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mardi 1 septembre 2015

« Affaire » Julien et Picotte : quand la balourdise attise l’extrémisme…

Un psychodrame féministe sans l’intervention caricaturale du Conseil du statut de la femme et d’un Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, c’est comme un short cake aux fraises sans fraises : il manque l’ingrédient de base pour que le dessert porte son nom. 

Les « accusés », Guy Julien et Yvon Picotte.
D’abord un bref rappel des évènements à l’origine de cette nouvelle montée militante : Lors d'une conférence de presse, Guy Julien, ancien ministre et maintenant administrateur au Groupe RCM, accuse une journaliste, Marie-Claude Julien, de salissage à propos de reportages traitant notamment de la rémunération que lui et Yvon Picotte, également ancien ministre, reçoivent dudit groupe.  Il lui enlace ensuite les épaules, lui fait une accolade non sollicitée, lui caresse les cheveux et lui dit qu’elle a grossi.  Fier de son coup, notre homme retrouve Yvon Picotte, lui fait part de son commentaire, et les deux administrateurs éclatent de rire devant un micro de Radio-Canada.

Je rappelle ma position exprimée hier dans mon dernier billet : Julien avait le droit d’exprimer sa colère envers les reportages de Mme Julien, si pertinents aient-ils pu se révéler; nous sommes en démocratie.  Son geste de l’enlacer, de lui caresser les cheveux et de lui donner une accolade non sollicitée est par contre condamnable et peut légitimement être interprété comme de l’intimidation.  

Son commentaire sur son tour de taille ne brille pas par la subtilité, mais une journaliste aguerrie est censée en avoir vu et entendu d’autres.  Qui plus est, elle peut user de son droit de réplique en soulevant, avec raison, que le physique de son interlocuteur se rapproche bien davantage de celui d’un lutteur de sumo que de celui d’un Adonis.

Il était légitime, dans un tel contexte, que la FPJQ prenne position.  Mais de là à parler d’agression physique, je ne mange pas de ce pain-là.  Une expression aussi forte, appliquée à un geste certes déplacé et répréhensible, mais pas criminel, vient banaliser les véritables agressions physiques impliquant coups, blessures et agressions sexuelles véritables.  

À force de crier au loup pour un oui ou un non, on atteint l’effet contraire à toute sensibilisation et on banalise une problématique sévère.  Je trouve tout aussi inadéquat de la part de la FPJQ d’attribuer un égal niveau de responsabilité à Yvon Picotte, qui a eu le malheur de rire, qu’à Guy Julien.  Le rire serait-il devenu une agression physique ? 

Le meilleur était à venir… 

Julie Miville-Dechêne, à contresens...
Ne reculant nullement devant cette occasion de justifier son généreux salaire de 165 000 $ par an, la présidente du CSF, Mme Julie Miville-Dechêne, allait se jeter dans la mêlée.  Je dois dire que je suis en partie d’accord avec son intervention, mais ne souscris en rien à son ton ampoulé et à ses contresens, tels que relatés dans Le Nouvelliste :

« La première chose qui est horripilante, c'est que cet homme-là a dépassé les bornes en touchant cette journaliste et en ayant un acte qu'on peut considérer comme paternaliste, d'une certaine façon, en lui flattant les cheveux», dit-elle.

M. Julien a ainsi démontré qu'il croyait avoir le droit de toucher au corps de cette femme, «ce qui était non indiqué, déplacé et certainement une forme de harcèlement», analyse la présidente du CSF.

«C'est carrément de l'intimidation que M. Julien fait», estime Mme Miville-Dechêne. »

Si JMD a raison d'évoquer l’intimidation, elle exagère quand elle accuse l’ancien ministre de harcèlement, à moins qu’elle ne soit au courant de nombreux gestes déplacés posés par M Julien sur la journaliste, et qui auraient été tus par les médias, ce qui serait étonnant.  

Selon une définition de Wikipédia : «Le harcèlement est un enchaînement d'agissements hostiles dont la répétition affaiblit psychologiquement l'individu qui en est la victime. Ce type de comportement peut être habituel et impliquer le statut social et physique. »  Je cherche encore la répétition dans le comportement de Julien.

La présidente du CSF dénonce également le paternalisme de Guy Julien, un mot qu’elle emploie sans doute en lien avec le concept de patriarcat, si cher aux féministes d’État.  

Toutefois, le Larousse donne deux définitions qui cadrent mal avec l’usage que JMD fait de ce mot : « * Conception selon laquelle les rapports entre patrons et ouvriers doivent être régis par les règles de la vie familiale, caractérisées par l'affection réciproque, l'autorité et le respect. (Il a été théorisé par Fréderic Le Play.)  * Comportement, attitude consistant à maintenir un rapport de dépendance ou de subordination tout en lui donnant une valeur affective à l'image des relations familiales. »  

J’avoue que l’aspect « familial » du comportement de M Julien m’échappe complètement, tout comme les valeurs  « caractérisées par l'affection réciproque, l'autorité et le respect », encore qu’un chroniqueur montréalais n’ait pas hésité à traiter les deux acolytes de « mononcles ».  Madame Miville-Dechêne réalise-t-elle vraiment le sens de ses paroles ?

