vendredi 10 mars 2017

Parité politique : le sempiternel disque rayé des quotas de candidates…

On a beau être habitué d’entendre les mêmes tyroliennes victimaires à l’approche de cette thérapie mondiale du cri primal qu’est devenue la Journée de la femme, la ritournelle des quotas en politique compte certainement parmi les plus stridentes et les plus assommantes.  Impossible cette année d’échapper aux arpèges d’ex élues « guidées » par Marie Malavoy qui voudraient forcer Québec à imposer un quota de 40 % de candidates à chaque élection.

Marie Malavoy, dans le champ...
Une question anodine, comme ça : trouverait-t-on suffisamment de femmes intéressées pour atteindre ce pourcentage ?  Suppose-t-on vraiment qu’un nombre impressionnant de femmes ronge son frein, opprimé, atterré, en souffrance, dans l’espoir qu’enfin on lui offre une chance de monter aux barricades d’un domaine où compétition, affrontements, coups bas et lutte forcenée pour le pouvoir constituent les règles du jeu ?

Sylvain Lévesque, ancien député de la Coalition avenir Québec, affirmait récemment : « J’ai été organisateur politique pour la CAQ. Souvent, j’ai eu à recevoir des curriculum vitae de nombreux aspirants députés. La réalité est que je recevais 20 applications d’hommes pour une seule de femme. Le parti pour lequel je travaillais souhaitait ardemment recruter des candidates, nous en sollicitions dans nos entourages respectifs. À compétences égales, parfois même légèrement inférieures, les candidates avaient préséance. »

Alors, Mmes Malovoy et compagnie, peut-on – enfin ! - passer à un autre appel ?

Une moins bonne endurance à la confrontation

Dans ma dernière chronique, j’affirmais que les chroniqueuses et bloggeuses n’étaient pas davantage victimes d’insultes que leurs collègues masculins, mais que les femmes, en général, y étaient plus sensibles que les hommes.  Pensez-vous qu’il en aille différemment dans la sphère politique ? 

Bien sûr, il existe des femmes fortes, dans ce domaine comme dans les médias, mais qui entend-t-on, inlassablement et régulièrement, se plaindre et affirmer qu’elles restent les principales, voire les seules victimes, de commentaires injurieux ?  Encore et toujours des femmes.

Rappelons-nous du psychodrame médiatique suscité par Catherine Fournier en 2015 alors qu’elle était candidate bloquiste dans Montarville quand un journaliste avait relayé le gazouillis d’une internaute affirmant que la néophyte allait laisser tomber son string tellement elle regardait son chef, Gilles Duceppe, avec pâmoison. 

Catherine Fournier, susceptible...
Comme les Lussier, Pettersen, et Boisvert de notre scène médiatique, la jeune candidate devait reprendre le même refrain larmoyant : « Ce genre de blague, endossée par Peter Anthony Holder de Global News, ne serait JAMAIS faite dans le cas d'un homme. Les femmes subissent un traitement différencié et cela en est une énième preuve. (...) Et après, on se demande pourquoi il n'y a pas beaucoup de jeunes femmes en politique... » 

Eh oui, c’est toujours pire quand une femme subit une insulte, surtout quand elle est à connotation sexuelle. Faudra qu’on m’explique un jour en quoi une injure sexuelle est plus offensante qu’une autre, non sexuelle.
   
Au fait, Mme Fournier a-t-elle entendu parler de cette insulte-ci, non sexuelle par contre, qui qualifie Jean Charest de mouton insignifiant depuis 12 ans et qui est toujours en ligne ?  Tapez  « mouton insignifiant » sur Google, pour voir...  Avez-vous vu notre ancien premier ministre déchirer sa chemise publiquement pour cette niaiserie ?

Si des commentaires de collégiens grivois suffisent, comme Mme Fournier l’affirme,  à éloigner des femmes de la politique, c’est la preuve que ces femmes n’y ont pas leur place, tout comme les chroniqueuses qui ne peuvent supporter les commentaires déplacés n’ont pas la leur dans les médias.  Elles font bien de jeter les gants.

