dimanche 22 novembre 2009

On cogne aussi les garçons...



Le 6 décembre approche et, avec lui, le 20e anniversaire de la tuerie de Polytechnique.  Bien que récupéré, cet événement fait partie de notre histoire et ne peut donc être passé sous silence.  Autant faire comme si la crise du verglas ou le déluge du Saguenay-Lac St-Jean n’était jamais survenu.  Ce qui dérange toutefois, d’une année à l’autre, reste ce discours qui insiste si fortement sur la violence faite aux femmes que ces dernières semblent les seules à subir ce fléau.  Cette surexposition banalise indirectement le sort des enfants et des personnes âgées ou handicapées des deux sexes ainsi que des hommes d’autres tranches d’âge.  Existe-t-il semblables occasions annuelles où l’on dénonce avec pareille intensité la violence que ces groupes subissent ?

Dans cette perspective, il devient nécessaire de rappeler l’existence d’un document essentiel sur la violence infligée aux garçons, autant enfants qu’adolescents, intitulé fort à propos Le garçon invisible.  Cette étude, disponible sur le Web, a été réalisée par l’Association des familles d’accueil du Canada (AFAC) pour le compte du Centre national d’information sur la violence dans la famille, de Santé Canada. Il s’agit donc d’un exercice crédible réalisé par des gens placés aux premières loges pour constater la violence dont nos garçons sont victimes.

On y apprend que le Canada, par ailleurs tant vanté pour son avant-garde humaniste, tire nettement de l’arrière quant à reconnaissance de cette problématique, en comparaison de plusieurs pays occidentaux.  Même nos voisins du Sud ont défriché le terrain et n’hésitent pas à affirmer que les plus jeunes garçons représentent la majorité des victimes de mauvais traitements physiques et émotionnels chez les enfants et les adolescents.  Preuve que notre pays n’est pas totalement déconnecté, une étude ontarienne corrobore ce fait en précisant que les garçons demeurent surreprésentés dans les catégories des mauvais traitements physiques avec des pourcentages de 59 % chez les 0-3 ans, 56 % pour les 4-7 ans et de 55 % pour les 8-11 ans.  Ces majorités peuvent paraître courtes, mais dans un contexte où les victimes reconnues de sévices en tout genre restent principalement féminines, elles permettent de rééquilibrer les perspectives. 

N’est-il pas étonnant que le groupe des 12-15 ans soit le seul à afficher une prévalence supérieure pour les filles, avec 56 % ?  Entre ces âges, les garçons sont toutefois moins portés que leurs consoeurs à signaler une conduite abusive et tentent de se défendre eux-mêmes.  Une volonté de s’affirmer prématurée peut entraîner un repli sur soi dévastateur, en cas d’échec.  Les garçons de tous les groupes d’âge sont par ailleurs victimes de coups et de blessures nettement plus sévères que les filles, en plus de représenter 54 % des victimes de mauvais traitements émotionnels. 

Les conclusions des auteurs sont sévères.  En refusant de reconnaître l’ampleur de la violence vécue par nos garçons, notre société, qui les enferme de surcroît dans des stéréotypes autant culturels que relationnels, les prive d’une « vie émotionnelle riche et les ampute de portions entières de leur être essentiel ».  L’étude insiste sur la nécessité d’amener les garçons à s’exprimer sur leur vécu dans leurs mots, et ajoute que ces jeunes font tout autant partie de la solution à leurs problèmes que les parents, professeurs, psychologues, travailleurs sociaux, intervenants divers et citoyens dits « ordinaires », capables d’ouverture et d’empathie.  Nous avons beaucoup à perdre en transformant, par notre indifférence, de futurs adultes en presto ambulants.  Heureusement, les cas de dérive extrême restent marginaux, mais il est permis de se demander si, avec une attitude sociétale plus préventive et réceptive envers nos garçons, 14 jeunes femmes n’auraient pas eu la chance de vieillir… 


Également paru dans Le Journal de Montréal du 24 novembre et dans Le Soleil du 29 novembre 2009.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Super! Tout un pas en avant.... après 15 ans!
Le document date de 1996, et est le seul sur le sujet publié par le gouv. fédéral dans les années 90. http://publications.gc.ca/site/fra/59446/publication.html
La mode actuelle est d'éliminer les stéréotypes (masculins) pour promouvoir un nouveau stéréotype plus égalitaire (féminin). Cela a un avenir prometteur pour une classe d'hommes à une orientation sexuelle diversifiées.
Chen Pystor

Olivier Kaestlé a dit…

Je n'ai rien contre la tolérance ou l'acceptation envers les minorités sexuelles, au contraire, mais je constate que l'homme blanc et hétérosexuel, même gamin, reste ignoré, quand il n'est pas ostracisé : un Marc Lépine sommeille sûrement en lui...