dimanche 27 janvier 2013

La cinquantaine, c'est plus comme dans le temps...

Un sujet plus léger aujourd'hui, en attendant que la poussière retombe sur la défaite inespérée et salutaire de Lola, une victoire de la - véritable - liberté de choix sur le féminisme victimaire et le corporatisme familialiste.  Toujours accessible à tous, cette chronique s'adresse plus particulièrement aux personnes de 50 ans et plus, mais les plus jeunes ne perdront probablement pas leur temps.

Mon père, José Kaestlé.
Avez-vous remarqué comme la réalité de vivre aujourd'hui sa cinquantaine n'a que peu à voir avec celle de traverser le même cap dans le temps de nos parents ?  À 54 ans, contrairement à mon père au même âge, ma vie reste toujours devant moi, avec mes activités immédiates, mes projets à moyen et à long termes, mes aspirations et mes ambitions.  Je suis en mouvement, et ma vie suit cette trajectoire, à moins que ce ne soit le contraire.  Hier soir, parti souper chez des amis, je relevais cette évolution, du temps de nos parents à nos jours, et mes hôtes en arrivaient au même constat.   

J'évoquais alors une anecdote mettant en cause mon père et moi, qui confirmait bien, pensais-je, ce point de vue.  Un jour, mon paternel, alors âgé de 55 ans, me tint ce discours : Tu sais, mon fils, nos vies, à ta mère et moi,  sont derrière nous.  C'est pour toi et pour ta sœur que ta mère et moi travaillons chaque jour.  À une autre occasion, avant de faire l'épicerie avec ma mère, il renchérit : Tu sais, mon fils, c'est pour ta sœur et pour toi que ta mère et moi travaillons, ce qui nous permet de payer cette épicerie afin que vous ne manquiez de rien.  Une fois suivante, évoquant le montant de notre hypothèque, et son taux d'intérêt majoré, il souligna : Tu sais, mon fils, c'est pour ta sœur et pour toi que ta mère et moi travaillons, afin de vous offrir un toit sur vos têtes.  

Il en allait de commentaires similaires concernant le chauffage, les vêtements, l'entretien de la maison et d'autres sujets dont je vous épargnerai l'inventaire.  Je crois que mon père avait raison de nous inculquer, à ma soeur et moi, l'importance du travail dans la vie, et de nous enseigner le principe que l'on n'a rien sans effort.  Un jour, pourtant, ayant compris depuis longtemps la leçon, je finis par trouver son discours redondant.

Tu sais, mon fils...
J'avais la plus grande estime pour mon père, chez nous le parent principal, devant ma mère, dont les compétences parentales ne pouvaient rivaliser avec celles de son mari.  Ma mère incarnait à elle seule plusieurs des incohérences dont je devais plus tard trouver l'écho - pour ne pas parler de correspondances flagrantes - dans le féminisme d'État actuel, mais ça c'est un autre débat.

Malgré l'affection et l'admiration que j'éprouvais pour mon père, je ne pus m'empêcher de réagir, lors de son énième commentaire débutant par Tu sais, mon fils,  c'est pour ta soeur et pour toi que ta mère et moi...

Avant qu'il ne finisse sa phrase, je rétorquais : Tu sais, Papa, si je comprends bien, si Maman et toi ne nous aviez pas, Marie-Josée et moi, vous ne travailleriez pas, vous ne feriez donc jamais l'épicerie, vous n'auriez pas de toit sur vos têtes, vous chaufferiez encore moins, seriez frigorifiés sans vêtements chauds, et finiriez probablement vos jours sous le pont Laviolette, transis, une bouteille d'alcool cheap dissimulée dans un sac brun ?

D'abord estomaqué par cette tirade, mon père ne trouva tout simplement rien à répliquer.  Je surpris un peu plus tard un sourire malicieux dont il avait le secret, qui semblait vouloir dire : Bon, le jeune coq vient de pousser son cocorico !  Mon père prenait souvent un malin plaisir à mettre mes idées à l'épreuve en se faisant l'avocat du diable, exercice salutaire dont je réalise aujourd'hui à quel point il m'a été utile pour forger ma pensée.  Je suis sûr que, d'abord désarçonné, il s'est ensuite senti fier de l'esprit de répartie et de l'argumentaire de son fils.  Il ne me l'a pas dit, il n'en avait pas besoin.  Entre un père et son fils, parfois, un sourire suffit.

