vendredi 24 juin 2011

Infanticide selon le sexe : discrimination… positive ?

Un regard différent sur l'affaire Turcotte.
Ce 23 juin, je me suis entretenu avec l’animateur et auteur Jean-Philippe Trottier sur les ondes de Radio Ville-Marie, dans le cadre de son émission Midi Actualité, à propos de l’affaire Turcotte.  Bon d’accord, les médias en ont beaucoup parlé, mais comme le précisait d’entrée de jeu l’animateur, il ne s’agissait pas cette fois de se prononcer sur les circonstances et les motivations entourant cette tragédie dont plusieurs ont trouvé que les journalistes avaient exagéré tant la fréquence des nouvelles que la trop précise énumération de détails sordides.  Cette fois, cet événement serait envisagé sous l’angle du traitement médiatique d’un infanticide selon que son auteur soit un homme ou une femme, un questionnement qui, pour marginal qu’il puisse à prime abord sembler, n’en demeure pas moins pertinent, voire incontournable.

Je ne tenterai pas ici de rendre compte avec précision des 15 minutes de verbomotricité impénitente dont je me suis rendu coupable, mais je m’en tiendrai aux grandes lignes de l’entrevue, par ailleurs menée avec tact et professionnalisme par Trottier. 


Un tabou tenace

Le tabou de la violence féminine demeure tenace.  On a beau, statistiques à l’appui, se trouver désormais en mesure d’établir que l’infanticide est autant, sinon davantage, le fait des mères et des belles-mères que des pères et des beaux-pères, on dirait que nos médias sombrent moelleusement dans un inconfort maniéré et suranné dès qu’une mère fait la manchette pour avoir tué son ou ses enfants.  Juste ciel, encore une !  Comment traiter la nouvelle ?

L'animateur de Midi Actualité, Jean-Philippe Trottier.
Si on ne peut réfuter les faits, ce sont les intentions qui ne sauraient être condamnables. Je citais à cet effet Jacques Marleau, chercheur à l’Institut Philippe Pinel, qui, à l’occasion du meurtre commis par Louise Desnoyers sur son garçon, noyé aux États-Unis, avait jugé à propos d’affirmer qu’un père tuait par vengeance envers la conjointe, et la mère, par souci de protéger son enfant de la souffrance de la rupture.  N’importe quoi, pour déresponsabiliser les femmes.

En contre faux de cette affirmation, je relatais cet autre cas d’une mère qui avait tué son enfant d’un mois au micro-ondes pour que son conjoint ne découvre pas qu’il n’en était pas le père : expliquez-moi le désir de protéger l’enfant dans un contexte aussi sordide qu’égoïste !

China Arnold : infanticide au micro-ondes.
Jean-Philippe Trottier me fit remarquer avec quelle aisance la défense d’aliénation mentale pouvait être invoquée chez une femme.  Cette affirmation me fit me souvenir des propos d’un criminologue du Service correctionnel du Canada qui, lors d’une formation que m’avait accordée un ancien employeur, questionna ainsi les participants : « Vous êtes-vous demandés pourquoi les services psychiatriques sont submergés par les femmes et les prisons, encombrées par les hommes ?  La responsabilité criminelle n’est pas la même, aux yeux de la loi, pour les premières que pour les seconds », devait-il se répondre.  En clair, les hommes sont coupables, les femmes sont malades.  C’était en 1992 que j’entendais ces propos; près de 20 ans plus tard, ils restent d’actualité.  

Mélo à vendre 

Isabelle Gaston, au cœur du triangle.
Je précisais par ailleurs que le sexe du meurtrier n’était pas le seul facteur de l’impact médiatique d’un infanticide.  Dans le cas Turcotte, plusieurs éléments rendaient l’histoire on ne peut plus sensationnelle aux amateurs d’émotions fortes.  Nous nous trouvions en face d’un triangle amoureux sulfureux impliquant Turcotte, sa femme et l’entraîneur de celle-ci dans le rôle de « l’autre homme ».  Pour tout arranger, cet individu, faux jeton de service, avait été le meilleur ami du cardiologue, donc double trahison. Ne manquait que le maître d’hôtel qui verse l’arsenic dans la soupe.  Revenu d’un voyage au Mexique où l’abcès a été crevé, le mari éconduit et brisé quitte le domicile familial.  À peine son auto partie, celle de son rival débouche dans le stationnement.  Suivent les disputes entre anciens conjoints, les menaces de la mère de ravir au père les enfants, leurs meurtres sanglants, et vous avez là tous les ingrédients d’un mélo français amplifiés par un procès sur médiatisé à l’américaine.

