samedi 6 avril 2013

France 2, une télé... guidée par Patrick Jean ?

Il y a quelques semaines, un militant de longue date des droits des pères m'informe par courriel qu'une journaliste de France 2, une nommée Nathalie Sapena, veut l'interviewer sur la condition masculine à la suite d'un événement qui a fait la manchette en France au cours duquel deux pères ont revendiqué leurs droits - bafoués, affirment-ils  - envers leurs enfants, au sommet d'une grue.  Mon correspondant semble inquiet, redoutant que ses propos ne soient récupérés de façon à le faire passer pour un homme des cavernes d'extrême droite qui milite pour un retour du patriarcat oppresseur envers les femmes, et qui célèbre, comme il se doit, la Saint-Marc-Lépine, chaque 6 décembre, pour commémorer dans l'euphorie le massacre de 14 jeunes filles à Polytechnique.  

La cause des hommes, selon France 2.
Tel est le refrain à la mode entonné jusqu'ici dans les médias, plus récemment en France, sous la baguette du docu-menteur Patrick Jean, auteur du long-métrage féministe intitulé La domination masculine, qui serine sur toutes les tribunes qui lui sont offertes son concerto ordinaire sur le complot patriarcal, en victimite majeure. Selon cet idéologue à gogo, le masculinisme, né au Québec en 1989, est devenu une telle menace que ce James Bond d'opérette, après avoir infiltré, au péril de sa sécurité personnelle, l'antre de douteux activistes montréalais, redoute maintenant de succomber, s'il remet le pied en sol québécois, sous les balles d'une milice armée masculiniste, désireuse de lui rentrer sa duplicité dans la gorge.  Ajoutons à ce portrait peu reluisant que M Jean considère les masculinistes comme paranoïaques...

Malgré ce contexte calamiteux, je conseille à mon interlocuteur de tantôt de faire parler les faits, les chiffres, les études, comme il en a le talent, et de mettre les émotions de côté.  Il me rétorque qu'il a connu de mauvaises expériences par le passé et qu'il craint d'en ajouter une nouvelle.  Il décide, afin de montrer que la défense de la condition masculine intéresse plusieurs personnes au discours argumenté et crédible, de référer des noms de militants et d'organismes, parmi lesquels Lise Bilodeau, présidente-fondatrice de l'Action des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ), ainsi que votre humble serviteur.  

Quelques jours après, Lise Bilodeau m'informe que je devrais avoir des nouvelles de Mme Sapena.  Cette journaliste affirme de son côté à mon interlocuteur qu'elle ne cherche à piéger personne, ni à faire la promotion de quelque idéologie que ce soit, sans doute par souci d'objectivité et de respect du droit légitime du public à l'information, bien entendu.  

Allo, allo, allo...

Nathalie Sapena, journaliste ?
Le lendemain, au retour du travail, je trouve sur mon répondeur un message (numéro confidentiel) dans lequel une voix féminine au très fort accent français, répète : Allo, allo, allo, avec une diction qui n'est pas sans rappeler Peter Sellers dans le rôle de l'inspecteur Clouseau, en version originale anglaise.  Ça commence bien, me dis-je, à propos d'une journaliste incapable de s'identifier correctement, comme tout professionnel le ferait.  

Dans les jours qui suivent, six mars, je reçois ce courriel de Mme Sapena : Bonjour.  Je vous contacte sur les conseils de X (mon correspondant), car je prépare un reportage pour l'émission Complément d'enquête sur France 2 un reportage (sic) sur la place des hommes dans la société, et j'envisage d'aller faire un tour au Québec, qui me semble plus avancé en matière de réflexion sur ce sujet.  J'aimerais beaucoup discuter avec vous si vous êtes disponible.  Très cordialement

Je réponds que je suis ouvert et lui laisse mes coordonnées téléphoniques.  Elle me répond le lendemain : Je vous appelle aujourd'hui dès que le décalage horaire me le permet.  Cordialement.  La nuit tombée, aucune nouvelleConstatant, dans les jours qui suivent, que des messages presque monosyllabiques apparaissent de temps à autre sur mon répondeur, tandis que je suis au travail et, pour être certain cette fois que la journaliste me rejoigne, je lui donne le 13 mars par courriel mon numéro de cellulaire.  

M Kaasteul... M Kaasteul... M Kaasteul...

