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mercredi 28 octobre 2015

CSSS du Val-Saint-François : « Elle » a des problèmes avec ses parents, « il » est un problème pour ses parents…

Un ami lecteur de Racine, de la municipalité régionale de comté du Val-Saint-François, Québec, vient de m’en apprendre une bonne.  En se rendant à sa pharmacie cette semaine, il aperçoit deux affiches pour le moins sexistes.  Il me les a envoyées.  Regardez.

Une fille, une victime.  Un gars, un problème...

La première, montrant, sur fond pâle, une jeune adolescente pour le moins songeuse, est accompagnée de la mention suivante : « Tu vis des difficultés avec tes parents ? Appelle ton CSSS 24H/24, 7 JOURS /7.

La seconde, montrant, sur fond foncé, un jeune adolescent tout aussi songeur, est accompagnée de la mention suivante : « Vous vivez des difficultés avec votre jeune ? »  Appelez votre CSSS 24H/24, 7 JOURS /7.

Cherchez l’erreur…

Difficile de faire plus sexiste.  Je n’aurais jamais pu imaginer qu’un message d’intérêt public, même gouvernemental, tomberait aussi bas dans la misandrie, en présentant les filles, toujours victimes d’un problème, sans doute occasionné par un père incestueux, violent et bipolaire, et les garçons, immanquablement délinquants, caractériels, agressifs et dysfonctionnels, certainement le cauchemar d’une mère aimante et attristée.

Comme si la délinquance des adolescentes n’était pas devenue une problématique de plus en plus cruciale et reconnue, non seulement au Québec, mais partout en Occident !   Comme si le phénomène n’était pas amplement documenté, étude gouvernementale sur étude gouvernementale !

L'une d'elle, que j’avais rendue publique l’an passé, présentait une approche sexuée des plus intéressantes, qui démontrait notamment que, contrairement à la croyance populaire qui veut que les filles soient les premières victimes d’intimidation, à cause du phénomène dopé de la cyberintimidation, ce sont les garçons qui, en fait, occupent cette position :

« Contrairement aux prétentions d'un discours trop connu, les filles ne sont pas les premières victimes de ce fléau (l’intimidation). Sur 63 200 élèves interrogés, 42 % des garçons ont déclaré avoir été intimidés à l'école ou sur le chemin de l'école à la maison, en comparaison de 29 % des filles. Connaissant la tendance naturelle de certains garçons à banaliser la violence subie afin de ne pas passer pour des mauviettes, et celle, inverse, chez certaines filles, à dramatiser des incidents anodins afin d'attirer l'attention, il ne serait pas impossible que l'écart entre les sexes quant aux sévices subis soit encore plus grand.

«Alors que l'on pense spontanément, «sensibilisation» aidant, que la cyberintimidation est devenue un phénomène endémique, à peine 7 % des filles et 4 % des garçons ont affirmé en être victimes. Soulignons tout de même que la gent féminine reste la première cible de ce type d'agression. »

On voit tout de suite à quel point les méchants garçons sont délinquants et ne sauraient en aucun cas passer pour victimes, mais ce n’est pas tout…

La violence « conjugale », d’abord féminine…

Faut-il se surprendre qu’avec la prolifération des gangs de filles qui, de plus en plus, intimident, insultent et frappent le plus souvent des adolescentes, on puisse voir la violence des filles s’exercer également envers les garçons ?  Dans cette perspective, la différence entre les sexes quant à la violence conjugale adolescente dont il était question dans l’étude était plus que surprenante.  Je la cite textuellement :

«La violence infligée dans les relations amoureuses au secondaire varie selon le sexe: 83 % des garçons déclarent ne pas en avoir infligé, par rapport à seulement 68% des filles. En s'attardant à la forme de violence, la proportion de filles ayant fait subir à l'autre de la violence psychologique (21 % c. 13 %) ou physique (19% c. 6%) est bien plus élevée que celle des garçons. En revanche, les garçons semblent infliger un peu plus de violence sexuelle que les filles (3,4% c. 2,0%). Par ailleurs, les filles sont, en proportion, plus nombreuses que les garçons (10% c. 4,1%) à déclarer avoir infligé deux ou trois formes de violence.»

Le mythe du jeune loup et de la douce brebis…

À la lumière de ces données, il est facile de conclure au sexisme misandre du CSSS du Val-Saint-François, dont les pubs restent introuvables sur le web.  S’agit-il d’une initiative locale ou orchestrée à l’échelle provinciale ?  J’aurais tendance à pencher pour la seconde hypothèse, mais il me faudrait des preuves.

J’invite d’ailleurs tous les lecteurs qui trouveraient de tels messages d’intérêt public dans leur localité à m’en informer et si possible à me les faire parvenir, par exemple en les photographiant avec leur téléphone intelligent.

Carte pâle et pure pour les filles, carte foncée et lugubre pour les garçons...
En attendant, rien ne vous empêche de faire savoir votre façon de penser, comme je l'ai fait, au CSSS du Val-Saint-François, à son secrétariat de la direction générale : mflabrecque.vsf@ssss.gouv.qc.ca.

Une publicité aussi biaisée, perpétuant le  mythe du jeune loup et de la douce brebis, reste d’autant plus inexcusable qu’elle émane d’une instance représentant des intervenants qui devraient avoir une approche dénuée de tout préjugé envers les sexes, les races, les religions et les générations.  En se comportant aussi bassement, les responsables de cette publicité biaisée, en plus de stigmatiser injustement et indument les garçons, ne leur reconnaissent implicitement pas, comme aux filles, le droit de demander de l’aide.

Après, on feindra de s'étonner que la gent masculine ne consulte pas…  Quelle société hypocrite que la nôtre, et quels responsables sociaux médiocres, à force d’être niaisement et féministement colonisés avec des stéréotypes aussi aberrants !

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