jeudi 29 octobre 2009

Nathalie Morin et le silence des féministes

Nathalie Morin
À 20 ans, certaines jeunes femmes font la gaffe classique de la relation sans lendemain avec l'homme marié qui, finalement, ne quittera pas sa légitime pour elles. Au même âge, il y a quatre ans, Nathalie Morin a commis une erreur de jugement plus lourde de conséquences en rejoignant la brute qui lui sert de conjoint en Arabie saoudite. Il faut prendre en considération qu'elle en avait déjà un enfant et qu'elle ne voulait pas l'élever seule.
Sa mère, Johanne Durocher, avait adressé en avril une mise en demeure au gouvernement canadien, devant son inertie apparente à tenter de rapatrier sa fille et ses enfants en sol québécois. Des employés du consul canadien avaient déjà révélé que les conditions de vie qui leur étaient infligées étaient inhumaines. La mère avait appris que sa fille, battue et agressée sexuellement, se nourrissait de pain, d’œufs et de riz blanc, en plus de devoir dormir par terre. Faut-il rappeler que les femmes sont à peine mieux considérées que des chameaux en Arabie saoudite ? 
Les enfants, dont un nouveau-né et deux autres, de trois et sept ans, ne mangent pas non plus à leur faim. Des médecins saoudiens ont diagnostiqué chez le fils aîné des troubles psychomoteurs et de l’encoprésie, une incapacité à contrôler ses intestins, conséquence de sa captivité. Les deux autres enfants font des crises d’asthme à répétition et portent des traces de violence sur tout le corps. 
La Québécoise doit-elle se voir abandonnée à cause d’une erreur de jeunesse ? Le Canada a-t-il le droit de ne voir dans son drame qu’un conflit privé ? Aux dernières nouvelles, l’énergumène qui la tient en otage accepterait de la laisser partir, elle et ses enfants, en échange de 300 000 $US. Le hic, pour cet individu, c’est que lui et Morin ne seraient pas légalement mariés, selon Mme Durocher, ce qui rendrait sa proposition et ses prétentions de marchandage nulles et non avenues.
Hormis quelques députés de l’opposition, dont Francine Lalonde, du Bloc, et Thomas Mulcair, du NPD, peu de personnalités ont condamné la mollesse du gouvernement canadien. Même nos leaders féministes, qu’on voit se mobiliser sur des sujets moins préoccupants, restent étonnamment silencieuses. L’éloquence ne faisait pourtant pas défaut à Christiane Pelchat, lorsqu’elle « dénonçait », au printemps 2008, le sort réservé aux femmes à Radio-Canada, au moment où Dominique Poirier et Pascale Nadeau se voyaient momentanément larguées par la société d’État. Elle devait se rétracter le lendemain et féliciter ses dirigeants pour leur ouverture à la gent féminine. 
Michèle Asselin, de la Fédération des femmes du Québec, ne tranchait pas non plus par l’à-propos, elle qui déclarait devant la Commission Bouchard-Taylor que le hijab « ne contrevenait pas vraiment à l’égalité hommes-femmes », avant de présenter la proposition désastreuse que l’on sait, s’opposant à l’interdiction du voile islamique dans la fonction publique. L’adhésion de Françoise David, elle-même ancienne présidente de la FFQ, à cette position n'est un mystère pour personne. La co-leader de Québec Solidaire a de son côté trouvé plus urgent de venger l'outrage infligé à sa propre photo dans un manuel scolaire par un animateur de Québec que de se porter à la défense de Nathalie Morin. 
Quand aux CALACS, leurs tempêtes dans un verre de bière à propos de pubs et de calendriers de « pitounes » de brasseurs révèlent que les « Serges » du Québec leur paraissent bien plus menaçants que les intégristes batteurs et violeurs de femmes. Rappelons que leur mandat consiste à intervenir auprès de femmes victimes d’agressions sexuelles et qu’elles ont décroché une subvention de 60 millions $ afin d’élaborer un programme de lutte contre ce fléau. Leur mandat s’arrête-t-il dès qu’une Québécoise franchit nos frontières ?
La mobilisation citoyenne devrait pourtant s’intensifier et ces instances féministes jouer de leur poids politique -considérable – afin d’accélérer ce dossier qui s’éternise, faute de mobilisation. Seule la multiplication de prises de positions hautement médiatisées pourrait contraindre notre gouvernement, habituellement indifférent aux droits humains, à intervenir avec plus de tact et de fermeté auprès de Riyad. Pour les simples citoyens, le comité de soutien à Nathalie Morin tient une pétition en ligne. Une femme et trois enfants en danger ne peuvent laisser indifférent.

1 commentaire:

michele a dit…

La lacheté n'a pas de sexe... les féministes n'ont pas de couilles! Le reste se passe de commentaires.