jeudi 3 décembre 2009

De véritables fausses allégations…

Les fausses allégations demeurent aujourd’hui encore un sujet hautement controversé. Calamité qui s’abat sur un trop grand nombre d’hommes, disent certains, supercherie montée de toutes pièces, répliquent des groupes de femmes radicaux. Qui dit vrai ? 


Un sujet controversé... et étouffé.
Partant du fait que les situations vécues sont parfois plus éloquentes que les statistiques (rares, par ailleurs, sur ce sujet tabou), le présent chapitre passe en revue plusieurs cas médiatisés de fausses allégations, qui démontrent que ce phénomène comporte des motivations diverses, selon les personnes accusatrices (en majorité de sexe féminin) et des impacts néfastes d’intensité variable atteignant les personnes accusées (en majorité de sexe masculin). 



À cette problématique s’ajoute la trop fréquente incurie de nos services policiers et de nos tribunaux, dont les cas de Michel Dumont et de Simon Marshall demeurent les exemples les plus connus. L’affaire Marshall, de son côté, a ceci de particulier que c’est la victime elle-même, une personne handicapée, qui fut amenée à s’incriminer par un enquêteur manipulateur et sans scrupule. Pour peu représentatif que son cas puisse paraître, l’homme n’en a pas moins été incarcéré sous de fausses représentations. 


Il n’est pas jusqu’au pouvoir politique qui alimente à sa façon la problématique des fausses allégations. Le ministère de la Condition féminine n’a pas hésité à affirmer, en 2008, lors d’une campagne médiatique inflationniste déplorable, qu’une femme sur trois sera un jour victime d’agression sexuelle. Combien savent que ce chiffre de Statistique Canada ne représentait en fait que le résultat… d’un sondage téléphonique grand public et ne constituait en rien une statistique réelle ? Peut-on vraiment concevoir que la ministre Christine St-Pierre, ancienne journaliste d’expérience à la SRC, n’ait su faire la différence entre une statistique et un sondage aux résultats aussi subjectifs qu’irréalistes ? Des ministres ont démissionné pour des mystifications moins grossières. 

L’enfer est donc pavé de bonnes, comme de moins louables intentions. Il est trop commode d’invoquer la préoccupation inaltérable de sévir avec fermeté contre les agressions sexuelles. Nul n’a le droit de faire si bon marché de l’intégrité et de la dignité morales et physiques d’hommes honnêtes dont l’avenir social, familial et professionnel bascule. Accuser sans fondement, c’est également agresser d’une façon aussi pernicieuse que condamnable. 

Fausses allégations, vrais perdants 

Michel Dumont
Si le drame vécu par Nathalie Simard met de l’avant la nécessité pour une victime de dénoncer son agresseur, celui de Michel Dumont, accusé à tort de violence sexuelle, exprime les ravages des fausses allégations. L’homme a purgé 34 mois de prison malgré les démentis répétés de son accusatrice. Son cas prouve que de fausses allégations peuvent aussi être formulées de bonne foi, comme l’a démontré cette femme, vraisemblablement agressée, mais par un autre. L’impact de ses allégations sincères mais erronées s’est révélé aussi dévastateur pour Dumont que si celles-ci avaient été mensongères. Cet homme en subit encore aujourd’hui les conséquences. 

Malgré un solide alibi et l’absence des tatouages décrits par la victime, la juge Céline Pelletier avait tout de même rendu un verdict de culpabilité en 1991. Bien qu’il ait été blanchi en 2001 d’accusations d’agression sexuelle par trois juges de la cour d’appel du Québec, Michel Dumont s’est toujours vu refuser toute indemnisation des gouver nements péquiste et libéral. 

Vengeance et syndrome de Muchausen 

Michel St-Yves, psychologue judiciaire d’expérience à la Sûreté du Québec, spécialiste des techniques d’interrogatoires policiers et chercheur, déclarait le 20 décembre 2004 dans le Soleil que de 30 à 40 % des allégations d’abus ou d’agressions sexuelles étaient sans fondement. Rien de moins. Elles résultent pour la plupart selon lui d’un désir de vengeance ou d’une volonté de capter l’attention. 