Aurore, enfant martyre 2011

Imperméables aux leçons de notre folklore ?
Il arrive malgré tout que les facteurs sensationnels jouent aussi un rôle dans la médiatisation des infanticides maternels, comme l’a démontré en 2009 le procès de Cathy Gauthier, cette Saguenayenne reconnue coupable du meurtre avec préméditation de ses trois enfants, après avoir conclu un pacte de suicide avec son mari.  Je soulignais également à Jean-Philippe Trottier le cas de Stéphanie Meunier, qui devait se voir reconnue coupable de meurtre au premier degré dans les heures qui ont suivi notre entrevue.  Il y avait pourtant là tous les éléments d’un autre mélodrame évoquant irrésistiblement le drame d’Aurore, dont le triste récit de maltraitance terminé par son meurtre, commis par sa belle-mère, fait partie de notre histoire et même de notre cinémathèque.

Meunier, la marâtre 2011
Tout comme « la marâtre », telle qu’elle avait été surnommée à l’époque, Stéphanie Meunier, belle-mère de la victime, avait multiplié les épisodes de violence auprès du petit Jérémie, quatre ans, avant de le tuer d’un coup fatal à la tête.  Ce meurtre apparaît presque plus crapuleux que le double infanticide de Turcotte, par le harcèlement brutal et méchant qu’il a révélé.  En comparaison, les enfants du cardiologue ont vécu deux minutes de souffrance, qui n’en relevaient pas moins de l’horreur absolue.  On ne peut que constater que, tandis que le cas Turcotte a été méticuleusement disséqué par nombre de chroniqueurs, on cherche en vain des articles de fond consacrés à l’affaire Meunier.  Pareille violence, semblable cruauté, auraient au moins mérité que l’on s’interroge collectivement, non ?  Vite, balayons tout ça sous le tapis, comme de bonnes ménagères, et continuons à ne considérer l’infanticide que comme une phénomène exclusivement masculin !

Indécrottable autocensure

Féminisme : l'éternelle négation...
Interrogé par l’animateur sur la cause d’une telle autocensure, j’ai répondu que la crainte de la désapprobation féministe était tenace chez les médias, bien que ce mouvement, à la popularité crépusculaire auprès du public, adopte pour cette raison un profil bas.  La culture du lobbying de coulisse, sournois mais efficace, des féministes d’État demeure plus indétectable que celle des syndicats, typiquement masculine, avec ses rapports de force sur médiatisés.  Jadis le mythe de la mère toute bienveillante était entretenu par le clergé;  de nos jours, des sœurs laïques, à la religion dont Dieu et les hommes ont été exclus, propagent le même mythe dénué de tout fondement empirique.  Curieux, soulignait Trottier, que les féministes, qui revendiquent l’égalité en tout, refusent de la reconnaître dans le crime.  Curieux en effet, et qui prouve que, quand la réalité frustre l’idéologie, l’idéologie l’emporte chez ces militantes sur la réalité.

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Je n'ai pas encore lu, mais je tiens à faire ce commentaire: C'est le monde à l'envers. Ce n'est pas Turcotte qu'on devrait juger, mais son ex. C'est vraiment pas plus compliqué que cela. Ça prend pas la tête à Papineau pour comprendre cela. Serge

Olivier Kaestlé a dit…

N'en demeure pas moins, Serge, que c'est Turcotte qui a porté les coups fatals. Je crois toutefois que son ex n'a pas brillé par le tact, et aurait dû faire preuve d'un tant soit peu de compassion, non pas au point de continuer à vivre avec un homme qu'elle n'aimait plus, mais dans la manière de lui signifier son congé. Mettre un sac vert au chemin n'a pas dû lui demander moins de sensibilité.

Je crois toutefois que le vrai coupable, en dehors de Turcotte lui-même, demeure notre système judiciaire. Si Turcotte avait eu la conviction que ses droits de père auraient été respectés, advenant le cas où son ex aurait voulu l'en priver, aurait-il commis l'irréparable ? Là, je crois, réside la véritable question, et il serait grand temps que l'on y réponde.

