samedi 26 mars 2011

Leçon de vie d’un père judiciairement harcelé

Depuis que je tiens ce blog, j’ai été choyé par plusieurs participations dignes d’intérêt.  Bien sûr, personne ne peut faire l’unanimité, mais la plupart de ceux et celles qui ne partagent pas mes points de vue ont jusqu’ici su exprimer leurs divergences dans le respect des différences.  Je leur en suis reconnaissant.  Il arrive parfois que certaines interventions se démarquent d’autres, au point où le commentaire devient littéralement une seconde chronique, juxtaposée à la mienne.  Loin de le ressentir cet état de fait comme une concurrence, je suis ravi de ces apports qui contribuent à rendre ce blog plus intéressant. 

Aujourd’hui, j’ai décidé de donner la parole à l’un de ces commentateurs hors du commun, qui a laissé le témoignage qui suit à la fin de ma dernière chronique, parue ailleurs que dans ce blog.  Il y était question de la pénible expérience de Jean-Charles, un – autre – père luttant au fil des ans pour assurer une vie décente à ses enfants et à lui-même, malgré une ex-conjointe envahissante et vindicative et les nombreux obstacles mis sur sa route par la DPJ et le système policier comme judiciaire.


Je ne vois pas comment j’aurais pu passer cette contribution sous silence.  J’ai donc décidé de la partager avec vous.  L’auteur, qui a signé sous le pseudonyme de « Sauvé », est un père qui, lui aussi, a traversé l’enfer de la judiciarisation de son divorce.  Je n’en écris pas plus.  Lisez plutôt.

Monsieur Kaestlé, 

La judiciarisation, une cause de suicide ?
Je suis de tout coeur avec vous. J’ai été témoin à moult reprises de ce type d’abus, où l’homme en mangeait toute une.  Ce type de rupture dont vous parlez, ces accusations et ce contrôle sur les enfants sont crucifiants. Ce fut certainement l’épreuve la plus difficile de toute ma vie. Et fort de mon expérience, voici ce que j’ai appris : 

« Nous attirons notre bourreau ou notre victime. » Plus nous prenons responsabilité dans notre devoir de trouver et de garder la paix en nous (en dépit des accusations mensongères, des manipulations, des aliénations faites aux enfants, etc), moins nous devenons sujets à cette méprise par l’autre.  Plus nous devenons libre. 

Nous n’offrons plus de résistance et à un moment donné, l’adversaire s’épuise à ne plus avoir de réaction de l’autre. C’est probablement le message qu’a voulu nous transmettre ce grand maître lorsqu’il nous invita à offrir l’autre joue.   Avec la bonne approche, notre bourreau devient notre professeur du moment, jusqu’à temps où nous ayons enfin compris de quoi il en relevait. L’autre ne nous affecte plus. 

Et puis oui, vous avez raison, c’est probablement l’un des plus grands défis qu’un être humain puisse vivre. Ne plus résister et enfin pardonner et aimer...  pas évident, surtout dans un système qui se trouve à des millions d’années lumières de cette réalité.   Mes bonnes pensées sont pour Jean-Charles, ces enfants, et surtout pour cette mère, qui est probablement profondément malheureuse, si elle ne s’est pas encore sortie de cette dynamique. 

Au Québec, 9 800 hommes sont arrêtés chaque année sans motif 
puis relâchés le lendemain.
J’ai aussi été témoin de nombreuses injustices par la cour et le corps policier qui de facto, condamnaient le père suite aux fausses accusations de la mère. Dans un cas, c’était la violence, dans l’autre c’était la pédophilie (eh oui !!), dans l’autre, la torture psychologique. Ces hommes furent complètement détruits. Certains n’en pouvant plus, ont mis fin à leur existence. Fort des statistiques sur le suicide des hommes au Québec, j’ose espérer que les juges prennent aujourd’hui des distances avec leurs réflexes initiaux. 

Cela étant dit, je m’encourage de cette heureuse expérience avec ce juge qui m’a inspiré à rester dans l’honneur. C’est ce juge qui, dans son écoute et son affabilité, m’a permis de cesser de me considérer comme une victime et un indigné. Je me suis assumé peu importe ce que l’autre faisait ou ne faisait pas. Et c’est à partir de ce moment-là, que j’ai commencé à respirer et à devenir plus libre. Sans un mot dire pendant des années, et à force de changer mes pensées noires pour de plus lumineuses, je sentais bien que quelque chose se transformait dans ce mystérieux monde des événements. Et puis un jour, qui vois-je à ma porte ? Mes enfants ! Ils se rappelèrent ce qu’ils avaient vraiment vécu avec leur papa, et ils revinrent au bercail partager à nouveau de bons moments avec lui.  Quelle joie je peux ressentir en écrivant ces lignes ! Mais ce fut difficile, très difficile, j’en conviens.

Un père et ses enfants.
Toujours est-il que ce système de Justice est notre reflet, et que si nous voulons des changements profonds qui apportent la paix et surtout du bien pour les enfants, nous devons retourner à nous-même et aux causes profondes qui ont permis que nous attirions ce bourreau ou cette victime dans notre vie. 