Joëlle Boucher-Dandurand en rajoute...
Renchérissant sur les propos de JMD, la coordonnatrice au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, Joëlle Boucher-Dandurand, établit un lien de cause à effet entre les reportages de la journaliste et la riposte de Guy Julien, ce qui relève de l’évidence.  

Elle ajoute : «On peut voir là-dedans du harcèlement sexuel et il y a vraiment une violence psychologique derrière ce geste-là. C'est une agression. Le contact n'était pas désiré et l'on voit tout le pouvoir qu'il essaie d'avoir sur elle en faisant des commentaires comme ça sur son corps», dit-elle. Il s'agit, explique-t-elle, d'une tentative de la «déstabiliser complètement, de l'arrêter dans ses démarches ou de lui enlever sa confiance en elle devant la caméra, dans son métier», explique la porte-parole du CALACS. »  Vue sous cet angle, la journaliste semble bien vulnérable…

Pour comprendre les propos extrêmes de JBD, il faut savoir qu’aux yeux des CALACS, tout geste à connotation sexuelle imposé devient automatiquement une agression sexuelle.  Reste à déterminer si l’intention de Guy Julien, si stupide et maladroite puisse-t-elle sembler, était bien à caractère sexuel.

Je le répète, le fait d’imposer un contact physique non désiré à Marie-Claude Julien était déplacé, vulgaire et condamnable.  Mais le fait d’accoler à un tel comportement des expressions aussi graves que « agression physique », « violence psychologique » ou « harcèlement sexuel » risque d’entrainer un effet tout à fait contraire à celui escompté.

Non seulement les prises de position de la FPJQ, du CSF et du CALACS, par leur caractère extrémiste et paradoxalement banalisant, n’aideront pas les véritables victimes d’agressions, de harcèlement et de violence, psychologique ou autre, mais Marie-Claude Julien pourrait bien finir par passer pour une frêle petite victime sans défense ni mordant, ce qu’elle n’est probablement pas.

Voltaire, plus qu'intimidé, mais combatif...
Comme le disait si bien Voltaire: « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis.  Quant à mes ennemis, je m’en charge ! »  En voilà un qui en connaissait un rayon quant à l’intimidation subie sous toutes ses formes, incluant une incarcération de 11 mois à la Bastille.  Faut-il alors conclure qu'un homme, c'est plus coriace ?

lundi 31 août 2015

Une journaliste trifluvienne « victime » d’une « agression physique », affirme la FPJQ

Imaginez la scène, lors d’un évènement de presse.  Des politiciens circulent au milieu d’une meute de journalistes.  Tout à coup, l’un des élus se tourne vers un journaliste qu’il n’aime pas particulièrement, lui fait une accolade non sollicitée, lui passe la main dans les cheveux et lui clame : « Je te regardais à la télé la semaine passée, pis t’as grossi, toi.  T’as engraissé.

Guy Julien, provocateur...
Certains, parmi les témoins de ce geste certes déplacé, inusité, mais pas criminel, éclatent de rire.  D’autres sourient ironiquement ou haussent les épaules.  Quelques-uns se montrent vaguement choqués ou gênés.  Puis la vie continue…

Il peut apparemment en aller tout autrement quand une telle plaisanterie, il est vrai, fort peu subtile, s’adresse à une femme journaliste.  La nouvelle peut faire la une du quotidien régional et susciter l’ire de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, rien de moins.   

Deux poids, deux mesures ?  Bien sûr, mon exemple mettant en cause un journaliste masculin est hypothétique, mais pas irréaliste, tout comme le silence médiatique et sociétal qui s’ensuivrait fort probablement. 

Alors voici ma question : serait-il normal que l’on passe sous silence l’incident, s’il impliquait un journaliste, et qu’on en fasse une nouvelle, quand il implique une journaliste ? 

Un ex-ministre « indigné »… 

Si je pose cette question, c’est que la mise en scène qui débute mon billet est bel est bien devenue réalité le 27 aout dernier lors d’un évènement de presse, et a eu pour cible une journaliste trifluvienne « victime » d’une « agression physique », affirme la FPJQ, et pour auteur l’ancien ministre péquiste Guy Julien (aucun lien de parenté). 

Ce dernier n’aurait pas digéré les reportages de la journaliste à propos d’un litige l’impliquant, lui et l’ancien ministre libéral Yvon Picotte, quant à la rémunération qui leur a été accordée à titre d’administrateurs du groupe RCM, un centre mauricien de tri et de récupération des déchets. 

