dimanche 8 avril 2012

Droit à l’infanticide : au nom de la mère !

Francesca Minerva, chercheuse.
J'avais déjà lu la nouvelle, mais je n’avais pu y croire, tant la théorie avancée me semblait relever du canular.  Un article sur le sujet de Barbara Kay, du National Post, envoyé par un lecteur, ne laissait toutefois aucune place au doute.   Figurez-vous que deux chercheurs féministes, spécialisés en bioéthique, soit Francesca Minerva et Alberto Giubilini, ont publié dans le Journal of Medical Ethics un article (désormais introuvable sur le Net) au titre plus qu’évocateur : Avortement post-natal, pourquoi l’enfant devrait-il vivre ?  Selon ces esprits originaux, les nouveaux-nés ne sont en aucun cas de véritables personnes (« actual persons ») et ne méritent par conséquent aucun droit moral à la vie (« moral right to life »).  Quand on a rien à faire de ses loisirs, pourquoi ne pas poser un questionnement farfelu, même au mépris de la vie humaine ? 

En plus de sa perspective résolument criminelle, cette approche pour le moins scabreuse surprend d’autant plus qu’elle provient de représentants d’un mouvement qui s’oppose farouchement à la garde partagée en affirmant que cette pratique ouvrirait grand la porte à la violence conjugale et aux sévices envers les enfants, incluant, on s’en doute, les sévices sexuels et le meurtre.  Mais si c’est la mère qui pose le geste de supprimer la vie de son enfant, apparemment, on aurait tort de la sermonner.  Après tout, un enfant non désiré ne pourra que souffrir, alors épargnons-le.  Il s’agit sans doute là d’une illustration inédite de l’expression consacrée « pour le bien supérieur de l’enfant ».

À ce que je sache, l’infanticide est punissable d’une sentence maximale de cinq ans, contrairement au meurtre d’enfant plus âgé, qui peut entraîner quant à lui une peine de prison à perpétuité.  Dans le cas de l’infanticide, qui vise spécifiquement le nouveau-né, notre justice se montre indulgente envers la mère en raison de ce sauf-conduit qu’est la dépression post-partum.  La mère se trouvant alors considérée non responsable de ses actes, une étonnante compassion judiciaire s’impose.  Heureusement, on n’en est pas encore à inculper le bébé assassiné de cruauté mentale envers sa génitrice.  Sans doute Mme Minerva et son acolyte planchent-ils sur la question.

Si les représentants du mouvement pro-vie pensaient déjà en avoir plein les bottes avec la question toujours controversée de l’avortement, cette nouvelle trouvaille « éthique » aura de quoi leur infliger de nouveaux brûlements d’estomac.  Les chercheurs font ainsi valoir que si une maladie non détectée chez le fœtus durant la grossesse, qui aurait été un motif légitime d’IVG, se révélait après l’accouchement, les parents auraient alors le droit de supprimer cette vie moins douée pour l’avenir, le sien comme celui de la collectivité, pour laquelle il deviendrait une charge.  Vous m’en direz tant…

Alberto Giubilini, chercheur.
Selon Jacques de Guillebon, « Cette méthode se pratique déjà depuis 2004 aux Pays-Bas (pour des cas médicaux autrement plus graves que la trisomie 21) : elle porte le doux nom de « protocole de Groningue ». Selon le professeur Roger Gil, du pôle de vigilance éthique du diocèse de Poitiers, le nouveau paradigme nécessaire à la décision que l’on est en présence d’une personne humaine « entière » est l’évaluation de sa capacité relationnelle, interne et vis-à-vis du reste de la société. Si cet être ne donne pas de signe satisfaisant de conscience de soi, et si la société estime qu’elle ne peut supporter sa charge, la possibilité existe de nier son humanité et, partant, de s’en débarrasser comme d’un poids mort. »  La vie – et la mort – peut devenir si simple quand on ne s’encombre pas de scrupules inutiles.

Je dois cependant concéder que, pour ce qui est de cas très lourds d’enfants handicapés, comme celui, célèbre, de Tracy, la fille de Robert Latimer, ce fermier de la Saskatchewan qui s’est senti contraint d’abréger les souffrances de son enfant, la pertinence d’une telle option serait envisageable, mais avec une infinie prudence et que pour des cas aussi exceptionnels. Il est toutefois à redouter que cette porte ouverte ne mène à des dérives n’ayant plus rien à voir avec le fait d’éviter à un enfant durement hypothéqué une vie de souffrances inutiles. 

La mère avant tout !

