vendredi 17 juin 2011

1 femme sur 4 agressée sexuellement : une énigme statistique

Une question claire; des réponses confuses...
Je clôturais ma dernière chronique de mardi par un questionnement tout simple que j’avais adressé aux 24 Centres d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALACS) du Québec, à savoir de quelle source précise leurs porte-parole se réclamaient pour affirmer qu’une femme sur quatre avait été victime d’une agression sexuelle.  Ayant posé ma question vendredi, vers 16h30, je leur ai donc laissé un délai raisonnable d’une semaine, soit jusqu’à ce vendredi, 16h30, pour me donner une réponse simple à cette question on ne peut plus claire. 

Devinez quoi ?  sur 24 Calacs interrogés, à peine quatre ont daigné me répondre.  C’est pourtant sur cette statistique extraordinaire que ces « intervenantes » se fondent pour affirmer la nécessité de défendre les femmes agressées – mais pas les garçons – et de subventionner toujours davantage leurs services.  Le moins que l’on pourrait exiger d’organismes aussi substantiellement financés par l’État, c’est que leurs représentantes sachent au moins de quoi elles parlent et puissent étoffer leurs dires par des chiffres convaincants, puisque c’est la carte statistique qu’elles jouent.

Au cas où je serais soupçonné d’indélicatesse dans le libellé de ma question, voici un copié-collé de mon envoi :

À qui de droit,

J'aimerais connaître la source exacte de votre statistique à l'effet qu'une femme sur quatre sera un jour victime d'une agression sexuelle.

Merci à l'avance de votre collaboration.

Olivier Kaestlé

Question trop compliquée, peut-être ?
Me semble que l’énoncé est clair.  J’ai bien spécifié « source exacte ».  J’ai beau me dire qu’avec toutes les victimes dont elles disent s’occuper, leurs moments libres doivent être rares, mais quand même, ces militantes doivent bien pouvoir trouver deux minutes pour me donner la réponse qu’elles devraient toutes connaître par cœur, tellement le caractère dramatique de la statistique invoquée et sa fréquence dans leur discours a de quoi retourner les esprits.

Le Calacs de l’Estrie, celui-là même qui vient pourtant de donner une conférence de presse le 3 juin dernier en invoquant « une femme sur quatre » ne m’a jamais répondu.  Selon les quatre réponses reçues, il semble qu’il n’y ait pas vraiment concordance avec « une femme sur quatre » à laquelle trois Calacs ont préféré « une femme sur trois », sans expliquer la raison de ce penchant.  Serait-ce parce que c’est le seul chiffre qui puisse être rattaché à une source officielle, à défaut d’être crédible ?

Rappelons qu’il faut reculer jusqu’en 1993, dans l’Enquête sur la violence envers les femmes, pour retracer cette « statistique » voulant qu’une femme sur trois sera un jour agressée sexuellement.  On y retrouvait une définition surdimensionnée, débordant largement le cadre du code criminel, où les gestes déplacés étaient mis sur le même pied que les viols et les attouchements non sollicités.  C’est cette source vermoulue, datant de près de 20 ans, que le Calacs de Granby m’a fournie.

On navigue d'étonnement en étonnement...
Contesté de toutes parts, ce chiffre n’a jamais été confirmé par aucune étude subséquente, ce qui n’a pas empêché le Calacs de Maniwaki de me donner cette nouvelle « source » : Ministère de la Sécurité publique 2006, Les agressions à caractère sexuel au Québec, Statistique 2004.  D’abord impressionné, je suis allé vérifier… à la source.  Savez pas ?  Je n’y ai jamais découvert de « une femme sur trois », ni sur quatre, d’ailleurs. 

Quant au Calacs 09, il n’a rien trouvé de mieux que de me référer à un document confectionné par ses soins présentant la statistique si dramatique… avec la même source erronée et une autre en prime : Orientations gouvernementales en matière d’agressions sexuelles, du ministère de la Santé et des Services sociaux, 2001.  Nouvelle vérification : nouvelle absence d’« une femme sur trois » ou sur quatre.  Il y a une explication à tout ceci à la dernière section de cette chronique.