Il existe cependant des leçons que nos parents nous donnent malgré eux.  Au fil des ans, j'ai toujours décidé que, contrairement à la philosophie de mon père, ma vie serait toujours devant moi.  Jusqu'au bout.

jeudi 17 janvier 2013

Le mariage pour tous à toutes conditions ?

Si l'on en croit les récents comptes rendus de la presse française, il y aurait eu, ce 13 janvier, dans les rues de Paris, entre 340 000 manifestants, selon les autorités policières, et 1 000 000, selon les organisateurs de l'événement, à s'opposer à la légalisation imminente du mariage pour tous mise de l'avant par le gouvernement de François Hollande.  On n'hésite pas à parler d'une mobilisation historique, la plus importante depuis celle de 1984 sur l'école libre.  Par mariage pour tous, expression diplomatique et ô combien prudente, il faut comprendre mariage des couples homosexuels et, implicitement, droit à l'homoparentalité, aspect du projet de loi qui suscite les plus vives réactions.  

Le gouvernement français ne l'aura 
pas facile dans ce débat...
De leur côté, les tenants du projet de loi, n'avaient réussi à réunir, le 16 octobre dernier, que 60 000 manifestants en appui au président français, selon les autorités policières, 150 000, selon les participants. N'est-il pas curieux, pour ne pas dire significatif, que le nombre le plus conservateur d'opposants au projet de loi, celui estimé par la police, représente plus du double du chiffre, maximal, de ses aficionados, revendiqué par ces derniers ? Car enfin, ce n'est pas dans le sud profond des États-Unis que ces événements se sont déroulés, mais bien en France, un pays qui s'enorgueillit de son identité et de son passé dits progressistes.  On pourrait bien sûr rétorquer que gays, lesbiennes et tutti quanti sont minoritaires, d'où le nombre inférieur de supporters, mais de nombreux hétérosexuels se disent en faveur de ce nouveau projet de société.  Où étaient-ils donc ce 16 octobre ?

Il n'y a pas si longtemps encore, j'étais sans réserve favorable au mariage gay et à la parentalité par des couples gays ou lesbiens, pour peu que la compétence parentale soit au rendez-vous.  Après tout, si deux individus de même sexe veulent se marier, en quoi cela nous empêche-t-il de respirer ?  Par ailleurs, la compétence parentale serait-elle exclusive aux hétérosexuels ?  L'hétérosexualité n'a jamais représenté un garantie contre les abus physiques ni sexuels envers les enfants, pas plus que le fait d'être homosexuel ne constitue un passeport pour la pédophilie.  Trois événements récents m'ont cependant ébranlé dans mes convictions, et contraint à un examen plus approfondi de la question qui, jusqu'ici, me semblait aller de soi.

Deux lesbiennes et un garçon... manqué ?

C'est fou ce que les médias officiels sont pudiques sur ce type d'événements. Pouvez-vous m'en citer un au Québec qui ait fait état de cette nouvelle tout à fait déconcertante à l'effet qu'un couple de lesbiennes ait demandé et obtenu de la justice californienne de procéder au changement de sexe du garçon, maintenant âgé de 11 ans, qu'il a adopté ?  Oui, vous avez très bien lu. 

Une photo de famille qui respire 
la joie de vivre...
C'est toutefois par le Daily Mail que certains lecteurs ont pu apprendre que Thomas Lobel, le gamin en question, prendra bientôt des hormones afin de réfréner la progression de sa masculinité et qu'il devrait un jour passer au bistouri afin de subir une opération chirurgicale appelée vaginoplastie en vue de se faire enlever le pénis.  La raison ?  Selon les deux mères attentionnées, Pauline Moreno et Debra Lobel, le petit n'accepterait pas son identité, ni son corps de garçon, et se sentirait même une petite fille depuis toujours.  Il aurait même tenté  de mutiler ses parties génitales et préférerait porter des vêtements féminins.  Ces dames assurent, diagnostiques de psychiatres à l'appui, que Tammy - car c'est ainsi maintenant qu'il - ou elle ? - se nomme, risquerait d'attenter à sa vie une fois adolescent, s'il continuait à se voir privé d'un vagin bien à... lui. 

