mardi 3 septembre 2013

Société pro-choix : aussi pour les hommes ?

C'est rare, pour ne pas dire exceptionnel, que je tombe d'accord avec une féministe.  Et quand, en plus, ladite féministe se double d'une juriste, c'est encore plus rare.  Il faut croire que tout arrive.  Je viens de visualiser une interview avec l'auteure d'un essai intitulé Paternités imposées, une nommée Mary Plard, avocate familialiste s'il vous plaît, et je suis d'accord avec elle.  Incroyable.

Marie Plard, féministe et juriste.
Comment pourrais-je ne pas l'être ?  Plard affirme que les hommes ne disposent pas des mêmes droits que les femmes devant une grossesse non désirée, l'évidence même.  Dans les faits, ceci implique que, quand une génitrice potentielle ne veut pas de l'enfant, elle avorte, que ça plaise au géniteur ou non.  Dans un autre cas de figure, si celui-ci ne veut pas de l'enfant, et que la génitrice le veut, elle, le géniteur potentiel subit et devient géniteur effectif.  Pourquoi en est-il encore ainsi au 21e siècle ?  

Bien sûr, il existe des cas où un homme impose à une femme sans ressort une paternité ou un avortement, mais reste que, légalement, c'est la femme qui tient le gros bout du bâton.  Pourquoi, dans une société où le concept de l'égalité homme femme finira un jour par devenir un hymne national, devons-nous accepter sans broncher une inégalité de droits aussi flagrante ?  C'est inadmissible.

Parce qu'au nom du droit de la femme à disposer de son corps, avoir un enfant ou pas, pour celle-ci, relève du choix.  Pour un homme, avoir un enfant ou pas relève de l'arbitraire, qu'il s'agisse de chance ou de fatalité.  Bien sûr, il arrive qu'il n'en veuille pas, et que la génitrice non plus, alors tout va bien, le couple renonce.  Il arrive également, et c'est heureux, qu'il le désire et que la future maman aussi.  Mais tout dépend tout de même de la femme, et du projet de vie à deux - ou à plus - qu'ils ont prévu, ou pas.

Le grand chantage...

Qui ne connaît pas un homme qui s'est fait faire un enfant dans le dos, pour emprunter une expression consacrée ?  La femme qui lui joue ce tour pendable, soit en « oubliant » de prendre la pilule, soit en récupérant le sperme d'un condom utilisé ou par tout autre moyen aussi pernicieux, sait très bien qu'elle a la loi pour elle et que l'homme devra tôt ou tard « faire face à ses responsabilités ».  

Et ce, même quand il est clair qu'il aura été carrément manipulé.  Le juge en profitera pour sermonner la fautive, lui donnera quelques petites tapes de convenance sur les doigts, et cette dernière, les yeux baissés, jurera, d'un mince filet de voix, qu'elle ne recommencera plus jamais, bien entendu...


Pour éviter les robes noires, l'homme piégé se verra contraint dans certains cas de rester avec une femme dont il commençait justement à se détacher, ou dont il ne voulait carrément plus, piégé à la fois comme père et comme conjoint malgré lui.  Ou alors il osera se séparer et devra éventuellement payer une pension alimentaire pour l'enfant, à laquelle pourrait s'ajouter une autre pour la mère, si les parents étaient mariés.  Trouvez-moi une femme soumise à pareil chantage ?


Qui ne connaît pas l'un d'eux ?

Beau contexte pour refaire sa vie quand on sait qu'au Québec féministe, le revenu d'une éventuelle nouvelle conjointe peut être mis à contribution lors d'une révision à la hausse de la pension de madame l'ex, et que les allocations familiales peuvent atterrir dans le compte de la nouvelle partenaire de vie de l'homme, ce dernier étant jugé de facto inapte à administrer l'argent de sa progéniture en raison de son sexe.



Le libre choix sans balises...

Personnellement, je suis pro-choix. Mais pas mur à mur.  J'estime qu'il existe des différences fondamentales entre un embryon, un fœtus et un enfant à naître.  La gravité du geste à poser augmente avec le temps et la condition.  Or, selon de code criminel canadien, un enfant est reconnu comme tel seulement à partir du moment où il est complètement sorti du ventre de sa mère.  Vingt-quatre heures avant, ce n'est toujours pas un enfant.  Cherchez l'erreur... ou l'enfant. 


Le Barreau du Québec s'oppose par ailleurs à toute révision de cet état de fait, et cite le code criminel canadien : « Actuellement, l’article 223 stipule qu’un enfant ne devient un être humain que lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du ventre de sa mère. »  Je vous l'avais dit...

Le contribuable a défrayé le coût de 26 248 avortements en 2011 dans la province et de 64 641 autres dans le reste du pays en 2010, dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles.  Je reste par ailleurs sidéré du taux québécois d'avortements par 100 naissances, passé de 7,3 en 1976 à 27,3 en 2011, ce qui signifie que plus d'une grossesse sur cinq finit par une IVG.  Existerait-il un vaste de complot de désinformation sur la contraception ?

