jeudi 17 mars 2011

Dan Bigras, l’homme harcelé qui porte plainte

Dan Bigras
Il ne s’agit pas d’une bombe médiatique, tout au plus d’un pétard mouillé.  Ce n’est pourtant pas parce que l’incident n’a pas engendré de secousse notable sur notre sismographe médiatique qu’il doit être passé sous silence, ni commenté sans circonspection.  La nouvelle est tombée ce 15 mars lorsque l’on apprenait que le chanteur et comédien Dan Bigras avait déposé une plainte pour harcèlement criminel au service de police de Sherbrooke contre Nadia Fortin, 31 ans, intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALACS) de l’Estrie. 

Les faits reprochés par l’artiste, également reconnu pour son engagement auprès des jeunes hommes sans abri de 17 à 24 ans, notamment par le biais de son spectacle annuel Le Show du Refuge, se seraient déroulés entre juin 2009 et février 2011.  Dans un communiqué émis le 15 avril, Bigras explique :  Le 25 janvier, j’ai reçu le premier d’une série de courriels de détresse émanant d’une petite fille de 11 ans affirmant se faire agresser sexuellement par son père.  J’ai immédiatement communiqué avec la police de Montréal qui a fait suivre le dossier à la Sûreté du Québec, section des crimes sexuels, puis à la police de Sherbrooke qui a fait un travail exceptionnel pour retrouver la petite victime. 

Il précise : Après vérification, il s’est avéré selon l’enquête que la petite fille en question n’existait pas et qu’une dame se faisait passer pour elle, imitant donc une petite fille qui se faisait agresser.  Une plainte a donc été déposée contre elle.  Il faut relever qu’à cette plainte Bigras a ajouté un deuxième grief pour harcèlement.  Les gestes auraient été commis entre le 4 juin 2009 et le 9 janvier 2011, mais il est impossible pour le moment d’en savoir plus quant à leur nature.  L’accusée devra comparaître devant la justice le 6 avril.

Malgré un manège qui durait depuis plus de 18 mois, Nadia Fortin travaillait au CALACS de l’Estrie depuis un peu plus de huit semaines quand les plaintes ont été déposées.  Elle a été congédiée il y a un mois.  Yenisse Alvarez, directrice générale de l’organisme explique : C’est une intervenante qui était encore dans sa période de probation.  D’un point de vue professionnel, elle était très bien.  Lorsque nous avons reçu l’information de la police, nous avons été surpris, mais nous avons réagi rapidement. 

Munchausen ?

Voilà pour les faits connus, qui ont de quoi laisser méditatif quant à deux aspects : leur médiatisation, plutôt discrète, et surtout, les motivations de l’ancienne intervenante.  Il est évident que Nadia Fortin nourrissait une sorte de fixation sur Dan Bigras, idée fixe dont la nature même reste énigmatique. 

Éric Lapointe
Cet événement n’est pas sans évoquer, en bien moins lourd de conséquences pour la victime, l’affaire Éric Lapointe, en 2003, quand une mythomane s’était inventé de toutes pièces un passé de violence conjugale avec le chanteur alors qu’elle ne l’avait jamais rencontré.  Sa version des faits avait alors semblé crédible au point où le rocker avait été arrêté, en plus de voir son nom à la une de tous les quotidiens du Québec dès le lendemain.  Heureusement pour lui, une enquêteuse minutieuse avait découvert le pot aux roses, notamment après vérification d’un alibi en béton.

L’accusatrice de Lapointe souffrait vraisemblablement d’une déficience appelée syndrome de Munchausen, qui la poussait à l’affabulation afin d’attirer sur elle l’attention.  Le fait pour l’ancienne intervenante d’avoir inventé des fausses agressions vécues par une gamine qui n’existe pas pourrait bien relever de la même pathologie.  Il n’aurait plus manqué que Dan Bigras soit accusé d’être un agresseur imaginaire… 

À gauche, Michel St-Yves
Selon Michel St-Yves, psychologue judiciaire à la SQ, auteur et spécialiste en techniques d’interrogatoire, les personnes en proie au syndrome de Munchausen, souvent familières des services psychosociaux et des corps policiers, se trouvent régulièrement à l’origine de fausses allégations de violence et d’agressions sexuelles.  Cette réalité est niée par les CALACS qui tentent de ne voir dans ce phénomène que préjugés sexistes et réducteurs.  Devant les récents événements, leurs représentantes auront désormais matière à réflexion…

Et si c’était un homme ?

