samedi 18 février 2012

Féminisation occidentale : un concept relatif

Université de Rennes, France
En novembre dernier, Romain Carnac, doctorant contractuel de l’École pratique des hautes études à l’université de Rennes, France, m’a envoyé une série de questions en lien avec le thème de ses études, soit La critique de la modernité démocratique dans les réactions religieuses et séculières au féminisme du genre.  Grosso modo, le chercheur tente de cerner les motivations du mouvement d’opposition aux études de genres mises de l’avant par le discours féministe dominant.  Rappelons que ces théories prétendent faire la preuve « scientifique » que les différences entre les sexes résultent de l’influence du milieu et non de la nature intrinsèque des hommes et des femmes.

Le rejet de tels postulats le frappe non seulement par son importance, mais aussi par sa très grande hétérogénéité, que ce refus s’exprime dans une optique religieuse ou profane. Dans cette dernière perspective, Carnac étudie les propos des défenseurs de la condition masculine et même, de féministes « différentialistes », qui considèrent la reconnaissance de la différence entre les hommes et les femmes comme une condition de notre devenir social.

Bien que mes convictions personnelles soient aux antipodes de celles de M Carnac sur ce qu'il appelle lui-même le masculinisme, pareille thématique ne pouvait me laisser indifférent.  J’ai donc envisagé de répondre à certaines parmi les nombreuses questions qui m’étaient adresséess. L’une d’elles m’interpellant davantage, j’ai eu le sentiment qu’en y répondant exclusvement, je ferais de même pour plusieurs autres, fût-ce imparfaitement.  La voici : « Considérez-vous que la société s’est « féminisée » au cours des dernières décennies ? »  Ma réponse constituera le sujet de cette chronique.

Eh bien, oui… et non. 

Je considère le phénomène de la féminisation de notre société comme très relatif, tout comme les concepts de patriarcat ou de matriarcat.  Le patriarcat a été outrageusement défini selon l’optique d’une maladie planétaire écrasant sans merci femmes et jeunes filles, alors qu’il ne s’applique spécifiquement qu’à certaines sociétés.  Nul doute que l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak ou l’Afghanistan soient des sociétés patriarcales, à l’image de l’Islam politique qui les conditionne.  Il serait cependant ridicule d’envisager le Québec, la Suède, la France et la plupart des sociétés occidentales dans cette perspective, d’où l’importance de nuancer un discours devenu caricatural et de moins en moins crédible et accepté.

Téhéran, Québec :
même combat, vraiment ?
Au lieu de féminisation, je parlerais plutôt d’un décloisonnement des genres, tel que définis par notre culture, au cours duquel certaines valeurs dites féminines se sont démocratisées plus ou moins harmonieusement aux hommes, faisant en partie migrer le rôle parental de ces derniers, traditionnellement celui du pourvoyeur, vers celui du père interactif essentiel, par la nature même de son sexe (et non de son genre), au développement de sa progéniture.  Or, cet engagement paternel a jusqu’ici été défini sous l’angle d’une obligation parentale, et non d’un désir du père, sans pour autant que les droits légaux des hommes devant y correspondre soient reconnus et encore moins consentis. 

Bref, la féminisation du rôle paternel a transformé l’homme en meuble que l’on déplace, selon les besoins légitimes ou non de la mère, plus que de l’enfant.  De parent participant à l’évolution de sa progéniture, s’il trouve grâce aux yeux de sa conjointe, le père peut se voir rétrogradé au statut de parent strictement pourvoyeur, si la mère juge adéquat, souvent pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le bien-être de l’enfant, de l’exclure.  En pareil cas, il découvrira à ses dépens que le droit familial penche très nettement en faveur des femmes, réalité qui n’est sans doute pas étrangère au fait que de 65 à 80 % des séparations soient demandées par elles.  Dans pareille perspective, même quand tout va bien à la maison, le père devient sans s’en douter un locataire potentiellement éjectable en tout temps de la cellule familiale.

L’homme demeure tout aussi fonctionnel et adaptable, un peu comme une étagère amovible dans un sous-sol, quand vient le temps d’envisager si oui ou non sa conjointe décidera d’avoir un enfant ou d’avorter.  Encore là, il devra s’incliner selon la volonté de sa partenaire de vie.  S’il désire avoir un enfant, mais que sa conjointe ne partage pas ce projet, il devra se résoudre à la voir refuser ou avorter.  S’il ne désire pas d’enfant, et que sa conjointe en veut, il se verra imposer la paternité.  S’il cherche à se dérober à son rôle parental, on le traitera d’irresponsable.  Si par contre sa conjointe renonce à devenir mère, elle aura pris sa vie en main.  Simple comme bonjour… ou au revoir.

