lundi 11 octobre 2010

La FFQ veut encore nous faire marcher…

C’est reparti pour un tour.  Dix ans après la dernière marche des femmes, organisée par Françoise David, à l’époque présidente de la Fédération des femmes du Québec, cet organisme a décidé de remettre ça.  Je me rappelle qu’en 2000, alors travailleur et militant du milieu communautaire, j’avais une perception enthousiaste, pour ne pas dire naïve, de cet événement qui cristallisait à mes yeux un féminisme porteur de changement social, qui transcendait, tout en en tenant compte, la condition féminine, pour considérer les gens moins nantis, sans égard au sexe, à l’âge, à la race ou au statut d’emploi.  À cette époque, les féministes ne pouvaient faire une phrase sans le mot « partenariat », adressé à la gent masculine.  Qu’elle est loin, cette période !

Pour les signes religieux ?

C’est la première fois que la FFQ fait à nouveau parler d’elle de façon notable depuis sa malencontreuse prise de position l’opposant à l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique, attitude dénoncée, avec raison, par de nombreuses personnalités et représentants des mouvements pro laïcité.  On voit mal comment le hijab, symbole par excellence de l’oppression dont les femmes musulmanes sont victimes, puisse être toléré sous prétexte de favoriser leur insertion sociale, alors qu’il a l’effet exactement contraire en les ostracisant.  Il est étonnant de constater que le Conseil du statut de la femme, pourtant né sur l’initiative de la FFQ en 1973, préconise au contraire l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique.  Des fonctionnaires seraient-elles plus revendicatrices que les militantes ?

Au-delà du hijab, la menace, pour l’égalité homme femme, de l’extrémisme religieux, qui monopolise de plus en plus l’espace public, ne semble pas avoir suscité dans le mouvement féministe, FFQ en tête, de dénonciation ferme et résolue.  Tout au plus l’actuelle présidente, Alexa Conradi, s’est-elle prononcée contre le niqab et la burqa, ce qui est la moindre des choses.  Il n’y a rien là qui me motive à marcher aux côtés de défenseures de positions aussi minimales qu’hésitantes.

Nos filles sont intelligentes !

Le discours strident et néo victorien sur l’hypersexualisation me donne par ailleurs de l’urticaire.  Bien sûr, le corps de la femme est encore utilisé à toutes les sauces et souvent de façon dégradante.  Mais prendre nos adolescentes pour des êtres inconsistants qui, sous l’influence maléfique des médias et d’Internet, risquent de distribuer des fellations afin de favoriser leur intégration scolaire, c’est leur manquer tout simplement de respect, en leur niant tout jugement et toute estime personnelle.

Plusieurs intervenants ont dénoncé un tel discours, qui pourrait bien d’un autre côté semer la confusion chez les jeunes filles entre pulsions sexuelles normales et hypersexualité.  Bref, on condamnait jadis la sexualité féminine selon des dogmes judéo-chrétiens, on le fait maintenant en fonction d’un discours alarmiste tenu par celles-là mêmes qui prétendaient soustraire les femmes à la culpabilisation des curés.  Je ne marcherai pas davantage pour ça.  

La faute des gars

Alors que, depuis plus de 35 ans, les lieux d’apprentissage scolaire ont été aménagés en fonction des besoins spécifiques des filles, la FFQ, notamment sous Michèle Asselin, présidente sortante, a préféré stigmatiser le manque de motivation des garçons pour expliquer leur problème de décrochage.  On rend ainsi des enfants et des adolescents du « mauvais » sexe premiers responsables de la faillite d’un système marqué par une réforme calamiteuse. 

Ce discours rejoint aussi celui du Conseil du statut de la femme, qui incrimine également les pères soi-disant absents et les stéréotypes sexistes.  Par l’aveuglement volontaire qu’il implique, en banalisant les failles de notre système scolaire, un tel propos contribue déjà à hypothéquer des générations de jeunes dont le principal tort aura été de naître gars.  Leur sous-représentation au niveau universitaire est à cet égard probante.  Non seulement je ne marcherai pas pour ça mais là, vraiment, je décroche !

