mardi 6 décembre 2011

Non, la misandrie n’est pas une maladie infectieuse du colon…

Un essai-phare sur une problématique
aussi envahissante que méconnue.
…À moins d’attribuer au mot « colon » le sens péjoratif québécois d’étroit d'esprit, et d’en conserver la forme tant féminine que masculine, sans toutefois négliger une connotation allusive au féminisme radical.  La misandrie, en bref, la haine ou le mépris envers la gent masculine, ne doit donc pas se voir confondue avec la dysenterie, qui correspond à la définition contenue dans le titre de cette chronique.  Mais combien connaissent le sens, comme l’existence d’ailleurs, de ce mot lugubre et peu usité ? La misandrie représente-t-elle un phénomène nouveau, résultant de la remise en question du rôle des hommes, perçus et dénoncés depuis près d’un demi-siècle comme des oppresseurs génétiquement programmés à perpétuer l’asservissement de la gent féminine, naturellement encline au bien et au dévouement envers son prochain ?

Dans son essai-phare sur la question, intitulé en toute simplicité La misandrie, Patrick Guillot explore, de façon très documentée et dans un langage précis et circonspect, l’évolution de cette déviance à travers les siècles, les courants de pensée qui en sont résultés et ses principaux porte-parole.  Guillot possède à fond son sujet puisqu’il étudie depuis une quinzaine d’années « les stéréotypes et les identités de genre, de même que les différentes formes de sexisme ».  Il est également l’auteur de Quand les hommes parlent (2002), La cause des hommes (2005) en plus d’avoir créé le site portant le même titre.

Dès les premiers chapitres du livre, le lecteur ne tarde pas à découvrir que la misandrie, qui peut être ressentie ou professée autant par des hommes que par des femmes, s’étend bien au-delà d’une simple affaire de sentiments négatifs, ou d’aversion obsessive : il s’agit également d’un amalgame hétéroclite de théories où l’idéologie la plus subjective tient lieu de science, qui entend démontrer l’infériorité globale des hommes et la suprématie déterminante, à défaut d’être victorieuse, des femmes.  « Dans nos sociétés, explique l’auteur, la culture misandre est assez forte pour influer négativement sur les rapports entre les sexes, la condition paternelle, les lois, le fonctionnement de la Justice, les conceptions de la lutte contre les violences ou de l’éducation. »

Misandrie : un concept… moyenâgeux ?

L'auteur, Patrick Guillot.
Les premières manifestations de la misandrie remontent aussi loin qu’au Moyen-âge, en France notamment, et prennent dès lors un tour théologique, présentant les femmes comme la personnification divine de l’excellence sur terre tandis que l’homme, on s’en doute, incarnera ce que l’être humain recèle de plus vil.  Un certain Agrippa, philosophe, médecin et alchimiste, interprètera le Nouveau Testament selon ce douteux éclairage : « Par qui le Christ est-il trahi, vendu, acheté, accusé, condamné, martyrisé, crucifié, mis à mort ?  Par des hommes, uniquement par des hommes. (…) Mais qui l’accompagne lors de la mise en croix ?  Qui lui fait cortège auprès du sépulcre ?  Des femmes. »

Oubliant que Jésus était un homme, d’autres idéologues iront jusqu’à accorder aux femmes un statut messianique, opposé à une culture présentée comme exclusivement destructrice, celle des hommes.  Les femmes se verront associées à une pléthore d’actions d’éclat tandis que les hommes ne seront rendus responsables que d’actes ignobles devant « l’histoire ».  On attribuera même aux femmes les progrès artistiques et scientifiques du temps, malgré l’évidence de l’apport masculin, et jusqu’à une courage guerrier supérieur.  La beauté du corps féminin sera présentée comme le reflet d’une âme supérieure.  Cette tendance manichéenne, regroupant une profusion de textes d’auteurs, féminins comme masculins, la plupart inconnus du grand public, traversera les siècles.  Guillot en identifie plusieurs courants.

L’une de ces idéologues, Céline Renooz, considérée par l’auteur comme misandre matriarcale, à l’instar d’Anne Léal et Françoise d’Eaubonne, ira jusqu’à créer au 19e siècle le néologisme de « néosophie », désignant, selon elle, la science primitive, féminine, détruite par la fausse science, celle des hommes.  Cette approche s’inscrit, on s’en doute, dans une perspective morale ou moralisatrice : « Quand c’est la femme qui domine et fixe la loi morale, cette loi est empreinte d’une haute justice, d’une suprême élévation d’idées, elle est dégagée de tout intérêt personnel. »  Quant à l’homme, il « ne vient pas du singe, il y va. »  Que dire de plus…

Solanas : un visage vaut mille mots...
Il serait difficile de traiter de misandrie sans évoquer le cas si particulier de Valérie Solanas, auteure du Scum Manifesto, diatribe incendiaire qui demeure, précise Guillot, le texte misandre « le plus édité, le plus référé, le plus connu au monde. »  En voici sans doute l’un des passages les plus cités : « Le mâle est un accident biologique : le gène Y (mâle) n’est qu’un gêne incomplet, une série incomplète de chromosomes.  En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital. »  Solanas se démarque par un discours fortement guerrier mais marginal : la mise en esclavage ou l’élimination pure et simple des hommes y est clairement revendiquée.