LA question taboue…

La crainte de la confrontation et la difficulté à encaisser les commentaires désobligeants, voire les insultes, ne sont pas les seuls facteurs qui éloignent les femmes de la politique, si l’on s’en remet au témoignage de Sylvain Lévesque :

« Les raisons de refus (de se présenter) étaient multiples. La famille et les longues heures de travail étaient très souvent invoquées. En rétrospective, j’ose poser une question taboue. Et si la politique intéressait tout simplement moins les femmes que les hommes? »

Sylvain Lévesque, lucide
Comme le sport, les sciences pures, l’informatique, la mécanique, l’ébénisterie, la menuiserie, la plomberie, etc…

Je suis persuadé que si l’on demandait à nos militantes chéries pourquoi il y a moins d’hommes que de femmes en enseignement ou en santé et service sociaux, par exemple, elles répondraient en chœur : « Ben voyons, parce que ça les intéresse pas, c’est évident ! »

Comment se fait-il que ce qui est si flagrant, quand il s’agit des hommes, devienne subitement le résultat d’un vaste complot patriarcal, quand les femmes sont en cause ?  

Le féminisme d’État a besoin d’entretenir cette illusion d'injustice, parmi ces autres que sont le plafond de verre, l’inéquité salariale, la pauvreté majoritairement féminine, les pseudos privilèges patriarcaux ou la violence conjugale exclusivement masculine, s’il espère conserver son pouvoir politique et les subventions qui, inévitablement, l’accompagnent… 

jeudi 9 mars 2017

Chroniqueuses et trolls : les battantes et les battues…

Depuis le coming out de Judith Lussier, de Geneviève Pettersen et de Lili Boisvert sur les insultes massives, sexistes et misogynes dont elles se disent victimes, un nouveau mythe féministe est en train de se cristalliser : la culture de l’intimidation infligée spécifiquement aux chroniqueuses et bloggeuses de notre Québec patriarcal, hétérosexiste, hétéronormatif, cis genre et misogyne.

Judith Lussier, toute une inspiration militante...
À quand une fondation Judith Lussier, sur le modèle de celle de Jasmin Roy, avec une campagne de sensibilisation – une autre – intitulée « Je suis Judith » ?  Subventionnée par nos taxes, il va sans dire.
 
Afin de ratisser le plus large possible, ce nouvel éléphant blanc pourrait viser toutes les femmes et jeunes filles victimes d’intimidation sur le web, bien que la cyberintimidation n’atteindrait que 7 % des adolescentes.  La bonne vieille intimidation classique, de type corps à corps… frapperait quant à elle 42 % des garçons.  Mais ce ne sont jamais que des gars, alors…

