lundi 23 janvier 2017

Québécoise arrêtée : un homme s’attirerait-il la même sympathie ?

Imaginez un Québécois arrêté aux Bahamas pour avoir eu des rapports sexuels avec une gamine de 15 ans, avec pour seule défense l’excuse, fondée ou non, d’avoir cru que sa partenaire sexuelle était majeure.  Croyez-vous un seul instant qu’une partie importante du public serait prêt à le croire, voire à l’absoudre en disant : « Ben, l’erreur est humaine.  Tout le monde peut se tromper. » ?  Ou que ses collègues de travail organiseraient une levée de fonds pour payer son avocat ?

Karine Gagné : on vous croit,diraient les CALACS ?
Ne pensez-vous pas plutôt que nos réseaux sociaux s’enflammeraient devant la nouvelle d’un homme, majeur et vacciné, abusant de son pouvoir d’autorité, ou d’achat, afin de s’offrir une séance de tourisme sexuel ?  Ne le présenterait-on pas comme un abuseur qui tire profit de la pauvreté ou de l’innocence d’une jeunesse laissée à elle-même.

On a beau assister depuis plusieurs années à une surprenante prolifération de cas de détournements mineurs impliquant des femmes, surtout dans le domaine de l’enseignement, et, plus particulièrement, chez nos voisins du Sud, on a très souvent tendance à vouloir excuser les contrevenantes.  Toujours aux États-Unis, des femmes majeures ont même réussi à soutirer de leur victime mineure une pension alimentaire pour un rejeton résultant de leurs rapports sexuels avec elles…

On entend par ailleurs souvent la même excuse : « Moi, à 14 ans, j’aurais ben aimé ça, une totale avec une adulte ! »  Comme certaines, voire plusieurs, jeunes filles abusées par des hommes majeurs sont tout autant consentantes qu’un grand nombre d’adolescents masculins, pourquoi ne pas évoquer la même excuse :  « Wow, la chanceuse, se faire initier au sexe par un homme d’expérience ! »  Même contexte, autres standards…

Doubles standards

C’est presque sans surprise que nous découvrons que Karine Gagné, cette Québécoise accusée aux Bahamas d’agression sexuelle sur un Américain de 15 ans avec qui elle aurait eu des relations consensuelles, loin de susciter la réprobation générale,  s’est attirée au contraire une vague de sympathie, comme en témoigne cette manchette :

« La campagne de sociofinancement pour Karine Gagné, emprisonnée aux Bahamas depuis le début janvier ne s'essouffle pas.

« Une campagne web menée via les réseaux sociaux a permis d'amasser 6600 dollars recueillis auprès de 240 donneurs. La somme servira à payer les frais d'avocats estimés à 15 mille dollars américains par sa famille. »

Il n’est pas jusqu’aux collègues de travail de Gagné qui ont mis l'épaule à la roue.  Le feraient-ils aussi gracieusement pour un collègue masculin ?  N’auraient-ils pas peur de passer pour des coupables par association ?  De favoriser la promotion de la pédophilie ?  De la culture du viol ?  De l’objectification du corps de la femme ?  De son utilisation comme d’une poubelle à sperme ?  Avouez qu’il y a de quoi s’interroger…

Comme l’indique le même article : « Des employés du bar dans lequel travaille Karine Gagné ont mis sur pied d'autres activités de financement et ont déposé des boîtes de collectes dans des commerces du Centre-du-Québec.

« Des dépanneurs, un restaurant et quatre bars country se sont impliqués pour nous aider », explique son père, Steve Gagné, qui n'est toutefois pas en mesure pour le moment de dévoiler les montants amassés. »

Les médias, faiseurs ou miroirs d’opinion ?