Je réprouve les avortements tardifs - sauf si la vie de la génitrice est en danger - et tout autant les avortements sélectifs, que l'on favorise la naissance de garçons, comme en Chine ou aux Indes, ou que l'on privilégie celle des filles, dans l'éventualité où ce serait déjà le cas chez certaines personnes misandres ou idéologiquement dérangées bien de chez nous, ou d'ailleurs en Occident. 


Comment piéger un homme ?
Le Canada fait partie des trois seuls pays dits civilisés à n'avoir qu'un vide juridique pour seule loi régissant l'IVG.  Que la situation plaise ou pas, c'est ça qui est ça.  En me fondant sur ce contexte si particulier, je ne vois pas pourquoi le droit de refuser une parentalité ne devrait pas être le même pour les géniteurs potentiels que pour leurs contreparties féminines.  

Si l'on prétend vivre dans une société égalitaire, bien sûr. 

L'histoire de Paul

À l'appui de sa défense du droit des hommes à refuser une paternité, Mary Plard, citée dans Libération raconte l’histoire de Paul : « L’homme est quinqua, marié, père de grands enfants. Lors d’un déplacement, il croise Barbara, 44 ans, célibataire. Quelques semaines plus tard, Barbara annonce à Paul qu’elle est enceinte de lui, elle qui n’a pas eu d’enfants. Qu’elle le garde. 

Paul cherche des réponses, juridiques, et n’en trouve pas. «Sur le terrain de la conception, les hommes ont aujourd’hui moins de droits que les femmes, constate Mary. Ils doivent juste se taire. C’est normal, ça, en 2013 ?» Et voilà comment Paul a réveillé son féminisme, qu’elle définit tout simplement comme «une recherche d’égalité, et pas une surpuissance de la femme». 

Il ne s’est pas protégé ? Soit. Mais quid des filles qui avortent ? Leur reproche-t-on, à elles, de n’avoir pas utilisé un préservatif ? Si Paul est un salaud, les femmes qui avortent, alors, sont des salopes ? »

Troublante question, n'est-il pas, trahissant un double standard étatique et social.  Une juriste féministe le dénonce.  Sans doute aura-t-elle plus de chances d'être entendue que les habituels défenseurs de la cause des hommes...

8 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai connu un gars qui est devenu père sans le vouloir. Toutefois, il y a un peu de sa faute dans cette histoire. La fille était vulnérable et en état psychologiquement fragile. Elle a voulu garder le gars en lui faisant une petite. Elle a dû quand même renoncé au père, car cela n'a pas tourné comme elle le pensait. Il s'en ai sorti (sorti n'étant pas le mot exact évidemment) sans trop de complication. Mais ce genre d'histoire est malheureux. Autant pour la mère, le père et la petite qui est grande aujourd'hui. Ça c'est la réalité. Cette petite fille est mal parti dans sa vie. Comment est-elle aujourd'hui ? Souffre t-elle de rejet, d'estime de soi, d'insécurité, d'angoisse... Serge

Alain a dit…

J'ai toujours pensé que les hommes devraient militer pour avoir droit à l'avortement "juridique", une forme de déclaration solennelle où, à partir du moment où il apprend qu'une femme est enceinte de lui et avant la naissance de l'enfant, il déclare que cet enfant a été fait sans son consentement et qu'il puisse ainsi se libérer de toute les contraintes juridiques qui lui incomberaient si la paternité lui était imposée.

La formule est sujette à peaufinent mais l'idée générale est lancée.

Cette formula aurait l'avantage de ralentir la prolifération des combines pour piéger les hommes contre leur gré et de les enchaîner financièrement pendant des décennies.

Anonyme a dit…

Je ne connais pas une seule féministe qui ne définit pas le droit au choix comme étant un "droit fondamental". La question ne devrait donc même pas se poser à savoir si ce droit devrait être étendu aux hommes.
Bien-sur que si! Comme le droit de vote, la liberté d'expression, le droit à la mobilité, etc...- tous des droits fondamentaux.
Mais les féministes, hypocrites qu'elles sont, ne veulent rien savoir d'une réelle égalité homme-femme.
La sénatrice Céline Hervieux-Payette s'est justement fait poser la question et a répondu: "Non! Un droit au choix pour les hommes nuirait au pouvoir des femmes."
Ben justement, épaisse! De la même facon qu'un droit de vote pour les femmes nuit au pouvoir des hommes, il est *souhaitable* que le pouvoir des femmes doive composer avec celui des hommes. Cela s'appelle de la d-é-m-o-c-r-a-t-i-e.
Et ce serait si simple de l'implanter. Je signe l'acte de naissance? Alors j'accepte tous les droits, les responsabilités et les obligations associés à cette paternité. Je ne signe pas? J'men vais jouer au bowling pis débrouille toi avec tes choix.
Ca fait des années que je me tue à essayer de faire comprendre aux féministes que c'est à leur *avantage* d'universaliser le droit au choix. Ainsi, on pourrait l'inscrire dans la constitution, comme tous les autres droits fondamentaux, ce qui mettrait un point final aux manigances pro-vie de nous faire revenir en arrière sur ce sujet.
Meuh non. Une féministe c'est comme un miroir: ca réfléchit mais ca ne raisonne pas. Elles préfèrent manipuler un pouvoir totalitaire mesquin et bancal plutôt qu'un pouvoir démocratique planté dans le roc juridique.
En attendant, je me répète: ne laisser *jamais* une femme s'approcher de vos condoms et flusher les après. On n'est jamais trop prudent.

