mercredi 26 janvier 2011

Infanticide maternel : le mythe de la motivation altruiste

Nicholas, victime
Au lendemain du meurtre, en 2006, du petit Nicholas par sa mère, Louise Desnoyers, un chercheur à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal, Jacques Marleau, déclarait le plus sérieusement du monde, dans Le Journal de Montréal du 17 août, que les pères tuaient davantage par vengeance tandis que les mères agissaient plus souvent « par motivation altruiste afin d’éviter à l’enfant des souffrances réelles, anticipées ou amplifiées ».  Voilà une affirmation dure à surpasser au plan d’une optique biaisée validant la thèse d’un sexe naturellement tourné vers la turpitude et de l’autre, biologiquement orienté vers la grandeur d’âme, même lors d’un infanticide.

China Arnold
On a beau se dire que des meurtres ou sévices particulièrement cruels infligés par des mères à leurs enfants étaient moins médiatisés que ceux commis par des pères, davantage de nuances et de discernement, de la part d’un présumé spécialiste, auraient été de mise, afin d’éviter des stéréotypes réducteurs.  Cette perception aussi erronée qu’enracinée fait peu de cas de meurtres crapuleux récents.  Mentionnons celui commis par China Arnold, qui a tué sa fille d’un mois au micro-ondes à Paris en 2005, après avoir nié au père sa paternité, cet autre, perpétré en 2008, également en France, par Coralie Gossiaux, qui avait frappé et tué son beau-fils en l’ébouillantant, et cette boucherie, imputée en 2008 à une Brésilienne, accusée d’avoir assassiné ses deux enfants à la scie électrique.  Où se situe la « motivation altruiste » chez de telles brutes ? 

Coralie Gossiaux
Et c’est sans compter la violence familiale infligée par les mères.  Que dire, en effet, de cette femme de Wickham, condamnée en 2008 à quatre ans de prison ferme, après avoir torturé pendant 10 ans sa fille, battue à coup de balai, ébouillantée à l’eau chaude, brûlée au tisonnier, en plus de se voir forcée de manger des aliments avariés et des excréments d’animaux ? Que penser de cette autre, accusée en 2007 d’avoir tenté de noyer sa fille au cours d’une dispute ?  La marâtre brutalisait cette dernière depuis 1988, ainsi que cinq autres de ses huit enfants, en les frappant avec des bâtons de hockey, des chaussures, des tablettes, des ceintures et du linge mouillé.  Est-ce par tact maternel qu’une Montréalaise, condamnée en 2005, avait si sévèrement maltraité ses trois enfants pendant 18 ans en les frappant à coup de pied, de poing, de bâton, et même à l’aide d’un manche de marteau, allant jusqu’à s’asseoir à califourchon sur leur poitrine en leur bloquant la bouche pour les punir d’avoir pleuré ?

Menacé par le génocide rwandais
D’autres femmes jugent à propos d’intoxiquer leur enfant, comme cette Britannique de 31 ans, condamnée à neuf ans de prison en 2006 pour avoir fourni du crack et de l’héroïne à son fils de neuf ans, ou cette Américaine, âgée de 18 ans, arrêtée la même année, après que sa fillette d’un an ait été testée positive à la cocaïne.  Leur  « motivation altruiste » m’échappe toujours.

Il serait intéressant de recueillir les commentaires de M Marleau, à la lecture de Not so innoncent : when women become killers, une enquête publiée en 1995 par African Rights.  On y apprend que, tandis qu’un nombre impressionnant de femmes ont participé au génocide rwandais, tuant de leurs propres mains des enfants, achevant des malades à la machette, immolant au pétrole des innocents, poursuivant des Tutsis avec des battes de baseball transpercées de clous, plusieurs mères et grands-mères refusaient de protéger leur progéniture en les exposant aux pires violences.  Étonnante façon « d’éviter des souffrances réelles, anticipées ou amplifiées »…

Mélanie Alix : la palme du sordide

Mélanie Alix
Au chapitre des infanticides crapuleux commis par des mères ces dernières années, la palme du sordide revient de facto à Mélanie Alix, reconnue coupable en 2005 du meurtre au premier degré de son fils d’un an, Matisse, commis en 2003, et de celui de sa propre mère, perpétré en 2001.  Les deux événements étaient survenus au cours d’incendies domestiques criminels mais en apparence accidentels, le plus récent, allumé à Saint-Blaise et le plus ancien, à L’Acadie.  Le mobile était de toucher des primes d’assurance-vie.  Les troublantes similitudes entre les deux cas mirent la puce à l’oreille des enquêteurs, au lendemain du second feu.

