mercredi 6 juillet 2011

Affaire Turcotte : et la prévention dans tout ça ?

Affaire Turcotte : des leçons à tirer.
Ouf !  Quelle onde de choc à l’énoncé du verdit des 11 membres du jury séquestrés en vue d’établir la responsabilité criminelle de Guy Turcotte dans le meurtre horrible de ses deux enfants, Olivier et Anne-Sophie !  On retrouvait hier, dans les réseaux sociaux, des commentaires de toutes les humeurs, massivement outrés de la conclusion de cette saga judiciaire qui monopolise l’opinion publique depuis des semaines.  De l’indignation articulée, les observations des internautes sont souvent passés à la colère sans retenue et même, aux propos orduriers.  Si Turcotte devait un jour se voir libéré, il faudrait sans doute qu’il emménage dans le même bloc appartements que Karla Homolka…

Avant le procès…

Avant la tenue du procès, mon opinion était faite et si, du jour au lendemain, j’avais été alors placé en face du verdict d’hier, ma voix se serait sans doute jointe au concert d’imprécations qui doit présentement faire bourdonner les oreilles de l’intéressé.  Voici à ce propos ce que je répondais, le 31 janvier 2011, à un lecteur qui me demandait mon opinion sur le cas Turcotte :

Isabelle Gaston, ex conjointe.
La mère des deux victimes du cardiologue a affirmé lui avoir consenti la garde partagée avec droits de visite sans problèmes. Cette femme serait donc une antithèse, apparemment, de cas trop connus de harceleuses vindicatives. Il semble donc que la garde des enfants n'était pas au coeur du litige.

Je peux comprendre la peine ou la frustration de se sentir délaissé pour une autre personne, ce qui est tout à fait humain, mais je crois que la responsabilité entière de l'infanticide, dans ce cas de figure, incombe à son auteur. Comme la garde des enfants n'était pas le coeur du problème, il semble bien que Turcotte se soit servi d'eux pour se venger de son ex conjointe, ceci étant dit selon les faits connus.



Je ne peux même pas lui trouver les circonstances atténuantes du manque de ressources pour hommes : il appartenait au milieu de la santé, connaissait les ressources en psy, avait certainement les moyens de consulter en pratique privée. J'ai beau être sympathique à la cause des pères, dénoncer le harcèlement judiciaire et la violence post-conjugale dont ils sont trop souvent victimes, je ne trouve aucune circonstance semblable dans son cas.

Qui plus est, je me vois mal condamner la complaisance, voire l'aveuglement volontaire, que des intervenants pratiquent au sujet de la violence des mères, pour finir par agir comme eux envers les pères comme Guy Turcotte.

Et maintenant…

Ce matin, je me suis levé avec le souvenir de cette jeune mère de la Mauricie qui avait été acquittée du meurtre de son enfant de quatre ans, il y a près d’une décennie.  Sa cause avait été très médiatisée dans la région et le verdict m’avait laissé le même goût amer que celui à propos de Turcotte laisse à de nombreux citoyens. 

L'urgence du CHRTR.
J’étais à l’époque agent de service privé, une catégorie d’agent de sécurité chargé de veiller sur les patients psychiatrisés en milieu hospitalier.  Je dus assurer la sécurité de la mère en question, et la protéger des médias, peu après le meurtre.  C’est une chose de suivre une affaire d’infanticide dans les journaux, c’en est une autre de côtoyer son auteure pendant huit heures.  Dieu sait que l’expérience peut confronter des convictions, surtout quand on se sent outré de la trop grande complaisance de la Justice envers les mères infanticides !

Je me rappellerai toujours de cette femme en soins intensifs, percluse de solutés, le regard fixe, foudroyée.  Pendant tout mon quart de travail, elle conserva cette expression figée, la bouche entrouverte, incapable de prononcer un son, apparemment étrangère à l’infirmière qui tentait d’établir un contact visuel et verbal avec elle, comme si cette femme avait déserté son propre corps.  Quelques jours après, je dus encore la surveiller.  Elle avait retrouvé un comportement à peu près normal, comme une personne qui avait survécu à un cataclysme.  Je fus étonné du calme et de la sollicitude de sa famille envers elle.  Étaient-ils inconscients ou avaient-ils plutôt réussi à développer un degré d’abnégation absolument hors du commun ?  L’instinct de survie leur commandait apparemment de passer à autre chose et de soutenir la mère, fut-elle meurtrière.

