques ainsi que certaines centrales syndicales avaient proposé sa diminution ou son abolition, alléguant que cette mesure constituait un frein à l’investissement et à la productivité, particulièrement pour le secteur manufacturier qui allait entrer en crise à partir de 2008.  C’est ce dernier secteur d’activités que la contre-proposition de la CLASSE pourrait encore davantage fragiliser.  Or cette coalition n’a-t-elle pas récemment affiché la prétention de défendre les intérêts des travailleurs ?

Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE.
Qu’il soit question de gel ou de gratuité, faut-il rappeler à nos étudiants que nos universités, sous financées, soit par insuffisance de fonds publics, soit par une gestion plus que déficiente de certaines d’entre elles (dont l’UQÀM),  risquent de devenir non concurrentielles, et les diplômes qu’elles décernent, aussi crédibles que de l’argent de monopoly.  Même la proposition initiale de la ministre de l’Éducation, appliquée sur cinq ans, n’aurait pas délogé le Québec de son statut d’État aux frais de scolarité universitaires les moins élevés en Amérique du Nord.

« Une contestation beaucoup plus large »

Le controversé leader étudiant de la CLASSE a démontré, lors de son discours « historique » à saveur marxiste du 7 avril dernier, tenu au Monument national, que le boycott contre la hausse n’était pour lui qu’un prétexte en vue d’une lutte plus vaste remettant en cause les fondements mêmes du système politique et économique, nécessairement corrompu, selon lui : «  Les gens qui veulent augmenter les frais de scolarité, les gens qui ont décidé d'imposer une taxe santé, les gens qui ont mis sur pied le Plan Nord, les gens qui ont mis à pied les travailleurs et les travailleuses d'Aveos, les gens qui tentent de mettre à pied les travailleurs et les travailleuses de Rio Tinto Alcan à Alma, les gens qui tentent d'empêcher les travailleurs et les travailleuses de Couche-Tard de se syndiquer, tous ces gens-là sont les mêmes. 

« C’est les mêmes personnes, avec les mêmes intérêts, les mêmes groupes, les mêmes partis politiques, les mêmes instituts économiques. Ces gens-là, c'est une seule élite, une élite gloutonne, une élite vulgaire, une élite corrompue, une élite qui ne voit l'éducation que comme un investissement dans du capital humain, qui ne voit un arbre que comme une feuille de papier et qui ne voit un enfant que comme un futur employé. 

« Ces gens-là ont des intérêts convergents, un projet politique convergent, et c'est contre eux que l'on doit se battre, pas seulement contre le gouvernement libéral. Et je peux vous transmettre le souhait, je crois, le plus cher des étudiants et des étudiantes qui sont en grève au Québec: c'est que notre grève serve de tremplin à une contestation beaucoup plus large, beaucoup plus profonde, beaucoup plus radicale de la direction que prend le Québec depuis les dernières années. »

Jean Charest, premier ministre du Québec.
Et poète, avec ça ! Pensez-vous que pareil leader soit disposé à régler le conflit en mettant de l’eau dans son vin dans un esprit « associatif » (sans jeu de mots) en vue d’un compromis ?  Et que l’accessibilité aux hautes études demeure son principal souci ?

Qui est un petit con ?

« Petit con », c’est le qualificatif peu subtil dont GNB a gratifié Laurent Proulx, cet étudiant qui a obtenu une injonction l’autorisant à suivre ses cours malgré la « grève ».  La CLASSE, qui a multiplié déclarations fracassantes et actions « musclées » depuis le début du boycott se voit de plus en plus dénoncée comme l’empêcheur de tourner en rond sans lequel le conflit aurait une chance de trouver une issue civilisée permettant aux parties en cause de délimiter un terrain d’entente et de sauver la face. 

En « proposant » la gratuité scolaire, sachant très bien que le gouvernement ne voudra jamais la concéder, GND et sa CLASSE, en voulant pousser Jean Charest dans ses derniers retranchements, n’auront réussi qu’à se peinturer dans un coin.  Si notre premier ministre s’est déjà montré capable de s’entêter jusqu’au coma cérébral contre la tenue d’une commission d’enquête sur la construction malgré un grogne populaire massive, que croyez-vous qu’il fera alors que l’appui populaire au parti libéral dans ce conflit vient de passer de 59 % en mars dernier, à 68 % en ce moment ?