Anonyme a dit…

Je suis d'accord Olivier. Sauf que Turcotte a été rendu malade mental. Quelqu'un de normal ne peut faire cela. Quelqu'un a dit il y a 2000 ans: Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Mais ils ont persisté dans l'incrédulité et ont été jugé en l'an 70. Si Turcotte retournait au travail après un convalescence et son deuil, je serais le premier à faire recours à ses services, et je serais loin d'être le seul. De plus, le travail et la revalorisation serait le meilleur moyen pour le chemin de la guérison. Serge

Olivier Kaestlé a dit…

Au moment des meurtres, j'ai cru, bien que je réprouve les jugements de l'ami Marleau, que Turcotte avait tué ses enfants par vengeance. Aujourd'hui, je ne suis plus sûr du tout. Je crois que si j'étais membre du jury, j'abandonnerais la préméditation comme motivation de ce meurtre. Je dois dire que j'userais en cela de la notion du doute raisonnable, plus que de la conviction inébranlable.

Anonyme a dit…

titi vous dit

J'ai connu 3 femmes dans ma vie qui ce sont attaquer a leurs enfants et la dpj les a protégé ses femmes qui sans aucune crainte
ou même retenue se sont fait une justice cruel sur le dos de leurs enfants et de leurs ex mari et cela au yeux d'une société qui refuse de voir la vérité malgré les preuvent qui disparessent dans un système tellement corrompu que le québec est l'endroit de prédilection pour tout criminel.

Olivier Kaestlé a dit…

... À condition qu'il soit une femme, un personnage haut placé, ou les deux. Votre propos illustre bien le mien à l'effet qu'il est considéré comme sacrilège au Québec de reconnaître non seulement la violence des femmes, mais aussi leur cruauté et leur bassesse pour celles, bien sûr, à qui le chapeau va. Il est plus facile de montrer le corps des femmes sous toutes leurs coutures que leurs vicissitudes. Et mon commentaire pourrait me valoir le qualificatif de misogyne !

Alain a dit…

Bonjour Olivier,

Vous avez abordé le point du féminisme d'État qui, de par son lobbyisme sournois et indétectable, "arrange" tout des coulisses où il se terre. C'est sans doute pourquoi il n'y en a que pour les femmes aujourd'hui et qu'elles seules méritent d'être sauvées (Votre texte: Nous prenez-vous pour des im-Bécel?)

C'est sans doute pour ces raisons que les crimes masculins sont portés à l'avant-scène alors que les meurtres féminins bénéficient des entre-filets en page 14.
Est-ce cette idéologie qui a poussé inconsciemment Isaballe Gaston à ne croire qu'en sa propre importance et négliger tout ce qui la déviait de son bonheur immédiat? Dans de telles conditions, il est plausible, une fois Turcotte parti, que l'"autre" se ramème et occupe une place encore toute chaude.

Dans 5 ans, qui se souviendra du nom de cette femme qui a agi avec une éthique pour le moins questionnable alors que le nom du cardiologue reviendra rapidememtn à la surface.

Souvenez-vous également que M. Mario Roy, dans la Presse, avait écrit un éditorial où il se demandait pourquoi un cardiologue pouvait tuer ses propres enfants. C'est comme prouver que les gens ayant fait des études de haut niveau demeurent avant tout des humains et conservent intactes leurs émotions et sentiments humains lorsque la situation les touchent de très très près.

Par ailleurs, vous mentionnez que le syndicalisme est davantage masculin. Permettez-moi de vous soummettre qu'il existe un grand syndicat qui reserve des postes aux femmes et qui dispose de postes budgétaires bien garnis pour en défendre les intérêts. De plus, on n'hésite pas à y employer les tactiques et stratégies les plus déloyales afin d'évincer des candidats masculins qui aimerainet voir une égalité de droits devenir une égalité de faits. On pourrait s'en parler plus longuement.

Merci de votre écoute...

Olivier Kaestlé a dit…

@ Alain Vous avez tout à fait raison quant à la tendance à privilégier les femmes au sein des organisations syndicales. Ceux qui cherchent notamment à abolir la discrimination positive le font à leurs risques et périls. Quand je parlais de culture masculine, c'était davantage en lien avec la façon plutôt "macho" que les représentants syndicaux, femmes comprises, tentent d'imposer leurs conditions.

Nul doute que Mme Gaston n'a pas brillé par le tact dans toute cette affaire. Un homme qui aurait agi ainsi envers son ex aurait été qualifié de salaud. Le gars qui quitte se soustrait à ses responsabilités. La femme qui fait de même secoue ses chaînes et conquiert sa liberté, en soutirant souvent au passage une pension afin de la récompenser de tant de courage et d'autonomie.