Ce pourcentage regroupe des femmes adultes, dont certaines se blessent volontairement pour appuyer leurs dires (voir le cas rendu public dans Le Soleil, à la section suivante), et des enfants manipulés dans le cadre de conflits parentaux pour en obtenir la garde. Esther Després, intervenante au Centre jeunesse de Québec, affirmait à cet égard que les situations de fausses accusations lui donnaient plus de travail que les cas réels d’abus. 

Michel St-Yves
St-Yves précisait par ailleurs que, si certaines femmes cherchent à se venger d’un homme pour des raisons émotionnelles, d’autres sont atteintes d’une pathologie appelée syndrome de Munchausen. Ces personnes, qui regroupent notamment des plaignantes chroniques connues des services policiers, tentent l’impossible pour attirer l’attention du système médical et social ainsi que de leur entourage. La jeune femme qui avait accusé en 2004 le chanteur Éric Lapointe de violence conjugale, sans même le connaître, correspond tout à fait à ce profil. 

Si les victimes de fausses allégations traversent parfois un véritable enfer en vue de prouver leur innocence, des femmes et des enfants vraiment maltraités risquent de se heurter quant à eux à une réserve accrue de la part des services policiers, d’intervenants sociaux ou du milieu judiciaire. Leur sécurité, déjà précaire même quand ils sont pris au sérieux, s’en trouve compromise. De façon directe ou indirecte, les fausses allégations ne font que de vrais perdants. 

Voir ce lien, pour plus d'informations par Michel St-Yves sur le phénomène des fausses allégations : 

Des chasses à l’homme 

Un soir d’octobre 2006, une femme signale le 911 pour se plaindre de violence conjugale. Des policiers interpellent le conjoint à l’entrée du domicile, à Petite-Rivière-Sant-François, dans Charlevoix. Imperturbable, l’homme, qui avait dissimulé une caméra, leur montre une vidéo de la dispute. Les agents identifient clairement la femme, en train de se frapper. Elle est aussitôt arrêtée. « On la voit crier, on la voit avec un couteau… En aucun moment il ne la touche », précisera Richard Gagné, porte-parole de la Sûreté du Québec, dans Le Soleil du 28 octobre 2006. L’ingéniosité de l’homme faussement accusé lui aura épargné une erreur judiciaire. 

Se voir innocenter n’est pas toujours aussi simple, comme le révèle un récit paru dans La Presse du 24 septembre 2007. On y apprend l’histoire de « P », accusé en 2001 par sa fille de l’avoir agressée pendant 10 ans, entre ses six et 16 ans. À deux reprises, la jeune femme avait porté d’autres plaintes pour viol. En 1992, elle affirmait avoir été agressée par un individu qui s’était soi-disant introduit la nuit dans la maison familiale. Le lendemain, elle retirait sa plainte. En 2002, un an après avoir accusé son père, elle avait remis ça contre un autre homme. L’affaire n’eut aucune suite. 

Ces deux épisodes intrigants, qui évoquaient fortement le syndrome de Munchausen, ont été délibérément ignorés par la juge Ellen Paré en 2005, au cours d’un procès qui n’opposait que deux témoins : le père et sa fille. Aucun autre parent, ami, collègue ou expert n’était venu confronter les affirmations de la jeune femme. Arbitrairement, et sans plus de faits à l’analyse, la juge devait valider sans réserve la version de la plaignante. L’homme fut condamné à quatre ans de pénitencier. 

Ce verdict a été cassé en 2007, sans autre forme de procès, pouvons-nous dire, par la juge Louise Otis. Les éléments de preuve lui ont paru si subjectifs et partiaux que la magistrate, refusant même la tenue d’un nouveau procès, acquitta le père calomnié. 