Deux question qui (elles aussi) tuent…

C’est à la lueur de cet exemple que je reconsidère aujourd’hui mon point de vue sur l'affaire Turcotte.  « Il semble donc que la garde des enfants n'était pas au coeur du litige » écrivais-je le 31 janvier dernier.  Plus si sûr maintenant, selon le récit détaillé dont on nous abreuve depuis le début du procès.  Comprenons-nous bien.  Il ne s’agit pas ici d’accabler Isabelle Gaston pour avoir tenu des propos qui ont probablement dépassé sa pensée, la veille du drame, ni de lui faire un procès sur des intentions dont nous ne pouvons pas préjuger parce que nous ne les connaissons pas.  Seuls les actes et leurs répercussions peuvent nous amener à envisager des perspectives par ailleurs hypothétiques.  Or, des menaces de retirer à Turcotte la garde de ses enfants ont bel et bien été proférées, vingt-quatre heures avant le drame.  Peu importe leur sérieux ou le contraire, le fait demeure.

Notre justice, complice d'infanticide ?
Bien sûr, une telle attitude n’excuse en rien l’horreur des meurtres, mais nous devons en tenir compte si nous voulons comprendre les ressors d’une telle tragédie et en prévenir de nouvelles.  Mme Gaston n’a pas brillé par le tact dans toute cette affaire et peu importe les intentions qui l’animaient alors, il importe de se poser cette terrible question : un minimum de considération, de respect du vécu et des limites immédiates de Turcotte, au moment de la rupture, n’aurait-il pas pu favoriser une séparation civilisée et épargner ainsi deux vies ?  Ma photo en profil dans ce blog est très ressemblante.  Si vous voulez vous en inspirer pour confectionner une poupée vaudoue et la piquer, sentez-vous à l’aise.

Voici ma deuxième question qui tue : si Guy Turcotte avait eu la conviction que ses droits parentaux auraient été respectés, en cas de litige quant à la garde des enfants, aurait-il commis l’irréparable ?  À moins de vivre en ermite depuis des décennies, il est impossible de ne pas savoir que ce qui nous sert de système judiciaire accorde la garde des enfants à la mère dans 80 % des cas.  N’est-il pas normal de présumer qu’à tort ou à raison, Turcotte ait pu redouter de perdre le contact avec ses enfants dont, Mme Gaston elle-même l’a affirmé au procès, il s’est toujours montré si proche, au point de préférer leur compagnie à celle des adultes, lors de réunions familiales ?

Seront-ils morts pour rien ?
La réponse à ces deux questions douloureuses devient essentielle, à la lueur des faits, et compte tenu de l’extrême gravité de la plus horrible et de la plus condamnable forme d’homicide : le meurtre d’enfants.  Si, au lieu de vouloir crucifier Turcotte, nous faisions l’exercice de nous interroger collectivement sur les causes de sa folie meurtrière, peut-être pourrions-nous en tirer les leçons qui s’imposent pour que d’autres tragédies du genre puissent être évitées.  Olivier et Anne-Sophie ne seront alors pas tout à fait morts pour rien. 

Également sur le même sujet :  

http://olivierkaestle.blogspot.com/2011/05/affaire-turcotte-aussi-un-proces-de.html 

http://olivierkaestle.blogspot.com/2011/06/infanticide-selon-le-sexe.html

19 commentaires:

Anonyme a dit…

Quelle bonne question à poser : « un minimum de considération, de respect du vécu et des limites immédiates de Turcotte, au moment de la rupture, n’aurait-il pas pu favoriser une séparation civilisée et épargner ainsi deux vies ? »

En effet, si les procédures de séparations conflictuelles n’étaient pas ce qu’elles sont… -- où les hommes (à 90 %) sont quasiment perdants, car ils sont toujours considérés comme des violents, des agresseurs et des menteurs, c'est-à-dire comme étant toujours des criminels,… et que les femmes (à 10 %) sont quasiment toujours gagnantes, car elle sont toujours considérées comme étant toujours des victimes… -- et bien, les enfants seraient toujours vivants. Point.

Lors des séparations, ou après, tous les hommes qui ont commis ces actes désespérés d’avoir tué leurs enfants… et tous les hommes qui se suicident, faute de savoir comment survivre (90 % des SDF sont des hommes) s’ils n’étaient pas confrontés à une « Machine à Broyer les Hommes », on peu se demander s’ils agissaient ainsi. Point.

Depuis plus de 17 ans, je nage dans cette mouise de plus de 10.000 cas de séparations conflictuelles de ces parents (violés de leurs droits fondamentaux et spoliés de leurs enfants et de leurs patrimoines)… et, ayant été, moi-même, confronté aux conséquences d’une séparation conflictuelle qui a duré plus de 17 ans, (J’ai été SDF durant plus de 9 mois et exclus socialement et économiquement durant plus de 8 ans) je peux réagir d’une manière plus pertinente que d’autres personnes qui n’ont rien connu comme tel.

