dimanche 12 août 2012

Vote péquiste : atout pour les femmes, danger pour les hommes ?

Pour qui, comme moi, s’intéresse à l’égalité homme femme, il arrive parfois que de se voir confronté à des choix déchirants.  Je vous le dis tout de go : j’avais résolu de ne plus voter pour le parti québécois, désolé de voir à quel point ce parti jadis porteur de changement social n'était plus qu’une triste et pâle auto parodie de ses splendeurs passées.  Après deux référendums et un désintérêt persistant de l’électorat pour la souveraineté, dont le peu d’enthousiasme pour Option nationale, de Jean-Martin Aussant, demeure la manifestation la plus tangible, Pauline Marois ose réitérer son désir d’un troisième référendum à l’intérieur d’un premier mandat.  Qui sait, si elle devient première ministre, elle aura à nouveau l’occasion de changer d’idée, selon les sondages, une manie à laquelle elle nous a désormais habitués.

Pauline Marois
Hormis l’idée fixe de la souveraineté, l’un des rares points d’ancrage qui différencie le PQ du parti libéral du Québec, devenu plus interventionniste que son adversaire, demeure la volonté d’instaurer une charte de la laïcité, qui baliserait une fois pour toutes les accommodements religieux.  On sait avec quelle fermeté le gouvernement Charest s’est empressé d’oublier le très succint projet de loi 94, dont l’interdiction de la burqa et du niqab dans l’espace public, la moindre des choses, et celle des signes religieux visibles dans la fonction publique demeurent les principaux fers de lance. 

Un vote pour le PQ, qui a rentabilisé une prise de position de l’Action démocratique du Québec, que son chef, Mario Dumont, n’a su exploiter, une fois devenu chef de l’opposition officielle en 2007, pourrait contribuer à dénouer l’impasse libérale, puisque que 85 % de la population québécoise refuse tout compromis sur les accommodements religieux.  On voit mal comment Mme Marois, si elle devenait première ministre, pourrait refuser de poser un geste aussi profitable électoralement, mais sait-on jamais avec elle ?

Dans cette perspective, il reste difficile de voir un effet du hasard dans l’arrivée de Djemila Benhabib, candidate péquiste à Trois-Rivières, capitale de la Mauricie identifiée, depuis la saga d’Hérouxville, comme le berceau de la lutte à l’intégrisme religieux.  Cette perception se voit amplifiée par le fait que la militante anti-islamiste bien connue a laissé derrière elle son emploi de fonctionnaire fédérale, et a décidé de jouer le tout pour le tout pour venir s’établir dans sa ville d’adoption et d’y rester, qu’elle gagne ses élections ou non. 

Djemila Benhabib
Je l’ai dit dans ma chronique précédente, et je le répète : j’ai du mal à croire qu’une femme d’une telle envergure militante et intellectuelle ait consenti de semblables sacrifices à sa cause, sans qu’il ne se profile pour elle de compensation significative si elle se voyait élue au sein d’un gouvernement péquiste.  Malgré son inexpérience politique, elle pourrait sans doute se voir confier un ministère, et celui de l’Immigration demeurerait le choix le plus logique.   Reste à voir comment une femme aussi déterminée pourrait composer, en cas de désaccord, avec Pauline Marois, dont la rigidité a déjà provoqué des départs fracassants.  Avant les démissions  des Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin, ses démêlés avec Diane Lemieux, alors leader parlementaire dans l’opposition, avaient déjà mené au départ hautement médiatisé de la « lionne de Bourget ».

Un atout pour les femmes…

Dans une perspective d’égalité homme femme (et non de privilèges indûment consentis à la gent féminine aux plans de la loi, de la santé et des services sociaux, de la discrimination positive à l’emploi, notamment dans la fonction publique provinciale, et aux hautes études, sans compter les bourses d’études universitaires exclusivement réservées aux étudiantes), la lutte aux accommodements religieux devrait se voir doublée d’une plus grande vigilance face aux comportements qui les sous-tendent.