La caméra, bientôt arme d'auto-défense ?
Cette histoire a de quoi glacer le sang. Il semble que, dans son désir d’afficher une tolérance zéro aux crimes sexuels, notre système aille jusqu’à épingler le premier venu, comme au temps de l’Inquisition, même lorsque aucun délit n’a été perpétré. Il faudra que, tout en maintenant la plus extrême rigueur envers les agressions sexuelles bien réelles, notre justice fasse preuve d’une plus grande circonspection. Dans le cas contraire, aucun honnête homme ne pourra vivre sans caméra… 

Une parodie de justice 

Si une caméra a sauvé d’une peine injustifiée un honnête citoyen, c’est un appareil-photo qui aura causé la perte d’un père de Sorel-Tracy, injustement condamné, le 16 novembre 2006, pour possession de matériel de pornographie enfantine. Le pauvre homme avait un instant conservé des photos osées que ses fils, alors âgés de sept, dix et douze ans, avaient prises d’eux-mêmes et ce, dans le but de les sermonner. Il n’en fallait pas moins pour que son destin bascule, après que son ex-conjointe l’eut traîné en justice pour production de pornographie enfantine. 

Le juge Ronald Dudemaine, cité dans Le Journal de Montréal du 17 novembre 2006, admettait qu’on lui avait démontré que les enfants, et non le père, étaient bel et bien les auteurs des photos. Le hic, précisait-il, c’est que la loi n’accorde aucun délai pour la possession de matériel de pornographie enfantine. L’accusé ayant reconnu avoir détenu les photos, même temporairement, il devait se voir automatiquement condamné. C’est aussi arbitraire et absurde que ça en a l’air. Qui a dit que la franchise payait ? 


Le juge n’avait pas retenu toutefois l’extrême divergence qui opposait à l’origine la Couronne et la défense sur le nombre et la nature des photographies saisies lors de perquisitions. Selon les Hebdos montérégiens du 13 août 2005, la Couronne clamait qu’il s´agissait de 1500 à 1700 photos d’une multitude d’enfants, dont ceux de l’accusé ! Pour la défense, ce nombre ne dépassait pas 17 photographies… 



Que les accusations écrasantes de la Couronne aient été abandonnées, il y a de quoi s’interroger. A-t-on protégé un coupable, après l’avoir traîné impitoyablement dans la boue ? Peu vraisemblable. A-t-on plutôt couvert une bourde policière ? Ce ne serait pas la première, dans ce type d’affaire. Demandez à Michel Dumont et Simon Marshall. La Couronne a-t-elle outrepassé ses pouvoirs, en portant publiquement des accusations aussi graves, finalement non fondées ? Poser la question, c’est y répondre. Les médias se sont-ils faits les complices d’un accès d’hystérie collective ? À votre avis ? 



Le chimiste dans la quarantaine, qui a été battu, volé et dont la maison a été vandalisée dès sa mise en accusation, affirmait avoir vécu dix-sept mois d’enfer. Il vit dorénavant avec un casier judiciaire et a probablement perdu la garde de ses fils. Du propre. 


Le juge précisait que les accusations avaient été portées par la mère dans un contexte de lutte judiciaire pour la garde exclusive des enfants, une affirmation lourde de sous-entendus. Ce type de conflit reste un terrain de prédilection pour les fausses accusations, ce que tout juge lucide et honnête n’est pas sans savoir. Dudemaine ajoutait que l’ex-conjointe avait « induit le tribunal en erreur » en omettant de dire qu’elle avait elle-même disposé des « photos délicates » pendant plus de neuf mois. Aucune accusation de possession de matériel de pornographie enfantine n’a cependant été portée dans son cas. Deux poids, deux mesures. 

Or, bien que son ancien conjoint lui ait transmis une copie du CD litigieux le 24 octobre 2004 (sans doute avant d’en avoir découvert le contenu) ce n’est pas avant le 4 août 2005 qu’elle l’accusait. Le femme avait pourtant déclaré avoir agi sitôt après avoir pris connaissance des photos. Comment interpréter un tel manque de curiosité présumé et une si grande lenteur à réagir chez une mère aimante et protectrice ? Difficile de ne pas voir dans ces accusations peu élégantes une dernière carte jouée pour gagner la mainmise sur les enfants, à moins qu’il ne s’agisse de vengeance personnelle, ou de ces deux motifs combinés. 