L’âge d’or de la misandrie victimaire

Sous la plume de Guillot, d’autant plus redoutable qu’elle demeure sobre et pondérée, un portrait sans complaisance de la misandrie dominante actuelle, celle que nous connaissons depuis plus de quarante ans, nous est brossé.  Ses paramètres demeurent aussi évidents, pour ceux qui étudient le phénomène, que tenus sous silence, au plan médiatique.  

En premier lieu, l’humanité, séparée en deux clans, soit les hommes oppresseurs, et les femmes, inévitablement leurs victimes privilégiées, se trouvent étroitement liés en une lutte incessante.  Un tel contexte rend impérative la nécessaire protection des femmes, êtres aussi humanistes que vulnérables, par les institutions et ce, en fonction de valeurs dites « féminines » de compassion, de dévouement, d’écoute, de don de soi, tout à fait étrangères au monde des hommes, encore et toujours tournés quant à eux vers la violence, le vice, le pouvoir autocrate et donc la volonté d’écraser.

Cette tendance naturelle à nuire fait des hommes de piètres parents, selon cette idéologie hostile, d’autant plus qu’ils n’aiment pas leurs enfants et que leur rôle de géniteur, pour déterminant qu’il soit, reste modeste en efforts une fois comparé à la grossesse de leur partenaire.  Ajoutez à cela qu’ils demeurent bien évidemment de piètres éducateurs, et vous comprendrez pourquoi il est « légitime » d’exclure les pères de la sphère familiale, ce à quoi les systèmes judiciaires occidentaux s’emploient avec une délétère efficacité. 

Misandrie : le père, nécessairement incompétent.
Aussi, pourquoi miser sur l’avenir d’êtres aussi douteux ?  L’école doit prioriser les filles et tout discours dénonçant la responsabilité de l’État dans le décrochage masculin devient suspect.  Au Québec, le Conseil du statut de la femme invoque justement la négligence des pères et les stéréotypes sexistes (sic !) comme raisons de la contre-performance des garçons.  

Complot patriarcal et violence faite aux femmes

La théorie du complot patriarcal connaît son apothéose au point où l’État intervient à hue et à dia afin d’instaurer une parité cosmétique dans toutes les sphères d’activités, à l’avantage exclusif des femmes, bien sûr.  Guillot dénonce ce mythe voulant que les hommes ne cessent de comploter contre les femmes, leur imposant leur « domination masculine », la « double journée » au travail et au foyer et le « plafond de verre », qui leur bloque inexorablement l’accès aux postes d’importance. 

Est-il besoin de rappeler que, dans cette perspective déjantée, la violence, unidirectionnelle, n’est exercée naturellement que par les hommes contre les femmes.  Tout postulat établissant une présumée violence de la part des femmes envers les hommes relève de l’hérésie antiféministe. 

En conclusion…

Selon Patrick Guillot, il ne faut jamais oublier que le sexisme vise autant les femmes que les hommes, la misandrie n’étant que la variante qui touche ces derniers.  Il demeure cependant patent que le sexisme occidental a fait désormais de l’homme sa victime de prédilection même si les deux sexes, finalement, ont beaucoup à perdre d’un tel état de fait.  Dans cette perspective, c’est à l’auteur lui-même que je laisserai le mot de la fin :

La faible femme : une arme à double tranchant...
« Finalement, misogynie et misandrie victimaire se retrouvent en parfait accord au moins sur une idée, celle de la présumée faiblesse féminine.  Une seule, mais, pour l’une comme pour l’autre, d’une grande efficacité.  Le mythe de la « faible femme » permet aux misogynes de prôner la mise à l’écart des femmes de la vie publique.  Et il permet aux misandres de leur assigner la place de la victime dans leur relation aux hommes, représentants présumés de la force.

« Ainsi apparaît l’artificialité des clivages communément admis.  Les deux sexismes ne sont pas dans une relation d’antagonisme absolu.  Au contraire, ils associent de manière implicite la même détestation des deux genres, autrement dit de l’humanité.  Le véritable clivage est entre sexistes et antisexistes authentiques.  Et les vrais antisexistes sont ceux qui dénoncent les deux sexismes, indifféremment. »

Il est possible de commander La misandrie, de Patrick Guillot, en cliquant ici.