La fragilité émotive n'a rien à voir avec le statut social, le degré d'instruction et même, pas tant que ça avec le vécu. Des gens survivent à des catastrophes alors que d'autres sont abattus par des événements somme toute négociables pour quiconque bénéficie d'une bonne santé mentale.

Nul doute que tout homme et toute femme exposé à une rupture aussi bouleversante aurait été ébranlé. Il aura fallu un homme doté d'un indice de fragilité plus grand que la normale pour que l'irréparable se produise. Si seulement notre société, incluant l'État, mais aussi les hommes et les femmes qui la composent, pouvaient tirer de cette tragédie les leçons qui s'imposent...

Pas de doute, Alain, il y aurait bien là de quoi discuter !

Malthus a dit…

Je crois que c'est Victor Hugo qui écrivait "Le désespoir survient après la chute de nos dernières illusions".
Voilà ce que font ces doctes penseurs et intervenants qui scindent la nature humaine en deux camps: le naturellement bon et le naturellement méchant- ils s'accrochent à la dernière illusion qui fait rampart au désespoir decoulant de l'égalité des sexes.
Admettre que la femme est le même animal que l'homme; qu'elle est animée des mêmes programmes égoistes et égocentrés; qu'elle aussi soit capable de méchanceté profonde et de cruauté sans nom - qu'elle *n'est pas* le meilleur parti humain et la grande protectrice de la vertue semble un exercise intellectuel trop difficile pour certains.
On préfèrent le vieux mythe sexiste; le comfort du mensonge, de l'illusion- le rêve enfantin et puéril d'un animal naturellement bon et noble.
C'est comme si l'humanité avait peur d'admettre qu'il revient à tous et chacun de se comporter noblement et qu'il n'existe nul messie dont c'est la tache et le role de nous ennoblir, nous sauver.
Notre vision de la femme et notre capacité pathologique a tout lui excuser n'est qu'une autre expression de notre Syndrome du Messie- notre *besoin* d'être rachetés.
Ce n'est pas demain la veille que nous abandonnerons cette ultime illusion de la sainte chair...

Olivier Kaestlé a dit…

Vous n'avez que trop raison, Malthus, et cet aveuglement volontaire nous suit pas à pas.

Deux verdicts d"homicide volontaire ont été rendus dans les cas de Claude Larouche et de Stéphanie Meunier. Dans le Journal de Montréal, un même article accordait trois fois plus d'espace au meurtre de Larouche qu'à celui de Meunier. Le journaliste a jugé à propos de citer le juge Fraser Martin qui affirmait avoir rarement constaté un meurtre aussi ignoble dans le cas de Natasha Cournoyer. C'est tout à fait légitime de citer ce commentaire, mais comment se fait-il que l'auteur n'ait pas jugé à propos d'écrire ne serait-ce qu'une ligne décrivant les sévices répétés subis par un gamin de 4 ans, et son impuissance à s'y soustraire ? Apparemment, la vie d'une femme adulte importe bien davantage à ses yeux que celle d'un petit garçon. Parlez-moi d'éthique journalistique ! Déprimant...

Olivier Kaestlé a dit…

... Et bien sûr, la monstruosité de Larouche a été bien davantage mise en évidence que celle, tout aussi ignoble, de Meunier. Quand cesserons-nous de ne voir dans chaque femme qu'un clone humanoïde de Lassie, un animal sympathique naturellement tourné vers le bien ? J'ai un dossier de presse rempli de coupures d'accès de violence féminine particulièrement horribles, mais passés en entrefilets ou en pages 36 ou 54. Je me propose d'en faire un jour une sélection de "morceaux choisis".

Paul Lizotte a dit…

Bonjour
je suis Paul et j'ai fais beaucoup et je dit beaucoup de recherche sur les meurtrier (homme ou femme ) il y a deux catégorie la premiere celui ou le corp na plus d'ame (partie du corp ou en a jamais eux) ses personne vivre comme des animaux il ny a rien de mal a ca il aprenne a vive comme tous le mode et certain fonctionn très bien en société et d'autre vivre trè mal et devienne criminel de carriere car non aucun enpatie ou remord etc , en ceux qui tue a cause que leur ame ses déconnnecté temporairement de luer corp (se quont appel la folie) je pourrais continué encore lomgtenp mais je n'aime pas écrire malereusemen.

merci byby