L’arbitraire des lois, la rigueur questionnable de l’enquête policière, le cirque médiatique et les réserves sévères exprimées par le juge Dudemaine sur la mère ont donné à ce procès des allures de parodie de justice et au verdict rendu, celles d’une sinistre plaisanterie. Il tombe sous le sens du moins observateur que le père de famille n’avait rien à se reprocher. Ici, il n’est pas question seulement d’allégations reposant sur des faits erronés, puisque le père n’est pas l’auteur des photos. Nous parlons également d’un procès d’intention sans fondement, d’une condamnation à partir de motivations supposées à tort répréhensibles, en fonction d’une loi arbitraire et iconoclaste. Il serait douteux que le juge Dudemaine ait quitté le tribunal ce jour-là avec le sentiment du devoir accompli. Il y avait de quoi se sentir manœuvré. 

Quant aux enfants, espérons qu’une fois grands, ils auront la maturité nécessaire à évaluer les mérites respectifs de leurs deux parents. Cette justice-là, souvent tardive, on ne la manipule pas toujours aussi aisément… 

La présomption d’innocence est impérative. 

Harold Bouchard et son épouse.
Un autre triste chapitre d’errance, cette fois policière, avait été révélé en mars 2008 alors qu’Harold Bouchard, ex-entraîneur de hockey, était blanchi de trois chefs d’accusation d’agressions sexuelles. L’homme avait affirmé que sa vie devait basculer le 17 décembre 2004, quand des policiers lui avaient fait part, à son domicile, des actes dégradants dont l’accusait une jeune fille de 14 ans. 

Détail inusité, la plaignante se trouvait alors elle-même sous enquête pour trafic de stupéfiants à son école. À l’appui de l’acquittement, le juge Gabriel Lassonde, de la Cour du Québec, avait relevé les nombreuses incohérences de l’adolescente, qui affirmait avoir été agressée dans le stationnement très éclairé de ses parents, ainsi que dans des chambres d’hôtel entrouvertes et non verrouillées, lors de tournois, alors que des passants circulaient dans le corridor. Seule la vraisemblance manquait au récit. 

Affirmant s’être vu littéralement condamné sur la place publique, Bouchard a entamé des poursuites judiciaires contre la plaignante, ses parents, la Ville de Rivière-du-Loup, et l’enquêteur à la sécurité publique, responsable du dossier. Le montant réclamé atteignait 739 000 $. Cette bourde a mis de nouveau à mal une approche par trop simpliste voulant qu’une accusation d’agression sexuelle soit obligatoirement fondée, et un accusé, inévitablement coupable, comme le prétendent certains groupes de femmes, dont les CALACS, qui ont fait de cette lubie leur mantra. 

Simon Marshall
Or, même dans le cas d’agressions bien réelles, des suspects sans malice ne sont pas à l’abri d’un irrépressible accès d’inefficacité policière. Ainsi, un ex-policier de 30 ans d’expérience a été condamné en 2008 pour « négligence coupable s’apparentant à une incompétence grossière », pour le dépôt d’accusations contre Simon Marshall, reconnu à tort coupable de viols, après s’être vu extorquer les aveux fictifs que l’on sait. L’homme handicapé avait été incarcéré injustement pendant sept ans, en plus de subir des sévices à répétition dont il gardera des séquelles permanentes. Les gouvernements fédéral et provincial lui avaient néanmoins accordé 2 300 000 $ en dédommagements. 

Même portées de bonne foi, des accusations peuvent manquer la cible, comme l’atteste la triste histoire de Michel Dumont, évoquée plus haut. Là aussi, le travail des policiers avait été bâclé tandis que la juge instruite de l’affaire s’était révélée en deçà du médiocre. La réputation et l’intégrité physique et morale d’un homme lésé ne pèsent pas lourd dans notre belle province. 