Refuser à un islamiste le privilège injustifié de se voir uniquement servi par un homme à la Société d’assurance automobile du Québec, ou interdire le port du kirpan dans les aéroports, c’est la moindre des choses.  Il est encore plus essentiel d’intervenir lorsque des femmes et des jeunes filles se voient menacées par des conjoints, frères, ou autres parents, parmi lesquels des femmes, d’ailleurs, de sévices aussi bien psychologiques que physiques qui menacent leur bien-être ou leur existence même.  La tragédie des quatre femmes de la famille Shafia, tuées dans un contexte de crime d’honneur, par le père, sa seconde épouse et leur fils à Kingston, Ontario, bien que représentant un cas extrême, illustre bien qu’une charte de la laïcité ne suffit pas à prévenir des dérives autrement plus graves que l’entêtement stupide d’une fonctionnaire à porter le hijab.

Zainab Shafia, victime.
Car enfin, si directions d’école, intervenants sociaux et policiers avaient été un tant soit peu plus attentifs, quatre vies auraient pu être sauvées.  Rappelons-nous ces intervenants de la  Direction de la protection de la jeunesse interrogeant l’une des jeunes filles … en présence de ses parents tortionnaires !  Lumineux, comme approche !  Fallait-il s’étonner qu’une gamine opprimée en arrive à se rétracter ?  S’il y a une leçon vitale à retirer de l’affaire Shafia, c’est bien de ne plus banaliser le risque que représente les comportements médiévaux exercés par des individus pour qui l’épanouissement des conjointes et des enfants constitue une menace à leur pouvoir fanatisé.  Des procédures préventives, garantissant une liberté d’expression aux victimes présumées, gagneraient fortement à se voir révisées ou instaurées, si nécessaire, devant les maladresses inexcusables accumulées dans ce dossier.

… Mais un danger pour les hommes.

Tout membre du gouvernement devrait avoir lu 300 000 femmes battues, y avez-vous cru ? un essai collectif d’une grande qualité qui dénonce, dans une optique sobre, articulée et très documentée, la dérive étatique survenue dans le courant des années 80, qui a posé les jalons d’un féminisme d’État hostile aux hommes et vampirique en deniers publics.  Tout a commencé avec un mensonge inventé de toute pièce en 1980 par Mmes Andrée Cadieux et Linda MacLeod (qui devait se rétracter des années plus tard).  Ces dames avaient décidé, sans aucune validation scientifique, qu’une femme sur dix était chroniquement battue par son conjoint au Canada, tout bonnement.

Grâce à des militantes bien intentionnées, ces chiffres dopés à l’hélium parvinrent aux oreilles de la ministre péquiste à la Condition féminine de l’époque, une certaine... Pauline Marois.  Nul ne saurait dire quel(s) génie(s) est à l’origine de l’adaptation provinciale de cette lubie, toujours est-il que quelqu’un, quelque part, au ministère des Affaires sociales du temps, calcula en 1984 que 300 000 femmes étaient chroniquement battues par leur conjoint au Québec, rien de moins.

Dans l’essai cité plus haut, Jean-Claude Boucher et Jean-Pierre Gagnon démontent avec une minutie de laborantin le mécanisme de l’imposture méthodologique ayant mené à pareil Himalaya chiffré.  En bref, la population du Québec représentait à l’époque six millions d’individus, dont la moitié, constituée, on s’en doute, de femmes.  Une femme battue sur dix représentait donc 300 000 personnes, sur trois millions.  Simple, n’est-ce pas ?  Trop !  Il aurait fallu dès cette époque lancer un appel massif à l’immigration pour trouver autant de conjointes, de fait ou mariées, molestées.  Car enfin selon pareil calcul, toute personne de sexe féminin, du bébé naissant à la veuve grabataire, se voyait incluse dans ce carnage présumé.  On constate sans peine la grossière imposture de cette fausse statistique, la première d’une interminable série, qui allait déterminer les  politiques sociales – et les budgets des organisations féministes – pour des années à venir.

Lecture obligatoire pour tout candidat...
En effet, les millions commencèrent à affluer, pour les groupes féministes, et l’inquisitoriale politique d’intervention en violence conjugale, permettant l’arrestation immédiate de tout homme sur simple dénonciation de sa conjointe, fut instaurée, rappelons-le, sur les bases d’une imposture chiffrée.  De nos jours, près de 10 000 hommes seraient arbitrairement arrêtés et relâchés chaque année en vertu de cette politique.  C’est en fonction de cette démonisation des hommes que le Barreau du Québec, trop heureux de voir s’ouvrir devant lui les portes d’un marché lucratif, jeta les bases de ce que Lise Bilodeau et Pierre Grimbert baptisèrent « l’industrie du divorce » dans leur essai De l’amour à la haine, vibrant plaidoyer dénonçant la misandrie de la justice familiale québécoise.  Selon Mme Bilodeau, 16 000 avocats travaillent en droit familial.