Matisse, victime
M Marleau s’est sans doute senti sécurisé d’apprendre que la meurtrière devait affirmer, au terme d’un interrogatoire policier de six heures, que si elle avait tué son fils et tenté d’assassiner sa fille, qui avait pu se sauver, c’était pour ne pas les confier à son ex-conjoint, Stéphane Leblanc, afin qu’il ne leur fasse pas de mal.  Sans doute faut-il conclure que cette explication tient tout autant la route pour le meurtre de sa mère…  Alix avouera par ailleurs avoir mélangé de puissants sédatifs dans le biberon du bébé après les avoir fait bouillir.  Elle précisera également avoir utilisé l’huile d’une friteuse pour provoquer l’incendie. 


Au risque de causer quelque chagrin au chercheur de Philippe-Pinel, le portrait de Mélanie Alix, brossé par ses connaissances et voisins, lors de son procès, ne cadrait pas avec ses vues angélistes.  Elle a été unanimement dépeinte comme une femme méchante, dépressive, froide et agressive.  Même la seule voisine à avoir été son amie, qui avait gardé son fils, ne croyait plus en son innocence.  Ses autres voisins la détestaient : elle les engueulait régulièrement et leur envoyait la police sans motif.  Une collègue l’avait dépeinte comme déplaisante, dominatrice, nonchalante et mal dans sa peau.  « Personne ne pouvait la tolérer », devait-elle conclure.  Une employé du restaurant fréquenté par Alix et citée par Le Journal de Montréal la décrivait ainsi : « Elle n’était pas maternelle.  Elle ne parlait pas bien devant les enfants.  Elle traitait sa fille de maudite vache.  Elle n’était pas patiente. »


Dernière touche à ce tableau calamiteux : Alix disputait à son ex-conjoint la garde des enfants avant le drame. Leblanc l’ayant quittée, tous le moyens ont été employés pour lui pourrir l’existence : plainte d’agression sexuelle, de séquestration et de menaces de mort, finalement retirée après incarcération.  Personne dans l’entourage d’Alix n’avait prêté foi à de telles allégations. La sociopathe fit également perdre deux emplois à son ex, à force de le harceler au téléphone.  Elle devait aller jusqu’à incendier la Jeep de Leblanc, par jalousie, et sa propre auto, cette fois encore pour toucher la prime d’assurance.

Les témoignages fantaisistes et contradictoires d’une accusée aussi amorale que mythomane contribuèrent à sa condamnation à perpétuité pour les meurtres de son fils, de sa mère, tentative de meurtre sur sa fille et deux incendies criminels.  La cupidité a été le seul mobile évoqué.  La volonté de priver le père de ses enfants en les tuant, pathologie appelée complexe de Médée, aurait pu être considérée dans une société beaucoup plus avancée que la nôtre quant à la reconnaissance de déviances féminines.

Au centre, Cathy Gauthier
Je ne voudrais cependant pas laisser M Marleau sur une note fâcheuse en laissant entendre qu’il se trompe sur toute la ligne.  En appliquant son analyse, je trouve plausible que Cathy Gauthier, cette Saguenayenne qui a tué ses trois enfants avec la complicité de son mari après avoir conclu avec lui un pacte de suicide, ait pu agir ainsi pensant les protéger d’une vie intenable.  J’estime vraisemblable que Guy Turcotte, le cardiologue de Piedmont qui a assassiné ses deux enfants au couteau ait pu agir par rancoeur.  De tels drames arrivent, pour les raisons invoquées par Marleau, sans pour autant que celles-ci constituent une tendance prévisible.  Établir cette distinction constitue la différence fondamentale entre l’identification de problématiques et la propagation de stéréotypes.