Un témoignage-choc.
Le Québec n’a toutefois pas le monopole de l’incompétence policière, pénale ou politique quant aux accusations à caractère sexuel. Dans son livre intitulé « J’ai menti », Virginie Madeira explique comment sa fabulation inspirée d’un soap américain, racontée à une amie, a été bien malgré elle relatée à la justice française. Ici, à nouveau, Munchausen a encore frappé. Le père s’est vu incarcéré pendant six ans pour inceste avant que Virginie, à 20 ans, ne trouve la force d’affronter l’appareil judiciaire et de rectifier les faits. 

Une autre affaire, celle d’Outreau, aussi en France, demeure l’une des plus terribles erreurs judiciaires rendues publiques à ce jour, avec l’incarcération injustifiée de 16 personnes, certaines pendant trois ans, sur la seule foi d’enfants manipulés par la principale accusatrice, Myriam Badaoui. Cette dernière et son conjoint ont été ensuite reconnus coupables d’inceste. Que retenir de ces horreurs judiciaires ? Peu importe la monstruosité apparente d’une accusation, la présomption d’innocence doit rester incontournable.

Myriam Badaoui
Lueur d’espoir : un juge téflon 

On peut aimer ou non Robert Gillet et le genre d’animation qu’il pratique. Tout citoyen doté de jugement et de conscience sociale, ayant suivi ses démêlés judiciaires en 2005, a dû cependant se sentir soulagé, à l’automne de la même année, d’apprendre que la cour d’appel avait confirmé le verdict d’acquittement d’accusations par trop incohérentes qui pesaient contre lui. 

Pour qui a suivi de près son procès, il y avait de quoi se demander quel vent de démence vengeresse avait soufflé alors sur le Québec. On aurait pu s’interroger légitimement sur les conséquences d’un appel pour les chefs d’accusation dont l’animateur avait déjà été acquitté. Une telle initiative aurait eu à coup sûr un effet à la hausse sur le fléau des fausses accusations. 

Que Gillet ait été reconnu coupable d’avoir eu des relations sexuelles rémunérées avec la première des deux présumées victimes, une adolescente de 17 ans, ce n’était que justice. Une telle peine transmettait un message clair à l’effet que rien ne saurait excuser l’exploitation sexuelle de mineurs. En cela, comme pour le reste du procès, le juge Fraser Martin a adopté une attitude aussi juste qu’inflexible, que ce soit envers l’accusé ou envers les avocats de la couronne et de la défense. 

Robert Gillet
Par contre, les incohérences de la plus jeune plaignante, ses crises de larmes systématiques, ses présumés trous de mémoire, ses supposées rencontres survenues à des endroits où elle avouait ensuite ne s’être jamais rendue ainsi que ses conversations téléphoniques alléguées avec l’accusé, dont on ne retrouvait pas la trace, constituaient autant d’indices d’allégations sans fondement. 

À travers ce mélo, le juge a su résister aux pressions conjuguées du ministre de la Justice de l’époque, Marc Bellemare, de la police de Québec, de la meute acharnée d’Opération Scorpion, de Jeff Fillion et d’André Arthur, alors animateurs-vedettes de CHOI-FM, et de la Fédération des femmes du Québec, qui avaient tous condamné Gillet, directement ou insidieusement, avant même la tenue de son procès. 

Pendant des mois, cet homme s’était retrouvé au centre d’un véritable cirque médiatique au cours duquel rien ne lui avait été épargné : fausses accusations, commentaires méprisants, harcèlement haineux et aveugle, injures grossières, perspectives d’avenir bouchées. Pendant ce temps, un certain Guy Cloutier, plus tard reconnu coupable de pédophilie, vivait dans une relative tranquillité en attente de son procès. 

Dans une société où les fausses accusations devraient préoccuper bien davantage les pouvoirs en place, la lucidité et la fermeté du juge Martin représentent une lueur d’espoir et un exemple d’impartialité à suivre. Reste à souhaiter que nous puissions un jour tirer collectivement les leçons de la dérive que cet homme intègre a contribué à endiguer. Le système judiciaire et policier doit faire preuve d’une prudence accrue devant les accusations sans fondement, assujetties à des motivations opportunistes ou fanatisées n’ayant rien à voir avec la saine administration de la justice. 

