jeudi 30 juin 2011

Harcèlement judiciaire : les risques du second degré

André Drouin, « victime » de son humour.
De tout temps, il s’est trouvé des esprits à subtilité variable pour ne pas comprendre l’humour au second degré.  Prenez l’exemple désormais classique d’Hérouxville.  Qui ne se souvient pas d’André Drouin, alors conseiller vedette de ce petit village mauricien, de son code de vie, et du commentaire voltairien qu’il contenait interdisant la lapidation des femmes ?  Toute personne un tant soit peu alerte intellectuellement, apte à saisir l’humour grinçant et à en comprendre l’intention revendicatrice, était en mesure, dès l’explosion médiatique de cette affaire, de saisir la volonté flagrante de provocation de Drouin.

Dans notre riante région métropolitaine, j’ai nommé Montréal, nombreux ont été les commentateurs à ne pas comprendre les motivations de cette démarche pourtant criantes d’évidence.  Si le message de Drouin a d’ailleurs porté, c’est en bonne partie grâce au concours si involontaire de ces bien-pensants.  Le conseiller voulait susciter le débat, il y a pleinement réussi.  À en croire nombre de chroniqueurs de La Presse ou du Devoir, parmi tant d’autres, Drouin s’imaginait qu’on lapidait des musulmanes à tous les coins de rue du Plateau Mont-Royal, que des dentistes intégristes offraient des forfaits examen-nettoyage-excision, et que le pauvre « habitant » ignorait de toute évidence que son code de vie ne pouvait se substituer à la Loi.

Marie-Andrée Chouinard, conscience au Devoir.
Des journalistes compétents se seraient au moins informés sur la personnalité, le parcours professionnel et le passé d’André Drouin.  Pourquoi faire, quand on possède à ce point ce que d’aucuns appellent sans rire l’instinct journalistique ?  Quiconque est habité par ce don convoité entre tous peut aisément se passer d’apprendre que le citoyen Drouin, résident mais non originaire du petit village regardé de haut, faisait depuis belle lurette carrière en tant que consultant en ressources humaines et avait vu plus de pays dans sa vie que la somme de ses détracteurs dans la leur. 

Qu’importent pareils détails à ces oracles populaires !  Quatre ans, un livre et un documentaire plus tard, ils soutiennent toujours avoir eu raison de regarder avec mépris l’auteur du code d’Hérouxville, dont on se demande seulement s’ils l’ont lu, et poussent maintenant la courtoisie jusqu’à le traiter de « crétin » et d’« hurluberlu ».  Je gage que, dans dix ans d’ici, et même au-delà, ils s’estimeront toujours sûrs de leur droit.  Bien lourde est la responsabilité de se voir les illustres détenteurs de la vérité…

Des conséquences parfois plus fâcheuses…

C’est à cet incident que devait me faire penser l’histoire que vient de me raconter Vincent (nom fictif), qui s’est retrouvé en 2007 aux prises avec une constable de GRC aussi peu éthique et perspicace que nos chroniqueurs métropolitains.  Le pire de ses déboires demeure cependant l’incurie d’un système judicaire apparemment aussi inique envers les hommes que le nôtre.  Je parle ici du Nouveau-Brunswick et de ce qui existait alors sous forme de projet pilote avant de devenir la politique « pro-arrest, pro-prosecution and pro-charge », que l’on pourrait librement traduire par « Ta présomption d’innocence vient de sauter, mon gars ! »

Certains couples s’expriment parfois par l’humour et l’ironie, comme c’était le cas de Vincent et de sa conjointe d’alors, Geneviève (nom fictif).  Lors de cette soirée fatidique de juin 2007, leur propension au second degré se trouvait exacerbée par le fait que les conjoints de naguère envisageaient le divorce après que Vincent eut découvert les infidélités répétées de Geneviève avec un collègue de travail.  Comme la discussion à ce propos s’animait, l’épouse fautive, railleuse, devait interpeller ainsi son partenaire de vie des 17 dernières années : « Tu songes peut-être à quelque chose de stupide, un suicide, par exemple ? »  Et l’autre de rétorquer, sur le même ton sarcastique : « Si tel était le cas, je pourrais demander à ton amant quelques explications, un revolver sur la tempe, et dans le cas où je n’aimerais pas les réponses, le liquider et faire de même avec moi. » 

C’est à cet instant précis que leur fils de huit ans vint interrompre cet échange aigre-doux en informant Vincent qu’un représentant du magasin Canadian Tire voulait lui parler au téléphone.  « Ça doit être pour me prévenir que mon revolver est arrivé ! » de renchérir notre homme, pince sans rire.  Comme Geneviève craignait pour la santé mentale de Vincent, puisqu’il avait déjà été diagnostiqué dépressif, et qu’elle-même semblait avoir emprunté la même pente, elle prit peur et appela  la police.  Un fâcheux tour du destin voulut que ce soit la constable Pamela Groleau (nom fictif) qui accourut sur les lieux.

Cette agente n'est pas Pamela Groleau.
La constable Groleau  demeure très représentative d’un certain type d’intervenante qui sévit dans toutes les sphères de la fonction publique, qu’il s’agisse de policières, de travailleuses sociales, de médecins, de psychologues ou de psychiatres.  Se sentant investie d’une mission féministe visant à voir un coupable en tout homme passant dans la mire de son esprit obtus, elle n'utilisera le pouvoir discrétionnaire dont elle dispose que pour accabler sa prochaine victime avec la satisfaction du devoir accompli.  Après un tel étalage de grossière incompétence, Geneviève n’aura pas fini de regretter son appel, et Vincent, ses paroles imprudentes.

