mardi 4 août 2015

Le mythe incroyable des insultes ne visant que les politiciennes…

Depuis toujours, les hommes politiques sont la cible de propos déjantés allant de l’allusion ironique à l’insulte véhémente en passant par les attaques personnelles sur leur intégrité. Jean Lesage, Camille Samson, Robert Bourassa, Pierre Eliott Trudeau, Robert Steinfied, et combien d'autres ont été les têtes de turc des Cyniques et d’autres humoristes de leur génération, sans compter de nombreux Bye Bye. 

Qui a jamais insulté Lucien Bouchard ?...
Et que dire de René Lévesque, ostracisé par les siens à l’époque du « beau risque » de Brian Mulroney, de Jacques Parizeau, copieusement injurié par la presse anglo-canadienne jusque sur son lit de mort, ou de Lucien Bouchard, traité de tous les noms après avoir quitté les conservateurs pour fonder le bloc québécois. 

Quand a-t-on dit que Lévesque et Parizeau avaient été insultés parce qu’ils étaient des hommes ? Quand a-t-on plaint Bouchard d’avoir essuyé pareilles bordées d’injures pour la même raison ? Pourtant, quand Belinda Stronach avait quitté elle aussi les conservateurs, cette fois ceux de Stephen Harper, pour les libéraux de Paul Martin, nombreuses ont été les âmes chagrines à s’offusquer des inévitables insultes que sa décision allaient lui attirer. « On ne dirait jamais ça à un homme », s’offusquaient niaisement certains. Aujourd’hui, tout le monde a oublié Mme Stronach, mais on insulte encore de temps à autre Lucien Bouchard.

Et que penser de ce gag qui accable toujours Jean Charest depuis dix ans ?  Faites l'expérience d'aller dans Google taper " mouton insignifiant " ou même seulement " insignifiant " et jugez par vous-même...

La réalité, c’est qu’on invective les hommes politiques depuis si longtemps et si férocement qu’on ne le remarque plus. Ça fait partie des traditions politiques.  Et la grande majorité d'entre eux, faisant preuve de réserve et de détachement, ne se sentent pas obligés, comme certaines, de déchirer leur chemise sur la place publique à la moindre plaisanterie déplacée.  Il y a là une leçon de stoïcisme et de vie à retenir...

Si vous n’aviez pas le sens de l’humour…  


Si vous voulez vous diriger en politique, attendez-vous à entrer dans une arène impitoyable où rien ne vous sera épargné, que vous soyez un homme ou une femme. Si vous n’êtes pas prêt à faire face à la musique, restez chez vous, faites du tricot, des mots croisés ou de la peinture à numéros, c’est aussi simple que ça. Cet univers dur et implacable n’est pas fait pour vous. 

Ainsi Catherine Fournier, nouvelle venue en politique et candidate du bloc québécois dans Montarville, vient de perdre une excellente occasion soit de se taire, soit de s’affirmer de façon intelligente et assurée.  Au lieu de ça, elle a préféré se ridiculiser en s’offusquant d’une plaisanterie vulgaire, certes, mais si insignifiante qu’on s’empresse de passer à autre chose ou d’y répondre avec esprit et décontraction quand on en devient la cible.  Mme Fournier s’est ainsi permis une crise de prima donna qui ne moussera en rien sa crédibilité, sauf auprès de bienpensants aussi faciles à scandaliser qu’elle…  

Le Journal de Montréal relate ainsi « l’incident » :

« Dans un gazouillis s’attardant à une capture d’écran tirée d’un reportage de Global TV, l’abonnée @brrreaking_news a lancé que la candidate semblait prête à faire tomber son string pour Gilles Duceppe tant elle semblait en pâmoison devant le politicien. Elle a également glissé que le pouvoir de Duceppe semblait être un aphrodisiaque pour la candidate.

En plus de reprendre la blague sur son compte, le lecteur de nouvelles - qui est aussi humoriste à ses heures - a répondu à l’intervenante qu’il trouvait son commentaire hilarant et qu’il s’était passé la même réflexion en regardant le point de presse. »


Catherine Fournier, ou l'art de s'improviser victime...

Et voilà. C’est ça le drame ! Que Mme Fournier trouve le commentaire déplacé et le fasse savoir, pas de problème, c’est de bonne guerre. Une répartie cinglante et ironique aurait été de bon aloi et aurait eu le mérite de mettre les rieurs de son côté tout en satisfaisant les féministes orthodoxes. On aurait constaté que la dame avait du répondant.