Statistique, vous avez dit statistique ? 

Une présumée campagne de « sensibilisation » aux agressions sexuelles commises envers les femmes avait inondé les médias, en 2008. Ce moment de désinformation statistique était une gracieuseté du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec. Vous vous souvenez peut-être de cette pub nous montrant une jeune femme qui affirmait, sans sourciller, qu’« au Québec, une femme sur trois sera la victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie » ? 

En clair, ça signifiait que, sur une population féminine qui, en 2006, représentait 3 874 200 résidentes québécoises, 1 291 400 d’entre elles verraient leur destin irrémédiablement hypothéqué. 

Selon Christine St-Pierre, titulaire du ministère « sensibilisant », cette donnée s’appuyait sur des chiffres gouvernementaux de 1993. Après avoir été avisée, par un groupe de pères, que de tels chiffres n’existaient pas, elle devait affirmer que ces données provenaient plutôt… d’un récent sondage téléphonique grand public.

Christine St-Pierre
Nous parlons de la même ministre qui retardait la parution d’études embarrassantes de l’OLF sur l’état de la langue française au Québec.



Mme St-Pierre devait admettre furtivement que sa définition d’une agression sexuelle débordait le code criminel, par l’inclusion d’agressions sans contact. Un regard insistant, une blague sexuelle ou un sifflet déplacé, constituait pour elle une agression, au même titre qu’un viol ou des attouchements non consentis. Messieurs, à vos verres fumés ! 



Quelques années auparavant, en 2004, le Regroupement québécois des CALACS avait lancé une campagne en tout point pareille à celle du ministère de la Condition féminine, claironnant elle aussi qu’une femme sur trois subirait l’irrémédiable au cours de sa vie. L’opération médiatique avançait les mêmes paramètres élargis de ce que devrait être une agression sexuelle. Il s’agit probablement d’une coïncidence, mais c’est à la suite de la campagne ministérielle de 2008 que ledit Regroupement des CALACS allait bénéficier d’une subvention de 60 millions $ pour un programme de prévention des agressions sexuelles… 



Selon Statistique Canada, le taux d’agression sexuelle envers les femmes, au cours des cinq dernières années, atteint 8 % de toutes les agressions commises contre la personne. Au Québec, plus précisément, 6 003 infractions sexuelles ont été enregistrées en 2006 par les corps de police. Il s’agit de plaintes formulées, non de sentences rendues. Environ 500 plaintes seulement entraînent en fait chaque année des condamnations. Notre province enregistre un des taux les plus faibles pour ce type de criminalité. Comment expliquer alors le chiffre inflationniste avancé comme parole d’évangile par la ministre ? Par de mauvaises fréquentations. 

Dans leur campagne de 2004, les CALACS affirmaient sans vergogne que plus de 84 000 femmes étaient agressées chaque année au Québec ! On a beau se dire que toutes les victimes ne dénoncent pas, il reste que l’écart entre ce nombre et celui des plaintes déposées a de quoi laisser plus que songeur. Il semble toutefois que la ministre ait préféré ce chiffre himalayen, cité sans source (phénomène courant chez ces groupes radicaux), aux statistiques officielles. 



Interrogé par le National Post, Denis Laroche, chercheur à l’Institut de la statistique du Québec, s’est prononcé sur le chiffre d’une femme sur trois : « Nous avons déjà vu certains chiffres dans le passé qui, une fois vérifiés, se sont avérés complètement faux, soit parce que le chiffre était une pure invention ou encore parce qu’il résultait d’une interprétation que la méthode utilisée interdit. Le plus étonnant, c’est que ces chiffres erronés émanent de sources que l’on considère généralement officielles au Québec. » 



Un tel jugement pèse lourd, pour une politicienne qui, avant l’arrivée d’Yves Bolduc à la Santé, représentait le maillon faible du Conseil des ministres. Quant aux CALACS, si elles ont décroché un pactole de 60 millions $, elles n’en ont pas moins affiché une attitude de corporatisme communautaire qui fait bon marché de la vérité comme de la vraisemblance. En plus de totaliser un gaspillage de 1,3 millions $ en publicité trompeuse, l’initiative aussi absurde que mensongère de St-Pierre dénigre les hommes du Québec et s’inscrit dans le courant à la mode des fausses allégations, qu’elle encourage. La cause des femmes a bon dos, quand vient le temps de soutirer indûment l’argent du contribuable. À quand une visite du vérificateur général du Québec à la Condition féminine ? 