Il y a lieu de se demander quel impact aurait eu la médiatisation d’une pareille nouvelle si un militant de la défense des droits des pères avait harcelé une artiste connue et valorisée pour son engagement social.  Vous voulez parier que l’on en parlerait encore, s’informant chaque jour du vécu de la victime, et scrutant à la loupe le passé de l’accusé, témoins à l’appui ?

Dan Bigras, lors d'un Show du Refuge
Il faut saluer ici l’initiative de Dan Bigras, d’avoir porté plainte à un système policier et juridique beaucoup plus enclin à défendre les femmes que les hommes. Précisons que l’engagement social et la crédibilité de l’artiste militaient en sa faveur.  Pas sûr qu’un quidam inconnu aurait été pris au sérieux, ni qu’un organisme aussi puissant qu’un CALACS aurait congédié son employée avant même la tenue de son procès.  Faut dire que les découvertes de la police ne laissait aucune marge de manœuvre.  Qui sait si, comme dans le cas de Nathalie Simard avant lui, la démarche de Bigras n’encouragera pas d’autres hommes aux prises avec des problèmes semblables à briser le silence ?

Le vrai scandale

Il serait par ailleurs trop facile de remettre en question le fonctionnement des CALACS parce que l’un d’eux a manqué de discernement dans l’embauche d’une employée.  Il existe de bien meilleures critiques à adresser à ces organismes, dont leur fâcheuse tendance à la prolifération de clichés de type homme prédateur, femme victime, quand l’Institut de la statistique du Québec nous répète depuis des années qu’un garçon sur six est victime d’agressions sexuelles.  Dans cette perspective, on pourrait également reprocher aux CALACS, alors qu’ils touchent plusieurs millions chaque année de quatre ministères, de ne pas investir un sou pour aider ces mêmes garçons qui, faut-il leur rappeler, sont des enfants et des adolescents, bref des mineurs. 

Les femmes, seules victimes pour les CALACS
Enfin, alors que ces groupes nient obstinément la présomption d’innocence en affirmant comme un mantra qu’une femme qui accuse un homme ne peut mentir, 9 800 hommes sont chaque année inutilement arrêtés puis relâchés dès le lendemain en vertu de la politique d’intervention en violence conjugale.  Libère-t-on autant de coupables ?   Leurs accusatrices, intouchables, ne sont nullement inquiétées.  S’il existe un scandale à dénoncer chez les CALACS, ce n’est pas que l’un d’eux ait engagé une employée perturbée, mais que chacun d’entre eux propage une idéologie déviante, à même des subventions payées par le contribuable.

14 commentaires:

JC a dit…

Dans une perspective plus large, il y aurait lieu de s'interroger sur l'état psychologique de toutes ces intervenantes féministes radicales qui oeuvrent dans le systême communautaire et qui adhèrent sans restriction à l'évangile féministe du homme agresseur / femmes victimes.

Olivier Kaestlé a dit…

En lisant votre commentaire, je me suis demandé sur le coup si je n'en étais pas l'auteur, tant il concorde avec mon point de vue sur la question. Je trouve invraisemblable, en 2011, que des organisations aussi peu crédibles, chez qui une idéologie déviante tient lieu d'expertise, bénéficient d'une telle crédibilité auprès de nos dirigeants. Faut dire qu'elles trouvent un écho de leurs divagations chez le Conseil du statut de la femme, qui soutient leur financement, quand il n'en recommande pas l'augmentation.

À mon point de vue, une idéologie doit reposer sur les faits. Avec les CALACS, ce sont les faits que l'on tente de travestir de son idéologie. Tôt ou tard, cette déviance sera clairement identifiée, unanimement dénoncée et finalement éradiquée, comme l'oppression du clergé catholique québécois avant elle.

