mardi 31 mai 2011

Sécurité publique : dopage statistique et politique d’intervention

Le Québec, un État policier ?
Il existe un État où chaque année, sur simple dénonciation, environ 14 000 hommes sont arrêtés, bien que le plus grand nombre n’ait rien à se reprocher, puis relâchés le lendemain, sans remords exprimés, ni compensation.  S’agit-il de la Turquie, de la Syrie, du Mexique, de l’Égypte, ou de quelque autre société éloignée où les droits de l’homme restent assujettis aux caprices d’une volonté étatique oppressive et impitoyable ?  En bien non, il s’agit de notre bon vieux Québec, considéré par tant de pays dits civilisés comme un modèle d’égalité homme femme, une société d’avant-garde pour sa ferveur envers la démocratie et pour son respect inné des droits humains. 

Et vous savez quoi ?  Si rien ne change, l’an prochain, on arrêtera encore, bêtement, comme ça, 14 000 hommes et ce, en vertu de la politique québécoise d’intervention en violence conjugale.  Sans doute avons-nous trop d’espace carcéral à occuper et plus encore d’effectifs policiers qui se tourneraient les pouces sans ces décentes impromptues dans les foyers québécois où, même quand c’est l’homme qui est maltraité par sa conjointe, c’est lui que l’on coffre.

Sonia Gauthier, chercheuse
Il y a pourtant plusieurs années déjà, Sonia Gauthier, de l’université de Montréal, et Danielle Laberge, de l’UQÀM, révélaient, dans une étude intitulée Entre les attentes face à la judiciarisation et l’issue des procédures, qu’à peine 31,4 % des arrestations, dans le cadre de ladite politique, menaient à un verdict de culpabilité tandis que 68,4% débouchaient sur des remises en liberté.  Est-ce à dire que l’on relâche autant de coupables ? 

Que l’on se rassure.  La politique d’intervention en violence conjugale a été mise de l’avant dès 1986 sur la base d’une fausseté spectaculaire à l’effet que chaque année, 300 000 femmes québécoises étaient « chroniquement battues ».  Ce chiffre reposait sur une extrapolation fantaisiste tirée de la « statistique » voulant qu’au Canada, une femme sur dix, mariée ou en union de fait, subissait le même sort.  Cette prétendue donnée avait été imaginée par Linda MacLeod et Andrée Cadieux dans leur « étude » intitulée La femme battue au Canada : un cercle vicieux, publiée en 1980 par le Centre d’édition du gouvernement du Canada, rien de moins.

Il faudra attendre 1994 pour que Mme MacLeod, acculée au pied du mur face aux demandes d’information sur ses sources et sa méthodologie, finisse par se rétracter, le 17 mai 1994, au 62e congrès de l’ACFAS : « Mon estimation n’avait aucun semblant de validité ou de fiabilité statistique.  Je n’avais accompli aucune acrobatie statistique.  Pourtant, je me sentais sûre de ce chiffre parce qu’il reflétait une réalité qui avait été corroborée par les estimations de ceux qui et celles qui travaillaient sur la ligne de front.  C’était une supposition admise; je n’ai jamais prétendu que ce soit autre chose. »  Encore heureux…

Bref, une question de feeling…

De la bague au doigt à d'indésirables bracelets...
Quand on constate à quel point une « statistique » aussi déterminante par son impact a pu être inspirée par les paramètres les plus subjectifs, il vaut mieux ne pas s’attendre à un cas isolé.  Qu’il veuille l’admettre ou non, l’État québécois jongle avec une sacrée patate chaude si l’on considère les dommages collatéraux de sa politique d’intervention en violence conjugale.  Près de 70 % d’environ 14 000 hommes, soit 10 000 d’entre eux, arrêtés arbitrairement, sur simple délation de leur conjointe, ça commence à ressembler à un État policier régi par une politique inquisitoriale. 

Faut-il rappeler que, même dans le cas de mensonges évidents, aucune poursuite ne menace les fabulatrices, au prétexte qu’il faille protéger les vraies victimes, comme si les hommes faussement accusés n’en étaient pas.  Pour peu que les médias, habités par le dynamisme d’un chien basset asthmatique âgé de vingt ans, sortent de leur torpeur et dénoncent cette réalité au grand jour, l’image de notre système judiciaire, policier et politique, déjà amochée par les cafouillages infligés aux Dumont, Marshall, Halde et autres Bouchard, en prendrait pour son grade.