Anonyme a dit…

En fait, Turcotte a une lourde part de responsabilité…
Mais la société n’a-t-elle pas, ELLE AUSSI, une lourde part de responsabilité ?

Anonyme a dit…

À la deuxième « question qui tue : si Guy Turcotte avait eu la conviction que ses droits parentaux auraient été respectés, en cas de litige quant à la garde des enfants, aurait-il commis l’irréparable ? » et bien je dois dire que Turcotte n’aurait pas agi ainsi.

Une question importante est de demander : Pourquoi a-t-il tué ses 2 enfants qui n’ont rien fait pour mériter un tel sort ?

Olivier Kaestlé a dit…

Merci de partager votre vécu par ce commentaire, qui fait écho à un questionnement que je voulais soulever. Par delà la responsabilité criminelle de Turcotte, n'y a-t-il pas lieu, et de façon urgente, de se demander quel contexte prédispose à de telles atrocités, non pas au lieu, mais en plus de la situation personnelle du meurtrier. Plus que de punir par la loi de Lynch, il importe de se donner, comme société, les moyens de prévenir et d'enrayer le plus possible la commission de gestes aussi horribles que désespérés.

Olivier Kaestlé a dit…

À votre deuxième point de vue, moi aussi, je crois fort probable que Turcotte n'aurait pas voulu emmener ses enfants avec lui dans la mort. Comme quoi, il n'y a pas que les questions qui tuent, d'où la nécessité impérieuse de les poser.

Malthus a dit…

A la premiere question, je réponds qu'il ne sert a rien de la poser puisque nous nageons 1) dans l'hypothétique rétro-actif d'un univers alternatif qui n'existera jamais (elle s'est comportée comme elle s'est comportée et nous ne pourrons jamais savoir quelles auraient été les réactions de Turcotte eut-elle agit différemment et 2) toute discussion sur le sujet ne peut mener à aucune solution implantable puisqu'il est impossible de légiferer l'émotion individuelle des gens et/ou leur sollicitude.
Donc, pointlessly rethorical. Let's just say she behaved like a bitch and move on.
A la question 2 (ma réponse ne vous surprendra surement pas puisque vous avez lu la lettre que j'ai fait parvenir au Ministre à ce sujet) : je dis oui. Dans un environnement légal ou le père sait, hors de tout doute, que la Justice défendra ses droits de père et ne le traitera pas en criminel devant prouver son innocence ou sa valeur, les propos de madame qui promet de le déposséder perdraient leurs dents.
Pas un automatisme cependant mais plutot un accélerant vers le calme. Plus facile de ne pas paniquer quand on a une bouée solide a portée de main.

Olivier Kaestlé a dit…

Quant à moi, il vaut toujours la peine de poser une question qui tue, même si on n'en connaîtra jamais la réponse, ne serait-ce que par les perspectives qu'elle peut ouvrir dans une optique de prévention. Si seulement les gens, hommes ou femmes, pouvaient tenter de mesurer la portée de leurs gestes, avant que l'irréparable ne se produise, notre société ne s'en porterait que mieux. Et s'ils pouvaient le faire, ne serait-ce que par respect de l'autre, ce serait encore mieux. Il ne s'agit pas ici de convaincre qui que ce soit de rester avec quelqu'un contre son gré, mais bien d'y mettre un semblant de forme quand le glas de la relation a sonné. Deux vies seraient peut-être, et là je rejoins votre commentaire sur le caractère hypothétique de ma question, encore en vie. À mes yeux si cette spéculation pouvait éveiller quelques esprits somnolents (You may say I'm a dreamer, but I,m not the only one...), mon texte n'aurait pas été écrit en vain.

Malthus a dit…

C'est un fait- j'ai tendence à observer les choses d'un angle pratico-pratique mais il y a du vrai dans ce que vous dites Olivier. Le deuxième degré d'effet, bien qu'il soit souvent impossible à quantifier et requière une bonne dose de Foi, n'en existe pas moins réellement.
Merci de me le rappeller.
Permettez-moi donc d'amender. Point de vue solution, la question est inutile. Point de vue réflexion, elle peut mener le penseur vers des sentiers qu'il n'aurait peut-être pas emprunté sans elle.
We gotta keep the faith :)

Olivier Kaestlé a dit…

Je seconde votre amendement, Malthus, et vous sais gré d'en reconnaître l'apport, même si, tout comme pour moi-même, ses perspectives restent difficile à cerner ou à anticiper.