Seul organisme à ne pas renier « une femme sur quatre », le Calacs de Trois-Rivières m’a donné pour référence : Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme.  Me semble que j’avais précisé « source exacte ».  Pas de référence rattachée à un rapport, à un auteur, à une année… rien !  Au fait, saviez-vous que l’organisme fédéral cité par ce Calacs est celui-là même à qui l’on doit la fraude du « 300 000 femmes chroniquement battues au Québec » ?  Rappelons que cette « statistique » est dérivée de l’historique « une femme sur dix battue au Canada », publié par ledit Conseil, à propos de laquelle son « auteure », Linda MacLeod, avait confessé en 1994 qu’elle ne reposait que sur des perceptions on ne peut plus subjectives.  Toute une référence !

Une question imprudente et voilà ce qui arrive...
Toujours sans citer leur source, le Regroupement québécois des Calacs, dans un document de 1993 remis à jour en 2000 et intitulé « Les agressions sexuelles : ça suffit ! », s’en tient à « une femme sur quatre », sans qu’il soit clairement indiqué que l’on parle du Québec ou du Canada.  Or, dès 2000, les Calacs avaient manifesté leur préférence pour « une femme sur trois ».  Êtes-vous mêlés ?  Moi aussi, mais quelque chose me dit qu’il ne faudra pas compter sur les représentantes de ces organismes pour avoir une vision plus claire des choses, à supposer qu’elles en aient une elles-mêmes, ce dont j’avoue douter de plus en plus.

Une ministre qui a fait ses preuves…

Pourquoi suis-je toujours porté à suspecter Christine St-Pierre, ministre de la Condition féminine, chaque fois que je détecte une anomalie statistique récente quant à la violence faite aux femmes ?  Figurez-vous que, à l’occasion de sa dernière campagne contre les agressions sexuelles, est reparue la fameuse « femme sur trois », assortie d’autres statistiques surannées tout aussi spectaculaires.  Voici l’hyperlien gouvernemental : 


Or, ce topo intitulé « Des chiffres qui parlent. » pourrait se voir rebaptiser « Un gouvernement qui ment. », car il renvoie aux deux études déjà mentionnées par les deux Calacs cités plus haut et dont j’inclus ici les hyperliens :


Une ministre aussi inénarrable que facultative.
Si vous trouvez la mention « Une femme sur trois » dans ces deux documents, je vous invite à m’en indiquer la page dans la section « commentaires » de cette chronique.  Il faudra bien sûr le faire en utilisant les hyperliens officiels ci-joints et aucune autre « variante»…  Si comme moi, vous ne trouvez aucune trace de cette « femme sur trois », vous aurez de bons motifs de vous demander comment une ministre, doublée d’une ancienne journaliste chevronnée de 30 ans d’expérience, a pu commettre pareil impair sans s’en rendre compte.  Si Radio-Canada doit s’ennuyer d’un tel modèle éthique…

11 commentaires:

JB a dit…

Cette statistique est calculée à partir des Enquête sociale générale de Statistiques Canada. Il s'agit essentiellement de sondages auprès de la population canadienne.

Lire:
http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/061002/dq061002a-fra.htm
http://www.statcan.gc.ca/pub/85f0033m/85f0033m2008019-fra.pdf

Olivier Kaestlé a dit…

Je viens de parcourir vos documents, JB : toujours aucune trace de la statistique à l'effet qu'une femme sur trois ait été victime d'une agression sexuelle après 16 ans au Québec. Merci quand même.

Bisbille 101 a dit…

Les élucubrations statistiques émanant de la pléthore d'organismes communautaires solidement accrochés aux mamelles de l'État providence n'impressionnent plus personne. Mais, lorsqu'il s'agit de faire pleuvoir des sous dans la cagnotte, ces militantes aveuglées par leur idéologie perverse savent rivaliser d'imagination. Ce qui étonne davantage, c'est de constater la complicité tacite des élus devant tant d'imposture. A titre d'exemple, les militants regroupés au sein de la défunte Coalition pour la défense des droits des hommes du Québec ont eu l'occasion à 2 reprises d'interpeller les parlementaires en commission parlementaire afin de dénoncer la justice sous influence telle que pratiquée au Québec. http://bit.ly/gwW2e1 & http://j.mp/e1metU
Lors de la présentation de février 2008, aucune question ni de la part de l'opposition, ni de la part du gouvernement ne fut posée à la fin de l'exposé.
En outre, depuis 2004, nous sommes officiellement informés que le fameux chiffre emblématique de 300 000 femmmes battues chaque année au Québec relevait au mieux de l'imagination fertile de certaines activistes. Il n'en demeure pas moins que cette statistique erronée servit de justificatif pour faire adopter sans la moindre discussion la fameuse « politique d'intervention en matière de violence conjugale » ceci afin d'enrayer le fléau inexistant. Maintenant que nous sommes informés, qu'attendent donc les parlementaires pour corriger le tir et répudier cette politique qui rappelons le contrevient à toutes les dispositions législatives en la matière, à commencer par la présomption d'innocence. Il serait grand temps de rappeler ces élus qu'il est nécessaire parfois de reprendre contact avec la réalité !