Aussi il importe de sauver la face et de continuer à entretenir un climat factice d’oppression conjugale infligée aux femmes par les hommes.  Depuis la rétractation de Linda Macleod, on constate cependant, « statistiques » de la Sécurité publique à l’appui, que nous sommes passés de 300 000 femmes « chroniquement battues » à  environ 14 000 femmes « agressées » par an.  Avec une diminution de 286 000 victimes, qui a dit que la violence conjugale augmentait ?

Ah, les méchants hommes…

Michel Dumont : la dérive d'un système.
Le ministère de la Sécurité publique le dit, celui-là même dont relève comme par hasard les corps policiers qui pratiquent ces arrestations arbitraires, et celui-là même qui a intérêt à camoufler l’étendue des dégâts de la politique d’intervention.  Au cours d’une opération médiatique dans laquelle nos perspicaces journalistes n’ont vu ou n’ont voulu voir que du feu, le Ministère a affirmé que la violence conjugale, totalisant, en 2009, 18 180 « infractions contre la personne », aurait augmenté de 4 % en comparaison de 2008 et donnerait lieu à 50 « crimes » par jour.

On ne dénoncera jamais assez la fâcheuse tendance du Ministère à travestir des signalements en agressions sanctionnées.  Ainsi que le révèle l’étude de Gauthier et Laberge, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres entre les premiers et les secondes.  Les chiffres présentés indiquent par ailleurs que, du lot des « agressions » dont les auteurs ont été identifiés, 61 % des enquêtes ont mené à des accusations criminelles – et non à des sanctions - et 28 % ont été classées sans suites judiciaires.  Il serait intéressant de connaître l’impact chiffré du « 810 », ce document que plusieurs policiers font signer sous pression sans informer l’homme arrêté qu’il vient d’endosser malgré lui une admission de culpabilité, en échange de sa remise en liberté imminente.  On notera également la discrétion du Ministère quant aux agressions ayant mené à une condamnation ferme.

Nos journalistes, chiens de garde de notre démocratie...
Ce dernier nous martèle cependant que les femmes constituent les « principales victimes » avec un pourcentage de 82 %, soit 14 908 « agressions », un nombre assez voisin des 14 000 hommes arrêtés chaque année arbitrairement par nos vaillants défenseurs de la loi.  Du côté de Statistique Canada, on apprend que la même année, soit en 2009, 6 % des hommes et 6,4 % des femmes ont déclaré avoir subi de la violence conjugale au pays.  Autre son de cloche, non ? 

La rançon du dopage statistique

Le Québec serait-il un État voyou en comparaison du ROC ?  Que nenni, selon l’Institut de la statistique du Québec, qui affirmait dès 2007 que le Québec affichait des taux de prévalence de violence conjugale inférieurs à la moyenne nationale avec 42 pour 1000 pour les hommes et 52 pour 1000 pour les femmes.  On est bien loin de l’écart himalayen claironné par la Sécurité publique.  Par contre, retranchez 10 000 arrestations injustifiées à ses chiffres, et vous arriverez aux pourcentages déjà plus plausibles de 40 % pour les femmes et de 60 % pour les hommes.

Renaud Lachance, efficace, mais ignoré.
Le dopage statistique a un prix.  C’est en 2008 que le Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, tirait le cordon d’alarme sur la situation problématique des maisons d’hébergement, sur financées, sous fréquentées, et soustraites à toute reddition de compte.  De 2003 à 2008, leur financement récurrent était passé de 30 M $ à 60 M $.  « Le MSSS a réparti ces 30 millions de dollars additionnels entre les maisons d’hébergement, constatait Lachance, mais il ne s’est pas assuré que ces sommes étaient effectivement requises, ce qu’il aurait pu faire en consultant les agences. »  Consulter les agences ?  Pourquoi faire, quand on peut se fier aux « statistiques » de la Sécurité publique ?...

14 commentaires:

Bisbille 101 a dit…

Alors, si on résume la situation, l'égalité consiste à accumuler toujours davantage de privilèges en faveur de la caste des femmes et imposer des mesures arbitraires aux hommes pour les punir de crimes imaginaires.