Le père, parent amovible.
Les responsabilités de l’homme envers la relation de couple, au soleil de la féminisation comme du féminisme, ne sont pas les mêmes que celles de madame : l’homme qui quitte sa femme le fait par immaturité et refus de s’engager ou de grandir : il souffre du complexe de Peter Pan.  La femme qui quitte son conjoint se libère d’un poids mort, d’un obstacle à son développement, voire d’un danger, physique, pourquoi pas sexuel, pour elle et ses enfants.   L’apport de l’homme au couple reste obligatoire, celui de la femme, conditionnel.  Ne dit-on pas que ce que femme veut, Dieu le veut ?

Super Woman

Il serait faux de prétendre que le décloisonnement des genres s’est limité à la féminisation des hommes.  Il suffit d’entendre l’expression Super Woman pour réaliser à quel point de nombreuses femmes ont fini par intégrer des patterns traditionnellement définis comme masculins, au nom même d’un féminisme qui n’hésite pourtant pas à les dénoncer quand ils sont intégrés par des hommes.  On s’étonnera, après ça, que les femmes fassent trois fois plus de dépressions que ces derniers.

Loin d’avoir réussi à inculquer à la gent féminine des aptitudes de vivre ensemble avec le sexe opposé, puisque elles-mêmes en sont incapables, les féministes dominantes n’auront réussi qu’à la mettre en compétition avec ses partenaires.  La compétition, n’est-ce pas là une tare honnie par le féminisme radical ?  Au nom de son émancipation selon les diktats de ce mouvement, la femme devra développer les valeurs dites masculines de travail, de ténacité, d’ambition, d’opportunisme et de soif de pouvoir. 

Ce type de femme, parfois même « macha », se voit très valorisé par les médias, particulièrement les séries policières, où les femmes détectives occupent de plus en plus l’avant-scène, qu’il s’agisse des Law and Order : crimes sexuels, CSI, Cold Case et autres Portés disparus.  Elles y sont souvent présentées comme des alter ego de leurs collègues, quand elles ne manifestent pas régulièrement une longueur d’avance sur eux.  Elles semblent, en contrepartie, aussi peu avancées, sur le plan affectif ou sentimental, que les Steve McGarrett, John Drake et autres Simon Templar des années 60 et 70.  Tout homme qui, par mégarde, croise le faisceau peu engageant de leur sexualité frigorifique, se retrouve aussi bien agencé que le Titanic avec son iceberg.  

Insoutenable, cette quête de perfection...
Dans une autre optique, la série Sex in the City a également fait école en présentant des femmes aussi machas et immatures dans leurs rapports amoureux que ce que de nombreuses femmes n'ont cessé de reprocher aux hommes.  Nul doute que la masculinisation de la femme occidentale, tant au plan professionnel qu’affectif ou sexuel, est devenue une « valeur » aussi à la page que la féminisation de l’homme.  Dans un cas comme dans l’autre, le bonheur et la réalisation de soi sont-ils au rendez-vous ?

Angela ou Lennon ?

On regarde souvent, non sans raison, les années 60 comme le berceau du féminisme contemporain.  A-t-on pour autant raison de voir dans ce féminisme même la seule cause de l’émergence d’une présumée féminisation de l’Occident ?  Rien n’est moins sûr.  La culture populaire, avec l’explosion sans précédent du rock, de la British Invasion, des changements tant vestimentaires que capillaires qu’elle impliquait, la promotion des drogues douces comme dures, La fascination pour des Indes aussi planantes que mystiques, l’opposition pacifiste du mouvement étudiant notamment à la guerre du Vietnam et l’éclosion du syndicalisme auront certainement contribué davantage à la soi-disant féminisation de notre société que les groupes des femmes, qui n’auront fait que s’inscrire dans une mouvance nettement plus générale. 

Il demeure de ce fait absurde d’envisager ses représentantes comme les figures de proue d’un mouvement d’une pareille amplitude planétaire.  Entre les Beatles et Angela Davis, féministe radicale emprisonnée à Attica State, New York, qui aura le plus contribué à la féminisation de la gent masculine ?  Au fait, Angela, vous connaissez ?

C'est elle, Angela.
L’avènement féministe tient d’ailleurs autant à l’opportunisme de ses militantes d’avoir su se mouler au goût du jour qu’à un heureux concours de circonstances favorisant des inventions et des interventions masculines ouvrant l’accès des femmes au marché du travail.  Il suffit de mentionner, pour s’en convaincre, la pilule contraceptive, les électroménagers facilitant l’entretien domestique, la syndicalisation, la démocratisation des hautes études, et l’ouverture de la grande entreprise à une main d’œuvre prête à débuter au bas de l’échelle et parfois, à y rester. 