C’est ce que pense Barbara Kay, qui croit, non sans raison, que pratiquement n’importe quel motif trouverait grâce aux yeux de ces chercheurs.  Si le bébé n’est que fragile, et non lourdement hypothéqué, si la mère réalise que de l’élever coûtera plus cher que prévu, si le père prend la poudre d’escampette, le meurtre du nouveau-né sera autorisé, dénonce-t-elle.  Bref, le bien-être de la mère l’emporte sur toute autre considération.  L’intégralité de la théorie de ces douteux éthiciens tient dans la phrase suivante : « When circumstances occur after birth such that they would have justified abortion, what we call after-birth abortion should be permissible. »  Ainsi, tout motif, médical ou autre, qui aurait justifié un avortement devra être autorisé après la naissance, sans autre forme de procès.  Nous nous trouvons bien loin d’un cas pathétique comme celui de l’affaire Latimer.

Barbara Kay, du National Post.
Le parti-pris féministe radical d’une telle « innovation » devient flagrant devant le refus de donner l’enfant à l’adoption, à moins que la mère n’en décide autrement.  Il est pourtant né et l’argument, invoqué pour justifier l’avortement, d’éviter à une femme une grossesse non désirée, ne tient plus.  Alors où est le problème ? 

Les chercheurs l’ont trouvé, explique Kay.  Si la mère fait supprimer son enfant, en toute légalité, la perte de ce dernier deviendra irréversible.  Elle pourra alors plus facilement l’accepter (« accept the irreversibility of the loss », disent les auteurs).  Mais si cette femme sait que son rejeton est élevé par des parents adoptifs, elle éprouvera de la difficulté à faire son deuil (« makes it difficult to accept the reality of the loss ») et elle pourrait donc souffrir d’un tel état de fait (« might suffer psychological distress »).  Poor little thing…  Avez-vous jamais constaté pareille préséance des privilèges maternels sur les droits de l’enfant, incluant le droit suprême à la vie ?  Mon non plus.

Féminisme universitaire, quand tu nous tiens…

Ce nouveau psychodrame idéologique démontre à nouveau, comme si besoin était, l’influence plus que questionnable du féminisme universitaire, grâce auquel des intellectuels déconnectés à l’humanisme inexistant se sentent autorisés à décider, du moins abstraitement, de la vie ou de la mort d’êtres humains, dans l’intérêt suprême de la femme.  Je n’aurais jamais imaginé cependant que leurs dérives atteindraient un jour pareil sommet !  Souhaitons que pareil délire ne devienne pas une tendance lourde au sein d’un mouvement déjà idéologiquement hypothéqué.

L’éditeur du Journal of Medical Ethics, Julian Savulescu, s’est dit quant à lui outré des nombreux commentaires haineux allant jusqu’aux menaces de mort adressées aux auteurs de l’article controversé.  Il n’a pas hésité à traiter ces correspondants de fanatiques opposés aux valeurs fondamentales d’une société libérale (« fanatics opposed to very values of a liberal society »).  Sans excuser les participants les plus belliqueux, la théorie des chercheurs ne contient-elle pas elle-même des menaces de mort ?

Qui est victime de menaces de mort ?
Ainsi va la vie… si j’ose dire !  Critiquez l’islam politique, qui opprime les femmes en en faisant des citoyennes de seconde classe, vous deviendrez raciste et xénophobe.  Osez vous en prendre aux diktats de cette religion d’État qu’est devenu le féminisme radical, aux yeux duquel désormais même l'infanticide pourrait devenir autorisé, et vous deviendrez un esprit rétrograde opposé à tout progrès social.  Reste à savoir maintenant si, au sein de cette entité abstraite appelée « le législateur », il ne se trouvera pas des esprits « libéraux » pour donner suite à la déviance idéologique et sociale de ces deux chercheurs schizoïdes.

23 commentaires:

JCB a dit…

N'est-ce pas là une incitation au crime punissable par la loi?

Olivier Kaestlé a dit…

Exactement mon point de vue !

Malthus a dit…

Je dois avouer ne pas être surpris de cette tournure monstrueuse des choses. Ca me semblait inévitable, considérant la tendence féministe à désacraliser le vivant au profit des émotions et étâts d'âmes féminins.
Après avoir traité le foetus de 'parasite' ou 'd'organe extra' afin de se sentir moins coupables de le détruire; après s'être dotée d'un syndrome leur permettant de tuer un homme qui dort sans être tenue criminellement responsable de leur meurtre, il n'est guère surprenant que ce genre de pensée déresponsabilisante s'étende maintenant aux jeunes enfants.
L'argent, les étâts d'âmes et la qualité de vie des femmes est la seule chose qui compte pour le monstre féministe.
Dans un sens, nous devrions être heureux que ces psychopates aient produit ce texte. Il met clairement à jour la folie meurtrière et l'irrespect profond pour les droits fondamentaux de l'être humain qui est la base de la pensée féministe.