Il faut bien comprendre que la tant décriée « politique d'intervention en matière de violence conjugale » qui autorise les mesures arbitraires contre les hommes, peu importe les faits, fut adoptée sur la base d'un grossier mensonge. Or, une simple demande d’accès à l’information logée en 2004 nous a permis d’exposer au grand jour l'imposture et les pamphlets qui mentionnaient le chiffre magique de 300 000 femmes battues chaque année au Québec furent subséquemment retirés de la circulation.

Toutefois, la politique perverse adoptée à la sauvette imposant des mesures arbitraires ciblant spécifiquement les hommes ne fut jamais répudiée et le carnage se poursuit de plus belle. Les députés, informés de la situation, n'ont jamais osé sortir du rang de moutons pour demander que la justice reprennent contact avec la réalité. Ce faisant, ils sont complices de détournement de justice et un jour, ils auront à nous expliquer leur pusallinimité.

Olivier Kaestlé a dit…

Bien dit, Bisbille. Je me demandais justement s'il n'y avait pas pertinence d'envoyer cette chronique aux députés de l'assemblée nationale dont notre ami Malthus nous a si judicieusement fourni les coordonnées dans son blog. Vous venez de me convaincre. Ils ne pourront pas jouer éternellement les innocents.

Anonyme a dit…

Il y a quelque chose de délirant dans ce qu'on nous dit et encore mieux dans ce qu'on nous cache. Ainsi, une lecture attentive du rapport annuel nous confirme qu'il suffit de déclarer craindre devenir victime pour être considérée comme telle et inscrite aux statistiques. Il y a quelques années on pouvait découvrir en lisant le rapport que l'on pouvait compter comme une nouvelle victime une femme qui se présentait à plusieurs reprises dans un maison d'accueil ou un CLSC. Enfin, il faut lire tous les petits caractères pour apprendre qu'on commence à comptabilisaer les victimes à partir de l'âge de 12 ans.

Il est difficile de trouver mieux comme manipulation!

Cyrano

Anonyme a dit…

Bravo encore pour cet article !
A la lumière des quelques 15,000 arrestations effectuées, je me question sur le nombre des personnes arrêtés qui signent un 810.
Sont-ils alors au nombre des condamnés ?
Et si la plainte n'est pas fondée, on-t-il toujours à subir les affres du 810 ?
-Al.

Olivier Kaestlé a dit…

Merci pour ce complément d'information, Cyrano, qui confirme effectivement la mainmise déplorable d'une idéologie déviante sur un ministère qui a perdu toute autonomie d'action comme intervenant dans le domaine de la violence conjugale et, par conséquent, toute crédibilité quand il s'exprime sur la question.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Al Je ne sais pas si une fois la plainte non fondée ou retirée, le 810 demeure. L'ANCQ aurait sans doute une opinion crédible à faire valoir sur la question. Quant à l'impact des 810 sur le nombre inflationniste des signalements, j'aimerais bien pouvoir le mesurer. Gageons que le ministère de la Sécurité publique se gardera une petite gène avant d'en parler, à moins qu'il ne continue à rouler le public dans la farine en présentant tous ces cas comme des agressions sanctionnées.

Anonyme a dit…

Je me suis fais arranger de la sorte au N.-B. en 2007. Arrêté et condamné sans preuve ni témoin (et encore moins d'enquête) pour une parole de trop prononcé entre deux adultes en crise, mais tout de même calmes. La parole menaçante n'était même pas à l'endroit de mon épouse (mon ex aujourd'hui), mais dirigée vers son amant! Sans histoire ou antécédent criminel, ma vie est tout de même affectée et les séquelles du casier judiciaire résultant vont me hanter pour encore bien des années! J'ai tout fait pour combattre cet injustice au prix de ma santé, et en vain. J'ai avalé ma pilule, mais elle m'a laissé un goût très amer.

Olivier Kaestlé a dit…

Voilà qui prouve que le Québec n'a pas l'apanage de ce genre d'incurie, courant en fait dans toute société dotée d'un féminisme d'État fort, une maladie de société typiquement occidentale. Il en va de même pour les problèmes de décrochage scolaire des garçons, la négation du droit des pères et une système de santé et de services sociaux qui exclue les hommes. Prenez soin de votre santé et bonne chance pour l'avenir.