Les liens idéologiques et financiers qui unissent la CLASSE au milieu syndical ne représentent un mystère pour personne, pas plus que les affinités électives de ce dernier avec le parti québécois, qui s’inscrivent dans une tradition politique de plus de 40 ans.  Comment se surprendre de voir la chef du PQ, Pauline Marois, plus opportuniste que jamais, promettre non seulement qu’une fois élue, elle supprimerait la hausse, mais qu’en plus, elle rembourserait les frais de scolarité du présent semestre ?  Voilà une façon on ne peut plus maladroite de joindre l’irresponsabilité à la démagogie, tout en trahissant un bien piètre flair politique et stratégique.  Résultat : Mme Marois se voit à nouveau devancée par Jean Charest dans les intentions de vote, malgré sa remontée spectaculaire des précédentes semaines.

Pauline Marois, chef de l'Opposition.
En effet, malgré ou plutôt à cause de leur malhabile tentative de renversement, cousue de fil blanc, Mme Marois, les associations étudiantes et les centrales syndicales auraient voulu donner une chance de survie à l’actuel gouvernement lors de prochaines élections qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement.  Des crédibilités étudiantes et syndicales amochées, des perspectives compromises pour le PQ de reprendre le pouvoir, le risque d’un semestre perdu, des frais considérables en maintien de la paix, des actes de violence et de vandalisme évitables, une paix sociale menacée, des injonctions non respectées, et toujours pas de solution en vue, voilà le triste bilan de cette « contestation beaucoup plus large ». 

Pathétique et ridicule vaudeville où l’intérêt supérieur des étudiants n’aura été qu’un prétexte.

samedi 28 avril 2012

Journée mondiale des toilettes : canular misandre ?

Récemment, quelqu'un m’a étonné en m’informant qu’il existait une Journée mondiale des toilettes.  Je n’étais pas au bout de mes surprises : l’événement en question se déroule le 19 novembre, en plein durant la Journée internationale des hommes.  Mon interlocuteur affirmait que des féministes radicales étaient à l’origine de ce choix de date pour le moins douteux.  Il y a belle lurette que plus rien ne m’étonne de la part de ces drôles de dames, mais pouvaient-elles tomber si bas ?  J’ai effectué quelques recherches sur Internet afin de valider cette hypothèse, sans trouver quelque piste que ce soit qui puisse confirmer, ni infirmer d’ailleurs, l’allégation de mon whistle blower. Il existe cependant plusieurs éléments qui militent en faveur de sa conjecture.  Voyez plutôt.

Les hommes d’abord…

La Journée internationale des hommes a été instaurée en 1999 à Trinité-et-Tobago, avec le soutien des Nations unies et l’appui de nombreux groupes voués à la condition masculine en provenance des États-Unis, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie et des Antilles.  Selon ses instigateurs, cet événement annuel représente l’occasion de dénoncer la discrimination qui frappe les hommes dans les secteurs de la santé, de l’Éducation, du droit familial et des médias, pour ne nommer que ces domaines.  On voit tout de suite ce que cette initiative peut représenter de « masculiniste », aux yeux de militantes radicales pour qui la plus petite évocation de problématique masculine est aussitôt étouffée et taxée d’antiféministe.  Non, claironnent-elles, les hommes n’ont pas de problèmes, que des privilèges.

Pour louables qu’ils soient, les objectifs de cette journée n’ont rien pour calmer l’ire de ces féministes, sans doute en raison même de leur légitimité.  Les voici : promouvoir les modèles masculins positifs, pas uniquement les stars de cinéma et les vedettes du sport, mais les gens « ordinaires » comme les hommes de la classe ouvrière qui vivent leur vie de façon décente et honnête; célébrer les contributions positives des hommes à la société, à la communauté, à la famille, au mariage, aux soins des enfants et à l'environnement; se concentrer sur la santé et le bien-être des hommes, aux plans social, émotif, physique et spirituel; mettre en évidence la discrimination contre les hommes dans les domaines des services sociaux, des attitudes sociales, des attentes et de la Loi; améliorer les relations entre les sexes et promouvoir l’égalité pour créer un monde meilleur où les gens peuvent vive en sécurité et grandir en vivant leur plein potentiel.