N’ayons pas peur de la page noire

La pire page de l’histoire du féminisme québécois a été écrite par la FFQ et une quinzaine d’instances féministes au lendemain du dépôt du rapport Rondeau, en 2005, quand ces dames ont riposté avec un mémoire intitulé Comment fabriquer un problème, rien de moins[1]

Rappelons que, pour la première fois, une recherche, produite par le gouvernement du Québec, reconnaissait des problématiques spécifiquement masculines et le fait que les hommes pouvaient avoir des problèmes similaires aux femmes.  On y constatait qu’eux aussi souffraient de stress, de violence, de pauvreté, de toxicomanie, de dépression et que les ressources pour leur venir en aide étaient nettement insuffisantes.  On soulignait de plus un manque de réceptivité ou de sensibilisation chez les intervenants chargés de leur venir en aide.  On ne précisera jamais assez que les besoins en santé et en services sociaux des hommes sont onze fois moins financés que ceux des femmes.

Invoquant de prétendus vices de méthodologie, nos intellectuelles de gauche sont montées aux barricades afin de « dénoncer » le « mythe » d’un mal de vivre masculin.  Bel élan de solidarité, beau sens du « partenariat ». 

Croyez-vous un seul instant qu’autant de féministes se soient mobilisées en aussi grand nombre pour des raisons idéologiques, elles qui ne se regroupent plus que pour dénoncer des pubs de bière, et encore ? 

Une seule motivation est à l’origine d’un branle-bas de combat aussi spectaculaire : le fric, et que le fric.  Au sein d’un État encore très interventionniste, reconnaître des problématiques sociales implique d’en financer les solutions.  À tort ou à raison, les prédateurs naturels de subventions que sont les groupes et instances féministes ont redouté que pour habiller André, l’on déshabille Johanne.  Leur numéro d’indignation outragée a porté fruit : depuis leur intervention, le rapport Rondeau est tabletté.  Chapeau, les filles !

Cet épisode à lui seul suffirait à justifier ma désaffection définitive de toute initiative de la FFQ.  Pour cette raison et toutes celles énumérées plus haut, si cet organisme veut cette fois encore me faire marcher, il pourra toujours courir…



[1] Voici les autres signataires de ce moment d’anthologie : Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine,
Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes - Université Laval,
Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail,
Fédération de ressources d’hébergement pour femmes violentées et en difficulté au Québec,
Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées au Québec,
 
Institut de recherches et d’études féministes (Université du Québec à Montréal),
le Regroupement de femmes de l’Abitibi-Témiscaminque,
L’R des Centres de femmes du Québec, 
Relais-Femmes,
Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale,
Réseau québécois d’action pour la santé des femmes,
Regroupement Naissance-ReNaissance,
Regroupement des groupes de femmes de la région 03 (Portneuf-Québec-Charlevoix),
Regroupement québécois des CALACS (centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel),
Table des groupes des groupes de femmes de la Gaspésie et des Iles,
Table des groupes de femmes du Bas Saint-Laurent.

4 commentaires:

Bisbille 101 a dit…

Ne pas oublier ici le gros mensonge relatif aux 300 000 femmes battues au Québec à chaque année ! voir à ce sujet http://t.co/eoUCrsQ

Olivier Kaestlé a dit…

En effet, un classique du genre, cette fausse statistique, grâce à laquelle une conjointe peut faire arrêter son homme sur demande, qu'elle soit agressée ou non, avec garantie d'impunité si elle ment, soi-disant pour protéger les victimes éventuelles. Qui a dit que la présomption d'innocence était à la base de notre système judiciaire ?

Martin a dit…

Très agréable de vous lire Mr.Kaestlé. Je vois que par votre implication passé dans l'univers social vous êtes très bien documenté et poussez plus loin beaucoup de positions que je partage sans pouvoir les développer plus sans expérience personnelle dans le milieu.

Olivier Kaestlé a dit…

D'après ce que j'ai pu lire de vous, vous vous débrouillez très bien, expérience ou pas. Lâchez pas. Plus nous serons à nous poser les mêmes questions et à dénoncer les mêmes incuries, plus nous contribuerons à faire avancer les choses. Merci de votre commentaire.