dimanche 17 avril 2016

À qui Trudeau doit-il demander des excuses pour la tragédie d’Air India ?

J’entends déjà nos inclusifs chéris s’écrier: « Il s’apprête à souffler sur les braises de l’intolérance… »  Vous l’aurez compris, l’attentat le plus grave de l’histoire canadienne ayant été perpétré par des terroristes sikhs a de quoi susciter à leurs yeux des soupçons d'amalgame révoltant avec l’ensemble de la communauté de même allégeance.  Il est inutile de tenter de faire comprendre à ces bien-pensants que tel n’est pas le but de cette chronique, ils sont déjà trop occupés à déchirer leur djellaba… 

Un avion devenu tombeau...
Wikipédia présente ainsi la tragédie : « 23 juin 1985, une bombe placée à bord du Boeing 747-200 d'Air India explosa détruisant l'appareil à 9 500 m d’altitude au-dessus de l’Atlantique, au sud de l’Irlande. Les 329 personnes à bord dont 80 enfants et 268 personnes de nationalité canadienne périrent dans l'attentat. C'est le cinquième accident d'avion le plus meurtrier de l'histoire de l'aviation et l'attaque terroriste la plus grave de l'histoire du Canada. » 

Si je traite d’un sujet aussi… explosif, c’est que des personnes se sont demandé, à l’annonce de notre bienveillant premier ministre de présenter des excuses officielles pour l’incident du Komagata Maru, s’il ne devait pas aussi en demander pour la tragédie d’Air India.  Rappelons que l’événement maritime survenu en 1914, mettant en cause des autorités fédérales, a affecté une majorité de Sikhs, parmi 376 passagers, qui s’étaient vus refuser d’aborder au Canada, les forçant ainsi à retourner dans leur pays. 

Dans le cas du Komagata Maru, Justin Trudeau est légitimé de présenter des excuses officielles étant donné que l’impair, dont les conséquences ont été pourtant bien moins graves que celles de la tragédie d’Air India, a été commis par des autorités représentant le gouvernement canadien.  Avait-il pour autant besoin de se ridiculiser, un turban sur la tête et arborant des poses tantriques, en participant à une cérémonie qui ne le concernait pas, au mépris de toute dignité identitaire ?  Bien sûr que non. 

Dans le cas d’un attentat terroriste commis par des Sikhs, à qui devrait-il cependant demander des excuses ?  À la communauté sikh ?  Au gouvernement indien, qui regroupe la plus grande concentration mondiale de Sikhs et qui, nous le verrons plus loin, a tout fait pour prévenir l'attentat ?  Au Pendjab, dont les terroristes en question sont soupçonnés d’avoir revendiqué l’indépendance ?  À moins de plaider la thèse des coupables par association, on voit bien qu’une telle revendication ne tient pas la route, mais… 

La tragédie aurait-elle pu être évitée ?


Manon Cornellier
Dans une phase particulièrement inspirée, Manon Cornellier a signé en 2007 un article assez remarquable et étoffé sur la catastrophe aérienne, qui met en lumière une probable culture de l’incompétence et du camouflage de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du Service canadien du renseignement secret (SCRS) qui s'est manifestée après l’explosion : 


« L'enquête criminelle, elle, piétine. Un premier suspect, Inderjit Singh Reyat, est condamné à dix ans de prison en 1991 pour le meurtre de deux bagagiers japonais tués ce même 23 juin à l'aéroport Narita. Ce n'est cependant qu'en 2000 que Ripudaman Singh Malik et Ajaib Singh Bagri sont accusés du meurtre des 329 passagers. L'année suivante, Reyat est accusé à son tour. Ce dernier plaide coupable en 2003 à une accusation de meurtre et d'aide à la fabrication d'une bombe. Il est condamné à cinq ans de prison.

« Le procès des deux autres accusés démarre en avril 2003. Commence alors une litanie de gaffes, d'erreurs et d'omissions. On apprend que des enregistrements de conversations téléphoniques ont été détruits, des filatures interrompues, des avertissements négligés. Le 16 mars 2005, Malik et Bagri sont acquittés. Les familles des victimes sont catastrophées. »

En 2006, les conservateurs, ployant sous les pressions, lancent une enquête publique, que les autorités ont tenté par tous les moyens d’étouffer.  On découvre des pistes menant à des terroristes revendiquant l’indépendance du Pendjab et que de nombreux appels du gouvernement indien, tentant d’alerter GRC et SCRS de leurs menaces envers des intérêts indiens au Canada, sont restés lettre morte.  Les autorités canadiennes savaient pourtant que des terroristes sikhs sévissaient sur notre territoire, sans s’énerver davantage.  En désespoir de cause, le gouvernement indien envoie même ses propres agents au Canada. 

Cornellier précise : « Air India, de son côté, apprend que ses avions sont dans la mire des terroristes.  Les menaces sont sérieuses. Chaque fois, elle alerte les autorités canadiennes.  En juin 1985, les menaces se précisent, mais la GRC, qui demande une évaluation indépendante du SCRS, ne lui fournit pas l'information transmise par Air India. On conclut qu'il n'existe pas de menace spécifique. On accepte quand même d'augmenter la sécurité à Toronto et à Montréal pour surveiller le vol hebdomadaire d'Air India. »  C’est aussi tragiquement ridicule que ça en a l’air…

Comment ça, pas de menace spécifique ?

Mais les gaffes ne s’arrêtent pas là.  Des mois auparavant, un informateur de police, un policier municipal de Vancouver et un diplomate ont confirmé les appréhensions d'Air India en faisant part d’informations sensibles à la GRC à propos d’un complot visant à faire sauter un avion de cette compagnie, rien de moins !  Réaction de la GRC : inertie obstinée…  Pour tout arranger, un nommé Serge Carignan, ancien policier, avait été dépêché pour inspecter l’avion fatidique avec un chier renifleur. Il arrive après son décollage…

Justin Trudeau
À l’énoncé d’une telle avalanche de bavures, il y a de quoi se demander, sans boutade facile, s’il y a un pilote dans l’avion à la GRC et au SCRS.  Comment expliquer une aussi affligeante suite de bourdes ?  Comment se fait-il que cette tragique nomenclature ne soit pas davantage connue ?  La tragédie de Polytechnique, ayant mené au meurtre sordide de 14 jeunes filles, a fait bien davantage couler d’encre que la mort évitable de 329 personnes, dont 80 enfants. 

Un article datant de l'an dernier nous informe... qu'une enquête, apparemment fort complexe, effectuée par les instances mêmes qui ont permis la commission du pire attentat terroriste de notre histoire, est toujours en cours.  Rassurant non ?  Ça fait à peine 30 ans que ce cirque dure...  L'enquête va aboutir prochainement, c'est certain !  

Trop de questions restent à ce jour sans réponse, mais on peut désormais répliquer à celle-ci : à qui donc Justin Trudeau doit demander des excuses pour la tragédie d’Air India ?  Cette citation de Martin Luther King pourrait lui offrir des éléments de réponse : « Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui. »  Cet adage pourrait aussi lui offrir des éléments de réflexion sur ses propres agissements...

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