Pisteur a dit…

«L'impunité.
Le tabou est la chose du monde la mieux partagée. Au 20ième siècle, chaque grande idéologie a généré les siens propres: le communisme, le nazisme, le gauchisme, le tiers-mondisme, bientôt l'écologisme sans compter l'anti-tabagisme, élevé au rang de cause sacré lui aussi.
Un des des plus solides tabous a été engendré chez nous par le féminisme.
Qu'est-ce à dire? Que le féminisme, en tant que que doctrine, s'est élevé au rang de parole sacré. La parole sacrée ensuite fait taire. Ne lui conviennent que vénération, dévotion et célébration, celle-là assurée par ses grands prêtres avec grand bruit de cabale. C'est la cabales des dévotes.»*
Voici venir la l'inquisition du 21ième siècle!

* Roch Côté, Manifeste d'un salaud,. 1990

Olivier Kaestlé a dit…

Bien d'accord avec votre commentaire, que partagent bien sûr plusieurs personnes intéressées par la condition masculine. Le catholicisme a cédé le pas au féminisme, une religion sans dieu ni père, mais toute aussi lourde de dogmes, de contraintes et de menaces d'excommunication. Il semble bien que, loin de nous être émancipés, au lendemain de la révolution tranquille, nous ayons troqué la grande noirceur pour le grande roseur. Le contenant change, l'endoctrinement demeure.

Malthus a dit…

Olivier,
La qualité, la pertinence et la documentation *irréprochable* de vos billets devraient, par simple réflexe, vous faire semer vos écrits aux quatre vents parlementaires dès qu'ils tombent sous presses.
Si vous décidez de le faire- et je vous enjoins de tout coeur à le faire- il serait peut-être bon, istoire de rafraicir la mémoire a nos moutons et leur donner de quoi brouter, d'insérer quelques pastilles juridques judicieusement (O, le jeu de mots)choisies, telle:
''La présomption d’innocence est l’un des principes *les plus importants* de notre droit criminel. Ce principe exige qu’une personne accusée d’une infraction soit présumée innocente tant et aussi longtemps qu’elle n’a pas plaidé coupable à l’infraction reprochée ou tant que *sa culpabilité n’a pas été prouvée hors de tout doute raisonnable au cours d’un procès.*''
Si nous tenons à ce que la machine change, je crois qu'il serait bon de rappeler aux machinistes les termes exacts des rouages et des lubrifiants qui la compose... non?

Olivier Kaestlé a dit…

Bon retour de vacances, Malthus ! Merci de votre appréciation de mon travail et, tant qu'à se lancer des fleurs, laissez-moi vous assurer que votre contribution à la blogosphère n'en est pas moins nécessaire. Des topos bien ficelés, documentés, qui mettent en évidence les incuries que les médias balaient sous le tapis sont plus essentiels que jamais. On ne constate que trop souvent les limites de ce que l'on ose encore appeler "liberté de presse" et "droit du public à l'information".

Vous relisez définitivement dans mes pensées, mon ami. J'en étais venu à la conclusion d'abonner, que ça lui plaise ou pas, l'Assemblée nationale à mon blog, idée qui ne me serait jamais venue à l'esprit sans votre travail de défrichage.

Amusant que vous me parliez de définir les termes légaux ou autres, puisque je ruminais l'idée d'illustrer mes propos de définitions de termes tel que escroquerie, Inquisition, fumisterie, manipulation, cupidité, etc. On dirait que nos dirigeants ont également oublié le sens de ces mots et que, comme vous le soulignez fort à propos quant à la présomption d'innocence, il serait judicieux de le leur rappeler, avec exemples à l'appui.

Anonyme a dit…

Il n'y a qu'une seule manière de vaincre ses choses, les injustices et le féministe en autres. C'est de girlcotter les femmes aux maximum, ne plus faire d'enfant, etc, etc. Mais malheureusement, c'est une guerre perdue d'avance. Car la testostérone est 1000 plus forte que n'importe quelles bonnes résolutions. Et cela, les femmes le savent ABSOLUMENT très bien. Serge

Olivier Kaestlé a dit…

La testostérone, c'est comme ses finances, ça se gère selon ses moyens et l'offre et la demande...