vendredi 5 novembre 2010

Le tango des marionnettes

J’avais annoncé, dans ce blog, que j’allais traiter des porte-parole orientés en coulisse par de plus ou moins subtils marionnettistes.  Je tiendrai parole, mais un événement imprévu m’oblige à lui donner préséance, tout en restant dans le sujet.  Dans ma dernière chronique, j’émettais l’hypothèse que, par Françoise David interposée, Amir Khadir pouvait en mener large, au plan de l’orientation idéologique, à la FFQ.  Je le soupçonnais, et le soupçonne toujours, de sympathies inavouées, m’appuyant sur un passé et des fréquentations pour le moins questionnables. 

Le « non-problème » d’Amir Khadir

Un nommé Christian Dubois, représentant M Khadir, et qui travaille avec lui à l’Assemblée nationale, a pris la peine de commenter mon texte et d’y apporter des faits supplémentaires.  Il m’écrit que Khadir a condamné à plusieurs reprises les extrémistes religieux et a présenté plusieurs motions à l’Assemblée nationale dénonçant les exactions du régime théocratique qui sévit dans son pays d’origine, l’Iran, incluant une motion en vue de sauver deux femmes menacées de lapidation.  Tout ça est fort bien et tout à l’avantage de M Khadir.  Gageons toutefois que les hauts dirigeants iraniens ne doivent pas souffrir d’insomnie à l’idée de se voir accusés par l’Assemblée nationale et par lui.  Il serait toutefois mesquin de ne pas reconnaître cette contribution qui, ajoutée à d’autres, peut en effet faire une différence.

Mais là où les positions de M Khadir me laissent un arrière-goût, c’est dans le flou artistique qu’il maintient, au point où ses propos évoquent le double discours.  Un esprit retors – pourquoi pas le mien - pourrait lui trouver des affinités tactiques, j’espère lointaines, avec un certain Tarik Ramadan qui, tout en clamant son appui à l’émancipation des femmes musulmanes, s’affiche mollement en faveur d’un moratoire… sur la lapidation, quand il devrait condamner cette ignominie avec vigueur.

Sans qu’il montre une incohérence aussi criante, le porte-parole de Québec solidaire fait preuve d'une curieuse attitude.  D’une part, il affirme que le voile est un symbole archaïque de soumission auquel il mettrait le feu, mais d’autre part, il ajoute que le niqab est un « non-problème » au Québec et que, mis à part ce cas extrême, tout ce qui peut contribuer à accommoder les musulmans « de bonne foi » dans la vie civile doit être tenté.  Comme si ce laxisme ne représentait pas une porte ouverte à des abus entraînant une approche cas par cas fastidieuse et corrosive pour notre tissus social. 

Après le psychodrame de Naema, une thérapie de groupe publique de musulmanes portant niquab et burka à Montréal, en passant par un jugement ontarien désastreux sur le port du niqab en cour, et qui pourrait faire jurisprudence au Québec, voilà un « non-problème » qui, ma foi, ne brille pas par la discrétion…  À propos, M Gagnon, la position de Québec Solidaire sur la récente sortie de la FFQ sur le niqab en garde familiale, au risque de perturber les tout-petits, c’est quoi ?

Christine St-Pierre : un parcours « calacstrophique »

Un ami me reprochait récemment d’avoir fait de Mme St-Pierre l’une de mes têtes de turc favorites.  Je dois confesser ma viscérale aversion pour le personnage, d’un opportunisme grossier, d’une malhonnêteté balourde et d’une vacuité sociale irritante.  En clair comme en obscur, je ne l’aime pas.

Manipulatrice accomplie, comme son parcours politique déplorable l’a prouvé, alors qu’elle prétendait le français bien portant à Montréal tout en dissimulant une étude de l’OQLF énonçant le contraire, Mme St-Pierre a démontré qu’elle pouvait se révéler par ailleurs manipulable.  Si elle avait œuvré au sein d’un gouvernement responsable, la ministre de la Condition féminine aurait dû démissionner pour avoir manœuvré en 2008 l’opinion publique au profit du Regroupement québécois des Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. 

Maxime Bernier, à la même époque ministre fédéral des Affaires étrangères, avait de son côté dû quitter son poste pour avoir fait preuve d’une naïveté certaine en s’entichant d’une courtisane au passé douteux qui voulait le convaincre d’avantager la firme qu’elle représentait pour l’obtention d’un contrat auprès du ministère des Transports.  Pour tout arranger, il devait oublier chez elle des documents confidentiels.  Bernier avait cependant refusé d’intercéder en faveur de son amante, ce qui entraîna leur rupture et les « révélations » médiatisées que l’on sait.  On peut certainement reprocher à cet homme d’avoir manqué de jugement, qui justifiait son renvoi, mais pas d’avoir été malhonnête dans cette affaire.

Mme St-Pierre, ancienne journaliste d’expérience, ne pouvait ignorer quant à elle l’invalidité du sondage qu’elle a frauduleusement travesti en statistique officielle voulant qu’une femme sur trois serait un jour victime d’une agression sexuelle, lors d’une campagne médiatique onéreuse.  Quatre ans plus tôt, le Regroupement des CALACS utilisait la même fausse « donnée » chiffrée lors d’une campagne de désinformation analogue.  Peu après celle de St-Pierre, le même regroupement applaudissait à l’octroi d’un montant de 60 millions $ pour un programme d’intervention auprès des victimes d’agressions sexuelles.  On ne peut être contre la vertu, mais aucune noble cause ne légitime d’aussi basses manœuvres sans reddition de compte.  Au PLQ, apparemment, c’est possible…

Quand Pauline décroche de nos garçons…

Probablement seule politicienne à n’avoir pas reconnu l’échec de sa réforme, malgré les chiffres consternants du décrochage encore aggravé des garçons, Pauline Marois devait tenir, il y a quelques années à peine, un discours dont l’orientation ne laissait aucune place au doute sur sa conception des moyens à prendre.  Loin de remettre en cause le système scolaire, Mme Marois, alors critique en matière d’éducation dans l’opposition, expliquait la piètre performance des garçons par leur manque de motivation, les pères absents et les stéréotypes sexistes.  La vie peut être si simple, quand on ne la complique pas trop…

Imaginez l’effet stimulant de tels propos sur un gouvernement qui, de toute façon, n’a pas l’intention d’intervenir, sans doute manœuvré par les mêmes ventriloques.  Où donc, au fait, ai-je déjà entendu pareil discours ?   Sans doute préoccupé par son mandat de protéger, quoi qu’il en coûte, les acquis académiques de nos filles, le Conseil du statut de la femme a toujours exprimé des points de vue en tous points identiques.  Pensez-vous que c’est Marois qui influence le CSF, ou que nos garçons verront sous peu la lumière au bout du tunnel ?  Moi non plus…

Dansons, joue contre joue…


Comme des danseurs gracieux, qui évoluent deux par deux, certaines de nos vedettes politiques et sociales donnent l’impression de se mouvoir selon leur rythme, jusqu’à ce qu’une déclaration impromptue permette d’entrevoir, au cours d’un brusque pivotement, celui qui mène vraiment le bal, joue contre joue avec elles…

1 commentaire:

Olivier Kaestlé a dit…

Concernant la dérive de Mme Marois sur le décrochage des garçons, le PLQ ne fait pas meilleure figure. Devant des chiffres désastreux rendus public récemment, Jean Charest n'a rien trouvé de mieux que de rendre cette fois les parents responsables de la situation. Nos garçons ne sont pas tirés d'affaires...