9 commentaires:

Rick Flashman a dit…

Ce qui manque ces temps-ci dans le débat, c'est un peu d'humour. Ce ne devrait pas être si difficile que ça d'en trouver dans une province qui produit à pelletée des humoristes et des chanteuses, et ne semble capable que de produire cela depuis des années.

Si par contre, vous avez de la difficulté à en trouver en ce qui concerne le féminisme, il existe un endroit où vous pourrez décrocher quelques rires gratuits. C'est à

MASCULIST REVENGE
Humorous Anti-Feminism
A humourous antifeminist site
http://gisogod.net23.net/

Olivier Kaestlé a dit…

Récemment, je me suis fait le plaisir de télécharger les albums des Cyniques, et j'en suis arrivé au même constat que vous. Nul ne pourra mesurer l'impact de ces humoristes durant les années 60 dans l'enterrement de la domination cléricale sur le Québec, mais nul ne pourra nier qu'ils y soient pour quelque chose.

Le jour où nous pourrons rire des féministes tout en les dénonçant, la partie ne sera pas loin d'être gagnée. Merci pour ce nouveau lien.

baguerrah a dit…

En fait, le monde est grand et il convient à chacun de savoir sauver sa peau.
Moi, je me suis tiré du Québec quand j'ai compris qu'il était aux hommes ce que l'Iran est aux femmes.
Inutile de jouer les Don-Quichotte.
Quant aux enfants ?
Un père-séparé d'une garce (la majorité des cas) finira toujours par voir ses enfants l'envoyer chier, après des années d'aliénation parentale impossible à compenser.
Dans ce cas, encore une fois, sauver sa peau et considérer que, tant pis, la société étant pourrie et merdique à ce point, il n'y a pas d'alternative que de se comparer à un donneur-de-sperme.
On finit tous par mourir.
Et franchement, quand on voit ce que le monde moderne devient, c'est pas une grosse perte que de le quitter.
Aucun regret.

Olivier Kaestlé a dit…

L'amertume en moins, baguerra, je souscris entièrement à votre point de vue. Rien ne sert de s'escrimer quand les événements échappent à notre contrôle. Mais le temps fait son oeuvre.

Un homme m'a déjà raconté avoir renoué avec sa fille de 26 ans, des années après avoir subi de l'aliénation parentale systématique de la mère. Aujourd'hui, c'est cette dernière qui boit un bol de sa soupe.

Ces femmes malfaisantes oublient trop souvent que le pouvoir judiciaire n'est pas l'Instance ultime. Un jour, les enfants comprennent, et ils deviennent le plus implacable des tribunaux. Leur verdict se révèle sans appel, et la sentence de la condamnée peut devenir la perpétuité.

Anonyme a dit…

certaines humoristes ne se gênent pas (mais aussi, ce sont des femmes).

cela dit, en France, on peut se permettre cet ironie interdite au Québec (pour les hommes)

http://www.youtube.com/watch?v=Hs8IjLNUiXk

Olivier Kaestlé a dit…

Assez savoureuse, cette humoriste. Merci !

John a dit…

Quelques hommes courageux et lucides disent tout haut ce que tous les autres hommes pensent tout bas. Hélas, dans les circonstances actuelles, se révolter ne suffit pas. Le conditionnement collectif occidental à la misandrie est tel que l'être humain féminin est sacralisé systématiquement et se fait attribuer des avantages moraux indûs, alors qu'en parallèle des tas d'hommes se suicident, au pire dans la joie et au mieux dans l'indifférence générale. Seule la mise en place du masculisme en tant que mouvement politique officiel et omniprésent peut encore faire basculer les choses et mettre fin à ces aberrations naturelles.

Olivier Kaestlé a dit…

@ John Hormis le terme "masculinisme", injure forgée de toute pièce par Michèle Le Doeuff, féministe misandre, et auquel je substituerais "hominisme", je suis en tout point d'accord avec vous. Au Québec, deux tiers partis, Équipe autonomiste et le Parti conservateur du Québec, ont inclus la condition masculine dans leur plate-forme. Espérons qu'ils feront bientôt école.

Anonyme a dit…

Je savais que le féminisme faisait des ravages au Canada. Mais à ce point là c'est terrible !
J'espère que cela ne sera pas comme ça en france. Mais j'ai des craintes. Avec les socialistes au pouvoir la misandrie est devenue un sport: les hommes ne comptent pas. On peut leur faire du mal car ils ne ressentent pas la douleur ...