En guise de conclusion 

La triste nomenclature de cas de fausses allégations évoqués plus haut pourrait nous inciter à croire que notre société tirera avant longtemps les leçons qui s’imposent devant un tel fléau. Pas si sûr.

Combien d’autres Michel Dumont, Simon Marshall, Harold Bouchard, Robert Gillet, sans compter ceux dont on tait le nom, comme ce « P », accusé par sa fille mythomane, ou ce biologiste, qui a perdu sans raison la garde de ses trois enfants, ou encore le père de Virginie Madeira et les 16 victimes de Myriam Badaoui, devront faire les frais d’un manque flagrant et répété de rigueur policière et judiciaire ? 

À l’évidence, ce phénomène constitue le dommage collatéral du trop grand silence que notre société a imposé aux victimes réelles d’agressions sexuelles. C’est le plus souvent au prix d’efforts surhumains que des femmes, des adolescentes mais aussi des garçons, enfants et adolescents parfois devenus hommes, brisent le silence et réclament justice. Réparation doit leur être rendue, même si les cicatrices de leur état ne s’effaceront jamais.  

C’est malheureusement de cette nécessité sociétale légitime que des groupes de femmes radicaux, pour ne pas dire fanatisés, se réclament. Ils contribuent, par leurs positions dogmatiques, à alimenter la prolifération des fausses allégations. Qu’il suffise de citer les CALACS, qui affirment qu’une accusation d’agression sexuelle portée par une femme est nécessairement fondée, un précepte bancal qui n’est démenti que par l’évidence de la majorité des cas évoqués dans ce chapitre. 

Triste illustration du syndrome de la vache sacrée, c’est souvent dans la crainte du jugement de ces organisations extrémistes que le pouvoir policier, judiciaire et même politique se laisse aller à des égarements dont il devra un jour rendre compte devant l’histoire. À l’instar du juge Fraser Martin, dans l’affaire Gillet, notre système devra avant longtemps se montrer imperméable à toute influence indue. Il lui faudra, comme ce magistrat, punir sans complaisance l’offense réelle, tout en sachant déceler les errements d’allégations sans fondements. 

4 commentaires:

Anonyme a dit…

QUID des fausses accusations pour gagner un divorce ?

Déclaration universelle des droits de l'homme de 1793, article 35 - Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Olivier Kaestlé a dit…

Je crois aussi en la mobilisation et en l'insurrection démocratiques et pacifiques comme à un devoir de citoyen que chacun devrait exercer selon ses compétences, ses disponibilités et ses convictions. Je n'ai jamais été personnellement éprouvé par le machine judiciaire, mais je ne saurais admettre de vivre passivement dans une collectivité où mon fils pourrait se voir entraîné dans un tel engrenage sans réagir. Merci de votre commentaire.

Anonyme a dit…

Dans ce domaine, c'est la chasse aux sorcières moderne. Aucune présomption d'innocence. Policiers, procureurs, juges font preuve de préjugés envers la personne pointée du doigt.

Les accusatrices sont crues sans qu'elles n'aient à fournir de preuves. La seule "preuve": leur histoire inventée de toutes pièces.

Personne n'est à l'abri de fausses accusations de la part de ces vipères. Même pas les respectables mamies!

Quand les allégations remontent à plus de 70 ans lorsque la vipère était bébé, on peut se demander pourquoi ce n'est pas elle qui fait l'objet d'enquête policière et d'accusations de méfait public.

Anonyme a dit…

Précision: remontant à plus de 70 ans, lorsque la mamie était elle-même une enfant!