Olivier Kaestlé a dit…

Moi aussi, Malthus, j'en arrive à croire que ce pas en est un de trop de la part des ces extrémistes. Espérons que celui-ci actionnera un signal d'alarme salutaire qui éveillera enfin les pouvoirs politiques et judiciaires sur la dangerosité de ces fanatiques subventionnées.

Le fait que leur article soit désormais introuvable révèle bien qu'eux-mêmes ont réalisé leur impair. Il reste cependant essentiel que cette dérive soit signalée au plus grand nombre possible.

toyer a dit…

Le bien être supérieur de l'enfant n'est qu'un leurre qui cache l’intérêt supérieur de la mère sur tout.
Je n'étais pas au courant des 5 ans pour infanticide, peine aménagé spécialement pour les femmes (vue que ce sont quasi toujours elles qui tuent les bébés.
Je ne savais pas que la dérive misandre avait atteint un tel niveau.
Enfin vous me direz qu'en France un infanticide c'est 20 ans de prison et pourtant les tueuses font rarement plus de 5 ans de prison (Courjault triple meurtre 3 ans de prison malgré le fait qu'elle ait reconnue avoir préméditée ses actes et a y sentir un grand sentiment de puissance).


Mais je suis soulagé que les commentaires dans divers journaux ont été plus que véhément à l'encontre de Barbara Key.

Simon T-S a dit…

Bonjour Monsieur Kaestlé,

Vous indiquez que l'étude provient de deux chercheurs féministes. Pourtant, quand je regarde leur biographie, il ne semble pas y avoir de lien avec le mouvement féministe. Les deux chercheurs sont docteur en philosophie et en bioéthique.

J'aimerais savoir s'il y a réellement un lien; moi aussi je m'intéresse aux dérives du féministe moderne.

Malthus a dit…

On reconnait l'arbre à ses fruits- pas besoin de panneau publicitaire.
Tous les grands thèmes féministes sont abordés: préséance du bien-être des femmes sur toute autre considération; droit de gérance totalement réservé à la femme, même après naissance (nulle mention des droits du père ou même de la famille immédiate) sans oublier l'équivoque on-ne-peut-plus féministe sur la notion de ''personne'' qui , içi, pousse le flou encore plus loin en parlant de ''personne morale'' plutôt que simplement ''d'être humain''.
Si le fruit de ce pommier n'est pas des pommes, je veux bien me couper la main gauche.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Toyer Attention, erreur sur la personne. Ces sont les deux chercheurs qui se sont attiré les foudres de leurs lecteurs, tout comme l'éditeur de l'article litigieux.

Barbara Kay est l'une des journalistes qui ont dénoncé - avec brio, dans son cas - la dérive idéologique véhiculée par une théorie aussi contraire au respect de la vie.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Simon Le vocable féministe n'est pas toujours clairement indiqué chez celles et ceux qui partagent cette idéologie. C'est à la tournure de leurs thèses, sans cesse orientés vers les droits des femmes envers et contre tout, même contre le bon sens, et dans une perspective victimaire, qu'on les reconnaît. Dans le cas de ces deux chercheurs, c'est flagrant.

Il ne faut pas oublier que le féminisme universitaire reste grassement subventionné en Occident, et que toute idéologie contraire se voit froidement conspuée. En ce qui concerne les universitaires féministes radicales, on peut dire comme dans une certaine publicité, qu'il faut que la qualité y soit pour que le nom soit apposé.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Malthus Je crois que vous garderez vos deux mains bien rivées à vos bras. Je suis tout de même content que ces deux fanatiques aient retiré leur article de la circulation, tout en regrettant qu'il n'en ait pas subsisté une copie. Heureusement, les citations choisies par Barbara Kay sont éloquentes.

Alain a dit…

Olivier,

Dans le même ordre d'idée, les hommes devraient exiger l' "avortement légal", une procédure en vertu de laquelle le père n'aurait pas à reconnaître l'enfant qu'il a conçu par la fausse représentation de la mère, sans son consentement. Elle peut bien dire qu'elle est stérile, qu'elle prend la pilule, etc. mais en réalité, elle se cherche un géniteur et vous le fera paywer chèrement plus tard.