Malgré cette précaution, je retrouve par la suite d'autres tentatives sur mon répondeur résidentiel, cette fois avec une voix masculine, qui m'interpelle : M Kaasteul... M Kaasteul... M Kaasteul... Décidément, à France 2, la présentation, c'est pas leur tasse de thé...  Chez nous, les journalistes savent au moins leur nom.  Le 18 mars, je relance Mme Sapena, lui réexpédiant par courriel mon numéro de cellulaire.  Le lendemain, elle m'écrit qu'elle me téléphonera le soir même, dès son arrivée à Montréal.  Le soir même, cette fois encore, aucune nouvelle.  

C'est à mon travail, tandis que je m'occupe de patients psychiatrisés, heureusement cette fois tranquilles, qu'elle me téléphone le lendemain, 20 mars.  Elle s'informe sur mon engagement dans la cause des hommes, sur ma profession et me pose quelques questions qui démontrent un certain intérêt pour le sujet qu'elle doit traiter, avant de s'informer sur le chemin pour se rendre dans mon patelin, Trois-Rivières, et de me dire qu'elle me rappellera le lendemain.  Ce fut la dernière fois que j'eus des nouvelles de cette journaliste... par elle-même.

Le lendemain, c'est Lise Bilodeau qui m'apprend que ma rencontre, comme la sienne, ont été annulées en raison... d'un bris de caméra.  Imaginez une journaliste, qui arrive à grands frais de France, et qui se laisse arrêter par semblable détail.  La prendriez-vous au sérieux ?  Ce problème n'a pourtant pas empêché Mme Sapena de réaliser une entrevue à Montréal avec Daniel Laforest, de Fathers4Justice. Lise Bilodeau avait cependant tout organisé pour recevoir dignement la journaliste, au cours d'un buffet avec des membres de son association et d'une rencontre avec la station FM 93. 

Lise Bilodeau, de l'ANCQ.
Pas plus de professionnalisme que de savoir-vivre à France 2, donc, mais ce n'est pas tout.  Au début de la semaine suivante, j'apprends, toujours par Lise Bilodeau, que, non seulement Mme Sapena a finalement dégotté une caméra fonctionnelle, mais qu'elle était le samedi même à Trois-Rivières pour rencontrer des membres du Réseau Hommes Québec... Nul doute que ces hommes étaient des interlocuteurs aussi valables que moi, mais pourquoi une telle comédie pour en arriver là ?  Et Lise Bilodeau qui n'a jamais été interviewée...

Mon correspondant avait raison...

Imaginez la qualité des efforts d'investigation de France 2 avec un titre pareil : La croisade des "masculinistes"... La présentation annonçant le reportage de Mme Sapena aurait pu être rédigée par Patrick Jean lui-même : Il y a aussi ces hommes qui se revendiquent comme anti-féministes. Leur mouvement est né au Québec, dans les années 90. On l'appelle le masculinisme. Des hommes qui dénoncent la domination des femmes. Au XXIe siècle, ils n'hésitent pas à réclamer le droit au retour de l'ordre ancien, celui où les femmes étaient soumises aux hommes…  À noter la finesse des caractères gras, sans lesquels le public habituel de France 2 risquerait de ne pas saisir ces enjeux cruciaux, on s'en doute...

Mme Sapena ne voulait piéger personne, naturellement, avec ce portrait du Québec, qui, selon ses propres dires, lui semble plus avancé en matière de réflexion sur ce sujet (la place des hommes dans la société).  Soulignons la mention qui suit cette introduction foireuse, qui démontre à quel point le discours est orienté : En plateau, l'invitée est Safia LEBDI, conseillère régionale EELV (Europe Ecologie - Les Verts), féministe, fondatrice de Ni Putes, Ni Soumises, soutien des Femen, groupe contestataire féministe d'origine ukrainienne.  Aucune mainmise féministe sur l'information en France, dites-vous ?  Récupération, quand tu nous tiens...

Et c'est reparti pour un tour avec Marc Lépine...

 Une icône de la mythologie féministe.
Comme s'il existait un lien évident entre la condition masculine, ceux qui la défendent et la violence faite aux femmes, Mme Sapena et ses complices, Antoine Husser et Vincent Gobert, nous resservent le plus éculé des clichés de la mythologie féministe : Polytechnique et Marc Lépine.  Cet événement est célébré, faut-il le préciser, non pas par des masculinistes attardés, mais par des féministes radicales hostiles aux hommes dont l'attitude des plus fanatiques peut encore se voir résumée par cette formule désormais historique : En chaque homme sommeille un Marc Lépine.