On peut aisément concevoir à quel point des attentes aussi légitimes qu’humanistes écorchent certaines oreilles.  Reconnaître la pertinence de pareils objectifs équivaut à admettre les problématiques qui les sous-tendent.  Tout simplement insupportable.  Et s’il fallait financer des initiatives gouvernementales pour répondre à ces besoins et moins dilapider les fonds publics en subventionnant outrageusement des groupes et instances féministes inutiles ?  Non, non et non !

Il fallait choisir cette journée-là…

Une organisatrice de l'événement ?
C’est à peine deux ans après l’inauguration de la Journée internationale des hommes, soit en 2001, que des esprits éclairés et pétris des meilleures intentions ont eu l’idée de choisir également le 19 novembre pour instaurer leur Journée mondiale des toilettes.  Pour louable que puisse également paraître cette initiative à prime abord déconcertante, fallait-il choisir la même date qu’un événement qui vise à rétablir les iniquités visant le seul groupe social que l’on puisse rabaisser plus bas que terre en Occident : les hommes blancs hétérosexuels ?  N’y avait-il personne parmi les brillants instigateurs de cet événement pour consulter un bottin des journées annuelles afin d’éviter un aussi regrettable impair ? 

Si impair il y a eu, bien sûr, car il y a lieu de se demander s’il ne s’agit pas d’un choix délibéré, ordurier et misandre quand on considère qu’il existe 364 autres journées dans une année.  Sensibilisation planétaire oblige, un organisme international chapeaute bien évidemment cette activité : l’Organisation mondiale des toilettes (OMT).  Et personne, parmi ces esprits humanistes, ne s’est rendu compte du conflit de dates ?  Dur à avaler.  Au moment où la Journée internationale des hommes prendra de l’ampleur, devinez qui aura l’air ridicule à l’échelle de la planète ?  Il ne faudra pas s’en étonner alors : quand il est question de toilettes, les trous de cul ne se tiennent jamais loin.

Des toilettes roses ?

Malgré le plausible procès d’intention que l’on puisse faire à ses instigateurs, et le caractère en apparence loufoque de l’événement, il demeure néanmoins pertinent en mettant en évidence que près de 2,5 milliards d’humains n’auraient pas accès aux toilettes, avec toutes les conséquences qu’une telle pénurie peut entraîner : mortalité infantile, hygiène défaillante, contamination des nappes phréatiques, notamment. 

Un autre indice pourrait aller dans le sens de l’hypothèse de mon interlocuteur, cité au début de cette chronique : la dimension féministe de certaines revendications.  En 2010, l’OMT a demandé «  à chaque individu, dans son pays, de militer pour obtenir une égalité d’accès aux toilettes pour les femmes et des aménagements spéciaux pour les handicapés. »  Dans une telle optique, soit que, aux yeux de l’OMT, des toilettes fonctionnelles ne soient réservées qu’à l’usage exclusif des hommes, soit que ces derniers, mammifères primitifs dans l’âme, peuvent s’en passer.  Apparemment, les hommes sont toutefois considérés dans la mesure où ils font partie des personnes handicapées puisque le mot « handicapés » est mentionné au masculin.  C’est toujours ça de pris.

Excuses publiques

Que l’OMT ait agi délibérément ou par étourderie, il n’en demeure pas moins que la moindre des choses, de la part de ses instigateurs ou de ses organisateurs actuels, est de déplacer la date de l’événement et d’en informer le public en présentant des excuses à la gent masculine, des tout-petits aux aînés.  La date de leur événement était déjà réservée à la Journée internationale des hommes deux ans avant qu’ils ne se mettent les pieds dans les plats, ou dans les latrines, au choix.  Ce faisant, ces curieux individus pourraient effacer – ou essuyer – l’image nauséabonde d’instigateurs d’une volonté d’injurier dont ils pourraient bien autrement devenir les prochaines cibles.  

jeudi 26 avril 2012

Show Tard : quatre thèmes sur la condition masculine

Une station de radio qui accorde deux heures et demie de son temps à ses invités pour discuter de condition masculine et ce, plusieurs fois par mois depuis près de deux ans, ce n’est ni à Trois-Rivières et encore moins à Montréal que l’on pourrait imaginer ça.  C’est probablement un aspect inédit de ce qu’on appelle le mystère Québec, depuis la montée passagère de l’ADQ aux élections de 2007.  Plus d’un an après mon passage en sa compagnie à l’émission Show Tard, du FM 98,1, animée par Mario Tremblay, Lise Bilodeau, présidente de l’Action des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ), m’invitait à nouveau le 25 avril pour discuter de condition masculine, un sujet si étonnamment controversé.  Quatre thèmes se sont dégagés de nos entretiens.  Je vous les résume.

