mardi 29 mars 2011

Enseignants masculins : par-delà la discrimination positive…

Michelle Courchesne
C’était le 12 février 2009.  La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) lançait un véritable cri d’alarme à Michelle Courchesne, alors ministre de l’Éducation du Québec (MEQ), « face au nombre sans cesse croissant de cas d’enseignantes et d’enseignants victimes de fausses allégations ou injustement accusés au criminel. » 

Manon Bernard, présidente de la FSE, déclarait : « Il y a énormément de colère dans nos rangs en ce moment en lien avec ces fausses allégations et ces accusations.  Les enseignants reçoivent durement un message extrêmement démotivant qui fait de l’enseignement une profession de plus en plus à risque.  Chaque geste posé envers un élève, aussi nécessaire soit-il pour l’enseignant, peut maintenant avoir des conséquences graves, et même briser des vies et des carrières.  Pourtant, il y a une énorme différence entre exercer son autorité en classe dans le cadre de son travail et poser un geste violent envers un élève.  Nous souhaitons que ce message soit compris par tous les intervenants de notre milieu et qu’au-delà des beaux discours que les dirigeants scolaires tiennent sur notre profession, ils nous appuient concrètement dans l’exercice de notre travail. »

Manon Bernard
Mme Bernard affirmait de plus que le fléau des fausses allégations était en hausse depuis 10 ans et, plus particulièrement, depuis les cinq dernières années.   Jean Drury, avocat en droit criminel, le confirmait, après avoir défendu six accusés de voies de fait en un an et demi, une nette augmentation en regard des années antérieures.  « Au Québec, accuser un enseignant au criminel est un jeu d’enfant », renchérissait-il.  Selon le psychologue Hubert Van Gijseghem, les jeunes, sur sensibilisés, ne font pas toujours la part des choses : « Un simple toucher peut se muer en attouchement sexuel, une contention physique en voies de fait. »  La préadolescence n’arrange rien, précisait-t-il : « Rumeurs malveillantes, complots, vengeances : les faits sont souvent déformés intentionnellement par le jeune qui défie l’autorité ou découvre sa propre sexualité. »

Voilà un discours qui va à contre-courant d’une attitude étatique de « tolérance zéro » fortement conditionnée par certains lobbys.  Allez défendre les points de vue qui précèdent devant le Regroupement québécois des Calacs, pour qui la présomption d’innocence demeure un fâcheux irritant dans la lutte que ces militantes prétendent livrer aux agressions sexuelles, et vous pourrez mesurer toute la résistance qui attend les enseignants dans leurs revendications légitimes. 


« D’un côté, on accuse les professeurs de faire preuve de laxisme en classe, avait dénoncé Mme Bernard, mais d’un autre côté, quand ils interviennent auprès d’un élève, ils s’exposent à une poursuite au criminel.  On souhaite être davantage soutenus pour exercer notre autorité. »  Voilà pourquoi la FSE interpellait le gouvernement québécois afin qu’il revoie la procédure, découlant d’une entente multisectorielle conclue en 2001, qui régit toujours les plaintes déposées contre les professeurs et qui fait que tout professionnel « ayant un motif raisonnable de croire que la sécurité ou le développement d’un enfant sont ou peuvent être considérés comme compromis a l’obligation de signaler sans délai la situation au directeur de la protection de la jeunesse ».

Compte tenu de la réputation d’excellence de cet organisme décrié de toute part, il ne faut pas se surprendre des inévitables dérives engendrées par ses redoutables excès d’efficacité, de plus en plus dénoncés comme étant conditionnés par une approche féministe radicale.  Faut-il s’étonner si la plupart des victimes de fausses allégations sont des hommes ?

Les garçons aussi écopent.

Université de Nipissing
Une récente étude de l’Université de Nipissing, en Ontario, révèle qu’un enseignant masculin sur sept a été victime de fausses allégations et que, lorsque des jeunes portent plainte pour sévices, rien n’est prouvé dans trois cas sur quatre. Cette calamité, Jon Bradley, professeur à la faculté d’Éducation de l’université McGill, la dénonce depuis quelques années :  « S’ils quittent leur emploi à la suite de calomnies, tout le monde est perdant : eux, la société et les enfants. »

Au-delà des longues études, des conditions de travail discutables et de la surreprésentation féminine, contextes qui ont toujours prévalu, faut-il voir dans cette menace, qui plane plus que jamais sur leur avenir, le facteur déterminant dans la chute brutale, ces dernières années, du nombre d’enseignants masculins de 29 à 22 % ?  Poser la question, c’est y répondre.

Les profs masculins ne sont pas les seules victimes des fausses allégations.  Les garçons subissent indirectement le contrecoup de leur pénurie.  Même si le concept de leur influence sur la réussite scolaire des gars ne fait pas l’unanimité, il faut au moins envisager l’hypothèse que leur absence accentue une problématique à laquelle on ne semble trouver aucune solution.  Alors qu’un garçon sur trois ne termine pas son secondaire et que, de l’aveu même de la nouvelle ministre de l’Éducation, Line Beauchamps, son ministère est marqué – ou devrait-on dire gangrené ? - par une guerre d’idéologies, il importe plus que jamais de trouver des solutions concrètes et rapides afin d’éliminer à la base les irritants qui provoquent l’exode des profs masculins.