Ainsi soit-il…

J’aimerais conclure sur les gender studies, sujet d’intérêt privilégié aux yeux de  M Carnac.  Nul mieux que mon garçon aura réussi à me convaincre de leur vacuité.  Je reproduis, en guise de conclusion, cette courte chronique que mon fils m’avait inspiré il y a quelques années :

Comme plusieurs de mon âge, j’ai grandi persuadé que nos comportements étaient dictés par l’éducation et que l’inné n'était qu'une vue de l’esprit. Ainsi le croyais-je, les garçons, équipés de poupées, auraient voulu les allaiter tandis que les filles, en possession de camions Tonka, auraient organisé des poursuites de salon dignes de Bullit. En un éclair, mon fils devait anéantir vingt ans de convictions béhavioristes. 

Il avait tout juste 20 mois quand, à Noël 96, ma sœur, Marie-Josée, eût l’idée saugrenue de lui offrir une collection de 25 petites autos. Qu’allait-il bien faire de ces objets qui ne lui diraient absolument rien ?



Mon fils, triomphateur des gender studies...
À peine en possession de ce présent apparemment incongru, les yeux de mon garçon s’allumèrent d’un feu que je ne leur connaissais pas. C’est fiévreusement qu’il arracha l’emballage de son cadeau et s’empara des précieux petits véhicules comme Arsène Lupin aurait dérobé les bijoux de la comtesse de Cagliostro. Qu’allait-il bien pouvoir en faire ?

Un premier bolide eût à peine touché le plancher que déjà, des vroum, vroum bien sentis gazouillaient joyeusement de la bouche de Jérémie tandis qu’une première, une seconde, puis une troisième automobile sillonnaient le plancher plus vite que le regard.

Je me rappelais alors la joie viscérale qui m’animait, enfant, quand je reçus mes premiers « amions » (je ne pouvais alors prononcer les « c »). Mieux que n’importe quel psychologue ou sociologue, mon garçon, par sa spontanéité même, venait de démontrer la préséance du naturel sur l’acquis. Pas mal, pour un petit futé qui n’avait même pas deux ans…

5 commentaires:

toyer a dit…

J'avais vue qu'en Norvège qu’après un reportage qui dénonçait l'absurdité des études de genre (tout est social), le gouvernement Norvégien a décidé d'arrêté de financer les études de genres car ce rendant compte que celle-ci n'étant que des idéologies qui n’ont que faire de l’être humain.
Pourtant en Norvège il y a le féminisme tout en haut et en dessous il y a dieu.


Il y a quelques années j'avais vu un reportage (France) sur des féministes, elles étaient devenues differentialiste, alors qu’avant elles croyaient au genre.
Comment ?
C’est très simple elles ont fait un enfant "toute seule" et elles sont allez s'installer dans les campagnes (très en vogue dans les années 70).
Voyant que même en étant influencé pour ne pas dire manipulé par toute les théories de genre (via leurs mères féministes gender)les enfants avait quand même des préférences très marqués pour les activités et les jouets, préférence par sexe.
A partir de la forcé de constater que l’on nait fille ou garçon.

Olivier Kaestlé a dit…

C'est toujours, au pire, dangereux, au mieux, ridicule, quand une idéologie sans fondement prend l'aspect fallacieux d'une science. Si la Norvège a enfin compris la vacuité des études de genres, tant mieux, il y a de l'espoir.

Je reste cependant abasourdi de voir à quel point ce tissus de fausses vérités a pu frayer son chemin en France, au point de toucher le réseau scolaire dès la rentrée. Heureusement, de nombreuses voix se sont élevées contre un tel lavage de cerveau, mais je redoute que de jeunes intelligences, naïves et inexpérimentées, ne se laissent séduire par ce discours déconnecté.

C'est à la mesure de ces initiatives aussi douteuses qu'ingérables que l'on ne peut que constater et dénoncer le pouvoir de certains lobbies, et le tort considérable qu'ils peuvent causer aux adultes de demain.

josick (contact : enfer2 chez free.fr a dit…

Ah oui, Rennes la gourde et son Cloaque de Justice, vermine en hermine...
Peut-être qu'au coeur de la dégénérescence l'on peut trouver son contraire...

Olivier Kaestlé a dit…

C'est la grâce que je nous souhaite, malgré mon scepticisme naturel...

Anonyme a dit…

La transgression est indispensable à la création, à l'invention. Ce sont plutôt les hommes qui transgressent. Les femmes ont toujours été du côté des normes sociales et des mœurs policées. Politiquement correct, bienséance, bien-pensance, bienfaisance, courtoisie, douceur etc Mais le couvercle de la marmite risque de sauter un jour ou l'autre.