Il est difficile, voire impossible, de savoir en détail par quel audacieux processus psychiatres et parentes en sont venus à une conclusion aussi surprenante, ni comment un enfant aussi jeune puisse déjà se voir en mesure de prendre une décision si cruciale pour son développement, encore moins de concevoir comment deux présumées mères puissent se sentir suffisamment confiantes dans leur, oh pardon, dans le choix de leur rejeton de vouloir devenir fille au point de tout mettre en œuvre pour le concrétiser.  

Ces femmes sont-elles certaines que le petit n'est pas victime d'un mimétisme insidieux, qu'il ne tente pas de se conformer à des attentes non formulées que ses deux prétendues mères, malgré elles, auraient pu distiller en lui ?  Quelle perception des hommes Debra et Pauline ont-elles ?  Si elle était négative, se peut-il que le garçon puisse en arriver à renoncer à son identité masculine pour conserver l'amour de celles qui sont devenues son unique point de référence - et d'identification - à l'aube de sa jeune existence ?  Les psychiatres impliqués dans le processus transgénique ont-ils sérieusement considéré ces aspects cruciaux avant de donner leur aval à un projet aussi téméraire ?

Thomas, huit ans, 
et bientôt Tammy, 11 ans.
Si, comme c'est très possible, la décision est prématurée, Thomas-Tammy pourrait bien plus tard donner un sens nouveau à l'expression garçon manqué...  Gardons-nous cependant de considérer que ce danger d'une opération radicale et précipitée ne guette que les garçons ou que les enfants de couples lesbiens.  En Australie, une gamine de 12 ans s'était vue autorisée dès 2008 à changer de sexe contre l'avis de son père.  

La mère, dont on ne sait si elle est toujours en couple avec le père, un autre homme, une conjointe ou si elle est célibataire, a cependant eu le dernier mot, devant le tribunal de Melbourne : sa fille a pu subir, comme Thomas, après elle, un traitement hormonal afin de freiner sa puberté, avant de pouvoir recevoir des injections de testostérone aux trois mois.  Ce n'est pas avant 18 ans, donc bientôt, qu'elle pourra recevoir la greffe d'un pénis artificiel.  

Une question, comme ça : imaginons la même situation, mais avec une mère qui s'oppose et un père qui revendique le changement de sexe pour sa fille, ce dernier aurait-il eu gain de cause ?  N'aurait-on pas alors dénoncé, dans les médias officiels, le père indigne désireux de charcuter ainsi sa progéniture ?


De la sensibilisation au prosélytisme... 


Il est curieux de constater à quel point certains lobbies s'avèrent les premiers à reproduire à leur compte les travers qu'ils prétendent combattre.  Prenez le lobby lesbien, gay, bisexuel et transsexuel (LGBT), par exemple.  Non contentes de se plaindre, non sans raison, de la discrimination dont les minorités qu'elles représentent sont victimes, certaines associations militantes vont pourtant jusqu'à inverser les rôles et à présenter comme le mal absolu l'homme blanc hétérosexuel et de souche.  Les préjugés réducteurs jouent à la chaise musicale.

L'incohérence n'étouffe 
pas ces lobbyistes...
Comme un malheur, ou une imposture, ne vient jamais seul, le féminisme d'État appuie ces activistes, allant jusqu'à se prononcer contre la garde partagée tout en défendant le mariage gay et l'homoparentalité.  Si de telles positions ne révèlent pas que les parents homosexuels font, à leurs yeux, de meilleurs parents que les hétérosexuels de sexe masculin, je ne sais quelle évidence saura ouvrir les yeux du public.  Sous prétexte de revendiquer la tolérance, ne devient-il pas flagrant que l'on fasse la promotion d'un prosélytisme désireux de substituer l'homoparentalité à l'hétéroparentalité ?  
Un slogan, qui a fait récemment la une des médias français, est à cet égard révélateur : Mieux vaut une paire de mères qu'un père de merde !  Il faut le lire pour le croire.  Curieux, tout de même, qu'on n'ait pas mentionné les paires de pères... La question qui s'impose, devant pareille profession de foi, est la suivante : une couple homosexuel offre-t-il vraiment un environnement familial plus propice à l'épanouissement et au développement des aspirations légitimes d'un enfant qu'un couple hétérosexuel et ce, dans un milieu sécuritaire et harmonieux ?