Malthus

Olivier Kaestlé a dit…

@ Alain Votre proposition va exactement dans le sens de mes convictions. L'avocate dont je parle dans cette chronique représente une lumière dans la grande roseur féministe. Espérons qu'elle aura un effet d'entraînement sur d'autres personnalités suffisamment influentes pour générer ce changement à mon avis non seulement souhaitable, mais incontournable.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Malthus La réaction de « l'épaisse » sénatrice Céline Hervieux-Payette s'inscrit dans la même continuité que celle de l'ancienne vice première ministre et ancienne ministre de la justice libérale fédérale, Ann McLellan, pour qui la garde partagée était hors de question puisqu'elle ouvrait grandes les portes de la violence faite aux femmes. Dans une perspective féministe radicale, égalité ne rime jamais avec réciprocité.

Anonyme a dit…

Eh les gars, arrêtez un peu votre délire et assumez vos actes dans la sexualité. Quand du sperme arrive dans un utérus, ça n'arrive pas par une opération du saint esprit. Soyez responsables de vos spermatozoïdes et tout se passera bien. Je vous conseille particulièrement la lecture des chapitres "Erotisme et violence dans la relation père-fils" et "du foetus comme pénis:..." dans le livre de John Stoltenberg qui vient d'être publié. Cela devrait vous parler.

Olivier Kaestlé a dit…

Quel commentaire simpliste et peu subtil que le vôtre, Anonyme, vous pouvez bien trouver Stoltenberg intéressant. Je vais tout de même vous faire la faveur d'y répondre.

Contrairement à vous, je crois en l'égalité de droit, ce qui veut dire, puisqu'il faut vous le préciser, que les droits et les devoirs qui reviennent légitimement aux femmes doivent revenir non moins légitimement aux hommes et vice-versa. « Vice-versa » implique le concept de réciprocité, vous me suivez ? Bon, jusque là, ce n'est pas trop compliqué.

Dans cette optique, je vais reprendre votre commentaire mot à mot et l'adapter en version pour femmes. Vous me direz si vous le comprenez et si vous y souscrivez. Dans la négative, vous serez obligé-e d'admettre que votre position n'a pas de légitimité.

Voici donc la version pour femmes de votre propos :

« Eh les filles, arrêtez un peu votre délire et assumez vos actes dans la sexualité. Quand du sperme arrive dans votre utérus, ça n'arrive pas par une opération du saint esprit. Soyez responsables de vos ovaires et tout se passera bien. »

Seriez-vour prêt-e à prodiguer ce conseil aux femmes ?

chump a dit…

Le constat est alarmant pour différentes raisons non seulement un homme demandant la même chose qu'une femme est vu comme un couard/salop alors qu'il ne fait que demandé l'égalité, second point les hommes ont soit tellement peur des femmes soient ils sont tellement dans leur rôle masculin du souffre en silence et tais toi qu'ils se retrouvent totalement hors de la question de l'égalité, c'est quand même bizarre de voir que dans le monde francophone les deux seules personnes qui ont écrit pour dénoncer la paternité imposé sont des femmes.

Et toujours drôle de voir une égalitariste se dire féministe, quand 99,99% du mouvement féministe n'approuve pas vos propos, les dénoncent comme de la domination masculine ou autre bêtise du genre, ha un moment il faut se poser des questions.
Combien de toute ses grandes figure féministe qui ont luttés pour l’avortement approuveraient se que dit madame? Aucune.
Si madame est assez logique pour dénoncer les paternités imposés, elle devrait être capable de faire la distinction entre égalitarisme et féminise qui sont deux mouvement idéologique profondément différemment et antagoniste.

Pour le reste si un jour une telle loi égalitariste verrait le jour on restera toujours dans le même schéma, le père payeur sera remplacé par l'état payeur (état qui tire la majorité de ses revenus des hommes), et la femme non responsable qui voit sa non responsabilité prise en charge par les hommes ou l'état.
Il sera bon de signaler tous même qu'il y a peu de chance qu'une telle loi voit le jour dans nos pseudo pays égalitariste occidentaux (lobby misandre oblige), donc les hommes doivent se tourner vers la meilleure des solutions et prendre en main leur reproduction, grâce a la contraception masculine ou la science donne des réponses via deux moyen très prometteur le risug et le gandarusa.