samedi 21 avril 2012

CSF : le faux discours de l’égalité entre les femmes et les hommes...

Serait-ce que l'expression « condition féminine » tombe maintenant en désuétude au Québec, toujours est-il que cette autre, « égalité entre les femmes et les hommes » gagne de plus en plus de terrain.  Est-ce à dire qu’une réelle égalité entre les sexes, incluant l’incontournable principe de réciprocité, serait enfin contenue dans cette dernière formule à la mode et que les droits des hommes seront autant pris en compte par l’État que ceux des femmes ?  Rien n’est moins sûr, si l’on considère que c’est le ministère de la Condition féminine qui psalmodie ce dernier mantra, comme déjà lors de sa consultation factice sur l’égalité homme femme, tenue l’an dernier, à laquelle pratiquement aucun groupe lié à la condition masculine n’était invité.  Vous verrez qu’avant longtemps, le ministère de Mme St-Pierre sera rebaptisé « ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes ».

Nul ne sera surpris d’apprendre que, lors de ladite parodie de consultation, le Conseil du statut de la femme (CSF) s’était chargé de convoquer des organismes aussi enthousiastes envers la condition masculine que la Fédération des femmes du Québec (FFQ), des regroupements de maisons d’hébergement pour femmes battues, le Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), pour ne nommer que ceux-là. Comme par hasard, ces instances avaient présenté en 2005 un mémoire historique au titre évocateur, Comment fabriquer un problème, qui vilipendait les conclusions du fameux rapport Rondeau dénonçant le manque de ressources en santé et services sociaux pour les hommes en détresse.  On connaît la suite de ce moment de militance : le rapport a été tabletté et rien n’indique qu’il sera de sitôt soustrait à la poussière qui s’amoncelle depuis lors sur sa couverture.

Plus ça change…

C’est à nouveau le CSF qui ose utiliser l’expression « égalité entre les femmes et les hommes », lors d’un récent appel de candidatures en vue d’engager « une ou un spécialiste en égalité entre les femmes et les hommes ».  L’événement, en apparence anodin, mérite d’être souligné en ce qu’il nous informe à quel point plus les choses changent, plus elles restent pareilles.  En effet, pour perpétuer le maintien de leurs privilèges étatiques, incluant, pour la présidente du CSF, un salaire annuel voisin de celui du premier ministre, sans oublier quelques petites douceurs, telle une voiture de fonction avec chauffeur (c’est du moins ce dont bénéficiait Christiane Pelchat, présidente sortante), il faut savoir user de tact dans la présentation de sa présumée mission sociétale et trouver les mots qu’il faut pour que le contribuable continue de fermer les yeux sur des dépenses aussi inutiles que faramineuses.

La présidente du CSF recherche
une ou un spécialiste en égalité...
Au plan du profil recherché, rien à redire, il pourrait tout aussi bien convenir à votre humble serviteur…  Le voici : « La personne doit avoir un intérêt marqué pour les questions relatives à l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle doit faire preuve d’initiative et démontrer des habiletés d’analyse. Elle doit également posséder de bonnes aptitudes en communication tant verbale qu'écrite en raison des liens à entretenir avec les différents intervenants. »

…Plus c’est pareil.

C’est au plan de la définition de tâches que l’on « découvre » sans surprise, en plus du rôle désormais traditionnel du CSF, l’aspect strictement cosmétique de sa conception si particulière de l’égalité entre les femmes et les hommes.

D’entrée de jeu, il est possible de mesurer le pouvoir d’influence colossal de cet organisme en lisant la première tâche : « analyser des projets de loi, de règlement et de politique gouvernementale, élaborer et évaluer des politiques, des programmes et des plans d’action à l’échelle locale, régionale ou nationale, dans les secteurs d’activité au regard des droits et de l’égalité entre les femmes et les hommes ».  Si vous ne trouvez pas le moyen de déceler un État dans l’État avec pareil énoncé, rien ne suffira à vous ouvrir les yeux. 

La préférence exclusive accordée aux femmes se concrétise  - ou se trahit ? – dès la tâche suivante : « colliger des données et des renseignements en vue de la production d’études, d’avis, de commentaires et de recommandations sur divers sujets ayant trait à la situation socioéconomique des femmes ».  Aucune mention des problématiques inhérentes à la condition masculine que sont le chômage, l’Aide sociale ou l’itinérance, où les hommes sont surreprésentés, n’est mentionnée, même de façon allusive.  Il est pourtant toujours question d’égalité entre les femmes et les hommes, non ?  Peut-on s’étonner après coup, qu’il existe si peu d’études sur les hommes au Québec, quand seules les femmes sont considérées comme des êtres humains dignes de reconnaissance et de secours ?