Anonyme a dit…

9 millions de dollars en 2009 pour propager la complainte du féminisme: «ce peut être un membre de votre famille, votre père, votre frère, votre cousin, votre voisin, votre conjoint ou votre ex conjoint. Ils sont souvent de bons collègues de travail et des voisins sympathiques. Il y a cinq expressions possibles de la violence conjugale : verbale, psychologique, physique, sexuelle ou économique (et religieux). L’utilisation de ces formes de violence permet à l’agresseur d’adapter ses stratégies de contrôle selon les réactions de sa partenaire.*» Maintenant nous avons une nouvelle forme de violence: la chanson, et, le chanteur!
Merci aux CALAC (oups son personnel), dans la liste des agresseurs potentiels ont rajoutera la chanson comme moyen d'adapter des stratégies de contrôle. Puis dans la liste des agresseurs potentiels, votre artiste préféré.


* http://www.violenceconjugale.gouv.qc.ca/comprendre_acte.php

Olivier Kaestlé a dit…

Il est aberrant de constater que, malgré toutes les études sérieuses et les statistiques gouvernementales tant québécoises que canadiennes qui démontrent la réciprocité de la violence conjugale (hormis la violence grave, cependant en régression), nos dirigeants en soient encore idéologiquement réduits à ne la voir que comme un phénomène exclusivement masculin.

On devrait en fait parler de dirigeables, tant ces gens ne gouvernent que selon les sondages. Lorsqu'ils en recevront en assez grand nombre qui démontreront que la population ne prend plus des affabulations pour la réalité, le grand ménage, tant en justice sociale qu'au plan des finances publiques, pourra commencer.

Anonyme a dit…

Le Garçon Invisible.
Nouveau regard sur la victimologie au masculin : enfants et adolescents. -Santé Canada, 1996

Cette étude, anciennement sur le site de Santé Canada, peut se lire à :
http://www.la-cause-des-hommes.com/spip.php?article108

Seul étude canadienne de Santé Canada qui s'intéresse aux enfants mâles comme victime d'abus sexuelle.

De mémoire, il y aurait 24% de ces enfants agressés par des femmes. De deux choses l'une, de ce pourcentage on peut ajouter, qu'une femme, contrairement à un homme, ça ne laisse pas de traces... De deux, le petit mâle comme socialement on ne le perçoit pas autant comme victime, bien souvent, lui, s'en pète les bretelles. Ainsi aucune dénonciation, 'matante', la gardienne, s'en tire à bon compte.
Toujours de mémoire, comme il arrive que l'agression se fait tout en douceur, cela fait bien souvent de ces victimes, de meilleurs prédateurs.

Tel l'amour qui rend aveugle, l'idéologie en fait tout autant.
-Au fait, est-ce qu'on voit les infirmières sortir dans la rue et dans les média pour dire que tout le monde est malade ? Non non ! Mais on a l'impression que ces vampires de la peur qui crèchent à l'idéologie victimaire, nous vomissent ce perturbé constat que tous les hommes ne sont que de vils abuseurs. Ça sent la dictature.
-Al.

Anonyme a dit…

Cet article concorde parfaitement à mes constats sur plus de 17 ans de témoignages divers que j’ai pu obtenir grâce aux milliers de témoignages de pères !(s) Will
Pour infos :
La Vie de Pères - Overblog
http://laviedeperes.over-blog.com/

Olivier Kaestlé a dit…

Le garçon invisible devrait figurer aux lectures obligatoires de toute formation en sociologie ou en travail social. On y apprendrait que les garçons sont les vraies premières victimes d'abus, toutes provenances confondues.

Au lieu de se préoccuper de leur sort, on préfère s'émouvoir uniquement de celui des filles et des femmes majeures, vaccinées,même quand elles portent de fausses accusations (70 % de 14 000 hommes arrêtés sans motif au Québec). À quand une prise de conscience qui remettra la détresse réelle des garçons dans une plus juste perspective ?

Olivier Kaestlé a dit…

Will, je me fie à votre expertise plus que crédible sur le sujet. Comment se fait-il qu'autant de gens comme vous et moi pensent la même chose sans trouver d'oreille honnête et attentive chez les individus qui nous servent de digireants ?