En effet, Groleau interprétera littéralement les sarcasmes de Vincent et conclura qu’il projette de liquider son rival avant de se suicider.  Rappelons que Geneviève ne redoutait que des intentions suicidaires, point à la ligne.  Heureusement qu’elle se trompait.  Persuadée que Vincent avait bien commandé un revolver, Groleau se garde bien de vérifier auprès du Canadian Tire allégué la nature du coup de téléphone.  L’eut-elle fait qu’elle aurait appris que l’appel avait pour objet une enquête de satisfaction sur l’achat et la pose de pneus neufs après trois semaines d’utilisation, une explication trop banale pour cadrer avec sa mentalité tordue. 

Il est à noter que si Geneviève a alerté la police, jamais elle n’a porté plainte, son but premier étant de protéger Vincent.  Arrêté et amené au poste de police de M..., notre homme se voit accusé de menaces de mort contre l’amant de son ex.  Constatant sans doute la bêtise de la constable Groleau, la juge en charge de l’enquête sur cautionnement libère notre homme sans difficulté, malgré le fait que la policière lui ait attribué la note de neuf, selon une échelle de un à dix, d’évaluation de dangerosité.

Québec ou Nouveau-Brunswick : des politiques biaisées.
Alors que, sous le couvert de venir en aide à Geneviève, la GRC fait tout pour la monter contre Vincent, celui-ci, comme tout homme dans sa situation, est laissé sans ressource.  Le douteux corps de police pousse même la courtoisie jusqu’à faire interdire toute communication entre les ex-conjoints, ce qui entrave les procédures de vente de leur maison.  L’incompétence de Groleau ne constitue qu’un pâle reflet d’un système gangrené.  Comment admettre, se demande Vincent, qu’une plainte pour menaces de mort envers un pur étranger puisse avoir un rapport avec une politique d’intervention en violence conjugale ?  En effet, jamais Geneviève n’a fait l’objet d’aucune menace.

Poursuivre sa route…

Malgré une plainte pour incompétence visant la constable Groleau et avoir failli y laisser ses finances comme sa santé, Vincent a été reconnu coupable en 2009 de menaces de mort avec deux ans de probation, ce qui a entraîné les restrictions professionnelles que son dossier criminel implique.  Il a toutefois renoué des liens d’amitié significatifs avec son ex et tente tant bien que mal de poursuivre sa route.  Je lui laisse le mot de la fin : «  J’ai pardonné entièrement et vit avec les conséquences.  Cependant, tous les hommes n’ont pas ma résilience, ma force de caractère, ni mon courage.  Certains, voire même plusieurs, ne passeront pas au travers et je trouve ça épouvantable. »  J’aimerais pouvoir le contredire…

5 commentaires:

Malthus a dit…

Pourquoi tous ces noms imaginaires, Olivier? Je puis comprendre la censure *volontaire* pour les acteurs du drame, mais certainement pas pour les intervenants officiels. Le nom de l<agente "groleau" n'est pas protégé et ne devrait jamais l'être.
Her name is a matter of public record. Pourquoi le garder dans l`obscurité...?

Olivier Kaestlé a dit…

Tout simplement par prudence afin de ne pas nuire à "Vincent". Comme j'ai promis à l'intéressé de protéger son anonymat par tous les moyens, le fait même d'identifier l'incompétente à l'origine de ses déboires aurait pu me faire manquer à ma parole, ce que je ne peux en aucun cas envisager. Commettre ce genre d'impair pourrait refroidir la volonté d'autres hommes aux prises avec des systèmes judiciaires ineptes à me rendre compte de leur histoire. À mon sens, il importe davantage de faire comprendre au public l'étendue du malaise que de pointer du doigt tel ou tel officier quand c'est le système qui est à réformer. De toute façon, dans l'état actuel des choses, Groleau restera intouchable tant que cette Justice inquisitoriale perdurera.

Roger Kemp a dit…

Salut Olivier
Très bon papier. À quand ton premier roman ou intrigue policière à la Agatha Christie? Me permets-tu de faire suivre ton texte à André Drouin? J'ai bien aimé ton introduction sur son sujet. Bravo mon ami.

Olivier Kaestlé a dit…

Merci de ton avis, Roger, toujours apprécié. Je me suis déjà permis d'envoyer mon topo à André, me disant que c'était la moindre des courtoisies.

Pour ce qui est d'écrire un roman, je n'ai pas le souffle. Je crois qu'il faut un tempérament de coureur de fond pour cet exercice, tandis que moi, je suis plutôt un sprinter. C'est sans doute pour cette raison que je me suis plutôt hasardé à quelques reprises dans la nouvelle.

Il y en a quelques unes dans mon blog. Si tu aimes Agatha Christie, peut-être apprécieras-tu mon pastiche des aventures de Sherlock Holmes. Voici l'hyperlien. Bonne lecture et au plaisir ! http://olivierkaestle.blogspot.com/2009/10/laventure-de-la-deuxieme-femme.html

Hélène Grenier a dit…

Malheureusement Agatha Christie n'écrit que des romans, alors que toi Olivier, tu écris presque la biographie de milliers de familles.

Dommage qu'autant de nos fonds publics servent si utilement à briser les familles.