Olivier Kaestlé a dit…

Bien dit, Bisbille. Voilà qui prouve à quelle vitesse on peut s'enliser dans l'erreur et combien difficile devient la remontée vers le bon sens et un véritable esprit de justice.

Grâce au lobby féministe, la duplicité tient lieu d'évidence, la manipulation, de démonstration, les larmoiements, d'argumentaire, la coercition, de mesures d'urgence et la condamnation sans preuve, de sanction juste et équitable.

Si seulement les médias pouvaient faire leur travail correctement. Il faudra encore des blogueurs comme vous et moi pour sonner l'alarme à leur place.

Dom Béland a dit…

bon... tu risque d'avoir un peu plus d'achalandage a ce post car je l'ai référencé dans le hashtag twitter #agressionnondénoncée

J'ai essayé de trouver les résultats de cette enquête de 1993mais je ne trouve que le questionnaire. Dans celui-ci on retrouve des questions portant sur le fait d'avoir été IMPORTUNÉ. Je présume qu'il a été interpreté comme étant avoir été AGRESSÉE.

J'aimerais bien voir où on trouve cette définition de l'agression sexuelle dans cette étude.

Olivier Kaestlé a dit…

@ Dom Cette statistique à l'effet qu'une femme sur trois sera un jour agressée sexuellement n'existe tout simplement pas, comme le prouve ici Jean-Pierre Gagnon, de l'Après-rupture.
https://www.youtube.com/watch?v=GUE0d2dUgr8

Gilbert a dit…

Et maintenant, voilà tous les hommes, et non pas un sur trois ou sur quatre, qui deviennent des agresseurs, avec ces affiches qui se sont propagées en moins de 24 heures sur pratiquement tous les poteaux de mon quartier et ailleurs en ville aussi. Voir
http://ontwatch.wordpress.com/affiches/

Olivier Kaestlé a dit…

La vue de ces posters se passe de tout commentaire... J'imagine des garçons, enfants ou ados, devant pareille démonisation de leur sexe...

Anonyme a dit…

Pour comprendre pourquoi ces organismes communautaires dits de défense de droits et/ou de bienfesance sont si vites sur le piton. Je vous invite à faire une recherche sur leur financement publique auprès des paliers de gouvernements.

http://www.cra-arc.gc.ca/chrts-gvng/lstngs/menu-fra.html

Mme Nano a dit…

Voici des stats, on peuty lire clairement que environ une victime sur 6 est un homme.

http://www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca/fr/mieux-comprendre/statistiques.php

C'est un début, et il m'a fallu 30 seconde pour trouver.

Et un autre gros 30 secondes pour trouver ça...1 femme sur 3

http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sociaux/agression_sexuelle/index.php?des-chiffres-qui-parlent

Olivier Kaestlé a dit…

@ Mme Mano Malheureusement, vos « statistiques », si gouvernementales soient-elles, ne valent rien. Dans le premier cas, on présente comme des agressions avérées ce qui n'est est fait que des signalements, qui peuvent naturellement être faux.

Quant à vos deuxième source, elle cite des chiffres sans en mentionner la source première. Les présumées sources mentionnées ne font que reprendre aveuglément des données beaucoup plus anciennes forgées de toute pièce en 1993, quand les groupes féministes ont envahi Statistique Canada, en niant, bien sûr, la réalité de la violence conjugale subie par les hommes et en contaminant la cueillette de données de leur idéologie victimaire.

Christine St-Pierre, alors qu'elle était ministre à la condition féminine a reconnu en 2008 que la présumée statistique de une femme sur trois était en fait tirée d'un sondage de perception Ipsos Reid effectuée auprès de 803 citoyens.

Meilleure chance la prochaine fois, Mme Mano...