Il n’est pas jusqu’au ministère de la Sécurité publique qui manipule l’opinion publique en prétendant faussement que 82 % des violences conjugales sont attribuables aux hommes, en faisant passer de simples signalements pour des infractions validées par des verdicts de culpabilité. 

Bien sûr, le PQ n’est pas responsable de toutes les dérives, chiffrées ou législatives, visant les hommes.  Force reste cependant de constater que c’est sous sa bannière que fut instauré le ministère de la Condition féminine (les libéraux, quant à eux, avaient  déjà fondé le Conseil du statut de la femme en 1973) inauguré par Lise Payette, figure de proue de la misandrie québécoise.  C’est également un gouvernement péquiste qui devait sensiblement accroître le financement des organismes féministes, puis lancer une inexorable chasse à l'homme étatique, avant que le PLQ ne prenne le relai dès 1989, au lendemain de la tuerie de Polytechnique.  Les féministes d’État ne l’admettront jamais, mais Marc Lépine contribua fortement à l’augmentation de leur enveloppe budgétaire.

Deux idéologies déviantes

Dans l’optique de l’égalité homme femme, le Québec se voit menacé par deux idéologies déviantes : l’intégrisme religieux, principalement islamiste, mouvance patriarcale menaçant d’abord les femmes, musulmanes comme québécoises, et le féminisme d’État, d’inspiration matriarcale, asservissant hommes et garçons en faisant passer la réduction injustifiée de leurs droits pour la limitation de privilèges usurpés par des siècles de complot patriarcal. 

Je reviens à mon dilemme.  Le PQ demeure le seul parti susceptible d’être élu à prôner la limitation des accommodements religieux et le maintien d’une société laïque.  Dans cette optique, la venue de Benhabib pourrait avoir un impact comparable à celui de l’arrivée de Jacques Duchesneau à la Coalition pour l’avenir du Québec.  Malheureusement, il faut également que ce parti représente le pire choix quant à la reconnaissance d’une condition masculine que la potentielle future première ministre a été la première à déconsidérer.  Le comble serait que, pour protéger les femmes de l’islamisme, Marois nomme Djemila Benhabib… à la Condition féminine !

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Marois, rien qu'en étant femme, risque de nuire à tous les efforts que font les québécois (les hommes de bonne volonté) pour rétablir la justice entre hommes-femmes. Amir, un gars sympathique certes, mais au service de Françoise David, représente lui-aussi un danger imminent contre les québécois et leurs droits fondamentaux. L'attitude de Legault envers les étudiants se passe de commentaires évidemment. Et du gros docteur, pas celui des histoires des pays d'en-haut, Géatan barrette, dont son courage égal son énorme appétit, derva sûrement se mettre à la diète afin de ne pas vider les coffres du Parti. Sa ressemblance avec la grosse bibitte, dans Star War, qui voulait manger la princesse Leyla, est remarquable. Dumont devrait revenir. Au moins, lui, était prêt à défendre l'autre Dumont, Michel. Alors, pour qui voterais-je ? J'en ai encore absolument aucune idée. Serge

Anonyme a dit…

Petite précision. C'est vrai qu'il ne fallait pas être nécessairement une grosse bibitte pour avoir envie de se mettre la princesse sous la dent. Retour sur Pauline. Je crois sincèrement que Pauline représente assez mal la personne ordinaire québécoise. C'est loin d'être tous les québécois qui bouffe du caviar au petit déjeuner avec du champagne et qui vit dans un château des contes des milles et une nuits. Et il est presque certain que Pauline ne va pas défendre la condition des hommes du Québec. Si elle le faisait, combien de femmes voteraient pour elle à un prochain mandat ????? Rép: ZÉRO. Serge

Anonyme a dit…

Djemila Benhabib est musulmane. Quel paradoxe incroyable. Elle est musulman et contre l'Islam. Elle ne comprend rien du Coran et elle est encore musulmane. Complètement et totalement INCROYABLE. Que voulez-vous, il faut vivre avec ça. C'est aussi étonnant que quelqu'un qui est chrétien sans comprendre la Bible. PS: Peut-on croire un livre qu'on ne comprend pas ? Il semblerait que oui. Est-ce un ou des cas de psychothérapie ? Certes oui. Que celui qui peut comprendre comprenne. Serge

Olivier Kaestlé a dit…

Eh bien, Serge, je ne serai pas celui-là. On peut, comme mon père, et mon grand-père avant lui, éditorialiste, être catholique et anticlérical. Il y a la religion, et il y a le clergé.