Toujours en quête de néologismes traduisant une oppression qu’elles imaginent ne viser que les femmes et elles seules, nos militantes ont forgé récemment le concept de mansplaining, désignant les machos qui récusent leurs lamentations, comme l’indique l’une des chroniqueuses « victimes », Lili Boisvert :
« Ce néologisme désigne la façon dont certains hommes s'adressent aux femmes de façon condescendante sur des sujets qui concernent les femmes ou qu'ils ne connaissent pas bien.»  
« La journaliste est peinée d'entendre que ses collègues (Lussier et Pettersen) souhaitent tout abandonner à cause du harcèlement et des propos haineux qu'elles reçoivent. Elle s'est indignée que cette situation n'arrive qu'aux femmes. »
« Cette situation n’arrive qu’aux femmes. »
Dans la catégorie « opinion ridicule du mois », celle-là bat quatre as.  Mme Boisvert aurait grand intérêt à lire les commentaires haineux, méprisants, grossiers et injurieux qui suivent les chroniques de Richard Martineau, par exemple.  Je ne vois pas en quoi ce chroniqueur serait moins maltraité que sa conjointe, Sophie Durocher, qui elle aussi passe régulièrement dans le tordeur.
Lili Boisvert : les femmes, seules victimes...
Durant les deux ans où j’ai été moi-même bloggeur au Huffington Post, j’ai reçu un lot incroyable d’injures et de procès d’intention mesquins, infantiles, venimeux et souvent idiots dont il ne subsiste désormais aucune trace.  Ce média a en effet pour politique de supprimer l’intégralité des commentaires quand ceux-ci dérapent, ce qui arrivait régulièrement.
Rien ne m’a été épargné, y compris des injures sexistes qui ne visaient pas tant mon physique que mon identité d'homme, quand il ne s’agissait pas de mon hétérosexualité.  Être stigmatisé parce qu’on est un homme hétérosexuel, c’est sexiste.  Une troll était allée jusqu’à affirmer par ailleurs que, comme Marc Lépine, j’allais sûrement finir par commettre l’irréparable, et implorait ma famille d’intervenir…  Difficile de trouver une injure aussi basse destinée à une femme.
« Mieux » encore,  les modérateurs avaient la fâcheuse tendance de laisser en ligne des injures les plus viles de mes détractrices (dont celle en lien avec Lépine), tout en supprimant à plusieurs reprises mes réparties qui pouvaient être ironiques, mais jamais grossières, ni injurieuses.
Vous dire alors à quel point je trouve aberrante cette déclaration de Lili Boisvert :
« Les commentaires sexistes sont complètement disproportionnés. Les hommes ne reçoivent pas le même genre de commentaires. Oui, bien sûr, les hommes vont vivre de l’abus en ligne. Mais c’est une question de proportion.»
D’accord, nous ne recevons pas toujours le même genre d’insultes, mais non, ce n’est pas du tout une question de proportion.  Les insultes que nous recevons sont aussi intenses que celles infligées aux bloggeuses. 

Les trolls qui veulent blesser une personnalité publique frapperont là où ça fait le plus mal selon son sexe et dans une même mesure.  Insultez un homme sur son physique ou sa sexualité, il est peu probable qu’il se sente sévèrement atteint, tout au plus agacé.  Attaquez-vous à son intelligence, doutez de sa santé mentale, de son intégrité, traitez-le de salaud, de vendu, de lâche ou d’insignifiant, vous le heurterez davantage.
Qu’il s’agisse d’un facteur culturel ou inné (Je penche pour une interaction des deux.), les femmes sont davantage sensibles aux commentaires visant leur apparence ou leur sexualité.  Et c’est pourquoi les trolls jouent sur ces deux tableaux, parce que ça les blesse davantage.
Les femmes, plus sensibles aux injures ?
Quitte à passer – une fois de plus – pour sexiste ou misogyne, je crois que les femmes ne sont vraiment pas davantage ciblées par les attaques personnelles, mais qu’elles y sont souvent plus sensibles.  C’est sans doute une des raisons principales pour lesquelles elles sont moins nombreuses à se présenter en politique, domaine où la confrontation est un style de vie.
Djemila Benhabib : elle ne démissionne pas, elle...
Bien sûr, il existe – heureusement - des femmes qui ont la couenne dure, des battantes, des bagarreuses qui peuvent en prendre et en donner.  Qu’il suffise de nommer les Sophie Durocher, Denise Bombardier ou Lysiane Gagnon de notre sphère médiatique pour se convaincre de cette réalité.  Et que dire de Djemila Benhabib, descendue en flammes par le Conseil de presse et victime d’une hypocrite poursuite bâillon ?  A-t-elle baissé les bras, la mine déconfite, comme Lussier et Pettersen ?
Ces âmes chagrines, trop sensibles pour le métier confrontant de chroniqueuse, préfèrent se plaindre publiquement, pousser des tyroliennes idéologiques et des hymnes à la victimisation sexiste et misogyne qui ne les viseraient qu’elles et elles seules.  Parce qu’elles sont des femmes…
Quiconque évolue dans la sphère publique, qu’elle soit politique, sociale ou médiatique, s’expose à la controverse et aux coups bas.  Ça fait partie du jeu et en fera toujours partie.  Il n’en tient qu’aux femmes qui envisagent ce parcours de la combattante de décider si elles s’avouent battues ou se décident battantes.