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Si Jacques Marleau est un psychologue, il a vraiment besoin de se faire psychanaliser. Ce qu'il ne faut pas entendre et lire. Tout simplement incroyable. Mais on sait bien, les institutions sont maintenant contrôlées par des femmes, féministes la plupart du temps. Les hommes n'ont pas le choix de mentir s'ils veulent garder leur emploi. Quelle honte et déshonneur. Je suis quasiment gêné d'être un homme depuis quelques années. Serge(psychologue).

Anonyme a dit…

Les hommes sont automatiquement perdant dans une séparation ce qui est déplorable car les enfants on besoin de leur papa autant que de leurs maman. La loi devrait être faite comme suit : Dans une cas ou les enfants ne font pas l`Object d`aucun mauvais traitement il devrait y avoir obligatoirement une garde partagée a moins que l`un des 2 parent la refuse pour lui-même. **** oublions pas que c`est les enfants qui souffrent pour des dispute ridicule de grand. ****

Olivier Kaestlé a dit…

"Si Jacques Marleau est un psychologue, il a vraiment besoin de se faire psychanaliser."

En effet, Serge. Et vous avez raison pour ce qui est de la nécessité pour un homme de conserver son boulot et, parfois, de hurler avec les louves. N'oublions pas que l'Institut Philippe-Pinel compte parmi ses partenaires privilégiés des maisons d'hébergement, ceci expliquant sans doute cela.

Olivier Kaestlé a dit…

"Les hommes sont automatiquement perdant dans une séparation ce qui est déplorable car les enfants on besoin de leur papa autant que de leurs maman."

Vous avez raison et ce n'est pas M Marleau et ses commentaires stéréotypés qui contribuera à changer les choses. La démonisation des hommes reste un prérequis incontournable pour leur nier leur droit d'être père et étirer des processus judiciaires onéreux dont on leur refile la facture.

Malthus a dit…

Plus près de chez nous à Barrie en Ontario, Elaine Campione vient tous juste d'être reconnue coupable du double meurtre de ses filles (noyade). Elle s'est ensuite filmée, disant à son ex "si je ne peux pas les avoir, toi non plus tu ne les aura pas."
Pure vengeance et méchanceté. Son ex, un homme doux et un père attentionné, n'a jamais montré les moindres signes de violence ou de dangeurosité. Même les services de protection de l'enfant, toujours si enclins à prendre la part de la pauvre mère, ont fait de lui un compte rendu impeccable, louangeant ses qualités de père.
De quoi Elaine Campione aurait-ell, donc, protégé ses filles en les tuant?
Mais je remarque que notre bon docteur Marleau a bien pris soin de répondre à cette question en assurant ses arrières, déclarant que les femmes tuent pour protéger leurs enfants de dangers réels OU INVENTÉS.
Belle déflection! Même dans leur psychose, les meutrières sont altruistes.
Le plus fascinant ici est qu'on se fie uniquement à la parole des meutrières pour établir ce "diagnostic". Comme si les meutrier(e)s n'avaient pas l'habitude de mentir à pleines dents pour s'éviter le courroux de la Justice.
Dans le cas d'Elaine Campione, elle persiffle dans la caméra qu'elle préfère les tuer plutôt que de voir un homme doux en avoir la garde mais ce n'est pas de la vengeance ça. L'éléphant dans la pièce est en fait un flamand rose.
Y'as des baffes qui se perdent!

Olivier Kaestlé a dit…

À qui le dites vous ! Cet exemple illustre on ne peut mieux la dérive du prêchi-prêcha des Marleau et de ses nombreux semblables. Les autres cas cités dans ma chronique n'ont pas surgi de mon imagination, que je sache, auquel cas il faudrait sans doute que je consulte...

Je ne serais pas surpris qu'un tel cliché soit repris et présenté comme parole d'évangile dans la formation des travailleurs sociaux, notamment. J'espère qu'ils n'ont rien au programme qui valide l'existence du père Noël ou de la fée des dents, mais je préfère ne pas parier...

SCOTT VINSON a dit…

Ce sujet est excellent.

Je crois comprendre comment un homme comme le médecin Guy Turcotte, un jeune Chirurgien cardiologue, star de l'höpital St-Jérôme peut se sentir quand il apprend de la voix de sa femme, un soir de fin de semaine, que sa femme est avec un nouvel amoureux en ski à Stoneham (un autre médecin de l'hopital)

Il a pu se dire, si c'est pas avec moi ca sera avec personne que tu élèveras mes enfants. Naturellement son geste est inacceptable mais il demeure pas moins que les fils se sont touchés et il a perdu les pédales...

