vendredi 22 juin 2012

CLASSE, féministes et humour involontaire…

La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), la plus radicale association étudiante opposée à la hausse des frais de scolarité, ne pourra, jusqu’à nouvel ordre, toucher un sou des fonds récoltés lundi dernier à la suite du spectacle-bénéfice offert par la Coalition des humoristes indignés (CHI). La raison : des militantes féministes ont vertement critiqué et condamné la présence d’humoristes ayant l’outrecuidance de gagner leur vie en « véhiculant des propos sexistes, racistes et homophobes ».

Jeanne Reynolds, de la CLASSE.
La proposition lapidaire a été déposée au congrès des membres de l’association, tenu à l'UQÀM le 17 juin dernier, mais faute de quorum avant le vote (sic !), elle n’a pu être traitée. Sans position claire, les dirigeants de la CLASSE ont préféré geler les fonds recueillis jusqu’à nouvel ordre. Sans désigner de « coupables », Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE, en a rajouté, en dénonçant certains humoristes qui « entretiennent des préjugés et des stéréotypes ». Le dossier reste donc « au stade de la réflexion », précise-t-elle. Voilà qui n'annonce pas un dénouement facile. Un vote sur cette épineuse question éthique est prévu le 3 juillet prochain.

Daniel Thibeault, concepteur et metteur en scène du spectacle, n'entendait pas à rire, allant même jusqu'à déclarer, sur les ondes du 98,5 FM, que « les cinq personnes de la CLASSE qui ont traité des humoristes d'homophobes et de misogynes sont des crinqués et des tatas et à force de faire tous les combats, on les perd tous. »

Parmi les suspects possibles d'atteintes à la rectitude politique, mentionnons François Massicotte, Guy Nantel, André Sauvé, Daniel Lemire, Mario Jean, Guillaume Wagner et Laurent Paquin, autant de membres de la CHI qui se verront heureux de sentir des soupçons de misogynie, de racisme et d'homophobie planer sur leur tête.

L’art de se tirer dans le pied

Nous nous trouvons donc en présence de trois partenaires, CLASSE, féministes et humoristes, à l'origine unis par un objectif commun, maintenant paralysés par leurs priorités militantes. On se croirait au Parti québécois ! Encore heureux que personne n’ait songé à demander la tête de Gabriel Nadeau-Dubois (GND). Sait-on jamais...

Espérons que les artistes visés auront la sagesse et l’humilité de comprendre les arguments des féministes, d’admettre leur erreur et de corriger le tir dans leurs futures prestations... Souhaitons surtout que, contrairement à Daniel Thibeault, ils ne se sentiront pas trop vexés d’avoir voulu soutenir une cause commune dont certains partenaires condamnent maintenant leur art, au nom de principes dits supérieurs. Les féministes pousseront-elles vraiment la défense de leurs nobles valeurs jusqu’à refuser l’argent, comme elles l'ont prétendu ? 

Dommage que nous ne puissions lire dans les pensées de GND, devant cette volte-face au sein même des troupes opposées à la hausse et à la loi 78. Après tout, peu importe la cause, l’argent reste le nerf de la guerre et le montant dévolu à la CLASSE représenterait tout de même la moitié des 25 000 $ accumulés par les humoristes.  Il n’y a pas de petites économies.  L'autre moitié doit en principe revenir à la clinique juridique Juripop, mandatée pour contester la loi 78. 

Cohérence victimaire

Bien sûr, dans une perspective féministe, où chaque femme demeure la proie potentielle d’un vaste complot patriarcal la menaçant de son sexisme abrasif, une telle position, à défaut de pécher par excès de solidarité avec ses partenaires, reste cohérente.

Alexa Conradi, de la FFQ, contre la hausse sexiste...
Le 12 avril dernier, la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF), chapeautée par la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et rassemblant, selon ses dires, une centaine de personnes, s’était mobilisée devant les bureaux du ministère de l’Éducation à Montréal afin de soutenir les étudiants dans leur boycott.