Sans doute pense-t-on, chez ces esprits appelés à tort progressistes, que les parents homosexuels offrent des compétences plus pacifiantes et conciliatrices, par leur exemple même  ?  Statistique Canada fait tinter un tout autre son de cloche : Lorsqu’on examine plus particulièrement ceux et celles qui se sont dits gais, lesbiennes ou bisexuels, on constate qu’ils affichent des taux plus élevés de violence conjugale5,6 , que les hétérosexuels. En effet, 
15 %3 des gais et lesbiennes et 28 % des bisexuels3,7 ont déclaré avoir été victimes de violence conjugale par rapport à 7 % des hétérosexuels. Ces résultats concordent avec ceux de recherches antérieures (Cameron, 2003). 

Mais il y a pire, qui concerne les enfants, et cette citation me vaudra certainement l'accusation d'homophobe, puisqu'elle fait état d'un taux d'agressions sexuelles sept fois plus élevé  des agresseurs homosexuels que chez les agresseurs hétérosexuels, ce qui n'empêche pas qu'en nombre absolu, ces derniers soient plus nombreux.  C'est en proportion de leur population que les agresseurs homosexuels se... distinguent des agresseurs hétérosexuels.  Les enfants de sexe masculin resteraient, et de loin, leurs principales victimes, une réalité passée sous silence par nos Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (calacs) qui préfèrent ne voir de victimes que chez les femmes et les filles, malgré les scandales endémiques de pédophilie impliquant notamment le clergé catholique.


Des victimes ignorées...
Il ne faudrait pas passer sous silence les crimes de violence menant à la mort, comme celui, passé inaperçu de nos médias en 2006, mais publié dans The Star, journal sud-africain, de ce garçon âgé de quatre ans tué par une mère lesbienne parce qu'il refusait de l'appeler Papa.

Bien sûr, les couples hétérosexuels sont loin d'être tous sans reproche, mais avant de donner des leçon de vertu et de s'improviser autorité suprême dans l'art d'élever des enfants, le lobby LGBT aurait intérêt à s'informer sur ses propres réalités et lacunes.  Une telle démarche pourrait l'amener à une salutaire humilité.

Un loup dans la bergerie...

Voilà encore une manchette digne d'intérêt passée sous silence par nos médias.  Les faits, survenus il y a trois ans, n'ont été que très peu diffusés,  Figurez-vous que James Rennie, 38 ans, directeur très en vue d'une association LGBT écossaise, LGBT Youth Scotland, a été condamné pour pédophilie aggravée en décembre 2009.  Ce militant fervent - pour dire le moins - du mariage gay et de l'adoption pour ces couples, avait été arrêté pour avoir abusé sexuellement, notamment, du bébé d'amis qu'il connaissait depuis 15 ans.  L'enfant a été violé pendant trois ans dès l'âge de trois mois par le militant et ses crimes ont été diffusés par celui-ci auprès de ses complices, arrêtés eux aussi.  

Ce qui laisse un goût amer dans cette histoire, chez les militants sincères - je crois toujours qu'il y en a - du mariage gay et de l'homoparentalité, c'est d'apprendre que pareille crapule puisse avoir joué, par ses contacts avec des parlementaires écossais, et jusque avec Tony Blair lui-même, ancien premier ministre britannique, un rôle d'importance dans l'évolution du droit anglais et écossais vers la reconnaissance de l'adoption pour les couples du même sexe.  On ne peut imaginer pire porte-parole. 


Le lobby LGBT, avant les enfants ?

Malgré ces faits divers, je reste persuadé que l'union de couples de même sexe ne regarde qu'eux, et que s'ils tiennent à vivre celle-ci entre les liens du mariage, eh bien, grand bien leur fasse !  Je crois également que certains homosexuels possèdent des compétences parentales comparables aux plus doués parmi les hétéros.  Là où je ne marche plus, c'est dans l'absence de débat franc sur la question qui permettrait de baliser une initiative qui se prétend à tort progressiste, mais qui trahit de plus en plus un parti pris où les droits des minorités sexuelles l'emportent sur celles de l'enfant, comme si l'homoparentalité ne représentait non seulement une option valable, mais le choix optimal.  