Mais voilà, au lieu de ça, il aura fallu que la candidate du bloc nous sorte un couplet féministe victimaire et larmoyant en prétendant, contre toute évidence et contre tout bon sens, que les femmes étaient seules ou principales victimes de plaisanteries douteuses en politique :

« Ce genre de blague, endossée par Peter Anthony Holder de Global News, ne serait JAMAIS faite dans le cas d'un homme. Les femmes subissent un traitement différencié et cela en est une énième preuve. » Elle en rajoute : « C'est à se demander si Global News tolère ce genre de sexisme explicite?, Et après, on se demande pourquoi il n'y a pas beaucoup de jeunes femmes en politique... »

Si vraiment ce genre de blagues suffit à faire s’éloigner des jeunes femmes fragiles et susceptibles de la politique, c’est que ce n’est tout simplement pas leur place. On pourrait à la rigueur remercier les plaisantins pour avoir réussi à faire prendre conscience de leurs limites à de petites frappes qui n’auront jamais les nerfs assez solides pour faire face à la musique.

…. Fallait pas vous engager ! 


Imaginons la situation inverse où un jeune candidat aurait regardé avec la même ferveur une Pauline Marois première ministre lors de sa dernière campagne électorale.  Aurait-il été si invraisemblable qu’une blague tout aussi corrosive surgisse sur la Toile, relayée ensuite par un journaliste ? Croyez-vous qu’on aurait alors dit : « Oh, c’est un homme, abstenons-nous ! » Bien sûr que non !  Mais voilà, si l’homme « victime » s’était offusqué de la situation comme Mme Fournier l’a fait, il serait certainement devenu une risée nationale. Non sans raison d’ailleurs. 

Après les excuses frénétiquement exigées à Robert Poëti pour sa blague anodine sur les femmes et le magasinage, le psychodrame collectif engendré par la boutade de Jean-François Mercier sur les aguicheuses qui s’offusquent des regards masculins, en passant par le « scandale » des combats de femmes dans le Jell-O à Trois-Rivières, cette nouvelle tempête dans un verre d’eau ne présente pas particulièrement le Québec comme une société où l’humour et une saine tolérance sont à l’honneur, malgré ce qu’on en pense.

Notre belle province devient un endroit de plus en plus malsain où la tolérance à un humour peu subtil, certes, mais néanmoins inoffensif se voit considérée comme une tendance lourde favorisant un faisceau corrosif d’attaques haineuses et sexistes… envers les femmes uniquement. Les bienpensants qui s’insurgent bêtement contre pareilles manifestations d’humour, si peu fines soient-elles, ne semblent pas réaliser à quel point ils se ridiculisent.  Mais ils font bien pire.

C’est finalement leur attitude, bien davantage que les plaisanteries qui les scandalisent, qui portent préjudice à notre climat social de démocratie dont l’humour doit rester une composante en apparence futile peut-être, mais néanmoins essentielle.

7 commentaires:

Suzanne Cantin a dit…

Olivier, très bonne analyse, comme toujours. Te souviens-tu de ce "scandale"? http://ici.radio-canada.ca/sujet/elections-quebec-2014/2014/03/13/008-page-facebook-candidat-caq-rimouski.shtml
Personnellement, je l'avais bien ri... Malgré le malaise, personne n'est monté aux barricades pour soulever quoi que ce soit. C'est un gars, on s'est contenté de dire qu'il était "tête folle" et ensuite, plus rien. Et il n'y a pas eu de réplique larmoyante de la part du fameux candidat. D'ailleurs, je me demande bien ce qu'il est devenu hi hi hi!!!!

Olivier Kaestlé a dit…

Faut dire que le candidat en question avait couru après ses problèmes en publiant ces photos dans Facebook. Par contre, il y a gros à parier qu'une femme ayant commis la même bévue aurait été exonérée par notre gauche féministe et bienpensante, qui aurait hurlé au sexisme devant quiconque aurait voulu se payer la tête de l'intéressée...

Anonyme a dit…

Serait-ce que les femmes sont plus susceptibles que les hommes, et n'ont donc pas leur place dans le milieu politique ?

Suzanne Cantin a dit…

Anonyme, n'allez surtout pas poser une telle question sur la place publique! Quoi que dit de façon anonyme... Poser la question serait presque y répondre. Nos fanatiques féministes sont devenus (es) des plus susceptibles :-)

Olivier Kaestlé a dit…

Je dirais que seules les femmes susceptibles devraient s'abstenir. Les autres, à condition d'être honnêtes et compétentes, sont les bienvenues, quant à moi.

Anonyme a dit…

Oui c'était juste de l'ironie de ma part, je connais bien au moins une femme formidable dans ma connaissance comme je connais au moins un homme médiocre.
M'enfin l'humanité est à elle toute seule une énigme

Olivier Kaestlé a dit…

... Et la bêtise, comme la pertinence, n'a pas de sexe ! ;-)