Garde partagée

Projet de loi c-422 : rien de neuf à Ottawa...
D’entrée de jeu, la problématique de la garde partagée a monopolisé nos discussions.  Lise Bilodeau a expliqué comment le projet de loi c-422 préconisant la présomption de garde partagée s’était déjà rendu en première lecture à Ottawa avant de se voir bloqué par la crise gouvernementale qui devait mener à la prorogation de 2008. Michael Ignatieff, très favorable au projet, a été ensuite dégommé en tant que chef de l’opposition officielle, chef du parti libéral et même, en tant que simple député aux élections de 2011.  Un allié de taille a été perdu.  Depuis, le « bill » c-422 reste sur la glace et les conservateurs dorment au gaz.

Comme il fallait s’y attendre, le mouvement féministe radical et le Barreau du Québec se sont farouchement opposés à cette initiative égalitaire.  Les premières affirmaient, et affirment toujours, que la garde partagée ouvrirait grand les portes à la violence conjugale et aux abus sexuels envers les enfants, comme si la majorité des pères étaient des agresseurs dans l’âme.  Partagent cet avis condamnable Ann McLellan, ancienne vice première ministre du Canada et ancienne ministre fédérale de la Justice, la Fédération des femmes du Québec (FFQ), le Conseil du statut de la femme (CSF), les regroupements de maisons d’hébergement pour femmes battues et la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ), pour ne nommer que ces militantes là. 

Du côté du Barreau, il va de soi que des lois égalitaires, par les causes injustifiées qu’elles annihileraient, infligeraient à cette instance une baisse dramatique de son chiffre d’affaires.  Plusieurs de ses membres se verraient sans doute contraints d’opter pour un travail honnête.  Est-ce un hasard si 60 % des avocats, soit 20 000 membres du Barreau du Québec, s’occupent de droit familial ?  Et l’on chercherait à nous faire gober que l’intérêt supérieur de l’enfant est au centre de leurs préoccupations ?  Pourquoi ne pas imaginer Bernard Madoff en philanthrope ?

Féministes radicales et modérées

Denise Bombardier,
féministe modérée, mais critique...
À un tournant de l’émission, la nécessité de préciser ce que l’on entend par féministe s’est imposée.  J’ai fait valoir que celles que nous dénoncions étaient les féministes radicales, le plus souvent étatiques, en qui peu de femmes se reconnaissent, et qui luttent avec une hostilité compulsive contre tout ce qui pourrait représenter une reconnaissance de la condition masculine et des problématiques qu’elle englobe, de peur que l’État n’y devienne sensible.  S’il fallait que le gouvernement finance des services destinés aux besoins légitimes des hommes et diminue l’enveloppe déjà considérable réservée aux groupes féministes, imaginez l’horreur !

Les féministes modérées, de leur côté, se divisent en deux catégories : les critiques et les naïves.  Parmi les critiques, Élizabeth Badinter et Denise Bombardier demeurent des exemples très représentatifs, par les dénonciations sans complaisance qu’elle font du féminisme radical, très proches des positions des défenseurs de la condition masculine.

Les féministes naïves sont des gens attachés à une vision dépassée du mouvement féministe.  Elles pensent avec une nostalgie attendrie à mai 68, Angela Davis, Thérèse Casgrain ou Simone Monet-Chartrand.  Ces personnes, hommes et femmes d’ailleurs, ressemblent aux membres d’un parti politique qui, bien que renouvelant régulièrement leur carte de membre, ne sauraient rien de la plateforme de leur parti, ne pourraient nommer aucun de leurs candidats ou députés, mais voteraient toujours par habitude pour la même allégeance.  Si ces féministes s’informaient davantage, leur conscience leur dicterait de changer de parti…

Les pensions alimentaires…

Divorce : des impacts familiaux et financiers...
Lise Bilodeau a cité l’exemple de l’un de ses membres, âgé de 74 ans, qui paie toujours une pension alimentaire à son ex.  Même si la loi stipule que ladite pension devrait constituer une mesure transitoire, au lendemain d’un divorce, le temps que le conjoint le moins fortuné, soi-disant la femme dans 95 % des cas, puisse retrouver une autonomie financière, de trop nombreux hommes se voient contraints de payer encore et toujours pour subvenir aux besoins d’une femme chez qui le concept d’autonomie relève de la plus obscure abstraction. 