Malthus a dit…

Votre référence à Lennon m'a ramené à mes premiers moments sur le groupes internet et à l'effet deuxième degré- un club de discussion Christian Vs Atheists. J'avais, pour illustrer mon athéisme, usé de la phrase "no hell below us, above us only skies" que vous reconnaitrez surement.
Ben dans les jours, les semaines et mois qui suivirent, beaucoups desmembres de ce groupe se mirent à l'utiliser et à la propager dans tous leurs groupes. Il n'eurent pas besoin de me citer comme source- Lennon était la source. Mais je n'étais pas dupe. Le 2ieme degré d'effet (ou l'effet silencieux) se révèlait a moi dans toute sa splendeur silencieuse.
On ne sait *jamais* combien de gens sont touchés par nos propos; combien de lurkers opinent silencieusement de la tête et conservent en eux les bribes que nous produisont, parfois sans le moindre résultat direct et immédiat.
Le deuxième degré d'effet est une réalité vérifiable (parfois) bien qu'intangible la plupart du temps. Gardons nos propos cohérents, émettons des opinions posées et réfléchies; soyons pertinents et structurés et, même si nous ne les entendrons jamais, nous toucherons beaucoups plus de gens que nous le pensons.
It's a wonderful world... Right? :)

Olivier Kaestlé a dit…

Yes, it is - The Beatles :)

Anonyme a dit…

Les deux questions sont pertinentes et doivent êtres posés.
Cependant il ne faut surtout pas reprendre la logique victimaire des gynocrates misandres.
Turcotte est un meurtrier que ce soit clair.

Olivier Kaestlé a dit…

100 % d'accord avec vous, les réponses à ces questions ne doivent en aucun cas effacer la responsabilité de Turcotte. Dans le cas contraire, les défenseurs de la condition masculine, dont je suis, reproduiraient au "profit" des hommes, voire des meurtriers infanticides des deux sexes, une logique qu'ils dénoncent, avec raison.

J-P Chabot a dit…

Cette action complètement folle de Turcotte, démontre que ce dernier n'avait plus sa raison. Il est devenu un assassin fou, un père fou, un ex-époux fou, etc. Or la question se pose : devons nous exterminé tout les fous de la planète ? Le problème pour notre société Manichéenne c'est de voir en noir et blanc. Le gris pour un pourcentage d'entre nous n'existe pas. Turcotte a fait un geste impardonnable qui mérite pour les manichéens, une vengeance. Mais le tué serait-il juste puisqu'il était fou au moment de ces actes horrible. Je crois que les jurés ont eu raison dans leurs jugement.

Olivier Kaestlé a dit…

Tout à fait d'accord avec vous, M Chabot. Ce qui me dérange, au risque de me répéter, dans toute cette saga, c'est qu'alors que l'on se déchire désormais sur le verdict de cette sinistre affaire, on ne se pose toujours aucune question, ou trop peu, sur les mesures à prendre pour éviter la répétition de ce genre de drame. Tous les verdicts de culpabilité du monde ne ressusciteront pas ces enfants, ni n'empêcheront la mort des prochains.

Anonyme a dit…

Ce verdict pour le Dr. Guy Turcotte est injuste ! Cet homme n'a pas maladie psychiatrique il était tout simplement enragé et a décidé de se venger sur les 2 enfants pour faire mal à la mère !

Il se dit normal maintenant après que le verdict lui ait donné la chance d'être exonéré de culpabilité à ce meurtre horrible sur 2 peits-enfants sans défense !!!Nous ne pouvons nous imaginer combien ces 2 petits-enfants ont pu souffrir avant de mourir !!!

Je regarde aujourd'hui, le verdict du Procès Shafia et je me dis enfin une vraie justice !

Le cas et verdict Guy Turcotte est révoltant !

Olivier Kaestlé a dit…

Si la Justice veut être cohérente avec elle-même, Turcotte ne devrait jamais être remis en liberté, criminellement responsable ou non. Un homme aussi imprévisible que les psys l'ont décrété ne devrait en aucun cas pouvoir réintégrer la société et "refaire sa vie", au risque d'en détruire de nouvelles. C'est seulement à cette condition que je trouverai une pertinence au verdict rendu dans cette terrible affaire.

Michel a dit…

Le harcèlement psychologique que le meurtrier d'OC Transpo avait subi, de la part de ses confrères de travail, est condamnable en milieu de travail.

À quel degré peut-on évaluer cette forme de harcèlement dans un contexte conjugal pareil ?

Il est tellement facile d'en reconnaitre l'existence en milieu de travail, qu'une loi a été mise en place pour criminaliser les responsables.

À quand une loi semblable pour contrer le harcèlement psychologique en matière conjugale ?

Olivier Kaestlé a dit…

Intéressante perspective, Michel, mais tout comme en milieu de travail, ce type de harcèlement reste difficile à prouver. Et à cette problématique s'ajoute le harcèlement judiciaire et policier que nombre d'hommes expérimentent. Avocats et policiers devraient eux-mêmes procéder à leur propre arrestation et se condamner ! Pas demain la veille...