Si vous vous étonnez d’entendre toujours le même discours victimaire relayé par les journalistes et par de présumés chercheurs, relevant parfois de la Chaire Claire-Bonenfant de l’université Laval ou du Centre de recherche et d’études féministes de l’UQÀM, la tâche suivante vous fournira des éléments d’analyse : « répondre à des demandes d’information de pointe sur les femmes provenant de chercheurs, de journalistes, du public ou de ministères et d’organismes ».  Vous avez remarqué « sur les femmes » seulement.  C’est avec ce genre de mécanique de désinformation qu’on en est arrivé à croire que 300 000 femmes étaient chroniquement battues au Québec et qu’une femme sur trois serait un jour victime d’une agression sexuelle. 

Le discours victimaire, toujours à la page...
Ce penchant pour la statistique inflationniste et la sociologie de téléroman vise également « des partenaires, gouvernementaux ou non, sur le plan local, régional ou national, pour transmettre les préoccupations relatives à l’égalité entre les femmes et les hommes et s’assurer d’une prise en compte de ces problématiques ».  Le CSF n’oublie pas le public qu’il faut « convertir » par « diverses actions visant à informer et à sensibiliser sur des questions d’égalité ou encore à susciter de la part de divers acteurs des actions, mesures, politiques ou programmes susceptibles de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes. »  Vous ne trouvez pas ce discours un peu redondant, vous ?

Se réformer ou disparaître

Si le CSF, comme son ministère tuteur, continue de parler d’égalité entre les femmes et les hommes, tout en ne considérant que les femmes, il se trouvera avant longtemps, que ça lui plaise ou pas, devant un dilemme.  S’il veut être cohérent – le dernier de ses soucis, mais bon - , cet organisme devra opter pour une alternative qui ne pourra que sonner le glas de son existence, telle qu’elle se voit définie depuis sa fondation en 1973.  Voltaire disait que le génie n’avait qu’un siècle après quoi il fallait qu’il dégénère.  Pour peu que l’on prête, à défaut de reconnaître, du génie au CSF, 40 ans auront suffi pour qu’il atteigne son seuil d’incompétence.  Il est vrai qu’au 21e siècle, tout va plus vite qu’à celui des Lumières. 

Ainsi, le Conseil ne peut, dans l’état actuel des choses, parler d’égalité entre les femmes et les hommes tout en excluant ces derniers sans se voir accusé, avec raison, de fausses représentations.  Il devra donc retourner à sa terminologie traditionnelle en recourrant aux expressions consacrées de « cause des femmes » ou de « condition féminine », qui écorchent les oreilles d’une faction sans cesse grandissante de la population québécoise, ne reconnaissant plus la pertinence du discours misandre accolé à ces termes.

L’autre option qui se présente au Conseil du statut de la femme, mais qu’il se gardera bien de considérer, sa propre existence représentant davantage à ses yeux que sa prétendue mission, c’est de se doter d’un véritable mandat d’égalité homme femme et de s’intéresser sincèrement à la condition masculine.  Autant espérer de la considération envers les femmes de la part d’islamistes.  En pareil cas, le CSF deviendrait nécessairement le Conseil du statut de l’égalité entre les hommes et les femmes et trouverait ainsi une légitimité.

Le CSF, à la croisée des chemins ?
Le temps joue contre cet organisme aussi puissant que néfaste et, tôt ou tard, son inutilité sera reconnue de la majorité.  S’il ne se reconvertit pas à une véritable égalité entre les sexes, il ne lui restera qu’à terminer ses jours sous l’opprobre de se voir taxé d’hypocrisie, s'il exclut toujours les hommes d’un discours soi-disant égalitaire, ou de radicalisme, s’il retourne à sa terminologie d’origine ne traitant que de condition féminine.  Dans un cas comme dans l’autre, le CSF aura vécu.

9 commentaires:

Malthus a dit…

Bref, le CSF est un deuxième ministère de la condition féminine à cette différence près que, faisant parti du "communautaire", il est opaque, soustrait aux regards scrutateurs, et n'a de compte à rendre qu'à lui-même, pas à la population qui le subventionne pourtant. Un cabinet fantôme- une sorte de Star Chamber de la misandrie.
Si les femmes veulent se doter de pareils organismes, qu'elles le fassent à mêmes leurs deniers. Qu'elles travaillent dur pour obtenir leurs fonds et ensuite on verra la grosseur des salaires qu'elles seront prêtes à verser à leur présidente et/ou l'aisance curriculaire avec laquelle n'importe qui peut s'asseoir au pupitre maitre.