James Rennie, leader LGBT pédophile.
Car enfin, quand, dans les échanges passionnés que la question de l'homoparentalité soulève, s'interroge-t-on sans parti pris, du côté du lobby LGBT, sur l'impact d'un tel choix de société sur l'avenir de nos enfants, qui représente celui de nos sociétés ?  Comment se fait-il que le simple fait de vouloir prévenir des dérives flagrantes comme celles de Thomas-Tammy, de l'infiltration d'individus sans scrupule, voire criminels, parmi les défenseurs de l'homoparentalité, de problématiques propres à l'homosexualité ou de la misandrie du lobby LGBT doivent immanquablement nous attirer des accusations d'homophobie, d'intolérance et d'arriération ?

Au Québec, le mariage gay et l'homoparentalité sont passés comme lettre à la poste, sans aucun débat.  Nous sommes si ouverts d'esprit.  Entre l'absence de débat québécois et le chantage à la culpabilisation français envers quiconque ose s'insurger ou seulement critiquer cette initiative, il ne se trouve aucun pilote dans l'avion.  Or le vol est en cours et l'avion pourrait bien, sans plan de vol, s'écraser.  Ce sont les enfants, indéniablement, qui seront les premières victimes du désastre.

jeudi 3 janvier 2013

Question-quiz : l'avortement selon le sexe existe-t-il au Québec ?

Je n'ai à ma disposition aucune étude, aucun article, aucun témoignage à   cet effet, mais je crois que, dans la société démocratique dans laquelle nous croyons vivre, la question se pose.  Évidemment, le simple fait d'aborder le sujet hautement émotionnel du libre-choix au Québec ou, comme la ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, a dû s'en rendre compte, au Canada, ne manque pas de remuer les passions et les estomacs. 

Rona Ambrose
La position d'Ambrose en a étonné plus d'un, pour ne pas dire plus d'une, alors qu'elle avait appuyé en septembre dernier la motion du député conservateur Stephen Woodworth qui visait à délimiter le moment où commence la vie humaine dans le sein d'une femme enceinte, alors que 203 députés avaient voté contre et seulement 91, pour. Même Stephen Harper avait rejeté la motion qui aurait pu mener à une réouverture du débat sur l'avortement, un sujet devenu sporadiquement explosif sur la colline parlementaire, depuis sa décriminalisation en 1988. 

Pourra-t-on toujours éviter ce débat ? 

Il importe, pour avoir une vue claire d'un sujet aussi controversé, d'établir que le Canada fait partie de la minorité des trois pays, les autres étant la Chine et la Corée du Nord, à n'avoir qu'un vide juridique pour toute législation sur l'avortement.  Ceci implique que chez nous, une femme peut décider, même une semaine avant son accouchement, de mettre un terme à sa grossesse,  intervention financée par le contribuable.  Dans ce cas précis, parlons-nous encore d'un foetus, ou d'un enfant à naître ?  Bien sûr, la popularité des conservateurs au Québec reste comparable à celle de Lise Payette auprès des hoministes, mais au delà du messager, le message du député d'arrière-banc Woodworth ne mérite-t-il pas d'être considéré pour ce qu'il est : un questionnement crucial et incontournable ?

Une autre question essentielle a été soulevée, devant le rejet de la motion : l'avortement sélectif ne trouve-t-il pas dans l'absence d'encadrement de l'IVG un terreau fertile à sa propagation ?  En Inde et en Chine, le recours systématique à cette pratique, pour des raisons dites économiques, les filles étant perçues comme des fardeaux familiaux à entretenir, a été dénoncée par nombre de féministes, avec raison.  Pourquoi ce qui est condamnable dans ces pays qualifiés de barbares et de rétrogrades deviendrait-il soudainement admissible dans notre pays si évolué ?

Des représentantes du CSF vers 1978.
Une photo digne d'un musée...
Comme piste de réponse, il importe de rappeler la tendance fortement patriarcale de ces États, alors qu'au Canada, les droits des femmes sont reconnus au point qu'au Québec, nous vivons au sein d'une société résolument matriarcale, renforcée par une féminisme d'État omniprésent au poids gouvernemental considérable, avec son désuet ministère de la Condition féminine chapeautant un larmoyant Conseil du statut de la femme et un plus que facultatif Secrétariat à la Condition féminine.  Des structures aussi dépassées qu'onéreuses.  N'est-il pas déconcertant d'envisager que l'avortement selon le sexe risque de se voir toléré au nom du droit absolu de la femme de disposer de son corps, défendu par les féministes ?

Les foetus masculins, moins tendance ? 