Anonyme a dit…

Olivier, bonne question ! Mais bonne question pour les autres ! Pour qu’ils puissent y réfléchir et prendre conscience de la gravité. Car vous connaissez la réponse… ou plutôt les réponses, comme je les connais, moi aussi.
Mais il arrivera bien un moment où ça changera. Un ami médecin, spécialiste, a lui aussi interpellé une « Haut Magistrat », en France… cette femme lui a répondu, en ce sens :
« De votre vivant, vous ne verrez aucun changement (…) vous ne pensez quand même pas ôter la croûte de pain de la bouche des avocats qui s’occupent des familles en situations conflictuelles de séparations ou de divorce… (…) la justice est un jeu, Monsieur D…
Lire
L’Impasse Judiciaire… Et les souffrances humaines contemporaines.
http://laviedeperes.over-blog.com/article-22466350-6.html#anchorComment

« L’imposture Judiciaire »
http://laviedeperes.over-blog.com/article-21960745-6.html#anchorComment

Salutation, Will (Belgique)

Olivier Kaestlé a dit…

Cette magistrate a-t-elle fait preuve de franchise ou de cynisme, vous seul pouvez le dire, Will. Au moins, elle semble avoir été honnête, dans son propos, sinon dans sa pratique.

Il serait sans doute intéressant de la faire mentir par contre et de voir de notre vivant la situation évoluer pour le mieux. C'est la grâce que je souhaite à vous-meme, comme à tous les hommes, tous les enfants, et aussi, ne pas les oublier, toutes les nouvelles conjointes, qui ont du coeur au ventre, et qui sont aux prises avec ce terrible engrenage. Salutations.

Malthus a dit…

Al- même lorsque les abus sont rapportés, les femmes s'en tirent. Le cas de Deborah Louise Asthon, accusée de plus de 200 abus sexuels sur un de ses étudiants de 12 ans le prouve bien. Les membres du jury de la colombie-britannique ne sont pas pas mis d'accord. Procès avorté.
Plus près de chez nous, à Montréal, une mère qui a torturé son gamin en lui brulant les mains sur le poêle et la'abandonné sans soin la crotte aux fesses ne fera probablement pas de prison- la procureure hésitant à envoyer une femme enceinte derrière les barreaux.
Certains mythes et habitudes de pensée sexistes ont la peau très dure. Celui de la femme angélique et éternelle victime est de béton, peu importe l'évidence ou la monstruosité de leurs actions.

Olivier Kaestlé a dit…

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise, Malthus, la cruche étant ici, en l'occurrence, notre système judiciaire. L'érosion de son pouvoir immunitaire fait peu à peu son oeuvre. Si un sondage sur l'égalité homme femme en regard de la responsabilité criminelle était tenu, je crois qu'une majorité de répondants affirmerait que les femmes bénéficient d'un traitement de faveur. Afin de préserver le peu de crédibilité qu'il lui reste, je crois que la Justice devra réviser ses procédures.

Malthus a dit…

Bien sur Olivier, mais les sondages d<opinions ne changent pas une société ni même une procédure.
Notre système judiciaire, autant au criminel qu'au familial qu'au législatif/constitutionel, a pondu des trésors de sexisme et de parti pris qui nous feraient rire par leur contradiction si ce n'était si tragique.
D'aucuns diront que c'est ce qui arrive quand on admet des femmes juges, procureures et avocates dans un système construit et érigé par des hommes; qu'elles ne peuvent que supporter leurs soeurs et nieront des principes de droit fondamentaux pour y parvenir. Malheureusement, il y a autant de juges masculins qui n'ont toujours pas intégrés l'égalité homme femme dans leur pensée qu'il existe de légistes féminins biaisées "passé date" contre les hommes et pour "leurs soeurs". Ce n'est, souvent, même pas conscient mais c'est la réalité légale qui régit nos vies.
Nos cours sont complètement out of touch mais, malheureusement, sont aussi out of reach.
La seule facon de les changer n'est pas avec des opinions mais avec des lois et des directives. Si l'homme ose espérer changer sa condition de nègre; si il ose entretenir l'idée qu'une femme doit être équitablement responsable de ses crimes et de ses gestes, illui faut élire les politiciens qui changeront les lois et ordonneront d,autres directives à ces juges mythomanes et/ou partisans.
Le reste n'est que du vent.

Olivier Kaestlé a dit…

Bon raisonnement, Malthus, mais tout se tient, conscientisation légale, volonté politique, opinion publique, participation (déficiente, pour le moment) médiatique, mais surtout, surtout... le timing. La route est peut-être longue, ami, mais nous gagnons du terrain. Autrement, nous n'énerverions pas autant de gens, et de plus en plus...