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Pour ce qui est de la terminologie employée par elles, toujours mouvante, je n'en fais pas grand cas. Les féministes nous auront habitués, au fil du temps, à une tendence orwellienne à ré-éduquer le language et la sémantique pour satisfaire leurs besoins courants. Içi comme ailleurs, lorsque le terme, le mot ou l'expression ne fera plus l'affaire, elles le réincarneront sous une autre forme; se le ré-approprieront et continueront leur discours unidirectionel.
Same old same old.

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Clin d'oeil.
UQAM- Université des Québecoises en Amour avec leurs Mythes.

Anonyme a dit…

La vraie égalité est de traiter l'autre comme son égal. Ce qui n'est absolument pas le cas du fémisite, loin de là. Serge

Alain a dit…

Bonjour Olivier,

Si ma mémoire m'est fidèle, le CSF a déjà tenté de changer son nom en "Coseil de l'égalité". Cependant, la démarche n'avait pas abouti. Je me rapelle avoir questionné la manoeuvre en demandant quels seront les groupes d'hommes invités à en faire partie, à savoie s'ils étaient vraiment représentatifs de leur population.

http://www.ledevoir.com/2005/02/07/74262.html

Anonyme a dit…

Si ma mémoire m'est fidèle, le CSF a déjà tenté de changer son nom en "Coseil de l'égalité". Cependant, la démarche n'avait pas abouti. Je me rapelle avoir questionné la manoeuvre en demandant quels seront les groupes d'hommes invités à en faire partie, à savoie s'ils étaient vraiment représentatifs de leur population.
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Avaient-elles invité Michel Girouard et André Boiclair?

Serge

Malthus a dit…

Oups! Je dois rétracter mon commentaire initial- tout au moins en ce qui a trait au statut "communautaire" du CSF. C'est bel et bien un organisme gouvernemental. Je devais avoir la tète ailleurs....
Cel;a m'amène à la question suivante: pourquoi un CSF alors que nous avons déjà un ministere dédié aux femmes? Pourquoi une Miville-Deschenes lorsqu'on a déjà une St-Pierre? Pas capable de faire la job toute seule, la ministre?

Olivier Kaestlé a dit…

@ Malthus. Au CSF et à son ministère tuteur, il faut ajouter cet autre éléphant blanc - ou rose - qu'est le Secrétariat à la condition féminine. Et c'est à nous que l'on reproche de rester accrochés à nos privilèges...

Dans la "logique"gouvernementale, le ministère jouerait le rôle d'un conseil d'administration et le CSF, celui de conseil exécutif, qui met en oeuvre normalement les volontés du CA.

Mais le CSF a ceci de particulier qu'il est constitué de fonctionnaires, tandis que le ministère est présidé par une élue. Et on sait ce qui arrive : les ministres passent tandis que les fonctionnaires restent. Je crois que le CSF influence bien davantage le ministère que l'inverse.

Lorsque cet organisme aura disparu, ou se sera amendé en conseil de l'égalité, on pourra commencer à envisager une égalité incluant le principe de réciprocité. Mais ça prendra encore du temps...

Olivier Kaestlé a dit…

@ Alain. Oui, la ministre de l'époque, Mme Courchesne, avait voulu réformer le CSF, avec le résultat qu'une levée de boucliers l'avait fortement incitée à renoncer à son objectif. D'autres, dont l'auteur Guy Corneau, avait reproché à la ministre un conseil d'administration exclusivement composé de femmes, avec à sa tête Diane Lavallée, présidente du CSF, l'une des plus détestées de l'histoire de cet organisme.

Hélène Grenier a dit…

Je pense aussi que de plus en plus de femmes en auront assez de se faire farcir à même nos deniers publics la «cause des femmes» et la «condition féminine» à outrance, et ce, sans tenir compte de l'autre sexe. La génération qui se lève n'est pas issue de années 50.

En tous cas, moi, j'en ai assez!

Olivier Kaestlé a dit…

C'est effectivement l'un des constats qui est ressorti lors de ma participation à l'émission Show tard du 8 mars dernier avec Lise Bilodeau et Maryse Belley. À la Question "Les regroupements féministes représentent-ils encore les femmes", une écrasante majorité d'auditeurs a répondu "non". Ça commence à devenir clair, et finira par le devenir même pour nos dirigeants - ou dirigeables. Alors...