vendredi 22 octobre 2010

DVD, versions françaises et... loi 101 ?

S’il existe des débats publics qui finissent par surprendre par leur ampleur, il en est d’autres dont l’absence m’étonnera toujours.  Parmi ceux-là, dans un contexte où le français en Amérique du Nord et même, en Europe, faiblit et que neuf francophones sur dix vivront désormais en Afrique, la raréfaction progressive, au Québec, des DVD anglophones dotés d’une version française pourtant existante mériterait davantage qu’on s’y arrête.

Je tiens à préciser que je suis moi-même assez habile avec la langue de Shakespeare – encore meilleur avec celles de Bush et de Harper – et que je préfère regarder un film anglophone dans sa version originale.  Comme je suis un homme très familial – je ne fais pas ici allusion à mon gabarit - et qui, même avec des amis, ne déteste pas regarder un bon DVD, je me heurte fréquemment au problème de renoncer à voir un film intéressant avec ces êtres chers, parfois unilingues francophones, simplement parce que la version française, pourtant disponible en Europe, ne l’est pas au Québec.  Alors que jadis, TOUTES les versions francophones VHS de ces films étaient offertes sur le marché, cette situation est-elle bien normale ?

Nous avons pourtant chez nous une ministre qui voulait franciser les jeux électroniques, qui ne touchent pourtant pas un public aussi vaste que celui des consommateurs de films, mais pour qui la question des DVD ne semble pas se poser.  Il faut dire que rien n’énerve la ministre St-Pierre, qui prétendait il y a à peine quelques années que le français n’était pas menacé à Montréal, quitte à dissimuler une étude de l’Office québécois de la langue française qui prouvait exactement le contraire.  Elle vient d’ailleurs, en bâillonnant l’opposition, d’ouvrir la porte aux écoles passerelles qui permettront aux plus fortunés d’inscrire leur enfants aux écoles anglaises.

J’aurais l’impression d’être le seul à trouver menaçant pour ma langue ou à tout le moins, frustrant sur le plan pratique, de découvrir de plus en plus de versions unilingues de films intéressants, si je ne captais pas fréquemment les commentaires frustrés de consommateurs, invoquant les mêmes raisons.  Quand est-il question de ce problème grandissant dans les médias ? Jamais.

Il existe par ailleurs une forme de snobisme ou d’insouciance crasse chez certains vidéophiles du type « Pour moi, l’anglais n’est pas un obstacle, alors… » ou « Je préfère l’authenticité de la version originale, donc… »  J’ai des nouvelles pour eux : moi aussi.  Ça ne m’empêche pas de considérer comme un droit fondamental et non négociable de pouvoir me procurer des versions françaises des films que je désire, pour les raisons citées plus haut, mais aussi parce que j’exige d’être respecté en tant que francophone par les compagnies états-uniennes, britanniques, canadiennes anglaises et autres qui sollicitent ma clientèle. 

Ne pas m’offrir cette possibilité élémentaire, alors que je fais partie d’une minorité dont la culture, la langue et l’identité doivent faire l’objet d’une vigilance constante, c’est me manquer de respect, ainsi qu’à mon peuple.  Les producteurs et distributeurs de films nord-américains devraient y réfléchir à deux fois, alors que de plus en plus de consommateurs contrariés commandent leurs films à Paris.  Bien sûr, il y a les frais d’expédition, mais le coût unitaire des films, généralement plus bas qu’au Québec, compense en partie cet inconvénient.  Restera à dézoner son lecteur, qui ne pourra sinon jouer ces DVD, une opération possible pour un grand nombre.  Les directives sont généralement disponibles sur la Web. 

Le jour où les distributeurs verront leurs profits diminuer à l’avantage de leurs succursales européennes, sans doute feront-ils eux-mêmes pression auprès des producteurs pour qu’ils prennent en considération le respect du français au Québec.  C’est toujours quand on lui fait mal au porte-feuille que la libre entreprise se sensibilise aux questions identitaires ou humanitaires…

2 commentaires:

Sherlock Holmes a dit…

Je suis assez d'accord avec cet article. Je suis moi-même francophone puisque je vis dans le sud de la France. Je suis aussi une grande fan de VO sans pour autant être totalement bilingue. Je tente de m'améliorer en anglais constamment. Mais je suis consterné par l'absence de version française de certains bijoux (oui même en France). Je suis une grande fan de séries anglaises peu connues dans mon pays mais qui ont tout de même leurs petites communautés de fans francophones ("Doctor Who" par exemple et plus récemment "Sherlock".)et il se trouve que les dvd français sortent très tardivement (parfois une bonne année après la diffusion de la série au royaume-uni) voir jamais. Et je ne parle même pas des diffusions à la TV française. Donc nous sommes nombreux à nous reporter sur les dvd anglais qui, avouons-le, sont souvent beaucoup plus soignés (bonus en pagaille, posters, etc...) que leurs équivalents français. Dvd anglais qui sont malheureusement toujours dépourvus de sous-titres français. Autant dire qu'il vaut mieux peaufiner son anglais pour ne pas être frustré.

Olivier Kaestlé a dit…

Et moi qui croyait la France épargnée... Je dois vous dire malgré tout, si ça peut vous consoler, que j'achète la plupart de mes DVD dans votre pays, le choix demeurant nettement plus vaste qu'au Québec, où sévit un gouvernement peu préoccupé du respect de la langue française. Imaginez : la ministre responsable jugeait plus urgent de franciser les jeux électroniques, qui s'adressent à un public plus ciblé, que d'imposer les versions françaises pour les DVD, comme du temps des VHS. Lente érosion du fait français ? Heureusement, il y a l'Afrique...