Djemila Benhabib n'a jamais été contre l'Islam, la religion, mais contre l'Islamisme, ou l'Islam politique ou radical, la mouvance politique issue de l'Islam. C'est une nuance capitale qu'il faut faire quand on analyse les positions de cette militante, du reste fort cohérentes. Je suis en train de lire "Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident", et le moins que je puisse dire est que le propos de l'auteure me rejoint entièrement et m'impressionne par l'érudition et le bon sens qui en émanent.

Je crois que, non seulement Benhabib comprend le Coran, mais qu'elle saisit également l'usage déviant que les islamistes cherchent à en faire. À nous d'en faire autant.

Anonyme a dit…

Le coran est un livre qui répète des centaines, voir des milliers de fois les mêmes déblatérations: Allah est grand, car la rivière est brune et le gazon est vert. Il n'y a rien à comprendre dans ce bouquin qui a été écrit par on ne sait pas qui. Ce n'est même pas Mohamed qui l'a écrit. Le coran a été écrit après sa mort par le souvenir de ses paroles. Il en fûmait sûrement du très fort. De plus, Mohamed a marié sa petite cousine âgée de seulement 12 ou 13 ans. Quel grand prophète !!!!! Le coran est de plus interprété de mille et une manière. Djemila a sûrement déjà lu le coran, partiellement probablement, mais de là à le comprendre ? Avec un de l'opium peut-être. Pour apporter un bmol entre l'islamiste terrorisant et un islamiste plus doux, je lui donne crédit. Comme je l'ai déjà précisé, le coran ce comprend avec un gros pétard d'Ali Baba et les quarantes violeurs. Serge

montagnard a dit…

Bonjour Olivier Kaeslé,

D'abord merci pour vos articles très intéressants y compris vu d'Europe (je suis franco-suisse),la scène numérique canadienne est vraiment nourrissante,pour ce qui est de l'expression des opinions et des problèmes du monde moderne.

Je partage votre respect pour Djemila Benhabib que vous avez bien de la chance d'avoir parmi vous.

Le monde arabo-islamique traverse ces temps-ci une crise terrible,qui vient de loin et je ne saurais trop vous conseiller ,concernant le problème de l'islam Et de l'islamisme le livre remarquable du très courageux auteur tunisien :Hamadi Redissi;

"L'exception islamique".

éd:Le Seuil.

Ainsi que tous ses ouvrages d'ailleurs ,forts et clairs.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Serge Si, de votre aveu, le Coran peut être interprété d'une multitude de manières, le comprendre, comme vous dites, doit relever de l'exploit, Benhabib ou pas. Quant au recours à l'opium, je m'abstiendrai et lui substituerai, en quantité modérée, un bon vieux scotch ou whisky canadien.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Montagnard Merci de votre appréciation et de votre référence. C'est toujours agréable de recevoir des nouvelles d'outre-Atlantique et de constater des préoccupations communes. Au plaisir.

Anonyme a dit…

Je dois avouer aussi que la Bible n'est pas facile à comprendre. D'autant plus que nous ne sommes pas juif et habitué aux métaphores, allégories, hyperboles et paraboles des Écrits. Yvon Deschamps a dit que l'église catholique a mis plus de 1800 années à comprendre que le NT prône l'amour et la paix. Mais, il y a aussi pire que cela. Les gens n'ont pas encore compris que l'église (le corps du Christ) a pris fin en l'an 70. Alors, depuis Constantin, et les débuts de l'organisation catholique, ce n'est qu'une incarnation synthétique et réinventé du christianisme. Une vaine tentative de ressusciter le christianisme. Et pourtant, la Bible est claire sur ce sujet. Le christanisme devait prendre fin en 70. Les guerres de religion sont effectivement stupides, même s'il s'agit de défendre le christianisme. Serge