La première moitié du reportage avait pourtant bien démarré, avec une approche presque humaine des hommes dits roses et de la réalité des pères privés de contact avec leurs enfants.  Les porte-parole trifluviens, filmés au cours d'un activité dans une cabane a sucre, sont présentés de façon un rien condescendante mais sympathique, tandis que Daniel Laforest et Andy Srougy, des Fathers4Justice, semblent à un moment très émus par leur situation.  

Polytechnique vient tout gâcher, avec, notamment, une entrevue de la sœur de l'une des 14 victimes, dont les commentaires, qui auraient été à leur place dans un documentaire sur le sujet, détonnent et choquent au cours d'un reportage sur la place des hommes, comme si la violence meurtrière en constituait un passage obligé.  Le problème, dans cette optique, n'est nullement la personne interviewée en soi, mais le choix éditorial de fort mauvais goût de l'avoir présentée dans un tel contexte.

S'ensuit la rituelle entrevue avec la mère du tueur de masse, qui n'apportera toujours aucune réponse à son geste insensé et, heureusement, le mot de la fin laissé à Daniel Laforest, qui dénoncera la récupération idéologique du massacre.  Mais le mal est fait, et Polytechnique restera gravé dans l'esprit du téléspectateur français moyen.  Reste à savoir si le public de l'hexagone, aux prises avec des porte-parole féministes nettement plus agressifs dans l'espace public que les nôtres, au Québec, se montrera réceptif à cette nouvelle dérive.  

L'amour hétéro, cauchemar féministe ?
Il est permis d'en douter, après la réaction du peuple français à cette goutte qui pourrait faire déborder le vase, soit le mariage pour tous et, surtout, à sa corollaire, l'homoparentalité, qui semble indiquer un ras le bol difficile à passer sous silence. Une telle attitude populaire pourrait bien traduire une volonté qui n'a que peu à voir, comme les idéologues féministes cherchent à nous le faire croire, avec le rejet homophobe ou le retour des femmes vers l'âge de pierre.  Cette volonté pourrait au contraire refléter l'affirmation de la nécessité de balises tenant compte d'une nature humaine qui ne relève nullement de conditionnements sociaux, mais bien de ce qu'il existe de plus inné chez les hommes comme chez les femmes.  

Aucune idéologie ne peut durablement se substituer à cet incontournable état de fait.

14 commentaires:

Patrick Guillot a dit…

Nathalie Sapéna m'avait contacté avant de partir chez vous, et, au bout de 45 minutes d'entretien, m'avait dit qu'elle comprenait désormais beaucoup mieux notre cause. Je pense qu'elle était sincère, mais qu'en même temps, de son point de vue professionnel, je ne l'intéressais pas, car je ne correspondais pas au PRODUIT qu'elle recherchait, c'est-à-dire à un-masculiniste-au-couteau-entre-les-dents. Un "produit" qui fait monter l'audimat.

Je pense qu'elle est partie chez vous pour trouver ce "produit" (dont vous êtes censé être la maison-mère), mais qu'elle l'a cherché en vain. Ce qui explique ses atermoiements avec vous ou Lise Bilodeau : elle a dû deviner que vous ne tiendriez pas les propos misogynes qu'elle souhaitait, et elle a renoncé. Mais de plus, elle est revenue bredouille de ses entretiens avec les autres militants qu'elle a rencontrés. C'est pourquoi elle a été contrainte de se reporter sur Marc Lépine, mort depuis 24 ans.

A mon sens, ce qu'il faut garder de tout ça, et crier bien fort, c'est qu'une équipe de télévision d'une grande chaîne française, qui s'était mise en chasse avec de gros moyens, a été incapable de dénicher un seul "masculiniste", ni dans son propre pays, ni au Québec. Et qu'elle n'a découvert que des hommes en quête d'identité, et des pères avides de contact avec leurs enfants.

Ce qui représente tout de même une forte démonstration a contrario...