Il est grand temps que les hommes puissent se donner les moyens de mieux partager entre eux autour d’autres choses que d’une bière dans une brasserie. C’est peut-être une idée dont le temps est venu, sait-on jamais :) 

Sauvé 

Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter à pareille leçon de vie, de dépassement de soi et de sérénité conquise au prix de mille luttes.  Je suis persuadé que ce témoignage contribuera à soutenir de nombreux hommes, enfants et nouvelles conjointes à traverser cette véritable épreuve du feu qu’est devenu pour un trop grand nombre la judiciarisation des ruptures.  En attendant et surtout, en militant en vue de changements devenus impératifs et essentiels qui devront être appliqués à notre système judiciaire, le témoignage de ce père nous rappelle que les plus grandes révolutions commencent de l’intérieur.  Après seulement, la collectivité peut s’éveiller.

8 commentaires:

Malthus a dit…

J'adore mon samedi. C'est généralement ma dernière journée au boulot mais, surtout, presqu'à coup sur, c'est le jour ou Olivier ensemmence son blog d'un nouvel article.
Le commentaire de Sauvé m'a profondément touché, je dois l'admettre. Non pas parcequ'il est un homme qui s'est fait passer dans la Machine A Broyer Des Hommes - Dieu sait que mon empathie est grande pour ces pauvres bougres- mais plutot parcequ'il en est ressorti plus fort, plus serein. Parcequ'il a su trouver une paix intérieure, une ataraxie, qui fait si cruellement défaut à la plupart des pères confrontés à cette même machine.
C'est, de loin, un des plus beaux messages qu'il m'ait été donné d'entendre sur cette question depuis... depuis que je m'y intéresse, à dire vrai.
Avec votre permission, j'aimerais le reproduire dans mon blog (http://antifeminismeselonmalthus.blogspot.com/) si vous n'y voyez pas d'inconvénient. Ce genre de témoignage vaut la peine d'être diffusé au grand vent. Qui sait- peut-être empêchera t-il un homme de se mettre une balle dans la tête après s'être posé la question ''A quoi bon continuer?'' et n'avoir rien pu trouver comme réponse...
Incidemment, Sauvé, sachez que les hommes se parlent de plus en plus; que l'internet et son anonymat permettent aux hommes qui doivent être "toughs et de-briques" dans la société de tous les jours de briser ce moule stéréotypé et de s'ouvrir un peu, de parler des choses qui les tiennent vraiment à coeur.
La brasserie est définitivement passée date :)

Olivier Kaestlé a dit…

En effet, Malthus, on peut passer à de vrais dialogues sans le prétexte de la bière, quoiqu'une bonne bouffe entre amis délie toujours les langues et suscite souvent des confidences dont on ne se serait jamais cru capable.

Oui, mon ami, diffusez cette merveilleuse histoire vraie et sentie sur votre blog. Il est essentiel que de tels témoignages redonnent espoir au trop grand nombre qui ne croit plus en la Justice. Et comment les en blâmer ?

J'essaie de trouver des récits porteurs de sens comme celui-là parce qu'ils sont indispensables. J'espère que le témoignage de Sauvé suscitera des leçons de vie similaires. Dieu sait que plusieurs ont besoin de telles contributions. Salutations.

Sébas a dit…

Avez-vous lu les commentaires ici?

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2011/03/27/001-james-engagement-paternel.shtml?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter#commentaires

Sébas a dit…

Ouf ! Que ce "Sauvé" a de la sagesse à revendre !!!

Je partage entièrement ses idées... et une -grande- partie de son vécu/cheminement.

Sébas a dit…

Et ça aussi je trouve que c'est très "sage":

... Le témoignage de ce père nous rappelle que les plus grandes révolutions commencent de l’intérieur. Après seulement, la collectivité peut s’éveiller.

-Olivier Kaestlé

***

Si les "gars" pouvaient utiliser leur propension à "compétitionner" pour se surpasser en sagesse... ben notre monde changera de tout au tout.

Sébas a dit…

"changerait du tout au tout."

Olivier Kaestlé a dit…

En bien, Sébas, les commentaires que vous m'avez indiqués sur l'annonce de Mme James m'ont paru bien réalistes. C'est cool cette reconnaissance, mais où va-t-on avec 50 000 $. C'est tout au plus un salaire de coordonnateur... Et le reste : frais fixes, loyer, chauffage, papeterie, etc.

Moi aussi le témoignage de Sauvé m'a bouleversé, cette fois agréablement. J'entends tellement d'histoires d'horreur vécues par les pères et ex-conjoints, que cette expérience de vie, qui traite pourtant des mêmes dérives, m'a ragaillardi.

Vous dites : "Si les "gars" pouvaient utiliser leur propension à "compétitionner" pour se surpasser en sagesse... ben notre monde changerait de tout au tout." C'est bien vrai. On a beau dénoncer les dérives du féminisme dominant, il est important de reconnaître la part de responsabilité qui nous incombe. Ça également, c'est de la sagesse...

SAGReiss a dit…

Nous sommes tout a fait d'accord. Le roman d'aujourd'hui (et j'utilise le mot roman par pure convention) n'as pas un auteur, une langue, une ordre de sequence. Il s'ecrit en toutes les langues par tout le monde, diagonal und raaadikal.