Le Nouvelliste relate ainsi les faits allégués : « Après avoir affirmé à la journaliste que cette histoire était «une des pires affaires de salissage de ma vie», Guy Julien lui aurait fait une accolade, non sollicitée et non réciproque, en lui flattant les cheveux. Il aurait par la suite dit à la journaliste: «Je te regardais à la télé la semaine passée, pis t'as grossi toi. T'as engraissé.»

Suivant cette déclaration, M. Julien se serait vanté de ses agissements au président du conseil d'administration du Groupe RCM, Yvon Picotte. »  Résultat : Yvon  Picotte est lui aussi impliqué, puisque des éclats de rire des deux hommes auraient été enregistrés à la suite des confidences de Guy Julien, captées par un micro de Radio-Canada laissé malencontreusement ouvert.   

Suffit parfois de pas grand chose… 

Peut-on vraiment parler « d’agression physique » ? 

Yvon Picotte, trop rieur ?
Le Nouvelliste relate ainsi la réaction de la FPJQ, qui n’hésite pas à parler d’agression physique en condamnant le comportement de Guy Julien : 

«Par voie de communiqué, la FPJQ souligne que «cette tentative d'intimider une journaliste en tentant de la déstabiliser avec des remarques sur son apparence physique est carrément inacceptable, d'autant plus qu'en tant que gestionnaire d'un organisme et ex-ministre, les deux hommes sont familiers avec le milieu médiatique.»

«Ce qui nous a interpellés, c'est la forme d'agression physique que la journaliste a subie. L'intimidation, on en a un peu partout dans le cadre de notre métier, mais c'est vraiment cette forme de proximité-là qu'on jugeait déplacée», note la présidente de la FPJQ Mauricie/Centre-du-Québec, Charel Traversy. »

Cette forme de proximité… envers une femme seulement ?  Quand Mme Traversy parle d’agression physique, fait-elle référence aux commentaires de Guy Julien sur l’apparence de la journaliste ?  À l’accolade non sollicitée et à la main passée dans ses cheveux ?  À ces deux incidents ?  Impossible de faire un lien clair et précis entre cette déclaration et le communiqué de la FPJQ.

Si le commentaire de Julien relève de la plus évidente balourdise, le geste de donner une accolade non voulue et de passer la main dans les cheveux d’une femme sans son consentement tient résolument du geste déplacé et mérite certainement d’être blâmé.  Mais peut-on pour autant parler d’agression physique, au sens du code criminel canadien ?   

Un rire incriminant… 

Et Yvon Picotte, devrait-il se voir attribuer le même degré de responsabilité que son collègue alors qu’il ne s’est même pas adressé à la journaliste et qu’il s’est contenté de rire aux confidences de Guy Julien ?   

Le communiqué de la FPJQ est sans équivoque : «La FPJQ, section Mauricie/ Centre-du-Québec, dénonce le comportement de deux administrateurs du Groupe RCM, un organisme de recyclage de déchets domestiques et industriels. » 

Suit l’acte d’accusation concernant Picotte : «On entend Yvon Picotte dire : «C’est elle qui nous a beurrés?» et Guy Julien de répondre : «Oui. Je lui ai dit qu’elle avait engraissé. Elle était en tabarnak.» Après quoi les deux hommes rigolent. »  Rappelons que cette conversation ne se voulait nullement publique…

Que l’on blâme le geste physique de Guy Julien, je veux bien.  De là à parler d’agression physique, oubliez-moi.  Quant aux propos adressés à la journaliste, je ne vois pas en quoi l’ancien ministre n’aurait pas le droit d’exprimer sa désapprobation envers ses articles, ni en quoi son commentaire sur le physique de la journaliste, si peu subtil soit-il, mériterait un tel retentissement médiatique.

Adressés à un homme, les mêmes propos laisseraient indifférents. 

Marie-Claude Julien, victime d'agression physique ?
Quant aux accusations visant Yvon Picotte alors qu’il n’a même pas interpelé la journaliste et se croyait « off the record », elles sont tout à fait grotesques.  

Je laisse d’ailleurs à ce propos à l’ex ministre, qui a tout de même présenté des excuses de convenance, le mot de la fin : « Si je n'ai pas le droit de rire dans une conférence de presse, on me le dira (…) si y'en a qui ont les épaules frileuses, ils ont le droit de les avoir, mais moi je ne suis pas frileux à ce point-là.»  Et toc !

Jean-Luc Mongrain, franc-tireur ou comédien ?

Je me souviens avoir vu Jean-Luc Mongrain lors d'une activité de la FPJQ à Trois-Rivières, il y a bien une trentaine d'années. Jean...