Le constat de Lise a fait réagir plusieurs auditeurs, aux prises avec notre système étatique.  L’un d’entre eux soulignait cependant l’apport de la « nouvelle loi » annoncée par notre ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, è l’effet que, dorénavant, des couples désireux de réviser le montant d’une pension alimentaire pourront désormais le faire sans passer par un juge en défrayant un montant de 168 $ et un dépôt équivalent à un mois de pension.  Lise a rappelé que cette mesure s’appliquait aux ex conjoints qui s’entendent.  Pour les autres, rien de changé.

Un autre participant a demandé si, un couple s’entendant sur un montant inférieur à celui fixé par la table de fixation des pensions alimentaires, le juge respecterait et validerait leur décision.  Lise l’a prévenu de s’attendre à un refus, pur et simple.  Il arrive parfois, en pareilles circonstances, qu’un magistrat décide, sans aucun motif objectif, de « croire » que l’ex mari a usé d’intimidation envers la femme afin de la convaincre d’accepter un marché en sa « défaveur ».

Dans un tout autre ordre d’idées, un troisième auditeur a relaté une anecdote selon laquelle, devant la vivacité de ses protestations aux accusations mensongères de son ex, des intervenantes avaient refusé toute discussion.  Le motif : ses gesticulations leur paraissaient menaçantes…

Le féminisme, toujours pertinent ?

Julie Miville-Dechêne, peut-être
la dernière présidente du CSF ?
Une auditrice a par ailleurs relancé le débat sur la pertinence du féminisme, alléguant qu’elle ne se reconnaissait nullement dans ce mouvement.  En effet, dans notre contexte de compressions budgétaires, les millions que coûtent les groupes féministes représentent une dépense de moins en moins acceptée, et leur discours suscite scepticisme et froideur.  Même si les médias restent inféodés à leur idéologie rétrograde et victimaire, il suffit de lire les commentaires de lecteurs et de lectrices au bas d’articles de médias officiels pour constater à quel point les lamentations sur la violence conjugale ou les mille supplices qui seraient l’apanage exclusif des femmes suscitent la réprobation.

À ce propos, j’ai fait état du questionnement d’un lecteur à propos de la récente et, à mon avis, suicidaire tournée de consultation du Conseil du statut de la femme dans les régions du Québec.  Le thème :  sa raison d’être.  Mon correspondant croit que, excédé de se voir régulièrement interpellé sur le sujet, Québec aurait sollicité Julie Miville-Dechêne, nouvelle présidente de cet organisme, afin qu’elle recueille suffisamment de témoignages négatifs pour en finir avec lui, invoquant la volonté populaire.  Qui sait…

Dernière nouvelle, pour le moins étonnante, mentionnée à l’émission : l’Alberta, qui n’a pas particulièrement le profil féministe, pourrait ressusciter son propre Conseil du statut de la femme, aboli en 1998.  Alors que l’existence du nôtre se trouve plus que jamais contestée, n’est-il pas curieux de voir nos Albertains retourner ainsi en arrière ?  Voilà qui n’aidera pas à faire avancer le projet de loi sur la garde partagée, si l’on considère l’origine de notre premier ministre fédéral…

En conclusion…

L’émission a beau durer deux heures et demie, je n’ai pas vu le temps passer.  J’ai retrouvé avec le même plaisir la connivence instantanée que j’avais déjà connue une première fois avec Lise Bilodeau et Mario Tremblay.  Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans évoquer mon « coming out » de cette soirée à propos de mon lourd passé gauchiste, pour la plus évidente satisfaction de l’animateur  : oui, Mario, j’ai été moi-même par le passé un féministe naïf, c’est dit.  Comme quoi, la connaissance libère…