vendredi 9 octobre 2015

Affaire Aubut : entre le « mononcle » et l’homme d’influence

Toute la province  a entendu parler de la tempête dans un verre d'eau suscitée en Mauricie par la balourdise de l’ancien ministre Guy Julien envers Marie-Claude Julien (aucun lien de parenté), journaliste à Radio-Canada.  Il n’est pas question ici d’excuser la grossièreté de l’ancien ministre péquiste mais de faire la part des choses entre un comportement répréhensible, certes, mais peu digne de faire l’objet d’une plainte au criminel, et une véritable agression sexuelle.   

Le CSF : des interventions alarmistes qui banalisent.
Or, à en croire le Conseil du statut de la femme, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et le Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles de Trois-Rivières, la journaliste de la SRC aurait été victime de violence physique, de harcèlement sexuel, de violence psychologique, et j’en passe. 

Un peu de sobriété dans leurs prises de position publiques aurait été de mise.  Pensez aux vraies victimes d’agression sexuelle, qui voient leur situation soudainement banalisée par les cris d’orfraie de féministes survoltées qui tirent sur un écureuil avec un AK-47.

Il n’a pas été jusqu’à certains chroniqueurs qui sont montés aux barricades dans cette « cause », comme si un prix de la gestapoune ou de l’utérhomme de la semaine était en jeu en vue de récompenser l’intervention la plus outrancière.  Personnellement, j’aurais attribué sans hésiter ce prix à Patrick Lagacé, pour sa réaction on ne plus « indignée ».  Sur un ton paternaliste destiné à nous sensibiliser, nous, pauvres mâles arriérés, il nous interpelle :

« Les gars, je vais vous raconter une petite histoire. Pensez à votre blonde, à votre mère, à votre sœur…

Qu’importe qui, au fond. Cette femme, vous devez l’aimer, d’une façon ou d’une autre.

O.K.

Un homme s’approche donc de cette femme que vous aimez. Il est fâché contre elle. Il lui caresse sarcastiquement les cheveux, entre dans sa bulle en lui faisant un câlin non sollicité et non réciproque.

Et après, il la traite de grosse…

Qu’est-ce que vous avez envie de faire à ce gros malappris ? » 

Je vais vous l’expliquer, M’sieu Lagacé.   

Je n’aurais pas le temps de faire quoi que ce soit.  Ma mère aurait déjà sacré une taloche retentissante au malotru car, voyez-vous, cette femme, née en 1917, venait de cette génération où la gent féminine ne se gênait pas pour se servir de ses mains quand venait le temps de se faire respecter.  Ma blonde ?  Elle m’a dit qu’elle aurait recouru à l’humour : « Heille le gros, t’es-tu regardé dans un miroir récemment ?  Avant de passer des commentaires sur mon tour de taille, occupe-toi donc du tiens ! »  Précisons que M Julien ne se démarque pas par la minceur.    

Quant à ma sœur, qui a pourtant le désavantage d’être une personne handicapée intellectuelle et de santé fragile, elle aurait fait une telle scène que Guy Julien aurait pris son trou plus vite que s’il avait eu le feu au cul !  Je le sais : c'est comme ça qu'elle a jadis agi envers un « mononcle » aux mains baladeuses...

Faut croire que les femmes de votre vie ne sont pas très combattives, M Lagacé… 

Le facteur « pouvoir » 

Guy Julien, «mononcle» sans pouvoir...
L’affaire Julien est d’autant plus insignifiante que la journaliste « agressée » ne s’était pas gênée pour dénoncer cet homme et son acolyte, Yvon Picotte, pour leur rôle supposé dans une bisbille les opposant au conseil d’administration du groupe RCM, au sein duquel ils sont administrateurs.  Comment comprendre qu’une journaliste ayant le cran d’accuser deux anciens ministres se sente fragile au point de demander l’intervention de la FPJQ ou du CSF, si tant est que la plainte origine bien d’elle ?  Si elle craignait le soi-disant pouvoir d’influence de Guy Julien et d’éventuelles répercussions sur sa carrière, elle ne l’aurait certainement pas dénoncé sur la place publique, me semble-t-il. 

Il en va différemment du cas de Marcel Aubut, un homme de pouvoir et d’influence autrement plus menaçant que Guy Julien.  On compare ici un barracuda à un brochet.  Il suffit de constater à quel point cet individu aurait été protégé par les hautes autorités du Comité olympique canadien depuis 2011 pour mesurer l’étendue de son pouvoir, résultat d’une efficacité hors norme à ramasser des fonds.   Le tsunami médiatique déclenché par la plainte logée au Barreau du Québec par l’avocate Amélia Salehabadi-Fouques semble avoir sonné le glas de ce pouvoir d’influence.  

C'est au cours d'une rencontre de presse tenue aujourd'hui même que Marcel Aubut a clairement admis les faits.  « J'assume l'entière responsabilité de mes gestes », a-t-il avoué, en plus de réitérer ses « excuses sans réserves ».   Bien sûr, on ne parle pas ici de viol ou d’agression sexuelle grave au sens du code criminel canadien, mais la multiplication de gestes déplacés, allant de commentaires salaces aux attouchements non sollicités, évoque clairement le harcèlement sexuel.

Dans la mesure où ces femmes, qui ont dû subir pareil comportement, ont redouté des représailles professionnelles et se sont tues ou ont continué à endurer sans rien dire, il y a eu abus de pouvoir caractérisé.   
Marcel Aubut a admis les faits allégués.
Mais comprenons-nous bien.  Tous les «mononcles» ne sont pas des hommes de pouvoir, et tous les hommes de pouvoir ne sont pas des mononcles.  Il importe de faire la part des choses entre l’abus de pouvoir commis par des gens comme Marcel Aubut, et des gestes déplacés posés par des balourds attardés.  Si les femmes québécoises me semblent parfaitement en mesure de remettre à leur place les seconds – L’expression « gère-mène » ne vient-elle pas de chez nous ? -, elles peuvent se retrouver en fâcheuse posture quand elles tombent sur les premiers.

Cette distinction me semble capitale quant à notre façon d'envisager la problématique des « mononcles ».  Au plan de nos attitudes sociétales, une distinction s'impose entre un paternalisme – ou maternalisme ? - infantilisant envers les femmes parfaitement capables de se défendre, et la nécessité d'intervenir énergiquement dans les cas qui relèvent de l’abus de pouvoir, du harcèlement, et de l’intimidation.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué mais c'est presque toujours à la rentrée de septembre octobre qui culminera le 8 décembre qu'il y a offensive misandre.

Olivier Kaestlé a dit…

Bien sûr, le temps des fêtes féministe commence le 25 novembre avec la journée de lutte à la violence faite aux femmes, pour connaître son apothéose vers le 6 décembre et au-delà avec Polytechnique.