Alain a dit…

Le débat devient vraiment manichéen: Tout ce que fait la femme est glorifié; tout ce que fait l'homme est démonisé.

toyer a dit…

Olivier Kaestlé merci d'avoir rectifié.

Olivier Kaestlé a dit…

Aucun problème.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Alain D'accord avec vous quant au droit du père de refuser une paternité imposée, mais je substituerais "refus de paternité" à votre expression "avortement légal", puisque, de toute façon, l'avortement est légal, et que le bébé survivrait très bien à la démission motivée d'un père biologique forcé. Votre commentaire me rappelle cette chronique, que je vous partage : http://olivierkaestle.blogspot.ca/2011/06/viol-genetique-et-libre-choix-sens.html

Malthus a dit…

Et je substituerais à tous ces termes "droit au choix... universel".
Les hommes ne veulent pas un droit d'avorter- interruption volontaire de grossesse- puisqu'ils ne peuvent pas porter en eux le foetus. Le droit d'avorter n'est pas masculin.
Ils ne souhaitent pas, non plus, un "Droit de refuser leur paternité" (même si, dans les faits, celà s'équivaut pas mal). Non, non. Ce que les hommes désirent c'est le droit de décider pour eux-mêmes, seuls, de ce qui impactera leur vie. Le droit de décider pour eux-mêmes, sans aucune influence extérieure, si oui ou non, ils sont prets à devenir père. Un tel droit n'est pas, à proprement parler un "droit à refuser sa paternité" - pas plus qu'on ne décrit le Droit au Choix féminin comme un droit à refuser leur maternité (même si, dans les faits, tel est le cas).
Le Droit au Choix est le droit de choisir, librement et pour soi-même, du cours que prendra notre vie; de ce que nous acceptons comme responsabilités dans notre vie.
Si on est pro-choix, alors on doit être conséquent et l'être pour TOUS. Pas besoin de s'inventer de nouveaux termes.

John Mclean a dit…

cette video vas vous plaire...une survivante, d'une loi comme vous decrivez

http://www.youtube.com/watch?v=GNbp7UoSdp4&list=FLDk7LNuKCN_w4yg-9pEDwtQ&index=2&feature=plpp_video

Olivier Kaestlé a dit…

@ John Les avortements tardifs sont une source de perplexité même pour les pro-choix, parce qu'ils posent la question suivante : à partir de quand une foetus cesse-t-il d'en être un pour devenir un bébé, donc une vie humaine au sens de la loi ?

Il me semble qu'à partir du moment où un foetus est viable sans la mère, nous nous trouvons, au sens propre comme figuré, devant une vie humaine autonome. La jeune femme qui témoigne avoir survécu à ce type d'avortement en est une preuve vivante, de plus d'une façon.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Malthus Chapeau, j'endosse entièrement votre mise au point, et c'est dans ce sens qu'il me parait le plus indiqué de légiférer.

Malthus a dit…

En effet. Et si nos féministas étaient le moindrement conséquentes avec elles-même, elles se rendraient compte de l'avantage immense d'étendre le droit au choix à tous. De cette façon, il serait possible de l'inscrire comme ''droit fondamentale de la personne'' dans la Chartre, ce qui le rendrait virtuellement intouchable.
Mais bon. Semble t-il qu'il est préférable de le laisser croupir au statut de privilège ouvert aux attaques des back-benchers ultraconservateurs plutôt que d'en partager l'usufruit avec les hommes et l'assurer ad vitaem aeternam pour les femmes.
Stupid cows!

Olivier Kaestlé a dit…

... But greedy vultures ! La perspective de ne plus pouvoir soutirer pension alimentaire pour un enfant fait dans le dos doit leur paraître insupportable. Aux yeux de pareilles intriguantes, le fait de donner un droit aux hommes équivaut à en soustraire un aux femmes. Never give an inch, reste leur modus operandi et la légitimité des droits, quand ils sont accordés à la gent masculine, les irrite dans la mesure même où les privilèges octroyés aux femmes les obsèdent. Business as usual.

franois72 a dit…

M. Kaestlé, je voulais simplement vous mentionner que les "chercheures" ont remis ça et qu'elles ont donné une conférence en Italie sur le sujet : http://leblogdejeannesmits.blogspot.ca/2013/01/ou-lon-reparle-de-lavortement-post-natal.html

Olivier Kaestlé a dit…

Merci du tuyau !