Olivier Kaestlé a dit…

Merci, Patrick, pour ces informations qui confirment ce que je pensais, à savoir que les dés étaient pipés dès le début. Je suis heureux de constater que notre journaliste, au service du sensationnalisme plus que du féminisme, soit rentrée bredouille, ce qui démontre qu'il y a une limite à vouloir contorsionner la réalité en vue de correspondre avec une idéologie déviante.

Anonyme a dit…

Ce qui revient à dire que les femmes comme elle minimisent les vraies douleurs des hommes qui se voient privés de la garde-partagée ou non de leur enfant, divorce, fausses accusations, frais d'avocat, etc, etc..., pour ne rechercher que les gros drames sensationnalismes comme Lépine, etc... Non seulement Lépine a été un tueur, mais il fait profiter le système féministe monétairement et historiquement. Il y a pas à dire: elles sont vraiment fortes. Serge

Unknown a dit…

Bonjour,
Même démarche en France auprès de Nicolas Moreno, l'un des papas grue, et auprès de moi, sa mère, ainsi qu'auprès d'un autre papa, qui avait soutenu les deux papas "grue" à Nantes. Il semble que le fait que ces papas revendiquent pacifiquement leur droit à l'égalité parentale ne soit pas assez médiatique pour qu'ils témoignent. Nous avons bien senti que la journaliste investiguait pour se mettre à tout prix sous la main un masculiniste forcené en France pour assimiler le mouvement des pères français à un mouvement masculiniste. Nicolas Moreno devait être invité à l'émission, mais son invitation a été annulé pour laisser la place à la co-fondatrice du groupe Femen en France.

Olivier Kaestlé a dit…

Très juste, Serge, après la fumisterie des 300 000 femmes chroniquement battues au Québec, Marc Lépine a été sans contredit le plus important facteur de rentabilité des féministes québécoises. On peut dire qu'il représente le point culminant du temps des fêtes féministe, qui débute chaque année le 25 novembre, avec la journée de lutte contre la violence faite aux femmes. Pour les hommes, plus de 73 % des victimes d'homicides au pays, continuer le massacre... En attendant, le chiffre d'affaire des groupes féministes atteindrait plus de 600 M $...

Olivier Kaestlé a dit…

@ Unknown Très instructif, votre point de vue, qui démontre une fois de plus la malhonnêteté de France 2 et de sa journaliste. Je ne suis pas étonné que, comme Lise Bilodeau et moi, vous ayez été écartés, M Moréno étant perçu comme un homme au propos modéré.

Anonyme a dit…

Ce reportage est un patchwork sans queue ni tête, rapiécé de dernière minute qui ne doit même pas déclencher l'enthousiasme chez les nouvelles féministes fashionistas.
Rien à dire de plus si ce n'est ce climat nauséabond de parti pris systématique des chaînes généralistes.

Olivier Kaestlé a dit…

Le reportage était pourtant bien parti, mais le dernier tiers a trahi les intentions des auteurs, soit de présenter la cause des hommes comme tributaire d'une culture de la violence allant jusqu'au meurtre de masse. Le segment sur Polytechnique était sans conteste déplacé et insidieux.

Anonyme a dit…

Merci pour vos articles ! on n'aurait besoin de d'homme comme vous en politique pour défendre les droits des pères et de la famille

Olivier Kaestlé a dit…

Merci à vous. Je ne serais pas à l'aise en politique, en raison du principe de la ligne de parti avec lequel je ne me sentirai jamais complètement solidaire, et à cause du fait que trop peu de partis politiques défendent la cause des hommes. Mais ça commence timidement...

Anonyme a dit…

Faites une video youtube demontrant justement le parti pris des medias explicitement.
Les medias sont peut etre puissants dans la propagande, mais Internet est une excellente alternative.
Les medias sont d ailleurs pour la censure du net afin de se taper leur soupe nauseabonde et leurs poncifs

Olivier Kaestlé a dit…

Pas de doute que, sous le fallacieux prétexte qu'il ne faut pas laisser les amateurs se prendre pour des pros comme eux et induire le public en erreur, plusieurs journalistes aimeraient bien nous museler, alors que nous faisons trop souvent la preuve de leur incompétence et de leur aveuglement volontaire.

Giorgio Guido a dit…

malgres ce reportage sur france 2 l,affaire marc lepine reste totalement inconnue en france et n,as eue aucun impact sur l,opinion en france !!!!

Olivier Kaestlé a dit…

Une bonne nouvelle, si vous voulez mon avis...