Leur conception de ce qu’elles appelaient « l’étudiante type », développée par Éve-Marie Lacasse, porte-parole de la CQMMF, avait de quoi susciter l’hébétude : « On à (sic) qu’à penser à l’étudiante type, qui est en fait mère et travailleuse à temps partiel (sic). On n’a qu’à penser aux femmes vivant avec un handicap qui souhaitent étudier pour agir comme citoyennes et travailleuses. On à (re-sic) qu’à penser aux femmes immigrantes qui pourraient avoir peur de contracter d’importants prêts pour étudier sans garantis (sic) d’emploi. »

Je rétorquais à cet argumentaire misérabiliste dans ma chronique du 23 avril : « Il n’existe donc pas d’hommes handicapés, ni d’hommes immigrants, ces deux problématiques restant l’apanage exclusif des femmes ? Les gars n’ont pas à redouter de contracter d’importants prêts, eux ? Et la majorité des étudiantes se voit constituée de mères travaillant à temps partiel ? Les temps ont bien changé depuis mes études universitaires… Les filles avaient entendu parler des contraceptifs. »

Dernière heure…

Choisissez vos coupables : François Massicotte, Guy Nantel, André Sauvé, Daniel Lemire, Mario Jean, Guillaume Wagner et Laurent Paquin, tous membres de la CHI.
La Presse vient d'annoncer ce samedi, 23 juin, que les soeurs Luce et Lucie Rozon, organisatrices du spectacle-bénéfice, ainsi que la clinique Juripop, ont décidé que, peu importe le résultat du vote de la CLASSE, cette dernière ne touchera pas un sou. Les soeurs Rozon ont été outrées de voir la réputation d'artistes bénévoles attaquée d'aussi mesquine façon. Faut croire que le bénévolat ne paie pas toujours...   Il y aura également lieu de se demander si, devant la façon dont les humoristes ont été traités dans ce dossier, certains artistes ne prendront pas leurs distances d’une militance active contre la hausse, même s’ils continuent à la soutenir en principe.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai remarqué, comme dans d'autres domaines évidemment, qu'on a tendance à écarter les hommes, donc Léo Blouin, pour les remplacer par des femmes ayant du mordant comme celle qui a remplacé Léo. Que Jeanne ait vu des propos sexistes des CHI, qui en majorité sont des hommes, n'est guère surprenant. Si Claudine Mercier, Lise Dion auraient fait des propos féministes, il n'y aurait eu absolument aucun problème. Serge

Olivier Kaestlé a dit…

Heureusement qu'on est plus à l'époque des Cyniques, ces militantes auraient risqué l'apoplexie...

Anonyme a dit…

non mais je ne peux pas croire qu'ont va laisser une petite gagne de femme frustrée mettres des batons dans les roues d'une ententes. j'espere que les autres femme si ils se tiennent debout vont aller a l'encontre de ces femmes la. puis les mettres dans une boite.

arma14 a dit…

justement c'est a cause de ce genres de femmes que les humoristes font des jokes et j'espere que toute les autres femmes ne s'Aasocieront pas avec ces quelques frustrées et qu'ils feront en sorte qu'elle se tassent et qu'ont en entend plus parlée. c'est une honte pour la femme ce que font ces dizaines de femmes.

Olivier Kaestlé a dit…

@Anonyme. Il aura suffi de cinq militantes féministes, quelques grains de sable parmi les 60 associations étudiantes chapeautées par la CLASSE, pour faire dérailler le train, en raison d’une conception ingérable et jusqu’au-boutiste de la démocratie. En quoi le pouvoir donné à un si petit nombre a-t-il servi les intérêts de la majorité des membres de la CLASSE ? Au nom de cette vision utopiste, des artistes croyant aider ont été désavoués et les fonds recueillis à jamais perdus. Zéro sur toute la ligne...

Olivier Kaestlé a dit…

@ Arma14 Sans être démagogue, et d'après les nombreuses réactions féminines entrevues sur Facebook, je constate que les femmes sont encore majoritaires à avoir une tête sur les épaules, du moins, parmi celles qui se sont exprimées.

Du côté des humoristes dénigrés, j'espère qu'il s'en trouvera pour commémorer dignement l'événement de sketches bien sentis.