Est-il le seul responsable de cet événement ? Compassion ou vengeance ?

Je pose la question.

PB Scott Vinson

Olivier Kaestlé a dit…

Troublante question, quand il s'agit de cerner la responsabilité de chacun dans un tel drame. On pourrait déjà identifier une responsabilité de cause à effet, à mon sens perspective biaisée, en disant : si la mère n'avait pas fait ce coup de fil, rien ne serait arrivé. Bien probable, mais admettons que l'ex de Turcotte a bien le droit de vivre sa vie comme elle l'entend, et avec qui elle le veut bien.

Juste avant vous, Malthus a laissé pour commentaire cet exemple d'une femme qui a tué ses deux enfants, puis s'est filmée en train de dire : si je ne les ai pas, tu ne les aura pas." Si je me fie à votre perspective, Scott, c'est la motivation que vous prêtez à Turcotte, mais est-ce la bonne ?

La mère des deux victimes du cardiologue a affirmé lui avoir consenti la garde partagée avec droits de visite sans problèmes. Cette femme serait donc une antithèse, apparemment, de cas trop connus de harceleuses vindicatives. Il semble donc que la garde des enfants n'était pas au coeur du litige.

Je peux comprendre la peine ou la frustration de se sentir délaissé pour une autre personne, ce qui est tout à fait humain, mais je crois que la responsabilité entière de l'infanticide, dans ce cas de figure, incombe à son auteur. Comme la garde des enfants n'était pas le coeur du problème, il semble bien que Turcotte se soit servi d'eux pour se venger de son ex conjointe, ceci étant dit selon les faits connus.

Je ne peux même pas lui trouver les circonstances atténuantes du manque de ressources pour hommes : il appartenait au milieu de la santé, connaissait les ressources en psy, avait certainement les moyens de consulter en pratique privée. J'ai beau être sympathique à la cause des pères, du harcèlement judiciaire et de la violence post-conjugale dont ils sont trop souvent victimes, je ne trouve aucune circonstance semblable dans son cas.

Qui plus est, je me vois mal condamner la complaisance, voire l'aveuglement volontaire, que des intervenants pratiquent au sujet de la violence des mères, pour finir par agir comme eux envers les pères comme Guy Turcotte. Très bonne question, cependant, Scott.

Anonyme a dit…

Ce bulletin de salaire donné à un rwandais en difficulté atroce vient d'expirer,des bols de semoule,la religion,la garçonnière,un voyage à Londres,des loisirs et un peu d'amour aussi:

- Est-ce que la République du Congo peut maintenant prendre le relais?...

- Des noms comme Habib,Mohamed,Claver,Alphonse,André,...

ça commence de plus en plus à faire de la charogne,n'est-ce pas?...

Monami le chat a dit…

C'est extraordinaire de constater comment les misogynes font feu de tout bois pour alimenter leur argumentaire haineux. Supposer que les propos de monsieur Marleau sont dictés par la crainte des "maudites femmes qui envahissent le monde du travail qui ne devraient appartenir qu'aux hommes,hein?" est tout aussi ridicule que de penser que la psychopathie a un sexe. Je conseil fortement à Anonyme de garder son pseudonyme qui illustre parfaitement bien sa personnalité. Attention que ta femme ou ta maman ne te reconnaisse pas et ne te donne pas la fessée.

Pierre Biron a dit…

Votre combat M. Kaestlé est beaucoup plus large et important que les vils débats personnels et ou anonymes.

Je vous félicite de porter bien haut vos idées que je partage.

Les hommes se doivent de se détapisser du dessous des pieds des femmes pour se retrouver dans un équilibre sexo-logique.

C'est à croire en regardant les hommes et les femmes à l'entour que nous sommes revenus au moyen âge de la conscience humaine.

Pierre Biron Scott Vinson

Olivier Kaestlé a dit…

Merci cher Scott, de votre appréciation. En effet, les procès d'intention sont monnaie courante, qu'ils me visent personnellement ou qu'ils s'en prennent à des participants à mon blog. Mais il faut se consoler. Comme l'affirme ce dicton : qui conteste, constate... Salutations.