Bernard Motulsky, de l'UQÀM
Et les médias, ne pensez-vous pas qu’ils ne s’en donneraient pas à cœur joie à casser du sucre sur le dos de « l’agresseur » ?  Ne tenteraient-ils pas de trouver dans le passé de l’individu quelque fait douteux, quelque détail croustillant, qui pourrait échauffer les passions, alimenter les jugements hystériques, les condamnations avant même la connaissance des faits ?  Combien d’hommes faussement accusés ont eu droit à ce lynchage médiatique ? Alors imaginez si l’homme a vraiment eu des relations illicites, même en croyant de bonne foi avoir eu affaire à une majeure…

Il en va présentement tout à fait différemment pour Karine Gagné, une femme, comme le soulignait ce spécialiste des médias :

« Les médias ont joué un rôle dans la façon dont la situation de Karine Gagné est perçue dans l'opinion publique, selon le professeur titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing à l'UQAM, Bernard Motulsky.

« Elle croyait avoir affaire à un adulte, qui s'est avéré être un adolescent. Souvent ça dépend comment ça part, comment l'information commence à sortir. Les titres c'est "une Québécoise emprisonnée aux Bahamas" », fait valoir le professeur. »

En bout de ligne, sont-ce nos préjugés qui alimentent les médias, ou les médias qui alimentent nos préjugés ?  Notez que ce spécialiste, qui n’en sait pas davantage que nous sur les faits reprochés, donne d’emblée le bon dieu sans confession à Gagné : « Elle croyait avoir affaire à un adulte, qui s'est avéré être un adolescent.»

Comment pouvez-vous le savoir, M Motulsky, de l'UQÀM ?  Et, dans une situation analogue impliquant un homme, seriez-vous aussi complaisant, pour ne pas dire compatissant ?  Je ne parierais pas là-dessus, mais vous êtes, comme bien d’autres qui pensent comme vous, incluant la personne morale de votre université, le produit d’une notre société matriarcale et féministe… 

7 commentaires:

Gluon PA a dit…

Comme dans l'affaire Sauvage, on voit bien comment les femmes bénéficient d'une plus grande mansuétude. On cherche des excuses, des circonstances atténuantes, etc. Je commence à en avoir un peu assez de tous ces démarches de soutiens inconditionnel à des femmes coupables de délits ou de crimes. La justice n'est pas la même pour tous. L'opinion publique non-plus d'ailleurs.

Anonyme a dit…

Dans toutes les circonstances, les femmes occidentales serons toujours les victimes. Un meurtre est commis, ah, elle avait des problèmes mentales, des problèmes financiers, elle a toujours fréquenté des voyous, etc. Un homme, c’t’un sale, un écœurant, etc. Ces pareil lorsqu’il a des viols ou des détournements de mineurs, ah, il était grand avec une petite barbichette, dons, il était automatiquement un homme adulte, renverser les rôles, c’t’un sale, un écœurant, un misonéiste, un predateur etc. etc…

Messieurs, bienvenue dans la société gynocentrique. Une société pour les femmes, par les femmes et qui cherche toujours à déresponsabiliser ses dernières. Messieurs, la société s’attend toujours de vous de travailler tous les jours dans les métiers dangereux, de produire, de bâtir, de mettre votre vie et santé en danger pour les femmes, et surtout, ses derniers veuillent que vous la fermez !

Dans le fond, messieurs, vous avez deux droits : 1- payer ! Et 2- fermer votre yeulle !

Merci Olivier,

FHB

Anonyme a dit…

La société en général (surtout au Quebec) a de l’empathie pour tout le monde, sauf les hommes blanc d’âge adulte.

Prof Solitaire a dit…

Je voulais bloguer sur ce sujet, mais tu as été plus rapide que moi, cher collègue! Mais je me console en me disant que ton billet est plus complet que ce que j'aurais trouvé le temps d'écrire ces jours-ci. Bonne job! Et dans le mille, comme toujours!

Olivier Kaestlé a dit…

Tout un compliment, compte tenu de ton habituelle méticulosité. Merci, cher Collègue !

Olivier Kaestlé a dit…

... Et hétérosexuels !

Olivier Kaestlé a dit…

Et les médias n'aident pas a changer la donne...