Quand on oppose au refus de reconsidérer le statut du foetus le risque de l'avortement sélectif au Canada, il est toujours exclusivement question des  filles, sans doute en lien avec certains extrémistes parmi nos communautés culturelles.  La communauté indo-canadienne a été à cet effet récemment pointée du doigt, sans toutefois s'attirer d'accusations formelles.  Et si, au sein de notre société féministe et matriarcale, c'était plutôt les gars qui risquaient de devenir les premières victimes de cette pratique sexiste et barbare ?  Avons-nous besoin de l'immigration pour compter parmi nous des extrémistes ?

Encore là, je n'ai aucune documentation à l'appui de mon hypothèse, mais j'imagine mal des chercheurs subventionnés par nos impôts mandatés afin de la valider, dans une société où seul le sexe féminin mérite ce genre de considération.    C'est un événement personnel qui m'a amené à me poser cette question :  les foetus masculins peuvent-ils se voir menacés d'IVG en fonction de leur sexe ?  Si oui, dans quelle proportion ?  Sans évoquer  l'hypothèse d'une épidémie androcide, une seule IVG pour le motif que l'enfant à naître n'est pas du sexe désiré, qu'il soit garçon ou fille, n'en demeure-t-elle pas une intervention injustifiable ?

Flashback interpellant

Mon fils, Jérémie, peu après sa naissance.
Allez savoir pourquoi, avant même qu'il soit question de la grossesse de ma conjointe d'alors, je savais que j'allais être père.  Pire encore, je savais que je serais père d'un garçon, ce qui arriva.  Faut croire que l'intuition n'est pas une prérogative exclusivement féminine...  Aussi, quand, à la suite d'un retard dans ses règles, ma conjointe, ayant passé un test de grossesse, découvrit qu'elle était enceinte, je fus ravi... mais nullement surpris.

Ce qui allait m'étonner, et pas en bien, c'est la réaction des gens à l'inévitable question : Espérez-vous un gars ou une fille ?  Moi, je restais intimement convaincu qu'un garçon allait naître.  Vous dire ma désolation devant l'accueil qui semblait se dessiner pour ma progéniture.  Je ne me rappelle pas un seul interlocuteur, pas un seul, qui m'ait dit : Moi, j'aimerais un gars.  Non, il était de bon ton de préférer une fille !  Je me rappellerai toujours  un grand dadais, flanqué de sa femme, me lancer un vibrant Moi, je préférerais une fille, avant d'adresser un regard niais à sa conjointe, l'air de dire Hein, Chérie, que j'ai donné la bonne réponse ?  Crétin...  Nul doute qu'un garçon ne mériterait pas un père pareil.

Or, même dans ma famille, dans ma belle-famille, sans compter chez ma propre conjointe et ma belle-fille, les voeux étaient unanimes : on espérait une fille !  Quel comité d'accueil attend mon gars ? ne cessais-je de me répéter.  Je me rappellerai toujours la réaction catastrophée de la future mère et de sa fille quand l'échographie confirma leurs pires appréhensions ainsi que ma profonde conviction : c'était un garçon !  Heureusement, la naissance d'un aussi bel enfant, portrait de son père, allait changer la donne.  En moins de temps qu'il n'en faut pour dire Oh qu'il est beau!, Jérémie, majestueux et rayonnant, mit tout le monde dans son sac.  Dès la  naissance, il semble qu'il n'y ait pas de limite à la magnanimité masculine...  Bon, j'exagère peut-être un peu.

Vouloir un gars en 2013, c'est out ?

Alors, vous me voyez venir avec mes gros sabots ?  Pour mignonne que puisse   sembler cette anecdote, du moins, dans sa conclusion, elle n'en pose pas moins un questionnement d'importance.  Devant l'impopularité des enfants à naître de sexe masculin, est-il si improbable que des parents ou des mères sans grand jugement en arrivent à préférer l'IVG à la naissance d'un enfant envisagé, pour une foule de mauvaises raisons, comme un encombrement, ou comme un individu de seconde classe, moins intéressant qu'une fille ?  Aujourd'hui, je regarde avec émerveillement mon garçon, et je ne peux m'empêcher de me demander s'il y en a pas eu, qui n'auront pas connu, comme lui, la chance de naître, faute de n'avoir pas été du bon sexe.  Si j'ai raison, je me demande s'il n'y en aura pas encore plus dans ce cas.  À quand, des réponses à ces questionnements ?