Égide Royer
Convaincu de leur influence bénéfique sur les garçons, le pédagogue Égide Royer préconise la discrimination positive afin d’augmenter leur participation, proposition qui suscite l’enthousiasme des directions d’école et les réserves des syndicats.  Pour bien intentionnée que se veuille à prime abord cette mesure, il faudrait s’interroger sur son efficacité à l’embauche si, en contrepartie, les inscriptions masculines en enseignement continuent de stagner.  Pertinente, une tournée de sensibilisation à l’automne, comme l’anticipe la ministre ?  Discrimination positive et valorisation de la profession ont déjà été combinées afin d’augmenter les inscriptions des femmes en ingénierie, sans que ces dernières ne dépassent 11 % des membres de cette profession.

À la différence de celles-ci, les enseignants masculins, déjà plus nombreux, l’ont été par le passé encore plus.  Faudra-t-il à nouveau fouiller, disserter, décortiquer, soupeser et cogiter ad nauseam afin d’identifier les ressors profonds qui, dans la psyché masculine, compromettent le désir d’enseigner ?  En attaquant de front la problématique des fausses allégations, la ministre Beauchamps ferait coup double : tout en faisant montre de courage politique, elle contribuerait à enrayer de graves injustices et stimulerait ensuite, par des effectifs masculins accrus, la réussite des garçons.  Elle serait bien la première ministre de l’Éducation à arriver à des résultats concrets.  Son action devrait cependant obtenir l’appui et la collaboration du ministre de la Justice. 

Jon Bradley
Une telle attitude demande un sérieux coup de barre.  Laissons, dans cette perspective, au professeur Bradley le mot de la fin : « Les enquêteurs trop zélés, les jeunes qui ont manifestement menti, les parents qui en rajoutent sur l’Internet : tous doivent être sanctionnés.  Il faut les dissuader d’agir ainsi.  Pour l’instant, on voit des gens dont la réputation et la vie ont été ruinées et qui ne peuvent même pas compter sur des excuses. »

4 commentaires:

Bisbille 101 a dit…

Au phénomène des fausses allégations à l'encontre des professeurs masculins s'ajoute l'autre phénomène tout aussi pernicieux des fausses allégations de violence domestique qui détruisent la vie de milliers de pères de famille chaque année au Québec. Malgré le fait que la situation ait même déjà été dénoncée en 2003 par le juge Jean-Louis Beaudoin de la cour d'appel « pour bonifier les chances de garde exclusive », le puissant lobby des fémicentrés veille au grain et les petits juges fripons de la basse-cour du Québec sanctionnent des crimes inexistants sans jamais encourir de conséquence tant la bêtise humaine est profonde. Au nom de la défunte Coalition pour la défense des droits des hommes du Québec, nous sommes allés à 2 reprises dénoncer la situation en commission parlementaire pour ne recueillir que du sarcasme et de l'indifférence. Lire cette lettre adressée à Daniel Turp qui n'a même pas daigné en accuser réception http://bit.ly/gUIHMn Va-t-il falloir descendre dans la rue et s'immoler pour attirer l'attention sur ces criantes injustices qui minent les fondements même de la société ? À mon humble avis, il faudrait avant toute chose commencer par couper les généreuses subventions versées année après année à ces folles alliées en mission pour éliminer le masculin de l'espace public. Il s'agirait d'un premier pas vers une reprise de contact essentielle avec la réalité.

Olivier Kaestlé a dit…

Je reste toujours surpris que de telles aberrations, reproduites à une si vaste échelle, reposant sur un idéologie aussi déconnectée que fanatisée, puissent continuer à sévir dans un Québec que j'ai déjà eu la faiblesse de croire humaniste et d'avant-garde.

Le cas des enseignants a ceci de particulier qu'il force les syndicats, qui ne sont pas les ennemis naturels des féministes radicales, à afficher des positions contraires à leur délire.

J'aime la conclusion de Jon Bradley à l'effet de mesures punitives afin de décourager de telles pratiques. Plan de match réalisable peut-être un jour en Éducation, pas mal plus problématique en Justice, quand ceux-là même qui devraient punir ces crimes les cautionnent, quand ils ne les encouragent pas.

Bisbille 101 a dit…

Il faut impérativement profiter de toutes les tribunes disponibles pour débusquer le démon et l'actuelle campagne électorale devrait être une occasion de choix pour interpeller chacun de ces députés potentiels au sujet de ces graves dérogations aux principes fondamentaux de justice. Daniel Turp Nous a démontré qu'il n'était qu'un imbécile en quête de pouvoir en se moquant éperdument de ce qu'il enseigne. Il mérite le bagne pour son aveuglement volontaire tout comme ces imbéciles de fonctionnaires habillés en toge de juge qui trahissent quotidiennement leur serment d'office...

Olivier Kaestlé a dit…

Je crois aussi que toute campagne électorale devrait servir de prétexte pour positionner la problématique de la condition masculine sous les angles de la discrimination judiciaire négative envers les pères, du sous-financement des ressources en santé et services sociaux envers les hommes et les garçons et du décrochage de ces derniers.

Il y aurait bien d'autres sous-questions, mais ces problématiques devraient être prioritaires. Si on n'interpelle pas les élus sur ces enjeux, jamais ils ne bougeront.